Geai de Christian Bobin

geai

Editions Gallimard – 110 pages
Littérature française

« Geai était morte depuis deux mille trois cent quarante-deux jours quand elle commença à sourire. »
Geai est morte depuis longtemps et pourtant, elle sourit à Albain qui la regarde à travers les eaux glaciales du lac de Saint-Sixte. Une rencontre improbable pour une amitié au-delà de la mort qui nous apprend la sagesse du monde et la douceur des choses.

MON AVIS :

Albain est un être sensible, un idiot selon certains, un sage pour d’autres. Il voit le monde différemment, s’attache aux petites choses, aux infimes détails et à la vision des morts. Pour lui, l’invisible n’existe pas, la barrière entre les mondes n’est pas étanche.
Comment un être aussi sensible peut-il survivre dans un monde pragmatique et froid ?
C’est en rêvant que Christian Bobin nous entraîne dans le monde d’Albain, celui des lumières divines et des marronniers célestes. Une lecture reposante et douce qui nous entraîne dans un univers poétique et serein où son personnage principal y compte les nuages comme d’autres comptent les heures. Un moment de lecture floral et aérien, indispensable pour résister à la dureté du monde.

Cette dame qu’il a vue dans les eaux gelées du lac de Saint-Sixte. Il l’a revue hier. Elle l’attendait. Quand il a posé son visage sur la glace, elle a fait plus que sourire, elle a éclaté de rire, un rire silencieux, un rire qui n’a pas fait peur à Albain, qui ne pouvait faire peur à personne.


Est-ce qu’un sourire peut changer le cours d’une vie ? Voilà une bonne question. La preuve : elle continue de vivre bien après que l’on y ait répondu, que cette réponse soit oui ou qu’elle soit non. (…) Est-ce qu’un sourire, sachant qu’il ne dure jamais qu’un dixième de seconde, est assez solide pour y bâtir sa vie entière, des années et des années ?


Rosamonde sont deux. Oui, je sais, cette phrase ne sonne pas bien. Il est pourtant impossible de l’écrire autrement. Rosamonde sont deux. Rosamonde, tel est le nom donné par Albain à une apparition qui l’a ébloui. (…) Une mère et sa fille. Rosamonde est le nom du lien entre cette mère et cette fille. C’est ce lien qui a ébloui Albain. Rosamonde est le nom de cet éblouissement. On peut l’écrire comme ça : Albain est tombé amoureux – à condition de préciser qu’il n’est pas tombé amoureux d’une seule personne mais de l’alliance entre cette personne et une autre, de l’univers vibrant à l’intérieur de cette alliance. On croit aimer des gens. En vérité, on aime des mondes.

Publicités

Une réflexion sur “Geai de Christian Bobin

  1. Pingback: Bilan – Avril 2014 | Le blog de Yuko

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s