En finir avec Eddy Bellegueule d’Edouard Louis

En finir avec Eddy Bellegueule

Editions Seuil – 220 pages
Littérature française

En vérité, l’insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n’a été que seconde. Car avant de m’insurger contre le monde de mon enfance, c’est le monde de mon enfance qui s’est insurgé contre moi. Très vite j’ai été pour ma famille et les autres une source de honte, et même de dégoût. Je n’ai pas eu d’autres choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre.

MON AVIS :

Récit choc, dénonçant les souffrances subies durant son enfance du fait de sa différence, en finir avec Eddy Bellegueule est un récit d’adieu. Une façon pour l’auteur de régler ses comptes avec l’enfance et les préjugés dont il a fait l’objet des années durant.
Critiqué pour la force de ses propos, notamment à l’égard de son milieu social, Edouard Louis, prouve son talent d’écriture à travers une colère sèche, tournée vers son entourage, qui n’est pas sans questionner. Car Edouard Louis dit tout détester de son enfance : la télévision constamment allumée, la vulgarité joyeuse et le virilisme de ses proches poussé à l’extrême à rebours de ses attitudes délicates et de sa voix efféminée.
L’écriture est claire, concise, parfois sèche et toujours cinglante, elle incarne à elle seule l’extrême violence du propos de l’auteur. Un livre sans concessions, qui s’impose au lecteur, le tient par le col et l’entraine dans l’univers âpre et rêche d’Edouard Louis. Un livre brut mais qui marque par un propos sincère et l’important travail de recul que semble avoir fait l’auteur, pour regarder en face son double. Ce petit garçon qu’il était.

De mon enfance, je n’ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant ces années, je n’ai éprouvé de sentiment de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance est totalitaire : tout ce qui n’entre pas dans son système, elle le fait disparaître.

Challenge « A la découverte d’auteurs » (chez Mira)

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24 réflexions sur “En finir avec Eddy Bellegueule d’Edouard Louis

    • Il est à lire (d’autant qu’il se lit très vite) ne serait ce que pour le propos « choc », plutôt inédit. On peut dire que l’auteur règle un peu ses comptes même si ce n’est pas toujours de manière subtile… je te le conseille.

    • J’ai lu que c’est ce qu’on avait reproché à l’auteur mais je ne pense pas que ce soit la démarche.. On est un peu dans l’émotion brute et choquante c’est sûr mais aussi dans une démarche de fin d’une époque. Pas facile non plus de prendre beaucoup de recul et de faire l’analyse de sa propre histoire…

  1. Bonjour Yuko,
    Ravie de voir que tu as toi aussi aimé ce roman difficile… Contrairement à beaucoup de lecteurs dont j’ai lu les avis, j’ai trouvé que Edouard Louis, avec son jeune âge, parvenait à prendre du recul sur son histoire. Il y a des moments où le récit est peut-être un peu caricatural, mais il sait aussi reconnaître ses limites (lorsqu’il explique par exemple qu’il ne répondait pas aux marques d’affection que lui prodiguaient parfois ses parents, à leur manière).

    • C’est vrai que le récit est parfois un peu caricatural mais je pense qu’Edouard Louis en a conscience. C’est aussi la force de son récit. Il a pris du recul même si le propos reste parfois amer. Pour un premier roman, c’est plutôt bluffant.

    • Il l’est ! Je ne connaissais pas Mars mais son propos semble reprendre un peu celui d’Edouard Louis. Peut-être que la différence d’âge entre les deux peut justifier des différences. Cela dit, les expériences ne peuvent de toute façon pas être identiques.

  2. J’ai été très perturbée par ce livre … trop clinique mais comment peut-ont essayer de comprendre dans une telle situation, c’est affreusement implacable !

    • La démarche est plutôt intéressante, je trouve et l’écriture efficace. Tu l’as trouvé clinique ? En quel sens ?
      PS : J’ai terminé « Marche ou crève », on publie notre critique quand ? Cette semaine ça t’irait ?

      • Je voulais dire trop froid, sans empathie (mais bon, comment lui en vouloir). Il n’y a dans ce livre, aucun embryon de compréhension, que de la haine … c’est très dur !
        PS : quand tu veux, j’attends le lien de ton billet et je t’envoie le mien.

  3. Oui lundi. Annule donc mon PS sur mon précédent commentaire.
    Je t’envoie par mail le lien vers mon billet et j’attends le tien en retour. Bon WE.

  4. Je viens de le finir. « Sans concessions », c’est vraiment le bon mot. Mais j’ai adoré. En plus, ayant fait des études de sociologie, ça me parle totalement son analyse de la reproduction du milieu social. Mais ça reste une sacré baffe!

    • C’est un roman qui nous marque longtemps, une façon brutale de montrer à la société la violence de certains milieux. Edouard Louis a été très décrié quand il a écrit ce livre et beaucoup de choses ont été dites. Indépendamment des critiques, ce roman reste un intense moment littéraire. A recommander !

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