Réparer les vivants de Maylis de Kérangal

Réparer-les-vivants

Editions Verticales – 282 pages
Littérature française

« Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps ».
Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement.

MON AVIS :

Au rythme d’un coeur qui bat, Maylis de Kerangal nous entraîne, avec pudeur et humilité, dans l’intimité d’un voyage, hors du commun, entre onirisme et aventure humaine inoubliable. Récit d’une transplantation, Réparer les vivants pourrait être une fable, une inspiration, une philosophie.
Dans un souffle, l’écrivaine nous entraîne à la rencontre de personnages attachants qui ont pour fil conducteur, le coeur symbolique et physique du jeune Simon. De page en page comme de respiration en respiration, les vies s’articulent, se fondent, se retrouvent et se délitent. Une oeuvre forte, engagée qui ne tombe jamais dans la facilité ni dans la complainte.
L’auteur oscille toujours entre vie et trépas, sur les rives de l’entre-deux et alterne avec une facilité déconcertante, douceur et simplicité. Une oeuvre de coeur qui fera, comme ce fût le cas pour moi, certainement battre le vôtre.

Elle croise son regard dans le miroir – iris glacés sous les paupières gonflées, comme pochées par un coup, yeux Signoret, yeux Rampling, le rayon vert au ras des cils – saisie alors de ne pas se reconnaître, comme si sa défiguration avait commencé, comme si elle était déjà une autre femme : un pan de sa vie, un pan massif, encore chaud, compact, se détache du présent pour chavirer dans un temps révolu, pour y chuter, et disparaître.


Et Sean, défiguré à son tour, défiguré comme elle, répond j’arrive, je suis là dans deux minutes, où es-tu ? – et sa voix est transfuge maintenant, elle a rejoint Marianne, elle a transpercé la membrane fragile qui sépare les heureux des damnés : attends-moi.


Dans son bureau, au revers de la porte, il a scotché la photocopie d’une page de Platonov, pièce qu’il n’a jamais vue, jamais lue, mais ce fragment de dialogue entre Voïnitzev et Triletzki, récolté dans un journal qui traînait au lavomatic, l’avait fait tressaillir comme tressaille le gamin découvrant la fortune, un Dracaufeu dans un paquet de cartes Pokémon, un ticket d’or dans une tablette de chocolat. Que faire Nicolas ? Enterrer les morts et réparer les vivants.

Lecture commune avec Laurence (son avis)

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19 réflexions sur “Réparer les vivants de Maylis de Kérangal

  1. C’est amusant comme nos critiques peuvent être différentes alors que nous avons aimé ce livre autant l’une que l’autre. Tu en parles avec toute la délicatesse qu’il mérite !! Encore merci pour la motivation que tu m’as insufflée ! Bonne semaine.

      • Non une véritable découverte. Mais j’ai hâte de lire d’autres merveilles qu’elle a écrit !
        Tu as lu d’autres de ses romans ? Si oui, un conseil serait le bienvenue ! 😉

      • Je n’ai lu que A ce stade de la nuit qui est un petit recueil de pensée qu’elle a écrit suite au naufrage de Lampeduza. Il se lit très vite et est très différent de Réparer les vivants… J’espère moi aussi découvrir d’autres livres de l’auteur. N’hésites pas à me dire si tu en lis un qui te plait !

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