Profession du père de Sorj Chalandon

Mise en page 1

Editions Grasset – 316 pages
Littérature française

« Mon père a été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Eglise pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider.
Je n’avais pas le choix.
C’était un ordre.
J’étais fier.
Mais j’avais peur aussi…
À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet. »

MON AVIS :

C’est un roman très personnel que nous livre Sorj Chalandon avec Profession du père. La recherche d’une reconnaissance paternelle, un amour démesuré, la tristesse et l’incompréhension d’un enfant face à la maladie et à la folie d’un homme. Autant de thèmes, terribles mais habilement portés par une écriture fine et précise, souvent poétique.
Le début, marqué par la démesure du père et son comportement condamnable rendent parfois difficile la lecture du roman, le lecteur étant tour à tour témoin et complice du calvaire familial vécu dans ce petit foyer. Un huis clos familial souvent étouffant, qui s’installe progressivement et qui révolte aussi parce qu’il est raconté du point de vue de l’enfant qui le vit.
En réalité, le roman prend une nouvelle dimension sur sa fin, lorsque le petit Emile grandit pour devenir l’alter ego de son auteur. Une distance bienvenue, salutaire, qui replace les éléments dans un contexte d’analyse et redonne au lecteur sa juste place.
C’est pour cette fin, puissante et riche, que le roman prend toute sa saveur ; finalement, comme souvent chez Sorj Chalandon, quand l’adulte parle au lecteur et à ce petit garçon qu’il incarnait.
L’oeuvre évoque en réalité une quête perpétuelle d’amour, et interroge sur ce qui fait de nous des êtres humains : le rêve, l’ambition, la crainte, le rapport à l’autre, la solitude ?
Un roman terrible, percutant, qui vaut pour la dimension personnelle que lui confère l’auteur mais qui laisse le lecteur souvent révolté face aux mots et à la folie d’un homme.

Tu es pauvre ? m’a demandé Didier, un copain.
Pauvre ? J’ai ri. Je lui ai dit que je vivais quai des Soyeux, au deuxième étage, que ma chambre donnait sur la rivière. Que mon père était un espion. Qu’il avait été Compagnon de la Chanson, professeur de judo, parachutiste à la guerre, pasteur américain. Qu’il travaillait pour une organisation secrète. Et que mon parrain était le garde du corps de Kennedy chargé de démolir le mur de Berlin.


Il a haussé les épaules comme on chasse une douleur. Et puis il a posé son regard sur moi. C’était doux, calme, étrange. Il m’a observé. Comme lorsque nous étions espions, dans les rues de mon enfance. Chacun derrière son mur, complices, porteurs de secrets, nos talkies-walkies à l’oreille. Il m’a contemplé, lèvres closes. Son silence sur nous, en voile de crêpe noir. Personne d’autre que le père et le fils. Le chef et son soldat à l’heure de la défaite.


Le médecin lui racontait ses journées, main posée sur son front. C’était devenu une habitude. Mon père avait les yeux clos. Jamais le médecin n’avait fait ça auparavant. Et il ne l’avait dit à personne. A moi, seul.
Et puis il m’a offert sa main. Je l’ai gardée longtemps, les yeux fermés.
-Je me charge de lui dire, a souri le psychiatre.
Il a rejoint mon père, mes derniers mots enfouis dans la paume de sa main.

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14 réflexions sur “Profession du père de Sorj Chalandon

    • Je t’avoue qu’au début le personnage du père était difficile à supporter et puis on comprend comment le petit garçon devenu grand s’en sort et le rapport qu’il finit par choisir d’avoir avec ce père qui était en réalité malade. Ici, l’ignorance fait place à la connaissance. C’est très bien mené.

      • Elle me l’a vendu comme un livre très personnel de l’auteur avec un comportement de son père à la morale douteuse … comme un livre difficile mais très beau … mais ce jour là, je n’avais pas envie de lire des choses dures !

      • Comme je te comprends. C’est vrai qu’il faut avoir envie de lire ce genre de choses parce que le comportement du père est effectivement très étrange voire répréhensible..

    • Disons qu’il part d’une expérience personnelle pour se glisser dans la fiction. C’est plutôt audacieux et l’ensemble est vraiment intéressant même si le personnage du père est souvent agaçant…

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