Le système Victoria d’Eric Reinhardt

Le système Victoria

Editions Roman Stock – 522 pages
Littérature française

Si David Kolski, architecte reconverti en directeur de travaux, avait renoncé à adresser la parole à cette inconnue croisée dans une galerie marchande, s’il lui avait dit : « Excusez-moi, je suis désolé, je vous ai pris pour quelqu’un d’autre », s’il avait su qu’en abordant une femme de cette stature il entraînerait son existence dans une direction impossible, Victoria de Winter n’aurait pas trouvé la mort onze mois jour pour jour après leur rencontre.
Aujourd’hui, elle serait encore vivante, David ne vivrait pas retiré dans un hôtel de la Creuse, séparé de sa femme et de ses filles. Il n’aurait pas été détruit par le rôle qu’il a joué dans ce drame ni par les deux jours de garde à vue qui en ont découlé. Seulement, le visage de Victoria s’est tourné vers le sien et David a aussitôt basculé vers ce regard qui s’étonnait.

MON AVIS :

Après avoir découvert l’écriture d’Eric Reinhardt avec L’amour et les forêts, Le système Victoria nous invite à la rencontre de personnages passionnés et douloureusement amoureux. Un système fragile qu’intellectualise avec beaucoup de minutie l’auteur pour en conserver une pulpe délicate bien que terrifiante.
Ici, à l’image d’un Belle du seigneur, Eric Reinhardt nous conte la passion amoureuse destructrice, sauvage et démesurée. Un sentiment de puissance mais également de fragilité que sert une écriture incisive et précise. L’ensemble est d’une grande puissance et d’une vive exubérance, souvent crue, malgré un livre parfois très bavard et qui intellectualise à outrance les pensées de son personnage principal. L’ensemble étonne et distille un mystère savamment dosé.
Une nouvelle belle rencontre que ce livre, servi par des personnages entiers et forts, étranges et mystérieux aux destins tragiques. Si vous avez aimé L’amour et les forêts, vous ne serez pas déçus par ce livre qui reprend les thèmes chers à l’auteur. Une lecture à découvrir pour la part d’ombre et de terreur qui nous habite quand nous aimons.

J’ai vécu Victoria comme une profonde forêt nocturne que j’arpentais sans savoir où j’allais, à travers bois, au milieu des fougères, sous de grands arbres qui frissonnaient, à l’écart de tout sentier. Il y avait des bruits, des flaques, des odeurs, de l’humidité, des silhouettes qui s’éclipsaient, des cimes qui surplombaient nos corps. Je ne pensais à rien, je laissais nos ébats me conduire, je vivais des moments de plénitude et d’étonnement, d’euphorie et d’intimidation, et puis des épisodes de grâce où Victoria me souriait, éperdue et heureuse, comme allongée dans une clairière.


Je pense n’avoir jamais rencontré aucune femme qui a ce point possédait la capacité de se montrer si différente selon l’angle où on la regardait, ou la distance, ou le contexte. Victoria avait littéralement plusieurs visages, des visages qui n’avaient rien à voir les uns avec les autres, qui traversaient les âges et les fonctions, les imaginaires et les territoires et je trouvais cette faculté surnaturelle, surnaturelle et subjuguante.


Je ne peux pas affirmer que ma vie ne me plaît pas, mais seulement dans la mesure où rien ne m’interdit d’espérer que quelque chose va se produire qui va la modifier en profondeur – et la rendre un peu moins détestable qu’elle ne l’est. J’aime ma vie à travers le rêve dont elle est imprégnée que quelque chose va bientôt la déplacer, une femme, un miracle, une rencontre, une proposition professionnelle inouïe, un événement inattendu ou une idée géniale qui germerait dans mon cerveau. C’est ce rêve là que j’aime quand j’aime ma vie.

-Challenge au fil des saisons et des pages : 2/5

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14 réflexions sur “Le système Victoria d’Eric Reinhardt

    • Ici, c’est une histoire passionnée mais terrible (comme c’était déjà le cas avec l’auteur dans L’amour et les forêts). En tout cas, un beau roman.

  1. Après avoir lu « L’amour et les forêts », j’avais très envie de le lire. Ta critique me motive encore plus … et on aurait du programmer un LC … pffff !!!

    • Roh quel dommage ! Je ne savais pas que tu prévoyais de le lire 😦 Je vais de ce pas voir ta PAl pour qu’on s’en programme une très vite (tu as des envies particulières ? Moi, je lirai bien Du domaine des murmures de Carole Martinez en novembre/décembre. Ca te tente ?

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