La maladroite d’Alexandre Seurat

La maladroite

Editions la brune de rouergue – 122 pages
littérature française

Diana, 8 ans, a disparu. Ceux qui l’ont approchée dans sa courte vie viennent prendre la parole et nous dire ce qui s’est noué sous leurs yeux. Institutrices, médecins, gendarmes, assistantes sociales, grand-mère, tante et demi-frère…

MON AVIS :

C’est un procès d’impuissance que dresse Alexandre Seurat dans son récit. A travers une écriture dégagée de tout effet de style et une langue presque clinique, il montre l’impuissance des institutions, de la famille, des proches… Un fait divers terrible, retranscrit ici avec beaucoup d’humanité, sans surplus ni pathos. La voix de la fillette, trop longtemps tue, revient ici expliquer son calvaire à travers le regard des adultes. Un roman, sobre et puissant, sur l’aveuglement face à l’enfance maltraitée qui, à travers la force dramatique d’un récit terrifiant, montre l’impuissance et/ou la lenteur des proches de la fillette. Ce livre n’est pas un procès d’intention, il retrace juste, avec authenticité et humanité, les voix qui se sont élevées (ou non) pour tenter de protéger une fillette de 8 ans, de traitements inhumains.
Tirée d’une histoire vraie, ce roman n’en est que plus poignant et marque longtemps de son empreinte, les adultes que nous sommes. Ainsi, même si la fiction semble toujours maladroite à expliquer une réalité cruelle, elle a le mérite de s’emparer d’un thème terrifiant, entre authenticité et sobriété.

L’INSTITUTRICE
Quand j’ai vu l’avis de recherche, j’ai su qu’il était trop tard. Ce visage gonflé, je l’aurais reconnu même sans son nom – ces yeux plissés, et ce sourire étrange – visage fatigué, qui essayait de dire que tout va bien, quand il allait de soi que tout n’allait pas bien, visage me regardant sans animosité, mais sans espoir, retranché dans un lieu inaccessible, un regard qui disait, Tu ne pourras rien, et ce jour-là j’ai su que je n’avais rien pu. »
Sur la photo, elle portait un gilet blanc à grosses mailles, autour du cou un foulard noué au-dessus de sa chemisette, une tenue incongrue, d’adulte – pas d’enfant de huit ans – mais surtout, cette manière bizarre de se tenir, les bras étrangement croisés, comme quelqu’un qui se donne une contenance. L’image me rappelait sa façon pathétique de faire bonne figure, alors qu’elle avait mal partout, que son malaise transparaissait de chacun de ses gestes maladroits, et raidissait ses membres – on voyait tout de suite qu’elle avait quelque chose de cassé.

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18 réflexions sur “La maladroite d’Alexandre Seurat

  1. Ce livre me fait penser à un ouvrage plus ancien qui raconte l’histoire vraie d’une petite fille maltraitée par sa belle-mère. Tout le monde ls’en doutait mais personne n’a rien fait. Cet événement est très célèbre au Québec, ce qui a conduit à un changement dans la justice pour les enfants et leurs suivis.

    C’est « Aurore » d’André Mathieu. Il y’a eu, je crois, deux films aussi.

    • Je ne connais pas le livre mais il est vrai que ce type d’écrit n’est jamais neutre et jamais simple. S’il peut contribuer à faire avancer la justice ou le droit d’un pays, tant mieux… Le témoignage est de toute façon essentiel.

    • Bonjour Dasola, c’est vrai que l’auteur ne fait bien sûr pas mystère de la fin dans la mesure où il s’agit d’une histoire vraie. Je trouve que le point de vue, toujours réservé cependant, qu’il adopte est d’une vraie audace. Bonne journée à toi !

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