Camille, mon envolée de Sophie Daull

Camille mon envolée

Editions Philippe Rey – 186 pages
Littérature française

Dans les semaines qui ont suivi la mort de sa fille Camille, 16 ans, emportée une veille de Noël après quatre jours d’une fièvre sidérante, Sophie Daull a commencé à écrire.
Écrire pour ne pas oublier Camille, son regard « franc, droit, lumineux », les moments de complicité, les engueulades, les fous rires; l’après, le vide, l’organisation des adieux, les ados qu’il faut consoler, les autres dont les gestes apaisent… Écrire pour rester debout, pour vivre quelques heures chaque jour en compagnie de l’enfant disparue, pour endiguer le raz de marée des pensées menaçantes.

MON AVIS :

C’est une lecture en apnée, main dans ma main avec l’écrivain et l’estomac au bord des lèvres que nous propose l’auteure. Une lecture forte, terrible, et d’un courage improbable. Comment ne pas être foudroyé sur place par tant de douleur, un partage sans fard, une route sans retour ?
Le témoignage de Sophie Daull est un pont de lumière qui traverse sa douleur indicible. Celui qui sépare le monde des morts de celui des vivants ; le décès de ses parents et celui de sa fille. Une lecture très dure, qui vous laisse pantelant et démunis mais qui souligne, avec beaucoup d’intelligence et de justesse, la solidarité des amis et de la famille de Sophie Daull durant cette terrible épreuve.
Ce livre est une oeuvre singulière, entre le témoignage, l’écrit libératoire et la survivance d’un être aimé, qui vous agrippe et vous retourne.
Un roman extrêmement marquant en ce qu’il est vrai, sans effet de style, et qu’il parvient à retranscrire l’absence et le vide d’une écriture franche et dénuée de fioriture. Un témoignage bouleversant et terrible.

On est tout au fond d’un puits, mais des visages à la surface se penchent vers notre gouffre, crient, lancent des cordes, des échelles, des lianes de survie. On les saisit, on se brûle les paumes, on se griffe les ongles à la douleur des autres, on s’emplit les poumons de leur chagrin pour que l’air soit respirable.


Dans le temps, les gens portaient un brassard ou des habits noirs pour signaler qu’ils venaient de perdre un proche. Ça les plaçait momentanément hors de la communauté des humains, ça forçait la distance, la délicatesse ; ça offrait le privilège de ne pas être tenu de se comporter comme tout le monde, de ne pas être mal considéré si on était plus lent, plus sombre, plus solitaire, plus réservé. On était repéré comme endeuillé et les autres nous foutaient la paix. On avait le droit d’occuper une marge.


Dans mes rêves peut-être tu vas devenir comme ma mère, tu vas devenir ma mère. Je serai ton enfant. En écrivant ça, chaton, je crois qu’en fait c’est en train d’arriver. Oui. Je deviens ton enfant : j’ai peur quand tu n’es pas là et je sens que tu me protèges. Sans ascendant ni descendant, les fantômes sont ma seule couverture de survivante unique et déloyalement en vie.


Tu sais mon enfant, je demande ça aux gens, qu’ils t’aient connue ou non : murmurer ton nom. Dans l’endormissement, dans la foule, dans le clair de lune, face à la mer, face à la tempête, dans une fin de fête, aux chiottes, sur une colline, dans le métro, faire ça : murmurer ton nom. Camille.


Moi je savais déjà que tu étais perdue quand on a quitté la maison.
Je savais que le petit corps, là, dans la civière aux reflets dorés, était celui de mon enfant morte.
La tempête était bel et bien là.
Elle avait commencé. Le vent fou et la pluie glacée. Et dans nos coeurs le cyclone pour toujours.

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16 réflexions sur “Camille, mon envolée de Sophie Daull

    • Le sujet est très dur et effectivement, le lecteur fait le chemin à côté de la maman. C’est très éprouvant mais en même temps d’une grande humanité. Bises à toi !

    • Le sujet est très dur comme tu t’en doutes mais le livre se lit très vite, comme je le dis, en apnée… C’est un témoignage vécu de l’intérieur qui questionne longtemps.

  1. A lire ton billet, je suis bien tentée mais le sujet m’effraie … sans doute rapport à me propre fille … si c’est comme le livre « Réparer les vivants », sans toi il aurait trainé des semaines dans ma PAL et on final j’ai été très heureuse de l’avoir lu … bref, je ne sais toujours pas …

    • Il aurait fallu qu’on se programme une LC 😉 Je ne peux que te le conseiller mais c’est vrai que c’est un livre qui nous tient par les tripes et qu’on lit en apnée (l’impression physique était bien présente pour moi…)

      • Je crois que je vais t’écouter et il faut vraiment qu’on se programme une lecture commune !!! Je vais remettre ma « Liste à lire » à jour et au pire j’achèterai un livre ! on en reparle ? Bises

      • Avec plaisir ! Tu sais que je suis toujours partante et puis j’ai beaucoup aimé notre dernière LC ! On en reparle vite ^^

  2. Je vais réfléchir pour ce livre. Car les extraits que tu nous as choisis sont très beaux, je pense que le style a tout pour me plaire et me toucher. Mais j’ai peur que le sujet ne soit un peu trop dur. Est-ce un témoignage ou une histoire romancée? Car si c’est un témoignage j’ai toujours une impression bizarre de me retrouver dans l’intimité des gens, de ne pas avoir le droit d’être là. Je ne sais pas si je suis claire. 🙂

    • Tu es parfaitement claire et c’est une question que je me pose toujours quand je commence ce genre de livre. Ici, c’est un peu comme si le lecteur était une partie de la « thérapie » (si elle peut exister ici pour l’auteur. On est vraiment entre le témoignage, la discussion qu’elle a avec sa fille et son envie de la faire vivre à nos yeux. C’est vraiment très beau et bien écrit mais parce que c’est sincère, c’est aussi très dur.

  3. Ouh la la… ce n’est pas un livre joyeux dis donc… J’ai déjà lu des bouquins sur le deuil, notamment un très très bien de Brigitte Giroud dont le titre m’échappe. Mais le deuil d’une enfant, c’est encore pire. Pour le moment je préfère m’abstenir car ça ne doit pas donner la patate. 🙂

    • Je te comprends 😉 C’est vrai que le thème peut rebuter au début mais je me suis vite laissée happée parce que ce qu’a à dire cette mère ne nous laisse même pas le temps de reprendre notre souffle. C’est un livre très fort, impossible à refermer une fois qu’o l’a ouvert.

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