Nuit de septembre d’Angélique Villeneuve

Nuit de septembre

Editions Grasset – 154 pages
Littérature française

« Une nuit, ton fils s’est tué dans sa chambre, au premier étage de votre maison. Au matin à huit heures, avec son père tu l’as trouvé.
Depuis, à voix basse, tu lui parles. Tu lui demandes s’il se souvient.
La mer étale à huit heures du soir, les talus hérissés d’iris, les pierres de la cour tièdes sous la peau du pied, les filles dont les yeux sourient, toutes les choses belles et la lande silencieuse.
Tu espères tant qu’il est parti gonflé d’elles. Mais comme tu n’es pas sûre qu’en aide, en ailes, ces choses lui soient venues cette nuit-là, tu les lui donnes par la pensée, la respiration, le murmure. »

MON AVIS :

A travers l’utilisation d’un « Tu » distancié, Angélique Villeneuve se raconte, évoque l’absence, l’attente, l’acceptation silencieuse. Un récit autobiographique très intime bien sûr mais où l’auteur laisse une place à ses lecteurs en s’interrogeant, en expliquant le quotidien de ceux qui survivent, témoignent, racontent. Ici, c’est avant tout un récit-recherche, où le sens des mots et leur utilisation prennent tout leur sens : fils, suicide, deuil… Autant de mots déposés sur le coeur meurtri d’une mère qui résonnent avec force dans la tête du lecteur.
Ici, contrairement à Camille, mon envolée de Sophie Daull, Angélique Villeneuve fait le choix d’une distanciation de l’intime. Ici, elle ne parle pas au disparu mais évoque son ressenti face au choix de son fils. Une oeuvre qui illustre le courage d’une mère mais également l’interrogation d’un auteur. L’écriture est ici vécue comme une compresse, une sorte d’attelle pour continuer d’avancer. Angélique Villeneuve livre en réalité un récit très beau, étonnant dans sa façon si pudique de traiter le deuil, mais toujours accompagné d’une grande force évocatrice.

Depuis le tout début, depuis le jeudi de sa mort, d’invraisemblables questions toupillent dans ta tête.
Tu as deux filles vivantes, merveilleuses, mais combien tu as d’enfants, tu l’ignores.
Lorsqu’un enfant meurt, est-on toujours sa mère, est-ce qu’un enfant perd sa mère en même temps que la vie ?
Est-ce qu’un fils, tu en as encore un ?


Le mot fils, qui par un curieux hasard trace le pluriel de fil, ces fil-s que par l’écriture tu essaies de tisser, de tendre entre les autres et toi depuis des années, invisibles liens dont les ramifications t’affermissent, t’agrandissent.

Un grand merci aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce roman.

Challenge au fil des saisons et des pages : 3/5

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16 réflexions sur “Nuit de septembre d’Angélique Villeneuve

  1. A chaque fois que je vois un billet sur un livre de cette auteure, je me dis qu’il faut vraiment que je la lise, elle a un style fait pour moi ! Et le sujet même s’il est dur semble traité avec finesse et pudeur… Un beau billet Yuko ! 😉

    • Merci Asphodèle ^^ Je ne peux que te conseiller de lire cette auteure, ça a été une vraie découverte pour moi et effectivement, même si le thème est difficile, elle le traite avec pudeur et délicatesse. C’est une très belle rencontre 🙂

    • Ce parti pris est un peu déstabilisant au début mais c’est un vrai atout pour le récit. On s’y fait très vite, tu verras 😉

    • Très difficile mais qui ne tombe jamais dans le sordide ou le trop voyant. C’est un sujet qui n’en devient ici que plus intime et délicat.

  2. Merci Yuko de ce beau billet sur mon livre, de la chaleur que vous transmettez. A bientôt je l’espère
    Angélique villeneuve

    • Merci à vous pour votre message. Je suis ravie d’avoir découvert votre livre qui nous interroge autant qu’il crée de l’émotion chez le lecteur. Je suis également ravie d’avoir pu en parler avec les lecteurs du blog. A bientôt, je l’espère également. Bonne continuation à vous et au plaisir de vous retrouver à l’occasion d’une prochaine lecture.

  3. Oh la la, sujet délicat à lire… Ça me fait penser aux faits divers qui découlent des méfaits des réseaux sociaux…

    Bises, bonne semaine.

    • C’est vrai qu’on peut penser à ces histoires terribles mais ici, c’est l’absence en tant que telle qui est évoquée, et non pas la cause de cette absence. Le lecteur découvre avec pudeur ce que vit la famille et ce qu’elle est obligée d’accepter par amour. C’est très fort. Bises à toi !

    • Ca te donne un bon exemple de comment le livre est écrit, j’espère que ça te donnera envie d’en savoir plus ^^ Merci pour ton commentaire !

  4. Je n’ai jamais rien lu ce cet auteure mais ce sujet, non, pas en ce moment … merci quand même pour ta critique Yuko ! Bises

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