La perle de John Steinbeck

La perle

Editions Folio – 122 pages
Littérature française

Jouant de sa lame comme d’un levier, il le fit céder et le coquillage s’ouvrit. Les lèvres de chair se crispèrent puis se détendirent. Kino souleva le repli et la perle était là, la grosse perle, parfaite comme une lune. Elle accrochait la lumière, la purifiait et la renvoyait dans une incandescence argentée. Elle était aussi grosse qu’un oeuf de mouette. C’était la plus grosse perle du monde.

MON AVIS :

Allégorie tragique de l’envie et critique d’une société matérialiste, La perle concentre en quelques pages de très nombreuses problématiques. Steinbeck dénonce ici la cupidité de l’homme, son rapport à la liberté et au mal que peut causer l’envie et l’abandon de ses valeurs traditionnelles. Kino, incarne en effet le désir de liberté et d’élévation sociale alors que sa femme, Juana, plus craintive, incarne la résistance à la nouveauté, l’attachement aux valeurs traditionnelles et une certaine force de préservation. Kino, plus rêveur et ambitieux imagine dans sa perle une (bonne) fortune qui en réalité causera sa perte.
Un roman terriblement sombre qui semble indiquer qu’aucune issue ni élévation sociale n’est possible sans se heurter au conservatisme et à l’avidité des hommes. Une oeuvre riche malgré son nombre réduit de pages, qui illustre avec force, le pouvoir de l’argent et la destruction de l’innocence. Une oeuvre à découvrir, pour son propos mais également pour ses personnages qui, s’ils auraient mérités d’être davantage développés, n’en demeurent pas moins terriblement humains dans leurs rêves de grandeur et leur nécessaire faiblesse.

La musique de la perle clamait triomphalement aux oreilles de Kino. Juana releva la tête, les yeux agrandis d’admiration devant le courage et l’imagination de son mari. Et maintenant que les digues étaient rompues, une force électrisante l’empoigna. Dans la perle, il vit Coyotito à l’école, assit devant son petit pupitre – comme les enfants qu’il avait aperçus par une porte entrouverte. Et Kino portait un veston, un col blanc et une large cravate de soie. Et qui plus est, Coyotito écrivait sur une grande feuille de papier. « Mon fils ira à l’école », annonça-t-il à ses auditeurs abasourdis. Juana retint son souffle. Ses yeux brillants étaient rivés sur le visage de son mari ; elle les baissa une seconde sur Coyotito qui gisait dans ses bras, comme pour s’assurer que la chose était possible.


Kino rejeta la perle au fond de ses vêtements ; la musique de la perle avait maintenant pris une note sinistre à laquelle se mêlait intimement la musique du mal.

Publicités

24 réflexions sur “La perle de John Steinbeck

  1. Il s’agit d’un auteur et d’une histoire que j’aimerai beaucoup découvrir à l’occasion. (J’adore les classiques!). Bisous Yuko et bonne semaine!

    • Coucou ! Je te conseille aussi « Des souris et des hommes » du même auteur, un très joli classique aussi 🙂 Merci pour ton passage et belle journée à toi ! Bisous

      • Je le note également :). Si tu cherches un autre bon livre, je te conseille le dernier Diane Ducret dont je parle dans mon dernier article. Gros bisous et de rien, j’aime beaucoup tes goûts littéraires :).

  2. Même si j’adore l’auteur et qu’il m’en reste sûrement de super à découvrir de lui, celui-ci ne m’a jamais tenté et je ne change pas d’avis à la lecture de ton commentaire… La longueur, le thème, la façon de le traiter ? Je ne sais pas mais je n’arrive pas à m’y intéresser.

  3. Un petit livre à mettre dans ma PAL, histoire d’augmenter le nombre de livres lus cette année 😉
    Blague à part, je suis tenté. C’est marrant, le premier passage que tu nous donnes à lire me fait l’impression d’être tiré des studios Disney.

    • Coucou Oursino, c’est un tout petit livre, donc ta PAL ne sera pas augmentée tant que ça 😉
      C’est drôle que tu évoques Disney à travers le premier passage, c’est exactement ça. On est dans le conte avec sa morale très précise. C’est un petit livre à découvrir, d’ailleurs c’est drôle mais, sans le savoir, le livre que je viens tout juste de finir fait une allusion à ce livre de Steinbeck, lu quelques jours seulement avant. Steinbeck continue d’inspirer 😉

    • Je comprends qu’on l’étudie en classe, au même titre que La ferme des animaux de George Orwell. Des petits livres très importants (comme Matin brun d’ailleurs)

    • C’est toujours une question de temps (et d’envie) mais je crois que la lecture ne doit pas devenir une contrainte, lire ce qu’on a envie quand on en a envie, c’est ça le vrai plaisir de la lecture 😉

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s