Chanson douce de Leïla Slimani

chanson-douce

Editions Gallimard – 228 pages
Littérature franco-marocaine

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.

MON AVIS :

C-ela commence comme un fait divers, une sordide et terrible histoire de mort. Celle de deux enfants.
H-antés par ces images, le lecteur s’interroge, cherche à comprendre, à imaginer l’impensable et à mieux connaitre l’auteur de ce crime, ses attentes, ses aspirations, ses faiblesses, l’instant de basculement.
A-u détour d’une phrase, c’est toute une vie qui se déroule, s’inscrit dans un quotidien fait de petites lâchetés et de grandes humiliations. Louise, nounou exemplaire, femme perdue aux failles savamment cachées, nous place face à nos propres démons et nous confronte à l’impensable.
N-otre vision grandit, à travers les regards de ceux qui ont connu et côtoyé l’impossible, la femme infanticide, le visage du mal incompréhensible.
S-ous des abords simples, l’oeuvre de Leïla Slimani se révèle rapidement crue, glaçante, terrible.
O-n y découvre, à travers des personnages multiples, le quotidien inconnu de cette jeune nounou, ses actes manqués, ses désirs délaissés.
N-ous suivons les pas déviants et hésitants de Louise, ses longues journées au service des autres mais également son quotidien brodé de solitude et de vide.

D-érangeante et sombre, l’oeuvre de Léïla Slimani s’inscrit dans la veine des romans réalistes.
O-ù s’arrête la fiction et où commence la réalité ?
U-n roman choc, porté par une écriture claire aux chapitres courts qui ne se départi jamais d’une certaine distance, parfois trop marquée pour permettre au lecteur d’entrer en empathie.
C-hanson douce est un roman difficile, de par son sujet, mais qui aurait peut-être mérité un angle d’attaque nouveau et inédit.
E-n cherchant le moment de basculement derrière le visage de cette femme, l’impossible, le lecteur ne parvient jamais à percer réellement ses secrets ni à passer de l’autre côté du miroir. Une oeuvre intense mais à laquelle il manque un brin d’audace pour parvenir à susciter une réelle empathie.

« Vous pouvez y aller maintenant, nous nous verrons demain. » Louise voudrait tellement rester. Dormir là, au pied du lit de Mila. Elle ne ferait pas de bruit, elle ne dérangerait personne. Louise ne veut pas retourner dans son studio. Chaque soir, elle rentre un peu plus tard et elle marche dans la rue, les yeux baissés, son écharpe relevée jusqu’au menton.


Louise ne répond pas. Elle prend son élan, avance, brutale, sourde. Elle coupe la route à Lydie et dans sa fuite, d’un geste brusque, elle renverse la poussette dans laquelle l’enfant, réveillé en sursaut, se met à hurler.


Semaine après semaine, le capitaine Dorval a remonté le cours des événements. Malgré le silence de Louise, qui ne sortait pas du coma, malgré les témoignages concordants sur cette nounou irréprochable, elle s’est dit qu’elle parviendrait à trouver la faille. Elle s’est juré de comprendre ce qui s’était passé dans ce monde secret et chaud de l’enfance, derrière les portes closes.

Un grand merci aux Matchs de la Rentrée Littéraire de Priceminister (#MRL16) de m’avoir sélectionnée pour vous faire partager mon avis sur ce livre et aux éditions Gallimard pour l’envoi du roman.

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24 réflexions sur “Chanson douce de Leïla Slimani

  1. Je rejoins ton avis 🙂 Cette lecture m’a profondément perturbée.
    Concernant l’empathie, il est clair que je n’en ai éprouvé aucune. Mais je crois que c’est ce qu’a voulu l’auteure. Elle aurait pu rendre son texte plus introspectif, plus intime, instaurant davantage de proximité entre le lecteur et ses personnages…Le choix de rester dans une pure retranscription des faits ajoute à l’horreur suscitée, les faits se suffisent à eux-mêmes.
    C’est froid, glacial, suffisant je trouve. D’une certaine façon, je n’aurais pas aimé devoir compatir pour Louise, elle reste un monstre insondable.

    • Le manque d’empathie dépasse pour moi Louise. Je comprends la démarche de l’auteure mais je ne suis pas parvenue à m’attacher aux parents ou aux enfants… Les faits sont terribles et terrifiants et l’auteure nous propose d’entrer dans l’intimité de cette famille, elle évoque le passé de Louise, mais rien ne suscite l’empathie… C’est ce qui m’a manqué ici, trouvé une nuance chez Louise, celle qui trouble et nous fait dire que malgré l’acte odieux, rien n’est jamais simple parce que la nature humaine elle-même est complexe…

  2. Très belle critique ! C’est très original de la faire sous forme d’acrostiche, bravo ! Plus que de l’empathie en effet, je crois que l’auteure a voulu nous faire réfléchir sur le monde moderne dans lequel nous vivons, à 100 à l’heure et où nous ne prenons pas le temps de voir vraiment les autres, parfois même ses propres enfants…

    • Merci Bibliblogueuse ^^ Tu as peut-être raison, l’une des critiques du livre tendrait à montrer que nous vivons trop vite et que nous passons à côté des éléments vraiment essentiels de notre vie… Que ce soit pour Louise ou pour les parents des enfants. L’auteure évoque aussi la différence sociale et une certaine forme de fatalisme assez terrible dans le roman..

  3. Bonjour Yuko, à ton avis, est-ce que ce roman qui été élu en 10 minutes par les jurés du Goncourt a mérité son prix? Personnellement, au vu du sujet, je ne vais pas me précipiter pour le lire. Bonne journée.

    • Bonjour Dasola, ravie de te lire. J’ai en effet été plutôt surprise par le Goncourt (outre qu’il soit décerné comme de Renaudot à une femme, ce qui est une bonne surprise ^^), cela reste un roman plutôt froid. J’ai pour ma part ressenti la distance du lecteur avec les personnages comme une difficulté pour entrer dans le roman.. Enfin, comme toujours le meilleure moyen, c’est de se faire son propre avis ^^ Belle soirée à toi !

  4. J’aime bien ce genre de roman, qui explique n’inexplicable… ces bouquins qui permettent de remonter le fil et de comprendre pourquoi untel peut faire quelque chose qui semble tellement impossible… Belle chronique !

    • Merci Anaverbaniablog 🙂 A vrai dire, je ne suis pas sûre que Leïla Slimani parvienne vraiment à faire comprendre le geste de la nounou… Justement, c’est la force de son roman, difficile d’expliquer la raison primaire de cet acte. Ce qui est intéressant, c’est de voir que la nounou n’est pas foncièrement quelqu’un de mauvais quand on la rencontre, c’est ce qui est troublant dans le roman…

    • Ca nous donnera l’occasion d’en parler. Et puis, c’est toujours bien de se faire son propre avis sur un Goncourt ! Vivement celui des lycéens, c’est souvent une belle sélection 🙂 Biz biz

  5. J’ai enfin fait ma chronique et on se rejoint sur certains points. On ne sent pas vraiment d’empathie, c’est assez froid. Ça m’a un peu manqué même si j’ai aimé ma lecture !

    • Je suis d’accord avec toi sur les points que tu soulèves, c’est assez déstabilisant cette distance entre le lecteur et les personnages du roman, c’est certainement voulu mais je trouve ça dommage..

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