La suture de Sophie Daull

la-suture

Editions Philippe Rey – 202 pages
Littérature française

Alors qu’elle vient de perdre Camille, sa fille de seize ans, Sophie Daull se penche sur le passé de sa mère, Nicole, une femme mystérieuse, disparue elle aussi, il y a trente ans. Munie de maigres indices – quelques lettres et photos tenant dans une boîte à chaussures –, elle entreprend de déchiffrer les lieux et paysages où Nicole a vécu, les visages qu’elle a connus, et tente de reconstituer ainsi une existence troublante.
À larges aiguillées joyeuses, poétiques ou bancales, l’auteure va coudre passé et présent, fiction et réalité, grand-mère et petite-fille, dans ce roman en forme d’enquête généalogique, qui vagabonde dans la France de l’après-guerre jusqu’aux années 80.
Se dessine ainsi la figure de Nicole, dont la frêle beauté et la timidité intriguent, porteuse d’une énigme qu’elle semble elle-même ignorer, chahutée depuis l’enfance par les rudesses d’une vie sans ménagement. Nicole, que le lecteur débusquera avec émotion derrière ses larges lunettes et la fumée de ses Gitanes…

MON AVIS :

Après l’inoubliable Camille, mon envolée, premier roman d’une force hors du commun aux accents de déchirure et à la résistance délicate, Sophie Daull reprend ici la plume.
Toujours avec sensibilité et délicatesse, elle recherche et interroge, le passé cette fois-ci : celui de sa mère également disparue.
Coeur vivant au centre de ses fantômes, Sophie Daull fait le lien, brode, répare, imagine des rencontres qui n’auront pas lieu, des discours tus, des liens défaits. Armée d’une boite à chaussures contenant les maigres souvenirs de sa mère, elle part à la recherche de ses racines, à la rencontre de celle qui, par pudeur, crainte, souhait d’oublier, ne s’est jamais exprimée sur ses souvenirs.
Un roman qui nous entraîne sur les traces de Nicole, mère secrète, aux côtés de Camille, ange au regard bienveillant, et de sa mère, survivante parmi les ombres, dans la France d’après-guerre, ses souvenirs et sa rudesse austère. Une histoire de filiation interrompue, reliée désormais par les mots de l’auteur. Au-delà de la souffrance, au-delà de la mort, Sophie Daull écrit l’histoire de sa famille, sa romance filiale, sa déclaration d’amour… et c’est remarquable.

Je vais reprendre le fil générationnel que la mort a trouvé marrant de couper entre ses dents, telle une couturière capricieuse et impatiente, et je vais raccommoder les trous, faufiler des pièces aux coudes et genoux de ce grand squelette prématurément décharné. Je vais les coudre ensemble.


De Camille, ses yeux bleus, son amour immodéré du Nutella, son envolée tragique un soir de réveillon, j’ai déjà parlé. C’est un livre maintenant. Un être de papier.

De Nicole, on peut dire qu’on ne sait rien. Les 26 années qui précèdent son mariage, immédiatement suivi de ma naissance, sont plongées dans un grand mystère.


Le Central aura un rôle… central dans les années qui vont suivre. C’est là que j’ai révisé mon bac en passant tout mon argent de poche dans la fente du juke-box, c’est là que Nicole a rencontré d’abord son mari, puis son meurtrier, c’est là qu’à mon dernier séjour – Camille était encore vivante – mon verre de blanc m’a été apporté pas un ancien camarade d’école primaire à la silhouette de Lancelot, un autre « petit fiancé », Bruno Malatesta, qui m’avait offert du muguet pendant ma coqueluche. Ca avait bien fait rigoler ma môme. Calvitie et embonpoint maintenant…

Publicités

6 réflexions sur “La suture de Sophie Daull

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s