Mon traître de Sorj Chalandon

mon-traitre
Editions Le livre de poche – 216 pages

Littérature française

« Il trahissait depuis près de vingt ans. L’Irlande qu’il aimait tant, sa lutte, ses parents, ses enfants, ses camarades, ses amis, moi. Il nous avait trahis. Chaque matin. Chaque soir… »

MON AVIS :

Récit d’un combat et d’une amitié au-delà des frontières, Mon traître évoque la rencontre de deux hommes, deux mondes. Antoine un jeune luthier français et Tyrone Meehan, combattant des premiers instants, figure de lutte mais aussi traître à ses frères, à ses amis, à ses parents et à sa patrie.
A la fois figure paternelle et amitié éprouvée, Tyrone Meehan incarne également la lâcheté, la décadence et le renoncement présent en toute guerre. Une oeuvre forte et rugueuse qui aurait peut-être mérité un développement plus concentré et plus affirmé. Les personnages, intéressants parce que faillibles, s’interrogent, se jaugent et se tourmentent.
Antoine devient l’oeil du lecteur, celui qui découvre un pays à travers son combat sans parvenir jamais à en déceler l’essence même. Un roman riche et engagé, parfois très vindicatif. Même si le récit est documenté et terrible, certains personnages auraient peut-être mérité un développement plus important et un ancrage dans la réalité plus efficient.
Un roman intéressant mais qui ne marquera pas le lecteur d’une empreinte indélébile, contrairement au très beau et très juste Le quatrième mur du même auteur.

Fusillé.
Cet homme avait été fusillé par les Anglais. Ils avaient fusillé ce ministre, ce député, cet instituteur. Ils avaient fusillé l’inconnu à col rond. Et voilà que ma vie allait prendre un autre chemin.
C’était absurde.
Si Pêr avait resserré sa mentonnière. S’il n’avait pas passé la porte de l’atelier ce jour-là. S’il n’avait pas ouvert son étui. S’il ne m’avait pas présenté un Irlandais disparu 58 ans plus tôt, je ne serai jamais allé à Belfast. Je n’aurai jamais marché aux côtés de Jim et Cathy dans la nuit menaçante. Je n’aurai jamais rencontré mon traître.


En relevant la tête, il a croisé mon regard. Je ne l’avais pas encore vu dans les yeux. Cela faisait dix-huit jours que j’attendais cet instant. J’y ai pensé toutes les nuits. Ce moment me privait de sommeil. Que serait le regard de Tyrone Meehan ? Est-ce qu’on perd son éclat après avoir trahi ? Est-ce que les yeux sont plus sombres ? Différents ? Sont-ils recouverts par un voile ? Un crêpe de soie terne ? Reconnaît-on un traître à son regard ?


Je connaissais tout le monde à Belfast. C’est-à-dire personne. Un clin d’oeil ici, un salut là, une poignée de main parfois. Des regards croisés, des visages connus, mais quoi ? Jim et Tyrone étaient mes Irlandais. Je ne dormais pas à Belfast, je dormais chez Jim O’Leary. Je ne défilais pas dans la rue avec les républicains, je marchais avec Tyrone Meehan. C’étaient eux. C’était tout. Mon Irlande était construite sur deux amitiés. Mon Irlande était du sable. J’étais un luthier parisien. Je jouais du violon entre les douleurs étrangères. Je m’inventais dans un autre pays. J’étais éperdu de tout. J’étais perdu.

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8 réflexions sur “Mon traître de Sorj Chalandon

    • Si tu ne connais pas l’auteur, je te conseille de commencer par Le quatrième mur (une vraie claque pour moi !) celui-ci me semble en dessous même s’il sait distiller une certaine ambiance 🙂

  1. j’ai tout lu de l’auteur et je ne classe pas ce livre parmi mes préférés. Je te conseille son 1er Le petit Bonzi, j’avais adoré! Ou alors Profession du père.

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