Louise Amour de Christian Bobin

Editions Gallimard – 142 pages
Littérature française

« Nous étions dans la ville des rois et dans la maison de Dieu. Je tenais par la main celle qui, sans avoir besoin de rien faire, les surclassait tous. »

MON AVIS :

Si Louise Amour est un nom, une femme, une volonté, elle est aussi l’histoire d’une passion et une icône d’adoration. Le narrateur nous raconte ici son amour passionnel pour une femme, créatrice de parfums, être céleste et adoré. Une rencontre foudroyante pour une histoire d’amour démesurée incarnée par un être adulé.
Une oeuvre marquée par l’écriture fluide et poétique de Christian Bobin, toujours enchanteresse et délicate pour un personnage principal contemplatif et renfermé. Un être profondément croyant (la religion semble ici tenir une place plus visible dans cette oeuvre que dans les autres livres de l’auteur, pourtant irrigué par une perpétuelle présence céleste) qui s’interroge sur l’aspect mystique d’un coup de foudre amoureux. Un roman doux et tendre mais qui reste très marqué par des personnages mystiques et parfois trop contemplatifs. Une oeuvre qui ravira les adeptes des écrits de Bobin, peut-être moins ceux qui souhaitent le découvrir.

Louise Amour entra dans le salon, précédée de son sourire. Il me sembla aussitôt qu’une lame de couteau délicatement s’enfonçait dans ma poitrine, détourait mon coeur, que deux mains gantées de blanc le saisissaient, le sortaient de sa cage d’os et le faisaient rouler – comme ces ballons en mousse colorée qu’on donne aux enfants en bas âge – aux pieds de la jeune femme sans qu’elle parût s’en émouvoir.


Quand elle fut assise sur le divan, son sourire qui ne l’avait pas quittée se déploya autour d’elle en cercles concentriques, légèrement tremblants sur leur bord extérieur et diffusant dans tout le salon une atmosphère de spiritualité aimable dont elle était la source, l’inspiratrice et la souveraine.


Louise Amour était partout, sur le divan mais aussi sans mon crâne, assise sur les moelleux replis de mon cerveau où elle croisait et décroisait les jambes.


Je devins fou et personne ne s’en aperçu : le visage de Louise Amour remplissait le monde à ras bord. Il n’y avait plus rien d’autre.


Mais la beauté charnelle ne semblait être chez Louise Amour que la servante d’une puissance bien plus considérable, celle de son âme et de ce qui m’apparut alors d’une bonté ruisselante : quand ses yeux se tournaient vers moi, j’existais plus sûrement et noblement qu’un ange auprès de Dieu.


Elle me tendit la main. Saisir une main, c’est à chaque fois mettre ses doigts dans une prise électrique et aussitôt connaitre l’intensité qui circule sans bruit sous la peau de l’autre.

Challenge au fil des saisons et des pages : 1/5

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10 réflexions sur “Louise Amour de Christian Bobin

    • Je ne peux que te conseiller de découvrir cet auteur que j’adore mais je ne suis pas sûre que ce soit le meilleur livre pour cela… 😉
      PS : je viens tout juste de commencer La servante écarlate 🙂

  1. J’ai lu un seul roman de cet auteur, et n’ai pas accroché. On m’a souvent poussée à lire un autre titre de lui, à croire que je loupe vraiment quelque chose ! Mais, je ne le sens pas encore… En as-tu un en particulier à me conseiller ?

    • J’en ai un que j’aime vraiment tout particulièrement, c’est Isabelle Bruges, un vrai régal pour moi mais j’aime beaucoup la plume de l’auteur en temps normal… je ne sais pas si tu aimeras autant que moi. Les aspects mystiques qui rebutent certains lecteurs font pour moi partie intégrante de l’écriture de Bobin et je l’accepte ainsi. Du coup, je suis rarement déçue par ses oeuvres pour lesquelles j’ai toujours de l’affection. Qu’est-ce que tu as lu de lui ?

      • J’ai lu La plus que vive. Je me suis sentie exclue du discours en fait. Mais c’était il y a longtemps, mon avis serait peut-être autre aujourd’hui ! Je note le titre que tu me conseilles alors 🙂

      • En tout cas il a été pour moi un beau moment marquant dans ma vie de lectrice, mais ça reste très subjectif bien sûr 😉

  2. Je sais à quel point tu aimes cet auteur … et c’est grace à toi que j’ai découvert Isabelle Bruges. je dois lire « La plus que vive ». Bises

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