Mémoire de fille d’Annie Ernaux


Editions Folio – 166 pages
Littérature française

L’auteur évoque l’été 1958 et sa première nuit avec un homme, passée dans une colonie dans l’Orne. Elle raconte l’onde de choc provoquée par ce moment et interroge la fille qu’elle a été en allant et venant dans l’écriture d’hier et d’aujourd’hui.

MON AVIS :

En se confrontant, sans concessions mais avec objectivité et bienveillance, à la jeune fille ignorante des choses de l’amour qu’elle était, ivre de sa première histoire et abusée par un homme qui n’a pas su voir en elle la petite fille éveillée au monde des adultes, Annie Ernaux se livre sans fard mais avec beaucoup de courage.
De pages en pages, elle dessine celle qu’elle était à la lumière de celle qu’elle est devenue. Une plongée dans son passé qui alterne brillamment entre réflexions au présent et actions du passé, sans enjoliver ni repenser ce passé fait d’erreurs, d’attentes et de maladresses. Car c’est bien en acceptant cette vision, sublime et intime qu’Annie Ernaux prouve toute sa grandeur d’âme et sa force de caractère. Oui, c’était bien elle cette jeune fille avide de découvertes, soucieuse de trouver une histoire d’amour idéale, abusée dans ses désirs et brimée dans ses attentes.
Une oeuvre écrite, sur le fil d’une pensée, qui aurait tantôt fait de basculer vers un malheureux voyeurisme ou vers une franche impudeur mais qui parvient, par une écriture franche et plutôt directe, à créer un lien bienveillant entre passé et présent, désillusions d’adolescence et vécu de femme. Une belle façon de parler à celle qu’elle était et grâce à qui elle est devenue celle qu’elle est aujourd’hui.

J’ai voulu l’oublier aussi cette fille. L’oublier vraiment, c’est-à-dire ne plus avoir envie d’écrire sur elle. Ne plus penser que je dois écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil ; sa faim et son sang tari. Je n’y suis jamais parvenue.

Un grand merci aux éditions Folio et à Livraddict pour ce partenariat !

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6 réflexions sur “Mémoire de fille d’Annie Ernaux

  1. Je n’ai lu qu’un ( court ) livre de Annie Ernaux  » Passion simple « , j’en garde un souvenir fort, notamment pour le style franc, sans complaisance, et pourtant sans être dur, Très empathique.

    • Tu retrouveras cette plume dans ce roman. Passion simple était également très percutant. Ici, le regard qu’elle porte sur elle-même est incroyable, entre lucidité et bienveillance. C’est très troublant !

  2. J’ai adoré certains titres d’Annie Ernaux (Les années, La place, Passion simple) quand d’autres me sont tombés des mains, et paradoxalement, j’ai aimé les uns pour la même raison que j’ai eu du mal à supporter les autres : les romans d’Annie Ernaux sont des romans de l’intimité, de l’introspection, ce qui tantôt leur confère une sensibilité très émouvante, tantôt les rend si personnels que j’ai du mal à m’y intéresser… mais je reconnais en revanche qu’elle a une écriture sublime, à la fois sobre, musical et très juste.

    • Je comprends tout à fait ton commentaire et j’ai d’ailleurs eu parfois un peu peur avec celui-ci que cette « introspection » ne se transforme en quelque chose de très impudique qui m’aurait mis mal à l’aise.. Elle est toujours sur le fil et c’est aussi ce qui en fait une oeuvre très atypique. Cela dit, il y a un autre risque avec ce genre de récits… C’est de raconter souvent la même chose sans parvenir à se détacher de ce rapport à l’intime toujours très présent..

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