Vos désirs sont désordres de Mako Yoshikawa


Editions J’ai lu – 318 pages
Littérature américaine

Kiki Takehashi, jeune New-Yorkaise d’origine japonaise, est hantée par Phillip, son premier amour, qui rôde dans sa vie comme un fantôme. Tous les jours, il vient, s’assied à ses côtés et la regarde vivre. Elle, pour sa part, lui parle et l’aime encore ; c’est pourtant un autre homme, Eric, qu’elle s’apprête à épouser. En questionnant sa mère Akiko et sa grand-mère Yukiko, ancienne geisha de Tokyo et experte dans l’art des désirs, Kiki va tenter de se frayer un chemin dans sa propre vie amoureuse.

MON AVIS :

Récit intérieur liant le destin de trois femmes, Vos désirs sont désordres évoque avec langueur, les notions de deuil, de perte d’identité, de désir et d’amour. Des thèmes souvent traités en littérature, ici ravivés par une plume délicate malgré les nombreuses longueurs du récit.
Ainsi et même si certains passages apparaissent très réussis (les apparitions de Phillip, le premier amour de la narratrice disparu de sa vie, en fantôme muet indéchiffrable), d’autres peinent à convaincre (le passage d’un destin à l’autre, le dialogue imaginaire entre la narratrice et sa grand-mère encore inconnue). En alliant les destins de trois générations de femmes, Mako Yoshikawa tisse un lien invisible entre les amours vécus et fantasmés.
Un roman intrigant mais finalement plutôt convenu dans son approche du thème, qui ne parvient jamais totalement à emporter le lecteur vers de nouveaux horizons.

Jamais plus dans ma vie il n’y aura quelqu’un comme Philipp. Il était pour moi ce que Sekiguchi était pour Yukiko, ce que Kenji représentait pour ma mère, et s’il est une chose que m’ont enseigné les histoires que ma mère me racontait le soir, avant que je m’endorme, c’est que, dans ma famille, les femmes ne renoncent jamais. Jamais plus il n’existera quelqu’un comme lui, et il ne me reste, des moments passés ensemble, rien d’autre qu’un fantôme nu qui habite chez moi et dépérit lentement.


Quand décembre viendra, lorsque l’air sera coupant et lumineux, ma grand-mère et moi seront devenues de vieilles amies. Je lui prêterai mon écharpe la plus chaude, et nous traverserons Central Park, bras dessus bras dessous, comme deux écolières.
Obaasama, dirai-je (sans bafouiller désormais, car ce mot coulera comme du beurre sur ma langue), comment as-tu fait pour survivre sans avoir appris à oublier ?


Quand tout est fini, une envie me prend d’aller me blottir dans un coin pour me cacher, comme Phillip semble résolu à le faire, depuis quelques temps, et je réalise soudain que c’est précisément ce que je redoute le plus de son fantôme : qu’il soit là pour m’empêcher de sortir des ombres de mon appartement.


Je vais leur parler d’Eric, mais surtout de Phillip, comment je l’aimais, comment je l’ai perdu et comment je l’ai pleuré pendant plus d’un an. Je leur raconterai qu’il est revenu quelque temps, nu, muet et dépérissant lentement, pour se tapir dans les ombres et les recoins de mon appartement, et puis qu’il s’en est allé.
Je leur dirai que je continue à le guetter, mais qu’un jour, je cesserai de le faire. Je leur dirai que je l’ai déjà laissé partir, avec tristesse, mais sans amertume ni regret, reconnaissante de l’avoir connu et aimé pendant tout ce temps.
Comme l’a fait ma mère avec l’homme qu’elle aimait, et sa mère avant elle.

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2 réflexions sur “Vos désirs sont désordres de Mako Yoshikawa

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