Le consentement de Vanessa Springora


Editions Grasset – 208 pages
Littérature française

Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. À treize ans, dans un dîner, elle rencontre G., un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses œillades énamourées et l’attention qu’il lui porte. Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin «  impérieux  » de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables. Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire. V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman.

MON AVIS :

A travers un style journalistique clair, dénué de sentimentalisme, Vanessa Springora, jeune éditrice française, dénonce au-delà des années, l’emprise d’un homme sur la jeune femme qu’elle était. En décidant d’enfermer le prédateur dans son roman, comme il a utilisé son image pour nourrir son travail littéraire, elle boucle la boucle, se libère du sentiment de soumission et dénonce avec beaucoup de recul et d’humilité l’appropriation – par un homme à la réputation sulfureuse – de sa jeunesse et d’une grande partie de sa vie.
A l’heure où la parole des femmes se libère – un peu, parfois – Vanessa Springora énonce sa vérité, celle qui a longtemps mûrit en elle, lui arrachant la tendresse de ses années adolescentes, l’image positive d’elle-même, son rapport aux autres et sa confiance en l’Homme.
Mais au-delà de sa propre histoire, l’auteure dénonce un système souvent complaisant avec les agissements répréhensibles d’un homme protégé par son statut d’auteur. Vanessa Springora n’est pas la seule victime d’un système qui tait la parole parce qu’elle est jeune et inexpérimentée, influençable ou faite d’illusions. Au-delà du milieu littéraire, journalistique et du monde de l’édition qu’elle évoque, c’est toute une société – qui se cache derrière une époque aux moeurs différentes – qu’elle dénonce et désigne dans son oeuvre, interrogeant par là même la notion de consentement. Un premier roman au thème difficile mais à la lecture indispensable. Une oeuvre écrite avec beaucoup de recul et de maturité, parfois emprunt d’un terrible sentiment de culpabilité mais aux mots libérateurs. A découvrir.

Depuis tant d’années, je tourne en rond dans ma cage, mes rêves sont peuplés de meurtre et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre.

Un grand merci aux éditions Grasset pour la découverte de ce roman.
Vanessa Springora, invitée de l’émission Quotidien de Yann Barthès le 7 janvier 2020 (replay) est également invitée de la Grande librairie ce soir (France 5 – 20h50), n’hésitez pas à l’écouter.

14 réflexions sur “Le consentement de Vanessa Springora

    • C’est assez incroyable comme affaire en effet (merci pour le podcast !), la médiatisation de l’auteure prouve bien que la société a changé et que la parole des victimes est davantage considérée. Cependant, le chemin est long et les victimes sont souvent seules une bonne partie de leurs vies.

  1. J’ai entendu parler de cet homme il y a peu de temps. C’était dans une vidéo de l’émission de Bernard Pivot, Apostrophe. Il se défendait de séduire puis de profiter de très jeunes adolescentes d’une façon affreuse. Il tenait des propos choquants aujourd’hui en 2020 et qui pourtant ne dérangeaient personne sur le plateau à part une auteure canadienne.

    • C’est exactement ce que dénonce Vanessa Springora, cette complaisance de la société à l’égard de cet homme qui ne se cache pas de commettre certains actes, publie ses livres, ne protège pas les enfants etc. C’est assez incroyable de revoir ces images maintenant et effectivement, l’intervention de Denise Bombardier est salvatrice. Peut-être qu’on voit déjà la différence de traitement des victimes entre le Canada et la France à cette époque.

  2. Cet ouvrage m’intéresse et ton avis me donne encore plus envie de le lire !
    (et ne connaissant pas cet « homme de lettres » vu mon âge, j’ai été choquée de voir une telle protection envers ce gars depuis tellement d’années) (même si on sait que ses potes prédateurs sexuels sont également tjs là dans les medias sans souci).

    • Il y a vraiment une importante forme de cynisme dans notre société : des maisons d’éditions publient des romans ouvertement répréhensibles, des journaux acceptent de publier une lettre qui demande la libération sexuelle des mineurs… C’est assez incroyable de lire ça aujourd’hui ! Je te conseille vraiment ce roman qui présente de nombreux passages hallucinants !

    • Oui, tous les éditeurs retirent ses livres de la vente. Ce qui est malheureux c’est qu’il ait fallu attendre autant d’années et qu’une parole ait révélé le contenu de ses romans au grand public. Les éditeurs qui ont accepté de publier ses écrits connaissaient nécessairement le contenu et l’ont quand même publié depuis des années. C’est aussi ce que dénonce Vanessa Springora : une forme de défense sans concessions de l’auteur malgré ses agissements.

  3. Encore un beau scandale qui éclate. Quand on pense que l’auteur dénoncé ici a reçu les lauriers de la critique alors même qu’il parlait ouvertement de ses amours avec des ados voir des enfants …
    Au fait, bonne année 2020 à toi 🙂

    • C’est tout à fait ça qui est choquant aujourd’hui. Vanessa Springora semble d’ailleurs être la première surprise du retentissement médiatique que prend son livre. Elle indique qu’elle n’a rien révélé et que tout était déjà dans ses romans ! Et aujourd’hui, les éditeurs renoncent à publier ces mêmes romans… C’est le comble du cynisme 😉 Belle année à toi également !

  4. Mais ça fait vraiment TRES longtemps que je n’étais pas venue te lire, ce livre est dans ma PAL alors je reviendrai lire ta critique plus tard. Je crois que j’ai fini de rattraper mon retard. Je t’embrasse.

    • Ca me fait vraiment plaisir de te recroiser ici, merci d’avoir pris le temps de commenter plusieurs articles. C’est toujours un plaisir de lire ton ressenti sur telle ou telle lecture. J’ai moi aussi hâte d lire ta chronique sur Le consentement. On en a beaucoup parlé maintenant et certains passages ont peut-être souffert d’une trop grande médiatisation mais je suis ravie de cette lecture. Tu lis quoi en ce moment ? Tu arrives à ne pas craquer et à vider ta PAL ? Bises à toi et à bientôt 🙂

      • Ca y est, je l’ai lu et je me suis souvenue que je devais repasser par ici lire ta critique qui colle assez bien à la mienne ! Publication demain, pas eu le temps aujourd’hui.
        Sinon, je n’ai pas trop craqué, j’ai pris de sages résolutions, un achat pour 3 livres lus … je tiens à peu près et le confinement va m’aider à vider ma PAL (mais je suis en télétravail et je ne bulle pas toute la journée non plus 😉 ! )
        Et puis après des livres comme celui là ou mur Méditerranée, j’ai besoin de souffler un peu alors je lis un peu de BD ou du polar « léger » ! Bises

      • Coucou, je file lire ton avis ! Tu t’es mise à la BD ? C’est sympa, qu’est- que tu as découvert récemment ? Moi, j’ai découvert un album vraiment super (même si ce n’est pas de la BD) : 100 ans , tout ce que tu apprendras dans la vie. C’est superbe mais c’est difficile de poser des mots sur ce que j’ai ressenti alors ma chronique se fait un peu attendre mais on en reparlera peut-être 😉 bisous à toi et bon courage en cette période particulière !

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