La vraie vie d’Adeline Dieudonné


Editions L’iconoclaste – 266 pages

Littérature belge

C’est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est un chasseur de gros gibier. La mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe à jouer dans les carcasses de voitures de la décharge. Jusqu’au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent.
Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait tout annuler, revenir en arrière. Effacer cette vie qui lui apparaît comme le brouillon de l’autre. La vraie. Alors, en guerrière des temps modernes, elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l’existence. Elle fait diversion, passe entre les coups et conserve l’espoir fou que tout s’arrange un jour.

MON AVIS :

Auréolé de nombreux prix littéraires – Renaudot, prix des lycéens 2018, prix du roman FNAC 2018, Grand prix des lectures Elle 2019 – le premier roman d’Adeline Dieudonné étonne par une écriture directe qui emporte le lecteur dans les méandres d’une violence quotidienne soutenue.
La jeune narratrice est d’une curiosité brillante et d’une ténacité sans failles. Pour échapper au réel, sauver son jeune frère d’une violence vécue qu’il ne comprend pas, pour tenter d’apaiser ses blessures, elle n’aura de cesse d’essayer de l’entraîner sur le chemin des jours heureux et de trouver des solutions pour « réparer » les erreurs des adultes.
Un premier roman aux personnages intéressants et à l’écriture claire qui parvient, en quelques pages, à nous confronter à un climat de tensions permanent. Si le personnage principal qui vit dans ce contexte depuis toujours, semble parfois détaché, le rapport qu’elle entretient avec son frère, ce lien fort qu’elle souhaite sauver, en fait un fil conducteur sensible et délicat, nécessaire à la trame parfois simpliste du récit. Une oeuvre intéressante par son sujet même si la violence sous-jacente du récit aurait peut-être méritée davantage d’explications et un développement plus nuancé.

Elle nous a dit comme ça, avec sa voix de vieux klaxon et son parfum de plage : « Les têtards, vous savez, il y a des gens qu’il ne faut pas approcher. Vous apprendrez ça. Il y a des gens qui vont vous assombrir le ciel, qui vont vous voler la joie, qui vont s’asseoir sur vos épaules pour vous empêcher de voler. Ceux-là, vous les laissez loin de vous. Lui, il fait partie de ceux-là.

22 réflexions sur “La vraie vie d’Adeline Dieudonné

    • C’est un peu ce qui m’a gênée moi aussi. Parfois, cela manque un peu de profondeur ou d’explication je ne sais pas comment le dire. Mais pour un premier roman, c’est quand même bien écrit et le lien entre le frère et sa soeur, leur rapport respectif à la violence est plutôt bien mené !

    • A vrai dire, je n’ai pas été « choquée » par la violence contenue dans le roman même si on sent bien son omni-présence. D’autres romans m’ont semblés plus violents (je pense à l’amour et les forêts par exemple qui me faisait me sentir prisonnière du roman), ici ce n’est pas le cas. Ce n’est pas tant la violence pour elle-même que le fait qu’elle soit presque « normale » pour ses protagonistes qui en fait un roman violent je trouve. Même s’il m’a manqué un petit quelque chose pour déclencher le coup de coeur ou pour devenir une lecture qui te hante, je trouve que c’est un très bon premier roman !

      • Je suis d’accord avec toi, il est très bien écrit et l’on s’en souvient mais il ne hante pas longtemps après sa lecture ! Je n’ai pas lu ceux que tu cites, mais ils me mettraient sans doute mal à l’aise.

      • L’amour et les forêts a été une vraie claque littéraire et je ne suis pas prête de le relire… O-o, j’ai d’ailleurs bien du mal à le conseiller mais il m’a hanté longtemps…

    • Tu as raison, je repense particulièrement à l’élément déclencheur qu’on ne voit pas venir et toute la violence qui s’en suit parce que justement, rien n’est expliqué aux enfants. Ca a été pour moi, l’une des scènes les plus cruelles…

    • C’est vrai qu’il y a une vraie ambiance dans ce roman même si je l’ai trouvée parfois un peu clinique. Pour un premier roman, c’est plutôt bluffant !

  1. J’avais bien aimé ce livre. Je l’ai lu dès sa sortie avant qu’on en fasse des tonnes dessus et du coup, je crois que ça m’a aidé à l’apprécier correctement … bluffant pour un premier roman, tu as raison.

    • C’est vrai que le style est déroutant.. Ce qui m’a moins convaincu, c’est surtout le traitement de la violence qu’on sent bien mais qui manquait de nuances pour moi.

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