La peste d’Albert Camus


Editions Folio – 279 pages
Littérature française

«– Naturellement, vous savez ce que c’est, Rieux?– J’attends le résultat des analyses.– Moi, je le sais. Et je n’ai pas besoin d’analyses. J’ai fait une partie de ma carrière en Chine, et j’ai vu quelques cas à Paris, il y a une vingtaine d’années. Seulement, on n’a pas osé leur donner un nom, sur le moment… Et puis, comme disait un confrère : « C’est impossible, tout le monde sait qu’elle a disparu de l’Occident. » Oui, tout le monde le savait, sauf les morts. Allons, Rieux, vous savez aussi bien que moi ce que c’est…– Oui, Castel, dit-il, c’est à peine croyable. Mais il semble bien que ce soit la peste.

MON AVIS : 

Clairvoyante dans son approche de la pandémie, terrifiante dans l’évocation de l’impuissance humaine, les multiples facettes de La peste de Camus continuent d’étonner et de fasciner. En cette période de pandémie mondiale, cette lecture est difficile tant elle est moderne et actuelle. Ses nombreuses lectures, techniques, littéraires, philosophiques en font une oeuvre à part d’une grande puissance évocatrice. La peste incarne le Mal incontrôlable, ses conséquences sur les êtres, la confrontation à l’impuissance et à l’irrationnel, la colère et la résignation mais aussi l’éveil à la solidarité et à l’organisation collective. A travers les mots puissants de Camus et la magnificence narrative de son oeuvre, le Mal prend un visage diffus et s’adresse à chacun. Un récit qui n’a rien perdu de son actualité et qui rappelle combien la vie humaine, suspendue aux catastrophes invisibles, demeure précieuse et fragile. A découvrir absolument.

Le soir, la même foule emplissait les rues et les queues s’allongeaient devant les cinémas. D’ailleurs, l’épidémie sembla reculer et, pendant quelques jours, on compta une dizaine de morts seulement. Puis, tout d’un coup, elle remonta en flèche. Le jour où le chiffre des morts atteignit de nouveau la trentaine, Bernard Rieux regardait la dépêche officielle que le préfet lui avait tendue en disant : « Ils ont eu peur. » La dépêche portait : « Déclarez l’état de peste. Fermez la ville ».


Ecoutant, en effet, les cris d’allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée. Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années dormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse.

18 réflexions sur “La peste d’Albert Camus

  1. je voulais le lire pendant le confinement mais ma version poche est en caractères minuscules donc compliqué! et frustrant
    je vais me procurer une version e-book ce sera plus simple
    un 3e cas de peste a été découvert ces derniers jours en Mongolie…

    • Je ne savais pas pour la Mongolie mais cela donne à réfléchir. La force du récit de Camus c’est que derrière le terme de peste, on peut tout imaginer, le mal dans toutes ses acceptions dont l’extrémisme, les idées radicales etc. c’est vraiment la force de ce récit ses multiples lectures. J’espère que tu apprécieras ta lecture, on en reparlera peut-être 🙂

  2. Je me promets de le relire depuis longtemps, mais j’ai récemment réalisé qu’il n’était plus dans ma bibliothèque (encore un prêt qu’on ne m’a jamais rendu…) !

  3. Je me souviens où j’étais quand je l’ai lu, mon état d’esprit, les mots, les idées, une révélation…… Une histoire pour parler de tout ce qui peut ravager l’homme, l’humanité. Un chef-d’oeuvre 🙂

    • L’épilogue est très fort je trouve, on sent bien que la menace n’a pas été éradiquée et qu’elle attend sagement son heure. Une œuvre très actuelle.

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