Un dimanche matin de Johanne Rigoulot

Un dimanche matin
Editions Pocket – 232 pages

Littérature française

C’est un fait divers comme la France en compte des centaines chaque année. Quand, au hasard d’une conversation, j’évoque « mon cousin condamné pour le meurtre de sa femme », je m’étonne de la surprise des gens.
Les crimes et délits saturent les journaux et nourrissent nos imaginaires. Ils doivent bien trouver leur réalité quelque part. Elle est la mienne et celle de ma famille depuis ce soir de juillet 2004.
Pierre a tué un dimanche matin avant de cacher le cadavre de sa victime. Par les multiples atteintes portées au corps de sa femme, mère de ses deux enfants, il a contraint le monde à parler d’elle au passé. Trois jours plus tard, le temps d’une mise en scène grossière révélée par l’enquête, l’affaire envahissait nos vies.
La famille est un organisme vivant. Qu’un seul élément l’intoxique et le corps entier entre en lutte.

MON AVIS :

En évoquant l’histoire de sa famille, devenue la famille d’un auteur de féminicide, Johanne Rigoulot dévoile l’étrange paradoxe qui habite ses membres. Du souvenir de l’homme d’avant à celui réduit à l’acte de tuer, de la douleur de deux familles déchirées à la volonté de comprendre comment le basculement est possible, l’auteure tisse une oeuvre riche et complexe. En choisissant une écriture la plus objective possible, elle questionne le rapport de sa famille mais également son propre ressenti face à l’acte intolérable. Sa déflagration familiale. La place de la victime, les procès successifs, mais aussi l’univers carcéral, la rupture avec les possibles décisions du quotidien, l’amputation d’un membre au sein de sa famille et au sein de la société, la terreur et la radicalité du geste, autant de thèmes que Johanne Rigoulot, bien que nécessairement partiale, met en exergue, drapée dans une dignité objective.
Une oeuvre de l’intime, un parcours personnel pour un témoignage authentique, souvent difficile tant il nous renvoie à la violence inexplicable, aux conséquences du basculement et à son linceul social. A découvrir.

L’histoire dramatique que je m’apprête à raconter compte une morte, deux orphelines et deux familles dévastées. La souffrance se diffuse par capillarité. Elle a frappé tous les proches de Pierre et de Katia. Elle nous a touchés, les miens et moi, bousculant notre conception du bien et du mal, notre approche de l’intime.


L’harmonie n’existe pas dans un fait divers. On y trouve le manque d’amour, la violence et le chagrin ; on y est assourdi par la dissonance. Mais, à travers ce marasme, il raconte quelque chose de nous et de nos désirs.


Pierre n’est jamais là où on l’attend, et la cour s’épuise sur le chemin cahoteux de sa pensée. Entre le monde et lui, le torrent de ses émotions semble infranchissable.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Pocket pour leur confiance.

6 réflexions sur “Un dimanche matin de Johanne Rigoulot

    • Ce qui est intéressant ici, c’est que l’expérience est vécue de l’intérieur de la famille et qu’il ne s’agit pas de la famille de la victime mais bien de l’auteur. Comment un geste fatal éclabousse toute une famille et comment on parvient à vivre avec ça. L’auteure a fait un travail sur elle-même pour écrire cet essai dont je ne regrette pas la lecture. Tu me diras ce que tu en as pensé si tu le lis ?

  1. Je n’ai pas trop envie de lire ça ! Avec tous les féminicides dont on parle, le recrudescence des cas de violence pendant le confinement, ce n’est pas le bon moment pour cette lecture ! Bises

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