Les classiques en BD : les fables de La Fontaine de Bruno Heitz


Editions Casterman – 1 tome

« La Cigale et la Fourmi », « Le Corbeau et le Renard », « Le Lièvre et la Tortue »… Autant de fables que les enfants apprennent à l’école depuis des générations.
Cette fois, Bruno Heitz les revisite en bande dessinée. L’occasion de savourer avec un plaisir nouveau, ces textes en vers parfaitement ciselés dans leur version originale.
24 fables, des plus incontournables aux moins connues, pour entrer de plain-pied dans l’imaginaire malicieux de Jean de la Fontaine.

MON AVIS :

A travers les jolies illustrations de l’auteur, Les fables de La Fontaine connaissent une nouvelle jeunesse. Partant de l’histoire de La Fontaine, de la volonté qu’il a eu de critiquer son époque à travers la figure des animaux, Bruno Heitz explique aux plus jeunes l’art de la satire sociale. Une belle initiative joliment mise en images qui permet d’appréhender les principales fables de l’auteur (La cigale et la fourmi, Le chêne et le roseau, le lièvre et la tortue etc.). Les dessins apportent ici un véritable plus puisqu’ils permettent de visualiser des mots et tournures de phrases parfois difficiles en les rendant accessibles aux plus jeunes.
Une belle façon de mieux faire connaitre ces fables, tout à la fois ludique et instructive. A recommander !

Je remercie les éditions Casterman qui m’ont permis de redécouvrir ces fables !

Les fables de la Fontaine en BD1

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Culottées, Tomes 1 & 2 de Pénélope Bagieu

Tome 1 : Guerrière apache ou sirène hollywoodienne, gynécologue ou impératrice. Pénélope Bagieu dresse le portrait de quinze femmes combattantes et hors normes qui ont bravé la pression sociale de leur époque et inventé leur destin.

 

 

 

Tome 2 : Sonita, rappeuse afghane et exilée militante ; Thérèse, bienfaitrice des mamies parisiennes ; Nellie, journaliste d’investigation au XIXe siècle ; Cheryl, athlète marathonienne ; Phulan, reine des bandits et figure des opprimés en Inde… Les Culottées ont fait voler en éclat les préjugés. Quinze nouveaux portraits drôles et sensibles de femmes contemporaines qui ont inventé leur destin.

MON AVIS :

C’est une véritable claque que nous propose Pénélope Bagieu avec ces deux tomes d’une grande richesse narrative et d’une grande beauté visuelle. Des destins de femmes incroyables à la fois révoltées, résistantes, rebelles, humanistes, faillibles, sublimes. Toutes sont singulières dans leurs combats et leurs engagements. Toutes sont marquées par la disgrâce liée à leur sexe et se battent pour leur liberté et leur dignité. A travers toutes les époques et tous les combats, l’auteure nous prouve, une fois encore, combien elle s’intéresse aux questions d’actualité et combien elle sait mettre son talent au service d’un sujet qui la touche. Son trait, d’une grande précision montre avec maturité qu’elle a saisi l’essentiel de la vie de ses héroïnes. Le pari est réussi, vous ne pourrez plus ignorer le destin de ces femmes extraordinaires et souhaiterez certainement en apprendre davantage sur elles…

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Ces jours qui disparaissent de Timothé Le Boucher


BD française – 1 tome

Que feriez-vous si d’un coup vous vous aperceviez que vous ne vivez plus qu’un jour sur deux ? C’est ce qui arrive à Lubin Maréchal, un jeune homme d’une vingtaine d’années qui, sans qu’il n’en ait le moindre souvenir, se réveille chaque matin alors qu’un jour entier vient de s’écouler. Il découvre alors que pendant ces absences, une autre personnalité prend possession de son corps. Un autre lui-même avec un caractère bien différent du sien, menant une vie qui n’a rien à voir.

MON AVIS :

Bande dessinée addictive, Ces jours qui disparaissent nous plonge dans une spirale infernale faite d’incompréhensions, d’attentes et de frustrations. Une recherche identitaire savamment menée qui conduit le lecteur de pages en pages jusqu’à un incroyable dénouement.
Les dessins, plutôt classiques, installent progressivement l’histoire et mettent en place un scénario très bien pensé, vivant et original. Les personnages sont attachants, nuancés et d’une belle humanité. Une très jolie découverte, addictive et étonnante.

Le grand méchant renard de Benjamin Renner

Le grand méchant renard
Editions Shampooing – 1 tome

Face à un lapin idiot, un cochon jardinier, un chien paresseux et une poule caractérielle, un renard chétif tente de trouver sa place en tant que grand prédateur. Devant l’absence d’efficacité de ses méthodes, il développe une nouvelle stratégie. Sa solution : voler des oeufs, élever les poussins, les effrayer et les croquer. Mais le plan tourne au vinaigre lorsque le renard se découvre un instinct maternel…

MON AVIS :

A travers des dessins vifs aux contours parfois flous, Benjamin Renner s’amuse à créer un mouvement désordonné qui colle bien au personnage du renard chétif qui s’agite pour trouver une solution un peu désavantageuse. Une BD humoristique qui met en place tous les ressorts du genre, proposant des personnages colorés – une poule hystérique, un chien paresseux, un lapin qui s’allie à un cochon pour faire la chasse au renard voleur de poule, sans oublier un loup pragmatique.
Une oeuvre sans humains, qui n’est pas sans rappeler La ferme des animaux de George Orwell. Néanmoins, passée la rencontre avec le sympathique renard, et sa quête éperdue de reconnaissance de la qualité de prédateur, l’oeuvre s’épuise assez vite et les ressorts humoristiques s’affaissent, créant parfois des situations attendues et répétitives. Une rencontre sympathique avec des animaux qui le sont tout autant sans toutefois parvenir à me toucher totalement.

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Escape journey, tome 1 de Ogeretsu Tanaka


Editions Taïfu Comics – manga / public averti

Taichi et Naoto sortaient ensemble à l’époque du lycée. Néanmoins, ce dernier décida de rompre quand son partenaire lui dit que leur relation n’allait pas plus loin que le sexe selon lui. Ils se recroisent pourtant lors de leur premier jour de fac. Même si Naoto est toujours en colère, il se rend compte que Taichi a changé et commence peu à peu à lui pardonner. Seulement, Naoto est angoissé à l’idée de retomber dans les écueils du passé. Parallèlement, Fumi, une camarade, tombe amoureuse de Taichi et un rendez-vous arrangé est organisé.

MON AVIS :

Récit du passage d’une « amourette » adolescente à une histoire d’amour plus adulte, Escape Journey reprend des thèmes classiques de la littérature et d’un certain genre de manga : la recherche de soi, de sa sexualité, le rapport à la société traditionaliste, l’interrogation sur sa propre place au sein d’un groupe et de la norme.
Ici, c’est avant tout le regard que porte le mangaka sur la société en général et plus particulièrement sur la société japonaise qui est intéressant. Comment cette société, basée sur le mariage entre deux personnes de sexes différents, accepte-t-elle l’homosexualité et comment les jeunes peuvent-ils s’affirmer face au poids des traditions ?
Autant de questions intéressantes, portées par des dessins d’une grande beauté visuelle. Une oeuvre qui aurait pu susciter davantage de questions, au-delà des nombreuses scènes de sexe qui desservent parfois le propos. Mais c’est tout particulièrement une scène – celle d’un viol – qui m’a fait bondir et qui, au-delà de l’indignation qu’elle suscite, interroge sur le rapport qu’ont nos sociétés à cette forme d’agression. Aussi incroyable que cela puisse paraître, cette scène, explicite, ne sert pas à dénoncer une violence mais plutôt à « expliquer » un rapport amoureux. Impossible dès lors de comprendre ce tome qui semble légitimer une telle violence, sans l’expliquer et sans en faire un motif d’interrogation et d’indignation. Je suis profondément choquée de constater que ce genre de scènes existe encore en littérature visuelle et qu’elle passe presque inaperçue…
Un récit qui aurait pu être une ode à la tolérance au travers de la recherche de sa propre sexualité et qui est salit par une scène odieuse, qu’il m’est pour ma part impossible de tolérer.

Je remercie néanmoins Livraddict et les éditions Taïfu comics pour l’envoi de ce premier tome.

La tectonique des plaques de Margaux Motin


Editions Delcourt / Tapas BD – 1 tome

Cuites, dérapages et autres séismes dans sa vie de jeune mère célibataire À 35 ans, Margaux Motin raconte les récents bouleversements qui ont secoué son existence. En magnitude 10 sur léchelle de Richter, sa nouvelle histoire damour avec son meilleur pote, pour qui elle change radicalement de vie. Et comme toute nana post-trentenaire qui prend des décisions très vite, le retour de flammes sera brutal.

MON AVIS :

Entre humour et émotion, Margaux Motin se raconte, s’expose, se découvre, se reconstruit. A travers une succession de saynètes, on retrouve l’humour mordant de son blog, à la fois cru et osé. Margaux Motin ne mâche pas ses mots et exhibe ses pensées les plus intimes à travers des dessins toujours très réussis.
Si l’on peut une fois de plus s’interroger sur l’intérêt de créer une BD reprenant des thématiques utilisées sur le blog très en vue de la dessinatrice, certains tableaux restent très réussis et prouvent qu’une mise en image vaut bien de nombreux mots.
Une BD générationnelle, à réserver avant tout aux fans de la dessinatrice mais qui révèle tout le talent artistique de son auteur.

Rôles de composition de Jimmy Beaulieu

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Editions Vraoum – 1 tome

Noémie est comédienne. Elle va de rôle en rôle, du théâtre au cinéma, des publicités aux œuvres expérimentales, de petits cachets en espoirs déçus, en attente d’une rencontre avec le grand succès. Dans sa vie amoureuse, elle oscille aussi, tentant de concilier ses amours et la vie d’actrice. Va-t-elle rester avec sa blonde Colette ou quitter le Québec pour retrouver une belle Allemande à l’autre bout du monde ?
La chronique intime d’une jeune femme émancipée, parfois perdue, en recherche d’elle même.

MON AVIS : 

C’est avec beaucoup de pudeur et de sensibilité que Jimmy Beaulieu nous présente ses héroïnes des temps modernes. A la fois déterminées et indécises, tendres et fortes, délicates et sensuelles, elles nous offrent une vision contemporaine du rapport amoureux et de ses tentations.
Fragmentée en différentes étapes qui composent la vie de couple: séduction, sexualité, complicité, désir, pardon, l’oeuvre se compose de nombreux moments de l’intime joliment mis en images par un auteur sensible et observateur.
Les couleurs utilisées, variant du bleu pour les scènes familiales au rouge pour les scènes militantes et au rose pour le monde imaginaire s’imbriquent avec clarté, nous laissant à une lecture agréable et parfois audacieuse (certaines bulles sont entièrement écrites en anglais ou allemand et des paroles musicales irriguent savamment le récit). Une étude de mœurs réaliste aux personnages attachants. A découvrir.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Vraoum pour cette jolie découverte.

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La présidente de Farid Boudjellal et François Durpaire

Le Présidente

Editions Les arènes – 1 tome

Le 7 mai 2017, Marine Le Pen est élue première Présidente de la République. Elle vient de battre François Hollande de quelques dizaines de milliers de voix. C’est l’effervescence sur les plateaux télé. Editorialistes, politologues, politiciens se succèdent, incrédules. Tard dans la nuit, des partisans de la nouvelle présidente fêtent la victoire. Des affrontements éclatent sporadiquement. La Présidente est un récit graphique d’anticipation politique, concentré sur les neuf premiers mois du mandat de Marine Le Pen, étayé par une parfaite connaissance des mécanismes économiques, médiatiques et institutionnels. Une plongée dans un futur incertain et chaotique.

MON AVIS :

« Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas… » C’est avec ces mots, présents sur la couverture de cet album, que débute l’histoire de La Présidente. Une plongée terrifiante dans les abîmes du pouvoir, entre incrédulité, échauffourées et programme dissuasif appliqué. Un récit d’anticipation extrêmement bien documenté, porté par des dessins en noir et blanc d’un grand réalisme, qui fait froid dans le dos. On ne ressort pas indemne de la lecture de cette BD, souvent glaçante mais toujours intéressante. Récit d’une plongée dans le chaos, où le pouvoir contrôle les médias, les réseaux sociaux et pratique la censure ; où le pouvoir d’achat est en baisse et le communautarisme exacerbé. Une oeuvre choc, faite pour éveiller les consciences et effrayer les moins farouches qui termine son récit sur une image très forte. A découvrir !

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The fountain de Darren Aronofsky et Kent Williams

The fountain

Editions Emmanuel Proust – 1 tome

Quand un conquistador découvre  » Xibalba « , la fontaine de jouvence des Mayas, il poursuit la même quête sur 1000 ans : sauver sa femme d’une mort certaine.

MON AVIS :

En choisissant de construire son oeuvre originelle sur plusieurs supports, un film et une BD, Darren Aronofsky réussit le difficile pari de réinventer et compléter son histoire.
Un pari audacieux pour une BD réussie, où s’expriment des bulles désordonnées, vives et nerveuses. Les personnages rappellent subtilement ceux du film, tout comme la construction du récit à la fois fluide et multiple. Un conte ésotérique sur l’amour, la mort et la vie mais également sur l’éternité des sentiments et la fragilité de nos existences.
Une oeuvre forte, qui complète utilement le film tout en réussissant la difficile prouesse d’en faire une oeuvre à part qui préexiste indépendamment de ses autres supports. Une seconde vie réussie pour ce joli tableau qui se nourrit autant de fantastique et d’histoire que de mythologie. Une oeuvre à découvrir en complément du film qui était déjà une belle pépite.

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Trou de mémoire tome 1 de Regnauld et Seiter

Trou de mémoire

Editions du Long Bec – 1/2

Fischerman’s Wharf, baie de San Francisco, dans les années 60. Nous sommes au petit matin et il pleut. Un homme élégamment vêtu est allongé au sol. Il reprend péniblement conscience. Il est blessé à la tête et tient un flingue dans sa main. A quelques pas de lui, le cadavre d’une jeune fille qui baigne dans son sang. Il doit se tirer au plus vite. Mais il ne se souvient de rien. Il ne sait pas ce qu’il fait là. Il ne sait même pas qui il est. S’il veut survivre, il devra enquêter sur sa propre existence et comprendre ce qui se passe. Retrouver son identité et le fil de sa vie. Enfin, si ceux qui veulent sa peau lui en laissent le temps.

MON AVIS :

A travers des dessins vifs aux traits nets, Regnauld et Seiter évoquent la perte de mémoire d’un homme et la quête de son passé. Un thème plutôt convenu auquel s’ajoute une enquête policière plutôt basique. Si l’ambiance polar des années 50 est ici bien retranscrite, grâce aux couleurs sombres et sépia des bulles, et si l’aspect un peu cartoon des dessins est un atout de l’album, c’est l’histoire, pour l’instant bien trop attendue, qui pèche ici. Une BD à découvrir si vous aimez ce genre de bulles. Espérons que le tome 2 nous réserve davantage de surprises.

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Un grand merci aux éditions du Long Bec et à Babelio pour la découverte de cette BD !