120 battements par minute de Robin Campillo

120BPM
Film français – 2h20

Avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois et Adèle Haenel

Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale.
Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean.

MON AVIS :

Oeuvre vibrante au rythme des contestations d’Act Up Paris, film engagé comme ses personnages emblématiques, 120 battements par minute résonne comme un appel, celui de l’engagement, la rage au coeur et le cri au corps. Une énergie du désespoir portée par des personnages entiers, puissants et révoltés, qui donnent corps à leur combat autant qu’au message qu’ils incarnent.
Une montée en puissance du propos qui régresse ensuite lorsque le film se concentre sur l’histoire intime de Sean et Nathan et leur combat contre la maladie. Une deuxième partie plus inégale contenant quelques longueurs qui, en montrant la déchéance, semble perdre de vue la puissance de l’action. Une autre forme de combat, plus intime et plus terrible encore, qui ne parvient néanmoins jamais à donner une dimension sacrée à ses personnages, pourtant magnifiquement incarnés par des comédiens de talent. Une oeuvre qui se vit au rythme des pulsations du coeur. Entre espoir et désillusion, Robin Campillo livre sa vision de la lutte, intestine, éprouvante et cruelle.

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Dunkerque de Christopher Nolan


Film américain – 1 h 47
Avec Fionn Whitehead, Tom Hardy, Mark Rylance et Cillian Murphy

Le récit de l’évacuation des troupes alliées de Dunkerque en mai 1940.

MON AVIS :

Film historique aux ressorts tragiques, Dunkerque plonge immédiatement le spectateur en immersion dans cet épisode plutôt méconnu de la seconde guerre mondiale. Alternant des points de vue généraux d’une grande maitrise visuelle et des plans plus resserrés sur les visages de ses protagonistes, le dernier film de Nolan n’oublie pas de révéler l’humanité tendre, faite de bienveillance et de courage de ces hommes.
Un film riche qui alterne, à travers un étirement du temps bien connu du réalisateur, des scènes époustouflantes de réalisme – entre terre, mer et ciel – et d’autres plus intimes, révélant aux spectateurs la lâcheté et l’héroïsme de certains de ces hommes en proie à une lutte de chaque instant pour leur survie.
Une plongée sous haute tension qui, malgré quelques plans attendus et clichés regrettables – étonnants de la part de ce réalisateur – n’en revêt pas moins une grande force narrative. Si certains regrettent le propos plutôt convenu de ce film, ils en oublient certainement les aspects humains et psychologiques, véritable force de l’oeuvre. Un film aux images grandioses pour une épopée humaine d’une grande justesse. A découvrir.

Bande annonce

Portraits de femmes

Source

A cette heure si particulière pour l’histoire des femmes, j’avais envie, sans prétention, de vous proposer de découvrir ou redécouvrir des oeuvres qui, à défaut d’entrer dans la définition si particulière du féminisme, révèlent de très beaux portraits de femmes.
Une façon de rendre hommage à cette grande dame qui s’est éteinte et qui restera pour l’histoire des femmes, une figure incontournable, un symbole de courage et de dignité.

Littérature :

Antigone (Jean Anouilh)
Isabelle Bruges (Christian Bobin)
Le journal d’Anne Franck (Anne Franck)
Une vie (Simone Veil)
Persépolis (Marjane Satrapi)
Du bout des doigts (Sarah Waters)
24 heures de la vie d’une femme (Stefan Zweig)
Millénium tome 1 – Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (Stieg Larsson)
L’amour et les forêts (Eric Reinhardt)
L’élégance des veuves (Alice Ferney)
Jane Eyre (Charlotte Brontë)
L’amant (Marguerite Duras)
L’honneur perdu de Katharina Blum (Heinrich Böll)
Camille, mon envolée (Sophie Daull)

Cinéma :

Frida (Julie Taymor)
La reine Margot (Patrice Chéreau)
La double vie de Véronique (Krzysztof Kieslowski)
L’insoumise (William Wyler)
Tomboy (Céline Sciamma)
Divines (Houda Benyamina)
Carol (Todd Haynes)
La leçon de piano (Jane Campion)
Princesse Mononoké (Hayao Miyazaki)
Twin Peaks : fire walk with me (David Lynch)
Harold et Maude (Hal Ashby)
La vie rêvée des anges (Erick Zonca)
Ida (Paweł Pawlikowski)
The Magdalene Sisters (Peter Mullan)
Wadjda (Haifaa Al-Mansour)
Erin Brockovich, seule contre tous (Steven Soderbergh)
Zero Dark Thirsty (Kathryn Bigelow)
Les femmes du bus 678 (Mohamed Diab)
La liste de Carla (Marcel Schüpbach)
Thelma et Louise (Ridley Scott)
4 mois, 3 semaines et 2 jours (Cristian Mungiu)
Mustang (Deniz Gamze Ergüven)
Agora (Alejandro Amenábar)
States of Grace (Destin Cretton)

Bien sûr ces listes ne sont pas exhaustives et sont forcément personnelles 🙂
N’hésitez pas à partager sous cet article vos coups de coeur personnels.

Get out de Jordan Peele


Film américain – 1h44

Avec Daniel Kaluuya, Allison Williams et Catherine Keener

Couple mixte, Chris et sa petite amie Rose filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy et Dean lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable.

MON AVIS :

Film d’horreur d’un nouveau genre, Get out se joue des clichés et donne, sur fond de racisme ambiant, une nouvelle forme au thriller psychologique.
Une oeuvre imaginative et sombre, qui, bien que souffrant parfois de quelques longueurs, incarne vraiment une nouvelle proposition pour le genre. Daniel Kaluuya est très convaincant en jeune homme conquis qui souhaite faire bonne figure tout en apportant son regard franc et aiguisé.
Une oeuvre réflexive, intelligente et à la mise en scène efficace qui marque par la qualité inventive de certaines scènes tout en proposant un discours véritablement innovant. En effet, au-delà d’une évocation du racisme, le réalisateur propose une véritable réflexion sur l’attrait de l’autre, inversant le regard et créant un climat d’osmose-répulsion intéressant.
Véritable fable horrifique, le dernier film de Jordan Peele sauva vous convaincre par une écriture habile et une narration renouvelée. Une redécouverte du genre, un peu comme avait pu le faire It Follows il y a quelques années. A découvrir !

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Citoyen d’honneur de Gastón Duprat et Mariano Cohn


Film argentin – 1 h 57

Avec Oscar Martinez, Dady Brieva et Andrea Frigerio

L’Argentin Daniel Mantovani, lauréat du Prix Nobel de littérature, vit en Europe depuis plus de trente ans. Alors qu’il refuse systématiquement les multiples sollicitations dont il est l’objet, il décide d’accepter l’invitation reçue de sa petite ville natale qui souhaite le faire citoyen d’honneur. Mais est-ce vraiment une bonne idée de revenir à Salas dont les habitants sont devenus à leur insu les personnages de ses romans ?

MON AVIS :

En oscillant toujours entre la comédie, le drame et l’absurde, Citoyen d’honneur met en lumière les dérives d’une société en quête de reconnaissance. La venue d’un célèbre écrivain, originaire du village, exacerbe les tensions et révèle la véritable nature des villageois, certains obnubilés par la gloire, d’autres jaloux de ses conséquences.
Une succession de scènes souvent décalées peuplées de personnages haut en couleur et de situations souvent grinçantes font de ce film une oeuvre étonnante et décalée.
Un récit qui va à la rencontre de personnages un peu fous mais toujours avec humour et auto-dérision, une plongée dans une argentine authentique, entre fiction et réel, mensonges et réalité.

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Je ne suis pas votre nègre de Raoul Peck


Documentaire américain – 1h34

Avec les voix de Avec JoeyStarr ou Samuel L. Jackson

À travers les propos et les écrits de l’écrivain noir américain James Baldwin, Raoul Peck propose un film qui revisite les luttes sociales et politiques des Afro-Américains au cours de ces dernières décennies.

MON AVIS :

Documentaire ambitieux, l’oeuvre de Raoul Peck convoque, à travers des images d’archive d’une violence parfois insoutenable, les propos terriblement actuels et désespérément réalistes de l’écrivain James Baldwin. Basé sur ses écrits, le documentaire s’enrichit d’images brutes et nous offre une vision terrible du racisme ordinaire qui irrigue l’Amérique. Entre témoignages d’une époque et réalité frappante, l’intelligence de Baldwin fait mouche et prouve la terrible actualité de son oeuvre.
Un réquisitoire brutal et douloureux contre l’indifférence et la haine, le rejet de l’autre et le déni, qui interroge avec ardeur l’identité de cette grande Amérique, capable d’assassiner ses plus dignes représentants de la cause noire et de violenter ses plus fidèles partisans.
L’oeuvre est riche et percutante, bien que parfois brouillonne. Superposant des images d’archives parfois sans réels liens entre elles, le récit se perd en questionnements qu’il laisse parfois en suspens, apportant avec lui d’autres questions sans réponses.
L’oeuvre reste néanmoins indispensable et nous laisse, comme un poids sur le coeur, la force du propos et l’intensité de ce combat, malheureusement loin d’être terminé.

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Grave de Julia Ducournau

Grave
Film franco-belge – 1h38

Avec Garance Marillier, Ella Rumpf et Rabah Naït Oufella

Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

MON AVIS :

Premier film de la jeune réalisatrice Julia Ducourneau, Grave aborde un thème audacieux, avec beaucoup d’assurance et de maîtrise. Tabou ultime de nos sociétés, le sujet du film se pare d’une esthétique intéressante et d’une mise en scène soignée, pour parvenir à nous faire délicatement basculer dans l’horreur.
Une oeuvre d’émancipation sur fond de bizutage universitaire et de rivalité fraternelle, qui orchestre avec intelligence le rapprochement de l’homme et de l’animal (le film se passe sur le campus d’une école vétérinaire). La jeune Garance Marillier offre une belle présence à l’écran pour un film fiévreux et électrique, qui casse savamment le cadre de la fiction française pour y distiller une juste dose horrifique.
Une première oeuvre prometteuse malgré un « twist » final peut-être plus attendu et un peu maladroit. Le scénario, entre sensualité macabre et désirs sensoriels, compense largement une oeuvre que l’on imaginait finalement plus poussée dans l’horreur.

-Bande annonce

Logan de James Mangold


Film américain – 2h17
Avec Hugh Jackman, Patrick Stewart et Dafne Keen

Dans un futur proche, un certain Logan, épuisé de fatigue, s’occupe d’un Professeur X souffrant, dans un lieu gardé secret à la frontière Mexicaine. Mais les tentatives de Logan pour se retrancher du monde et rompre avec son passé vont s’épuiser lorsqu’une jeune mutante traquée par de sombres individus va se retrouver soudainement face à lui.

MON AVIS :

Oeuvre crépusculaire au rythme effréné et aux personnages charismatiques, Logan offre un dernier rôle parfait à Hugh Jackman lui permettant de tirer sa révérence avec tact et authenticité.
Le personnage de Wolverine n’a jamais été aussi humain et vulnérable que dans cette dernière franchise, véritable point final d’une épopée aux multiples visages.
Hugh Jackman est toujours convaincant dans son rôle, tout comme ses partenaires à l’écran. Une oeuvre audacieuse qui a su renouveler le genre avec intérêt et qui évoque, avec subtilité, des thèmes aussi universels que la transmission, le don de soi ou la fin d’un mythe.
Une oeuvre parfois violente, toujours intense et quelques fois mélancoliques. Une signature sous forme d’adieux, profonde et touchante.

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Toni Erdmann de Maren Ade


Film allemand-autrichien – 2h42

Avec Peter Simonischek, Sandra Hüller et Michael Wittenborn
Distributeur : Blaquout (Site / Facebook) – sortie DVD le 23 janvier 2017

Quand Ines, femme d’affaires d’une grande société allemande basée à Bucarest, voit son père débarquer sans prévenir, elle ne cache pas son exaspération. Sa vie parfaitement organisée ne souffre pas le moindre désordre, mais lorsque son père lui pose la question « es-tu heureuse ? », son incapacité à répondre est le début d’un bouleversement profond. Ce père encombrant et dont elle a honte fait tout pour l’aider à retrouver un sens à sa vie en s’inventant un personnage : le facétieux Toni Erdmann…

MON AVIS :

Palme d’or de coeur pour de nombreux festivaliers de la croisette cette année, Toni Erdmann a su séduire ses spectateurs par son audace et sa folie douce. Une oeuvre qui frappe par son sujet autant que par la précision de sa mise en scène et par le côté épuré de son sujet.
Toni Erdmann, électron libre, parvient à travers l’imaginaire et le rire, à mettre en lumière le cirque absurde qu’est notre société, son libéralisme dévastateur et son discours hypocrite.
Toni Erdmann est une sorte de clown triste, qui révèle et qui désenclave, interroge et surprend.
Peter Simonischek est très convainquant en père imaginatif immature, à l’humour débordant, qui tente de sortir sa fille, devenue une redoutable femme d’affaires, de cette vie qui l’assèche. Au coeur du propos, c’est la vaste notion de bonheur qui surgit, celle qui inquiète autant qu’elle interroge.
Toni Erdmann est un film comme on en rencontre peu, à la fois surprenant et émouvant, il a su faire de l’imaginaire le plus beau rempart contre un réel souvent trop dur…

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Un grand merci à Blaqout et à Cinétrafic (où vous pouvez retrouver les meilleurs films à regarder 😉 ) pour la découverte de ce si joli film.

Patients de Grand Corps Malade et Mehdi Idir


Film français – 1 h 57

Avec Pablo Pauly, Soufiane Guerrab et Moussa Mansaly

Se laver, s’habiller, marcher, jouer au basket, voici ce que Ben ne peut plus faire à son arrivée dans un centre de rééducation suite à un grave accident. Ses nouveaux amis sont tétras, paras, traumas crâniens…. Bref, toute la crème du handicap. Ensemble ils vont apprendre la patience. Ils vont résister, se vanner, s’engueuler, se séduire mais surtout trouver l’énergie pour réapprendre à vivre.

MON AVIS :

Premier film de Grand Corps Malade et de Mehdi Idir, cette oeuvre adaptée du roman du slameur, Patients, évoque avec beaucoup de pudeur et d’humilité le quotidien de jeunes aux destins cabossés et aux sourires familiers. Véritable ode à la tolérance et à la fraternité, le film nous démontre avec intelligence et subtilité qu’il reste possible de tout recommencer, malgré de très nombreuses possibilités de renoncement et de grandes déceptions.
Sans jamais tomber dans le pathos, il renseigne sur ces vies prisonnières des murs que représentent le corps, mais nous prouve qu’on peut toujours rester maître de son destin.
Un film nécessaire, plein d’humour et d’ondes positives salutaires, qui balaie les a priori négatifs et impose une belle leçon de vie. Aux spectateurs qui doutaient encore du talent de l’auteur, n’hésitez plus à découvrir ce film à l’humour contagieux et au message audacieux. Le monde du handicap à porté de mains, une voix nouvelle qui s’élève et touche le coeur des spectateurs, toujours entre tendresse et férocité. Un film emprunt de délicatesse et d’humanité.

– Bande annonce