Ni juge, ni soumise de Yves Hinant et Jean Libon


Documentaire belge – 1 h 40
Avec Anne Gruwez

Ni Juge, ni soumise est le premier long-métrage StripTease, émission culte de la télévision belge. Pendant 3 ans les réalisateurs ont suivi à Bruxelles la juge Anne Gruwez au cours d’enquêtes criminelles, d’auditions, de visites de scènes de crime. Ce n’est pas du cinéma, c’est pire.

MON AVIS :

Premier long-métrage de l’émission Striptease, Ni juge, ni soumise reprend le ton et l’esprit corrosif de l’émission belge dans ce qu’elle a de plus dérangeant et de plus percutant. Un regard souvent sans concession, parfois drôle, souvent terrible dans le décalage que crée le personnage d’Anne Gruwez, magistrate haute en couleur et sans langue de bois, et les situations terribles qu’elle rencontre chaque jour dans son travail. Un quotidien fait de mort et de terreur jusqu’à la scène finale particulièrement réussie dans laquelle transparait toute l’humanité de cette magistrate atypique. Une scène vers laquelle convergent toutes les autres, drôles et tristes, terribles et effrayantes, prenant parfois – souvent – le spectateur en otage. Une oeuvre qui interroge en miroir notre regard sur les situations mises en exergue et qui souligne, s’il en était besoin, le décalage désarmant entre la liberté de ton du film et la noirceur de la misère humaine la plus pure. A découvrir !

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La forme de l’eau de Guillermo del Toro


Film américain – 2 h 03
Avec Sally Hawkins, Michael Shannon et Richard Jenkins

Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres…

MON AVIS :

En nous livrant un conte revisité, Guillermo del Toro fait le pari d’une oeuvre contemporaine, joyeuse et délicate. Une nouvelle formule de La belle et la bête en conte moderne, prônant la différence et la tolérance. Une oeuvre cinématographique à la photo parfaite et qui parvient à reconstituer une époque avec puissance et intérêt. Mais au-delà de ses images magiques et de la très belle prestation de ses comédiens, La forme de l’eau n’apporte pas de vision nouvelle ni de nouveau discours autour du thème de la différence. Un récit sublimé par les images savamment étudiées de Guillermo del Toro mais qui ne parviendra pas à me marquer durablement.

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The disaster artist de James Franco


Film américain – 1h44

Avec James Franco, Dave Franco et Seth Rogen

En 2003, Tommy Wiseau, artiste passionné mais totalement étranger au milieu du cinéma, entreprend de réaliser un film. Sans savoir vraiment comment s’y prendre, il se lance … et signe THE ROOM, le plus grand nanar de tous les temps. Comme quoi, il n’y a pas qu’une seule méthode pour devenir une légende !

MON AVIS :

Comme a pu le faire Tim Burton auparavant avec Ed Wood, James Franco reprend dans The disaster artist, les fondations d’un mythe et remet au goût du jour les dérives d’un système et la création d’une oeuvre atypique. Un défi ambitieux plutôt bien réussi en ce qu’il nous présente, avec beaucoup de bienveillance, le mystère d’un homme, son désir de création et sa puissance d’évocation critique.
Mais au-delà de l’oeuvre devenue culte, c’est aussi une histoire d’amitié sincère que nous présente James Franco, celle qui lie Tommy Wiseau et Greg Sestero, leurs désirs de gloire et leur immense respect mutuel. Une oeuvre atypique, drôle et touchante, à découvrir.

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L’insulte de Ziad Doueiri


Film Libanais – 1h52
Avec Adel Karam, Kamel El Basha et Camille Salamé

A Beyrouth, de nos jours, une insulte qui dégénère conduit Toni (chrétien libanais) et Yasser (réfugié palestinien) devant les tribunaux. De blessures secrètes en révélations, l’affrontement des avocats porte le Liban au bord de l’explosion sociale mais oblige ces deux hommes à se regarder en face.

MON AVIS :

Récit d’une insulte aux conséquences puissantes, le film de Ziad Doueiri invoque tour à tour les démons et la puissante force du souvenir des deux protagonistes principaux de cette rixe verbale. Une dispute qui prend dès lors une ampleur inattendue, enflammant tour à tour le coeur des citoyens de Beyrouth puis celui de tous les libanais.
Un regard à la fois dur et nuancé sur le conflit d’une époque, qui évoque les différences autant que les souvenirs douloureux, véritable point commun des deux protagonistes principaux. Une atmosphère particulièrement délétère qui enflamme de nombreuses séquences du film particulièrement réussies.
L’interprétation, d’une grande justesse, offre un visage singulier à ce différent et dévoile, avec pudeur et retenue, à travers les nombreux regards des personnages, l’ampleur de la souffrance vécue.
A travers ce film remarquable, Ziad Doueiri signe une oeuvre universelle et intemporelle, riche et incroyablement puissante. D’une grande beauté.

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Call me by your name de Luca Guadagnino


Film français, italien, américain, brésilien – 2h11
Avec Armie Hammer, Timothée Chalamet et Michael Stuhlbarg

Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIe siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia. Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver, un séduisant américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir, au cours d’un été ensoleillé dans la campagne italienne qui changera leur vie à jamais.

MON AVIS :

Dans la langoureuse campagne italienne, c’est l’éveil du désir que nous conte Luca Guadagnino. De la rencontre des corps à celle plus timide des esprits, dans les années 80, le réalisateur conserve une nonchalance délicate et pudique. Un regard étonnement moderne sur ce sujet où l’interprétation, toute en nuances et en douceur des deux comédiens principaux, rassemble par ailleurs autour de leurs figures juvéniles, l’intensité des émotions et la force des sentiments.
Un instant de complicité suspendu, tout en tendresse et en délicatesse, qui ne surprend pas vraiment dans son traitement et qui ne parvient jamais vraiment pas à se départir de certains clichés et de certaines scènes attendues, mais qui reste tout de même un sympathique moment de cinéma.

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3 billboards : les panneaux de la vengeance de Martin McDonagh


Film britannique-américain – 1h56
Avec Frances McDormand, Woody Harrelson et Sam Rockwell

Après des mois sans que l’enquête sur la mort de sa fille ait avancé, Mildred Hayes prend les choses en main, affichant un message controversé visant le très respecté chef de la police sur trois grands panneaux à l’entrée de leur ville.

MON AVIS :

Drame intime et familial, 3 billboards alterne avec intelligence scènes cocasses et histoires terribles. Une histoire de colère et de vengeance sur le long chemin du deuil qui rend le personnage de Frances McDormand (oscar mérité de la meilleure actrice 2018), corrosif et amer.
Une oeuvre étonnante à bien des égards – certaines scènes sont vraiment surprenantes et d’autres joliment audacieuses – qui ne tombe jamais dans la facilité et alterne avec brio sentiment d’impuissance et humanisme tragique.
Un film qui n’est pas sans rappeler l’humour des frères Cohen et qui a su, avec adresse et nuances, offrir une oeuvre décalée et fine, où l’humour noir côtoie le drame le plus dense et offre sa propre vision du pardon, dans une Amérique rongée par la violence et les préjugés. A découvrir !

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Pentagon papers de Steven Spielberg


Film américain – 1h57
Avec Meryl Streep, Tom Hanks et Sarah Paulson

Première femme directrice de la publication d’un grand journal américain, le Washington Post, Katharine Graham s’associe à son rédacteur en chef Ben Bradlee pour dévoiler un scandale d’État monumental et combler son retard par rapport au New York Times qui mène ses propres investigations. Ces révélations concernent les manœuvres de quatre présidents américains, sur une trentaine d’années, destinées à étouffer des affaires très sensibles… Au péril de leur carrière et de leur liberté, Katharine et Ben vont devoir surmonter tout ce qui les sépare pour révéler au grand jour des secrets longtemps enfouis…

MON AVIS :

Oeuvre politique sur fond de liberté de la presse, Pentagon papers dresse le portrait de journalistes épris de justice et le cruel dilemme qui est parfois le leur : ménager les financements de leur journal et/ou publier une information essentielle.
Un récit efficace construit autour d’une mise en scène dynamique. Le film est une agréable surprise qui, bien que souvent convenu, aura eu le mérite de mettre en lumière le personnage incarné par une Meryl Streep très inspirée. Un récit d’investigation qui nous montre les coulisses du travail journalistique, un peu comme a pu le faire Spotlight.
Une plongée intéressante et rythmée dans les méandres du métier de journaliste, ses dilemmes et ses fragilités. Un bon moment.

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In the Fade de Fatih Akin


Film franco-allemand – 1h46
Avec Diane Kruger, Denis Moschitto et Numan Acar

La vie de Katja s’effondre lorsque son mari et son fils meurent dans un attentat à la bombe.
Après le deuil et l’injustice, viendra le temps de la vengeance.

MON AVIS :

Récit de violence et de deuil, In the fade prend corps principalement grâce à la prestation nuancée et délicate de son actrice principale Diane Kruger. Magnifique survivante d’un attentat terroriste, elle offre avec talent un très beau et nuancé portrait de femme. Une figure centrale qui ne parvient cependant jamais à masquer un scénario assez faible et une mise en scène très convenue. Beaucoup d’éléments attendus émaillent le film, faisant de cette oeuvre une démonstration édifiante du retour à la justice privée. Très manichéen, le film s’enlise rapidement dans une argumentation politique assez faible aux contours binaires et tombe trop souvent dans un pathos malheureux. Dommage.

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A Ghost Story de David Lowery


Film américain – 1h32
Avec Casey Affleck, Rooney Mara et McColm Cephas Jr.

Apparaissant sous un drap blanc, le fantôme d’un homme rend visite à sa femme en deuil dans la maison de banlieue qu’ils partageaient encore récemment, pour y découvrir que dans ce nouvel état spectral, le temps n’a plus d’emprise sur lui.

MON AVIS :

Véritable petit ovni cinématographique, auréolé de 3 prix à Deauville (Prix Kiehl’s de la Révélation, Prix de la critique et du jury), mais divisant parfaitement les critiques cinématographiques, A Ghost Story est une expérience de cinéma, un parti pris d’une grande poésie visuelle et d’une grande douceur des plans. Une fresque sur le temps qui passe, sur ce qui reste et qui parvient à se départir avec aplomb du temps cinématographique. Une expérience qui bouscule le spectateur et l’entraine loin de sa zone de confort, lui propose une vision nouvelle de la disparition d’un être cher en se plaçant délibérément du côté du disparu. Dès lors, c’est toute la temporalité de l’oeuvre qui est affectée jusqu’à l’abstraction la plus pure. Une oeuvre riche et sans compromis qui nous habite longtemps, à l’image d’un plan séquence de 13 minutes qui a fait couler beaucoup d’encre mais qui s’explique par la temporalité de l’oeuvre, la mince frontière qui existe parfois entre le monde des morts et celui des vivants, l’absence de mobilité, la rupture du mouvement quand on perd un être cher. Une oeuvre poétique qui entre en résonance subtile avec l’imaginaire du spectateur. Une expérience de cinéma qui nous habite longtemps.

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Human flow de Ai Weiwei


Documentaire allemand/chinois – 2h20

Plus de 65 millions de personnes ont été contraintes de quitter leur pays pour fuir la famine, les bouleversements climatiques et la guerre : il s’agit du plus important flux migratoire depuis la Seconde Guerre mondiale. Réalisé par l’artiste de renommée internationale Ai Weiwei, Human Flow aborde l’ampleur catastrophique de la crise des migrants et ses terribles répercussions humanitaires.

MON AVIS :

Oeuvre monde autour de la thématique des flux migratoires et de l’immigration, Human Flow se vit comme une expérience artistique militante au coeur de la misère humaine. De visages en histoires personnelles, l’artiste engagé Ai Weiwei signe une oeuvre forte, engagée et dénuée de nuances quant à la finalité de son propos.
Une oeuvre très riche qui finit par perdre un peu le spectateur dans un dédale de chiffres, de sujets (immigration climatique, immigration liée aux guerres etc.) et de pays. Une oeuvre qui s’avère inutilement brouillon et souvent très longue. Un choix artistique pourtant assumé mais qui, malgré la beauté de certains plans aériens et l’insertion de superbes poèmes sur le sujet, ne parvient jamais à convaincre parfaitement le spectateur et l’entraine sur le difficile chemin des questionnements multiples. Une oeuvre qui aurait gagné en concision et en force si l’artiste avait fait le choix de davantage de sobriété et sans imposer sa présence parfois maladroite dans certains plans.

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