Les heures sombres de Joe Wright


Film britannique – 2h06
Avec Gary Oldman, Kristin Scott Thomas et Ben Mendelsohn

Homme politique brillant et plein d’esprit, Winston Churchill est un des piliers du Parlement du Royaume-Uni, mais à 65 ans déjà, il est un candidat improbable au poste de Premier Ministre. Il y est cependant nommé d’urgence le 10 mai 1940, après la démission de Neville Chamberlain, et dans un contexte européen dramatique marqué par les défaites successives des Alliés face aux troupes nazies et par l’armée britannique dans l’incapacité d’être évacuée de Dunkerque.

MON AVIS :

Après Orgueil et Préjugés et Reviens-moi, le dernier film de Joe Wright met en lumière la performance d’acteur de Gary Oldman (et celle non moins impressionnante de ses maquilleurs et costumiers). En incarnant la figure paternelle de Churchill durant les heures sombres qui ont suivi l’invasion d’Hitler en Belgique et en France, Gary Oldman montre une nouvelle facette de son talent.
Les heures sombres montre en effet le visage résolument combatif et optimiste de Churchill, pourtant décrédibilisé par certains de ses conseils, parfois mal aimé et souvent défié.
La conviction d’un homme au service de son pays qui évoque brillamment la dignité, l’esprit politique et les opinions personnelles d’un homme hors du commun.
Mais si le propos et le personnage sont intéressants, la mise en scène s’avère rapidement convenue et sert parfois un propos très nationaliste. Des envolées lyriques posées sur une musique parfois larmoyante en font peut-être une oeuvre maladroite. Un récit classique, convenu, mais qui a le mérite d’évoquer un temps fort de l’histoire britannique et du monde en général.

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I’m not a witch de Rungano Nyoni


Film britannique, français, zambien – 1h34
Avec Margaret Mulubwa, Henry B.J. Phiri et Nancy Mulilo

Shula, 9 ans, est accusée de sorcellerie par les habitants de son village et envoyée dans un camp de sorcières. Entourée de femmes bienveillantes, condamnées comme elle par la superstition des hommes, la fillette se croit frappée d’un sortilège : si elle s’enfuit, elle sera maudite et se transformera en chèvre… Mais la petite Shula préfèrera-t-elle vivre prisonnière comme une sorcière ou libre comme une chèvre ?

MON AVIS :

Conte africain sur le pouvoir des croyances et les conséquences de la superstition, I’m not a witch est le récit d’une jeunesse bafouée qui raconte l’oppression des femmes, leur enfermement et leur soumission aux règles d’une société ancestrale. Un premier film d’une rare puissance narrative qui parvient, entre rêve et réalité, à tisser des liens précieux entre ses héroïnes attachées au sol par de solides rubans blancs et le spectateur, témoin muet de leur avilissement.
I’m not a witch est un récit pur, intense et sans concessions. Une expérience de cinéma aussi subtile qu’inattendue qui parvient, à travers le regard magnétique de sa jeune interprète, à capter l’essentiel des questionnements et de l’absurdité d’un système basé sur l’emprise des hommes sur les femmes, notamment par le biais de croyances mystiques.
Une oeuvre fine et poétique, avec ses plans fixes, ses scènes de violence hors-champs d’une grande puissance d’évocation et ses ellipses subtiles aux accents surréalistes.
Un premier film riche et captivant qui fait entrer sa jeune réalisatrice dans le panthéon des auteures à suivre !

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Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi


Film américain – 2h32
Avec Daisy Ridley, Adam Driver, John Boyega et Oscar Isaac

Les héros du Réveil de la force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne de surprenantes révélations sur le passé…

MON AVIS :

Très attendu des fans de la série, le dernier Star Wars reprend les ingrédients qui ont fait le succès des précédents films : du rythme, une narration soignée, des effets spéciaux époustouflants, des personnages charismatiques et une certaine audace des plans. Un bon moment de cinéma rythmé, et d’une grande intensité visuelle.
Une narration hardie portée par un scénario pensé qui renouvelle la licence avec une audace plutôt bien menée. Une ambiance qui rappelle fidèlement les meilleurs moments de la série et des personnages aux liens intrigants qui s’avèrent plutôt intéressants à de nombreux égards. Là où les deux précédents volets (le VI et VII) semblaient appauvrir le genre, ce nouvel opus est plutôt une bonne surprise. Ainsi et malgré quelques défauts, l’ensemble est plutôt bien mené et très rythmé. Un véritable plaisir de cinéma, à découvrir sur grand écran.

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Lucky de John Carroll Lynch


Film américain – 1h28
Avec Harry Dean Stanton, David Lynch et Ron Livingston

Lucky est un vieux cow-boy solitaire. Il fume, fait des mots croisé et déambule dans une petite ville perdue au milieu du désert. Il passe ses journées à refaire le monde avec les habitants du coin. Il se rebelle contre tout et surtout contre le temps qui passe. Ses 90 ans passés l’entraînent dans une véritable quête spirituelle et poétique.

MON AVIS :

C’est une oeuvre poétique d’une grande humanité que nous livre John Carroll Lynch avec ce premier film d’une jolie lenteur narrative. Lucky se vit comme un instant suspendu, une réflexion sur le temps qui passe, ce qui reste et la liberté de choisir son destin. Une jolie rencontre, faite d’instants de grâce particulièrement réussis, où les personnages gravitent autour d’un Harry Dean Stanton, superbe dans son rôle criant d’humanité. Un personnage qui entre en résonance avec celui de Paris Texas et qui apparait, à la lumière de la disparition de son interprète, particulièrement émouvant. Car tout se passe dans les regards, la lenteur des mouvements, la grâce délicate des échanges et la subtile pudeur des plans. Harry Dean Stanton nous quitte ici, un sourire aux lèvres et une once de vérité au fond des yeux. Troublant et particulièrement émouvant.

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Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos


Film britannique, irlandais – 2h01
Avec Colin Farrell, Nicole Kidman et Barry Keoghan

Steven, brillant chirurgien, est marié à Anna, ophtalmologue respectée. Ils vivent heureux avec leurs deux enfants Kim, 14 ans et Bob, 12 ans. Depuis quelques temps, Steven a pris sous son aile Martin, un jeune garçon qui a perdu son père. Mais ce dernier s’immisce progressivement au sein de la famille et devient de plus en plus menaçant, jusqu’à conduire Steven à un impensable sacrifice.

MON AVIS :

Après le dérangeant The Lobster, Yorgos Lanthimos revient avec une oeuvre d’anticipation sur fond de critique sociétale. Un film aussi clinique que son précédent film qui évoque avec lyrisme les conséquences du sacrifice et la tragédie familiale. Une oeuvre froide qui met en lumière les névroses familiales d’une société en perte de repères. Un film souvent cruel envers ses personnages, par ailleurs brillamment incarnés, et toujours dérangeante qui ne parvient cependant jamais à susciter un réel intérêt ni à éveiller la conscience ou l’empathie salvatrice du spectateur.
Un film vainement provocateur qui perd de vue son principal message et se dépêtre dans une spirale dont on n’a qu’une seule hâte : qu’elle se termine.

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12 jours de Raymond Depardon


Documentaire français – 1h27

Avant 12 jours, les personnes hospitalisées en psychiatrie sans leur consentement sont présentées en audience, d’un côté un juge, de l’autre un patient, entre eux naît un dialogue sur le sens du mot liberté et de la vie.

MON AVIS :

A travers des témoignages filmés au cours de l’audience avec le juge des libertés et de la détention, Raymond Depardon s’attache, comme dans ses précédents films (Urgence, 10ème chambre instants d’audience), à capter les regards, les expressions et la profonde humanité de ses personnages.
Alternant moments drôles, tendres et profondément dramatiques, le regard du photographe se pose avec efficacité et bienveillance sur ces hommes et ces femmes enfermés dans leur pathologie, entre les murs de l’hôpital, parfois incapables de donner corps aux mots.
Les visages, comme les situations, sont ici multiples, nuancés, d’une grande profondeur et nous font toucher du doigt la profonde solitude de ces êtres en perpétuelle attente.
La mise en scène en face à face, intime et sobre, évoque un certain effet miroir particulièrement saisissant entre ceux qui sont à la recherche d’une autonomie dans la norme et ceux qui en fixent le cadre.
Ainsi, en alternant les portraits simples et sans fards de personnages profondément humains, Raymond Depardon nous laisse en prise avec les regards et permet au spectateur de s’immiscer au coeur d’un moment particulièrement intime.
Des moments clos par ailleurs ponctués de longs travellings entre les murs souvent vides de l’hôpital, instants suspendus d’une incroyable grâce visuelle, qui rappellent que dans ces lieux le temps s’est comme arrêté…

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A Beautiful Day de Lynne Ramsay


Film américain – 1h30
Avec Joaquin Phoenix, Ekaterina Samsonov et Alessandro Nivola

La fille d’un sénateur disparaît. Joe, un vétéran brutal et torturé, se lance à sa recherche. Confronté à un déferlement de vengeance et de corruption, il est entraîné malgré lui dans une spirale de violence…

MON AVIS :

Adaptation du roman de Jonathan Ames Tu n’as jamais vraiment été là, A Beautiful Day évoque la violence d’un homme hanté par son passé et soucieux de l’avenir. Souvent comparé à Taxi Driver, le film de Lynne Ramsay compose entre les errances d’un ancien soldat et la pureté corrompue d’une jeune fille. Mais la comparaison s’avère vite superficielle et le film peine à convaincre totalement. Malgré la performance très réussie de Joaquin Phoenix et une jolie photographie qui offre à l’ensemble une ambiance pervertie réussie, l’oeuvre de Lynne Ramsay peine à convaincre et multiplie inutilement les hommages cinématographiques. Une oeuvre plutôt décevante qui ne parvient jamais à gagner en intensité et se perd inutilement en plans trop lisses. Dommage.

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Le musée des merveilles de Todd Haynes


Film américain – 1h57
Avec Oakes Fegley, Millicent Simmonds et Julianne Moore

Sur deux époques distinctes, les parcours de Ben et Rose. Ces deux enfants souhaitent secrètement que leur vie soit différente ; Ben rêve du père qu’il n’a jamais connu, tandis que Rose, isolée par sa surdité, se passionne pour la carrière d’une mystérieuse actrice. Lorsque Ben découvre dans les affaires de sa mère l’indice qui pourrait le conduire à son père et que Rose apprend que son idole sera bientôt sur scène, les deux enfants se lancent dans une quête à la symétrie fascinante qui va les mener à New York.

MON AVIS :

Récit d’apprentissage et conte merveilleux, Le musée des merveilles évoque la magie de l’enfance, la recherche de ses origines et la douceur des liens amicaux et familiaux.
Véritable hommage au cinéma muet, le film de Todd Haynes alterne les points de vue et les effets visuels et sonores. Une quête multiple pour des personnages plutôt lisses qui ne parviennent cependant jamais totalement à intéresser le spectateur. En effet, à trop vouloir faire de son film une oeuvre visuelle unique, Todd Haynes se perd dans les méandres d’une histoire convenue qui ne parvient jamais à se départir de nombreuses longueurs narratives.
Une véritable déception pour ce film sur l’enfance qui ne sera jamais parvenu à me toucher alors qu’il contenait tous les ingrédients d’une oeuvre merveilleuse.

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The Square de Ruben Östlund


Film suédois/allemand/Danois – 2h22
Avec Claes Bang, Elisabeth Moss et Dominic West

Christian est un père divorcé qui aime consacrer du temps à ses deux enfants. Conservateur apprécié d’un musée d’art contemporain, il fait aussi partie de ces gens qui roulent en voiture électrique et soutiennent les grandes causes humanitaires. Il prépare sa prochaine exposition, intitulée « The Square », autour d’une installation incitant les visiteurs à l’altruisme et leur rappelant leur devoir à l’égard de leurs prochains. Mais il est parfois difficile de vivre en accord avec ses valeurs : quand Christian se fait voler son téléphone portable, sa réaction ne l’honore guère…

MON AVIS :

Fable absurde sur les dérives de nos sociétés contemporaines, The Square explore avec intelligence de nombreux thèmes contemporains : l’individualisme de nos sociétés, la conquête du bien, l’intelligence de la sociabilisation, la recherche de la bienveillance.
Autant de thèmes mis en lumière par une mise en scène sobre et maitrisée, des personnages nuancés et terriblement humains dans leurs erreurs et leurs choix parfois malheureux. Les liens entre les personnages sont crus, parfois tendres mais toujours réalistes. Ils montrent avec force la lâcheté de l’individu, son absence de moralité et ses dérives.
Une palme d’or audacieuse pour une oeuvre unique, à découvrir !

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Au revoir là-haut d’Albert Dupontel


Film français – 1h57

Avec Nahuel Perez Biscayart, Albert Dupontel et Laurent Lafitte

Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l’un dessinateur de génie, l’autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l’entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire..

MON AVIS :

Adaptation du célèbre roman de pierre Lemaitre, Au revoir là-haut axe davantage son récit sur l’arnaque aux monuments aux morts organisée par Pierre et Eugène, délaissant un peu les liens très forts existants entre les deux personnages principaux. L’ensemble alterne dès lors scènes cocasses et situations absurdes, faisant de l’oeuvre un objet grand public, assez drôle et plaisant à découvrir. L’ensemble fonctionne bien même s’il ne peut nécessairement pas développer autant de thèmes que le roman. Les personnages (Pradelle en tête et Eugène) sont remarquables de justesse et la mise en scène plutôt soignée.
Même si le film élude beaucoup de moments clés du roman et ajoute parfois des éléments peut-être discutables, la force de l’oeuvre tient en ce qu’elle nous montre toute l’absurdité de certaines situations, et la candeur touchante de ces personnages un peu idéalistes qui font tout pour trouver leur place dans une société qui ne pense plus à eux..
Une oeuvre intelligente à bien des égards et qui complète plutôt sympathiquement le roman.

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