Au revoir là-haut d’Albert Dupontel


Film français – 1h57

Avec Nahuel Perez Biscayart, Albert Dupontel et Laurent Lafitte

Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l’un dessinateur de génie, l’autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l’entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire..

MON AVIS :

Adaptation du célèbre roman de pierre Lemaitre, Au revoir là-haut axe davantage son récit sur l’arnaque aux monuments aux morts organisée par Pierre et Eugène, délaissant un peu les liens très forts existants entre les deux personnages principaux. L’ensemble alterne dès lors scènes cocasses et situations absurdes, faisant de l’oeuvre un objet grand public, assez drôle et plaisant à découvrir. L’ensemble fonctionne bien même s’il ne peut nécessairement pas développer autant de thèmes que le roman. Les personnages (Pradelle en tête et Eugène) sont remarquables de justesse et la mise en scène plutôt soignée.
Même si le film élude beaucoup de moments clés du roman et ajoute parfois des éléments peut-être discutables, la force de l’oeuvre tient en ce qu’elle nous montre toute l’absurdité de certaines situations, et la candeur touchante de ces personnages un peu idéalistes qui font tout pour trouver leur place dans une société qui ne pense plus à eux..
Une oeuvre intelligente à bien des égards et qui complète plutôt sympathiquement le roman.

Bande annonce

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Good Time de Ben Safdie et Joshua Safdie


Film américain / luxembourgeois – 1h41
Avec Robert Pattinson, Ben Safdie et Buddy Duress

Un braquage qui tourne mal… Connie réussit à s’enfuir mais son frère Nick est arrêté. Alors que Connie tente de réunir la caution pour libérer son frère, une autre option s’offre à lui : le faire évader. Commence alors dans les bas-fonds de New York, une longue nuit sous adrénaline.

MON AVIS :

Récit nerveux d’une grande intensité visuelle, Good Time est une expérience fougueuse, tendue et électrique. Le récit d’une évasion qui met en scène les nombreux types d’enfermements (mental, physique, psychiatrique etc. ) une conquête de liberté sous ecstasy, portée par une esthétique visuelle colorée et sensuelle, intense et artistique qui font de ce film une expérience visuelle rare.
Robert Pattinson est ici étonnant dans un rôle violent, aux antipodes de certains de ses autres rôles, il gagne ici en maturité et en étoffe artistique. Un récit qui alterne les influences musicales, entre spectres électro et vision apocalyptiques, Good Time s’avère être une épopée frémissante qui garde le spectateur en apnée tout au long de la folle cavalcade de ses personnages. Une réussite.

Detroit de Kathryn Bigelow


Film américain – 2h23

Avec John Boyega, Will Poulter et Algee Smith

Été 1967. Les États-Unis connaissent une vague d’émeutes sans précédent. La guerre du Vietnam, vécue comme une intervention néocoloniale, et la ségrégation raciale nourrissent la contestation.
À Detroit, alors que le climat est insurrectionnel depuis deux jours, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d’une base de la Garde nationale. Les forces de l’ordre encerclent l’Algiers Motel d’où semblent provenir les détonations. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l’hôtel à un interrogatoire sadique pour extorquer leurs aveux.

MON AVIS :

Récit d’une nuit d’horreur, Detroit, raconte l’enfermement, la torture et la peur ressentie par les clients d’un hôtel pris en otages par la police. Des images percutantes pour un récit intense qui laisse le spectateur en apnée. A l’image des précédents films de la réalisatrice (les très bons Démineurs et Zero Dark Thirst), Detroit reprend des thématiques universelles, souvent politiques et revient avec force sur la notion d’une justice à deux vitesses. En ce sens, le film agit comme un catalyseur des tensions et livre avec pertinence une critique des dérives racistes. Une oeuvre forte qui aurait peut-être mérité quelques nuances et un traitement moins « lisse » et didactique de certains points de vue.
Un tableau pourtant pétrifiant, récit d’horreur et de guerre intense, qui incarne avec force une vision terrifiante et dérangeante des clivages qui existent entre les communautés, notamment aux Etats-Unis.

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Blade runner 2049 de Denis Villeneuve


Film américain – 2h44
Avec Ryan Gosling, Harrison Ford et Jared Leto

En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé.

MON AVIS :

Dans un décor apocalyptique magnifiquement mis en scène, Denis Villeneuve livre sa vision de la modernité et des rapports humains/androïdes. Un  film de science-fiction mature, où se côtoient des intelligences artificielles en quête d’humanité et de vérité.
Une oeuvre qui questionne le réel et le virtuel, à travers des images d’une grande beauté visuelle, colorées et fascinantes. L’atout majeur du film réside dans son ambiance, décadente et hypnotique, une atmosphère élégante mais qui ne parvient jamais à faire oublier un scénario assez convenu et une histoire attendue. En cédant aux sirènes du « film porteur », Denis Villeneuve semble avoir oublié le particularisme de son cinéma, multiple et surprenant. Une réflexion métaphysique qui manque d’originalité et se cantonne à la création d’un bel objet cinématographique. Une légère déception.

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Faute d’amour de Andrei Zvyagintsev


Film russe – 2h08
Avec Alexey Rozin, Maryana Spivak et Marina Vasilyeva

Boris et Genia sont en train de divorcer. Ils se disputent sans cesse et enchaînent les visites de leur appartement en vue de le vendre. Ils préparent déjà leur avenir respectif : Boris est en couple avec une jeune femme enceinte et Genia fréquente un homme aisé qui semble prêt à l’épouser… Aucun des deux ne semble avoir d’intérêt pour Aliocha, leur fils de 12 ans. Jusqu’à ce qu’il disparaisse.

MON AVIS :

Vision austère et désespérante d’un monde sans amour, Faute d’amour fait partie de ces expériences rares qui hantent le spectateur longtemps d’une vision terrible et bouleversante.
Une plongée sans concession dans une famille où règne individualisme et indifférence, une vision sobre et crue des rapports humains qui irriguent la société moderne et de ses travers les plus sombres. La disparition est ici vécue comme un catalyseur des tensions et exacerbe les rapports individualistes. Le jeu des comédiens, d’une grande sobriété, offre à l’oeuvre une dimension spectrale et crépusculaire et fait de l’élément déclencheur un instant décisif et révélateur. Une oeuvre intense, souvent clinique qui n’est pas sans rappeler le travail que menait déjà Krzysztof Kieslowski dans son Décalogue (et l’oeuvre Un seul dieu tu adoreras plus particulièrement) ou l’analyse clinique et complexe de Michael Haneke.
Une oeuvre exigeante et terrible qui dénonce autant qu’elle démontre l’apparente indifférente des rapports humains et le profond malaise qui en découle.

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Ça d’Andy Muschietti


Film américain – 2h15
Avec Bill Skarsgård, Jaeden Lieberher et Finn Wolfhard

À Derry, dans le Maine, sept gamins ayant du mal à s’intégrer, se sont regroupés au sein du « Club des Ratés ». Rejetés par leurs camarades, ils sont les cibles favorites des gros durs de l’école. Ils ont aussi en commun d’avoir éprouvé leur plus grande terreur face à un terrible prédateur métamorphe qu’ils appellent « Ça ».

MON AVIS :

Adapté du célèbre roman de Stephen King, Ça s’offre une nouvelle jeunesse. Plus explicite que son aîné, il est également plus horrifique et ses effets visuels sont d’une grande intensité.
Récit d’apprentissage, le film parvient à retranscrire à l’écran les peurs les plus profondes de ses personnages, illustrant au final le difficile passage de l’enfance à l’âge adulte.
L’interprétation de Bill Skarsgård est saisissante (et plutôt terrifiante) et la direction artistique des enfants très réussie. L’ensemble est au final très convaincant et propose, dans une ambiance plutôt malsaine et démoniaque, de redécouvrir cette icône de la littérature portée à l’écran à travers l’horrifiante imagination des enfants.
Efficace, rythmée et sympathique, Ça est une vraie réussite !

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Gabriel et la montagne de Fellipe Barbosa


Film brésilien – 2 h11

Avec João Pedro Zappa, Caroline Abras et Leonard Siampala

Avant d’intégrer une prestigieuse université américaine, Gabriel Buchmann décide de partir un an faire le tour du monde. Après dix mois de voyage et d’immersion au cœur de nombreux pays, son idéalisme en bandoulière, il rejoint le Kenya, bien décidé à découvrir le continent africain. Jusqu’à gravir le Mont Mulanje au Malawi, sa dernière destination.

MON AVIS :

Récit d’aventure et de voyage, Gabriel et la montagne conte l’histoire vraie d’un jeune homme qui pensait qu’il était possible de voyager différemment, en allant à la rencontre des peuples et en se confrontant à la véritable misère. Une quête qui progresse vers une forme de mysticisme, celui que recherchera Gabriel tout au long de son voyage. Une forme de paix avec lui-même, emplie d’un idéalisme touchant et d’un rapport au lien qui unit les hommes, inspirant.
Gabriel et la montagne est un récit puissant et contrasté. La figure de Gabriel étant tour à tour attachante et agaçante, elle offre au récit un bel exemple des nuances qui composent les êtres. Une démarche salutaire qui prouve qu’il est possible d’aller vers les autres sans préjugés mais qui ne parvient jamais à se départir des grandes longueurs du récit, ce qui lui fait perdre un peu de sa force narrative… Dommage.

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Wind River de Taylor Sheridan


Film américain – 1h47
Avec Jeremy Renner, Elizabeth Olsen et Kelsey Asbille

Cory Lambert est pisteur dans la réserve indienne de Wind River, perdue dans l’immensité sauvage du Wyoming. Lorsqu’il découvre le corps d’une femme en pleine nature, le FBI envoie une jeune recrue élucider ce meurtre. Fortement lié à la communauté amérindienne, il va l’aider à mener l’enquête dans ce milieu hostile, ravagé par la violence et l’isolement, où la loi des hommes s’estompe face à celle impitoyable de la nature…

MON AVIS :

Thriller hivernal où se côtoient l’immensité des paysages gelés et la grandeur d’âme de ses habitants laissés pour compte, Wind River dresse le portrait d’une population fière, en proie à la violence et à l’austérité de sa terre et des hommes.
Percutant et violent, le film de Taylor Sheridan, scénariste de Sicario et Comancheria, referme une trilogie sur le thème de la frontière : celle physique qui encercle les populations amérindiennes dans une réserve violente et austère mais également celle plus psychologique qui enferme les personnages dans de terrifiants préjugés. Les personnages admirablement incarnés par des comédiens de talents (Jeremy Renner et Elizabeth Olsen en tête), offrent avec subtilité un jeu tout en nuances et en profondeur.
Une oeuvre forte et silencieuse qui favorise une immersion totale dans la réserve indienne de Wind River, lieu isolé où sévit la précarité, la drogue et la mort et qui a le mérite de soulever le débat sur les violences commises sur les communautés amérindiennes et plus particulièrement sur celle des femmes, toujours invisibles aux yeux de la société américaine.

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120 battements par minute de Robin Campillo

120BPM
Film français – 2h20

Avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois et Adèle Haenel

Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale.
Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean.

MON AVIS :

Oeuvre vibrante au rythme des contestations d’Act Up Paris, film engagé comme ses personnages emblématiques, 120 battements par minute résonne comme un appel, celui de l’engagement, la rage au coeur et le cri au corps. Une énergie du désespoir portée par des personnages entiers, puissants et révoltés, qui donnent corps à leur combat autant qu’au message qu’ils incarnent.
Une montée en puissance du propos qui régresse ensuite lorsque le film se concentre sur l’histoire intime de Sean et Nathan et leur combat contre la maladie. Une deuxième partie plus inégale contenant quelques longueurs qui, en montrant la déchéance, semble perdre de vue la puissance de l’action. Une autre forme de combat, plus intime et plus terrible encore, qui ne parvient néanmoins jamais à donner une dimension sacrée à ses personnages, pourtant magnifiquement incarnés par des comédiens de talent. Une oeuvre qui se vit au rythme des pulsations du coeur. Entre espoir et désillusion, Robin Campillo livre sa vision de la lutte, intestine, éprouvante et cruelle.

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Dunkerque de Christopher Nolan


Film américain – 1 h 47
Avec Fionn Whitehead, Tom Hardy, Mark Rylance et Cillian Murphy

Le récit de l’évacuation des troupes alliées de Dunkerque en mai 1940.

MON AVIS :

Film historique aux ressorts tragiques, Dunkerque plonge immédiatement le spectateur en immersion dans cet épisode plutôt méconnu de la seconde guerre mondiale. Alternant des points de vue généraux d’une grande maitrise visuelle et des plans plus resserrés sur les visages de ses protagonistes, le dernier film de Nolan n’oublie pas de révéler l’humanité tendre, faite de bienveillance et de courage de ces hommes.
Un film riche qui alterne, à travers un étirement du temps bien connu du réalisateur, des scènes époustouflantes de réalisme – entre terre, mer et ciel – et d’autres plus intimes, révélant aux spectateurs la lâcheté et l’héroïsme de certains de ces hommes en proie à une lutte de chaque instant pour leur survie.
Une plongée sous haute tension qui, malgré quelques plans attendus et clichés regrettables – étonnants de la part de ce réalisateur – n’en revêt pas moins une grande force narrative. Si certains regrettent le propos plutôt convenu de ce film, ils en oublient certainement les aspects humains et psychologiques, véritable force de l’oeuvre. Un film aux images grandioses pour une épopée humaine d’une grande justesse. A découvrir.

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