Woman at war de Benedikt Erlingsson


Film islandais, ukrainien, français – 1h40
Avec Halldora Geirhardsdottir, Jóhann Sigurðarson et Davíd Thór Jónsson

Halla, la cinquantaine, déclare la guerre à l’industrie locale de l’aluminium, qui défigure son pays. Elle prend tous les risques pour protéger les Hautes Terres d’Islande… Mais la situation pourrait changer avec l’arrivée inattendue d’une petite orpheline dans sa vie…

MON AVIS :

Fable écologique burlesque, Woman at war narre le combat d’une militante contre les conséquences d’une industrialisation massive dans son pays. De la préservation des paysages immenses et époustouflants de son Islande natale, à la recherche d’un avenir résolument tourné vers autrui, ce petit film présente de très nombreux atouts, déployés comme autant de thèmes croisés, traités avec humour et sensibilité. Halla fait partie de ses héroïnes entières et peu farouches qui croient sincèrement en la possibilité d’un avenir meilleur et s’engage corps et âme pour lui. Malgré certaines scènes attendues et une narration parfois convenue, Woman at war tient ses promesses et entraine le spectateur aux confins d’une réflexion mêlant arguments écologiques, engagement personnel et vision d’un futur préservé. A découvrir !

– Bande annonce

Publicités

Mary et la fleur de la sorcière de Hiromasa Yonebayashi


Film d’animation japonaise – 1 h 42
Editeur : Diaphana (site / Facebook) – sortie DVD le 3 juillet 2018

C’est l’été. Mary vient d’emménager chez sa grand-tante dans le village de Manoir Rouge. Dans la forêt voisine, elle découvre une fleur mystérieuse qui ne fleurit qu’une fois tous les 7 ans. On l’appelle la « fleur de la sorcière ». Pour une nuit seulement, grâce à la fleur, Mary possèdera des pouvoirs magiques et pourra entrer à Endor, l’école la plus renommée dans le monde de la magie, qui s’élève au-dessus du ciel, au-delà des nuages.
Le secret de la fleur de la sorcière se révèlera à elle petit à petit…

MON AVIS :

Conte initiatique et enchanteur, Mary et la fleur de la sorcière allie avec talent, triomphe de l’animation et faste de l’image. Une oeuvre qui touche dans sa naïveté narrative autant que dans son approche délicate d’un thème pourtant maintes fois traité. La sorcellerie apparait ici comme une allégorie délicate du passage de l’enfance à l’âge adulte avec ses nombreuses péripéties et une certaine emphase narrative.
Une oeuvre délicate aux traits simples qu’enrobe une narration, certes déjà vue, mais souvent fluide et féérique. Si Mary n’atteint pas le statut des héroïnes de Miyazaki malgré ses visibles influences, elle n’en reste pas moins un personnage délicat et attachant. Une oeuvre qui aurait cependant mérité de se détacher plus franchement de ses influences pour imposer sa marque propre. Espérons que le réalisateur s’affranchisse, sans renier ses origines, d’un carcan qui pourrait, à terme, s’avérer pesant. Un film d’animation néanmoins sympathique, à découvrir !

Bande annonce

Je remercie Cinétrafic et Diaphana pour la découverte de ce film d’animation.

Si vous le souhaitez, vous pouvez retrouver sur le site de Cinétrafic le meilleur du cinéma en 2018 et une liste de films pour passer un bon moment.

Katie says goodbye de Wayne Roberts


Film américain – 1h28
Avec Olivia Cooke, Christopher Abbott et Mireille Enos

Katie, jeune femme du sud ouest américain rêve d’une nouvelle vie à San Francisco. Elle vit ses premiers amours et se révèle d’une honnêteté désarmante. Son empathie compulsive envers les autres fait d’elle une proie facile. Sa ténacité et sa jeunesse seront mis à l’épreuve par ceux qu’elle aime le plus au monde.

MON AVIS :

A travers les yeux d’une comédienne lumineuse, la très impressionnante Olivia Cook, Wayne Roberts dresse le portrait d’une Amérique en proie à ses démons les plus obscurs et à ses passions les plus atroces. Katie fait ici figure d’ange pur. Souillée par la noirceur des hommes, elle reste une image délicate et digne. D’une honnêteté désarmante, elle rejoint dès lors la figure du martyr et interroge, à travers ses yeux expressifs, sur l’humanité et sur le don de soi.
Une oeuvre résolument optimiste que porte l’intense confiance en l’avenir de Katie. Non pas une confiance aveugle et sourde, mais une volonté farouche de s’en sortir et de croire en l’autre.
Un drame très sombre, parfois cruel au point d’en être insoutenable pour une oeuvre riche, intense et bouleversante. A découvrir !

-Bande annonce

Ghostland de Pascal Laugier


Film français-canadien – 1h31

Avec Mylène Farmer, Crystal Reed, Anastasia Phillips et Emilia Jones

Suite au décès de sa tante, Pauline et ses deux filles héritent d’une maison. Mais dès la première nuit, des meurtriers pénètrent dans la demeure et Pauline doit se battre pour sauver ses filles. Un drame qui va traumatiser toute la famille mais surtout affecter différemment chacune des jeunes filles dont les personnalités vont diverger davantage à la suite de cette nuit cauchemardesque.

MON AVIS :

Après le très violent Martyrs, Pascal Laugier revient ici au film d’horreur-épouvante et sème une terreur nouvelle faite d’impuissance, d’attente et d’incompréhension.
Une oeuvre dense et rythmée qui nous plonge au coeur de l’horreur et réussit un tour de force narratif très puissant. Porté par des actrices talentueuses, Ghostland joue sur les stéréotypes pour mieux s’en affranchir (la jeune mère de famille qui emménage seule avec ses deux filles, la figure démoniaque de la poupée, des effets de rebondissements réussis) et évoquer des thèmes encore plus sombres que ceux soulevés par la simple peur. En effet, à travers le spectre de l’abus sexuel, du meurtre et de la perte de l’innocence, Pascal Laugier dresse le portrait monstrueux d’une Amérique solitaire et démoniaque où se côtoient des personnalités étranges et sombres.
Audacieux, inattendu et radical, Ghostland plonge le spectateur dans un abîme intime des plus cauchemardesques, faisant de ses personnages des proies fragiles et délicates mais toujours déterminées. Une vraie réussite du genre !

– Bande annonce

Ni juge, ni soumise de Yves Hinant et Jean Libon


Documentaire belge – 1 h 40
Avec Anne Gruwez

Ni Juge, ni soumise est le premier long-métrage StripTease, émission culte de la télévision belge. Pendant 3 ans les réalisateurs ont suivi à Bruxelles la juge Anne Gruwez au cours d’enquêtes criminelles, d’auditions, de visites de scènes de crime. Ce n’est pas du cinéma, c’est pire.

MON AVIS :

Premier long-métrage de l’émission Striptease, Ni juge, ni soumise reprend le ton et l’esprit corrosif de l’émission belge dans ce qu’elle a de plus dérangeant et de plus percutant. Un regard souvent sans concession, parfois drôle, souvent terrible dans le décalage que crée le personnage d’Anne Gruwez, magistrate haute en couleur et sans langue de bois, et les situations terribles qu’elle rencontre chaque jour dans son travail. Un quotidien fait de mort et de terreur jusqu’à la scène finale particulièrement réussie dans laquelle transparait toute l’humanité de cette magistrate atypique. Une scène vers laquelle convergent toutes les autres, drôles et tristes, terribles et effrayantes, prenant parfois – souvent – le spectateur en otage. Une oeuvre qui interroge en miroir notre regard sur les situations mises en exergue et qui souligne, s’il en était besoin, le décalage désarmant entre la liberté de ton du film et la noirceur de la misère humaine la plus pure. A découvrir !

– Bande annonce

La forme de l’eau de Guillermo del Toro


Film américain – 2 h 03
Avec Sally Hawkins, Michael Shannon et Richard Jenkins

Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres…

MON AVIS :

En nous livrant un conte revisité, Guillermo del Toro fait le pari d’une oeuvre contemporaine, joyeuse et délicate. Une nouvelle formule de La belle et la bête en conte moderne, prônant la différence et la tolérance. Une oeuvre cinématographique à la photo parfaite et qui parvient à reconstituer une époque avec puissance et intérêt. Mais au-delà de ses images magiques et de la très belle prestation de ses comédiens, La forme de l’eau n’apporte pas de vision nouvelle ni de nouveau discours autour du thème de la différence. Un récit sublimé par les images savamment étudiées de Guillermo del Toro mais qui ne parviendra pas à me marquer durablement.

Bande annonce

The disaster artist de James Franco


Film américain – 1h44

Avec James Franco, Dave Franco et Seth Rogen

En 2003, Tommy Wiseau, artiste passionné mais totalement étranger au milieu du cinéma, entreprend de réaliser un film. Sans savoir vraiment comment s’y prendre, il se lance … et signe THE ROOM, le plus grand nanar de tous les temps. Comme quoi, il n’y a pas qu’une seule méthode pour devenir une légende !

MON AVIS :

Comme a pu le faire Tim Burton auparavant avec Ed Wood, James Franco reprend dans The disaster artist, les fondations d’un mythe et remet au goût du jour les dérives d’un système et la création d’une oeuvre atypique. Un défi ambitieux plutôt bien réussi en ce qu’il nous présente, avec beaucoup de bienveillance, le mystère d’un homme, son désir de création et sa puissance d’évocation critique.
Mais au-delà de l’oeuvre devenue culte, c’est aussi une histoire d’amitié sincère que nous présente James Franco, celle qui lie Tommy Wiseau et Greg Sestero, leurs désirs de gloire et leur immense respect mutuel. Une oeuvre atypique, drôle et touchante, à découvrir.

Bande annonce

L’insulte de Ziad Doueiri


Film Libanais – 1h52
Avec Adel Karam, Kamel El Basha et Camille Salamé

A Beyrouth, de nos jours, une insulte qui dégénère conduit Toni (chrétien libanais) et Yasser (réfugié palestinien) devant les tribunaux. De blessures secrètes en révélations, l’affrontement des avocats porte le Liban au bord de l’explosion sociale mais oblige ces deux hommes à se regarder en face.

MON AVIS :

Récit d’une insulte aux conséquences puissantes, le film de Ziad Doueiri invoque tour à tour les démons et la puissante force du souvenir des deux protagonistes principaux de cette rixe verbale. Une dispute qui prend dès lors une ampleur inattendue, enflammant tour à tour le coeur des citoyens de Beyrouth puis celui de tous les libanais.
Un regard à la fois dur et nuancé sur le conflit d’une époque, qui évoque les différences autant que les souvenirs douloureux, véritable point commun des deux protagonistes principaux. Une atmosphère particulièrement délétère qui enflamme de nombreuses séquences du film particulièrement réussies.
L’interprétation, d’une grande justesse, offre un visage singulier à ce différent et dévoile, avec pudeur et retenue, à travers les nombreux regards des personnages, l’ampleur de la souffrance vécue.
A travers ce film remarquable, Ziad Doueiri signe une oeuvre universelle et intemporelle, riche et incroyablement puissante. D’une grande beauté.

Bande annonce

Call me by your name de Luca Guadagnino


Film français, italien, américain, brésilien – 2h11
Avec Armie Hammer, Timothée Chalamet et Michael Stuhlbarg

Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIe siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia. Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver, un séduisant américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir, au cours d’un été ensoleillé dans la campagne italienne qui changera leur vie à jamais.

MON AVIS :

Dans la langoureuse campagne italienne, c’est l’éveil du désir que nous conte Luca Guadagnino. De la rencontre des corps à celle plus timide des esprits, dans les années 80, le réalisateur conserve une nonchalance délicate et pudique. Un regard étonnement moderne sur ce sujet où l’interprétation, toute en nuances et en douceur des deux comédiens principaux, rassemble par ailleurs autour de leurs figures juvéniles, l’intensité des émotions et la force des sentiments.
Un instant de complicité suspendu, tout en tendresse et en délicatesse, qui ne surprend pas vraiment dans son traitement et qui ne parvient jamais vraiment pas à se départir de certains clichés et de certaines scènes attendues, mais qui reste tout de même un sympathique moment de cinéma.

Bande annonce

3 billboards : les panneaux de la vengeance de Martin McDonagh


Film britannique-américain – 1h56
Avec Frances McDormand, Woody Harrelson et Sam Rockwell

Après des mois sans que l’enquête sur la mort de sa fille ait avancé, Mildred Hayes prend les choses en main, affichant un message controversé visant le très respecté chef de la police sur trois grands panneaux à l’entrée de leur ville.

MON AVIS :

Drame intime et familial, 3 billboards alterne avec intelligence scènes cocasses et histoires terribles. Une histoire de colère et de vengeance sur le long chemin du deuil qui rend le personnage de Frances McDormand (oscar mérité de la meilleure actrice 2018), corrosif et amer.
Une oeuvre étonnante à bien des égards – certaines scènes sont vraiment surprenantes et d’autres joliment audacieuses – qui ne tombe jamais dans la facilité et alterne avec brio sentiment d’impuissance et humanisme tragique.
Un film qui n’est pas sans rappeler l’humour des frères Cohen et qui a su, avec adresse et nuances, offrir une oeuvre décalée et fine, où l’humour noir côtoie le drame le plus dense et offre sa propre vision du pardon, dans une Amérique rongée par la violence et les préjugés. A découvrir !

Bande annonce