Dites-lui que je l’aime de Clémentine Autain


Editions Grasset – 158 pages
Parution le 6 mars 2019
Littérature française

« L’autre jour, ma fille m’a demandé si on pourrait te voir quand tu ne seras plus morte. Elle est encore petite, tu sais, alors elle a insisté – et pourquoi ton cœur s’est arrêté, et pourquoi tu es morte dans ta salle de bain… Mourir à 33 ans, elle ne comprend pas, et elle a peut-être senti dans ma réponse mon aversion à parler de toi, à penser à toi. J’avais tout emmuré mais te revoilà sans cesse… »

Il aura fallu trente ans pour que Clémentine Autain écrive sur sa mère, la comédienne Dominique Laffin, morte en 1985. Clémentine en avait 12 et déjà un long et douloureux chemin avec cette mère en souffrance, égarée, incapable de prendre soin de sa fille. Clémentine Autain s’est construite en fermant la porte aux souvenirs, en opposition avec cette mère dont, petite fille, elle avait parfois dû s’occuper comme d’un enfant. Aujourd’hui, elle n’occulte rien, dit avec justesse le parcours tragique d’une femme radieuse et brûlée, passionnée de vie, actrice magistrale, féministe engagée mais dévorée par ses angoisses et prise au piège d’une liberté dangereuse.

MON AVIS :

En ouvrant ce roman autobiographique, c’est d’abord une impression d’impudeur qui nous saisit. Clémentine Autain semble régler ses comptes, laisser sortir la rancoeur, exprimer sa douleur face à sa mère défaillante, fragile et bien incapable de s’occuper d’elle. La face sombre d’une comédienne talentueuse, promise à un bel avenir puis brisée par le destin…
Clémentine Autain est la fille de Dominique Laffin. Une filiation dont elle a toujours tenté de se départir comme pour se reconstruire loin de cette mère chancelante. Entre alcool et dépression, les mots sont incisifs, souvent durs, toujours intimes. Et puis, se dessine progressivement, derrière l’enfant blessée au courage manifeste, la femme combative qui se plait finalement à imaginer les ressemblances plutôt que les dissemblances. Dites-lui que je l’aime, titre d’un film de Claude Miller tourné par Dominique Laffin avec Gérard Depardieu en 1977, c’est aussi l’appel d’un sentiment, celui imaginé par une petite fille, celui qu’elle n’a jamais reçu directement et qu’elle invoque comme un ultime appel ou qu’elle imagine dans la bouche de celle qu’elle n’a cessé de chercher avant de l’enfouir sous l’argile de l’oubli. Dites-lui que je l’aime est un roman fort, souvent dérangeant mais toujours poignant. A découvrir pour la rage qu’il contient autant que pour son pouvoir d’apaisement.

Ce qui abime c’est la répétition. Ce qui nous a séparées c’est la récurrence de ton incapacité à prendre soin de moi. Je n’ai plus trouvé la force de comprendre, j’ai condamné. Je n’ai plus cherché à relier les bribes d’interprétations possible pour te disculper, j’ai considéré que ce n’était pas mon problème. Je n’ai plus entretenu les moments de bienveillance et de joie, je les ai enterrés. Qu’importe la compassion et la compréhension, la justice ou la vérité, pourvu que je marche droit. Tout a fonctionné comme si j’avais eu un besoin impérieux de t’anéantir pour pouvoir m’en sortir et tracer mon chemin loin de la déprime et de l’alcool.

Un grand merci aux éditions Grasset pour la découverte de ce livre.

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Le secret du mari de Liane Moriarty


Editions Le livre de poche – 498 pages
Littérature australienne

Jamais Cecilia n’aurait dû lire cette lettre trouvée par hasard dans le grenier. Sur l’enveloppe jaunie, quelques mots de la main de son mari : « À n’ouvrir qu’après ma mort ». La curiosité est trop forte, elle l’ouvre et le temps s’arrête… John-Paul y confesse une faute terrible dont la révélation pourrait détruire non seulement leur famille mais la vie de quelques autres. À la fois folle de colère et dévastée par ce qu’elle vient d’apprendre, Cecilia ne sait que faire : si elle se tait, la vérité va la ronger, si elle parle, ceux qu’elle aime souffriront.

MON AVIS :

Destins croisés ou livre chorale, Le secret du mari présente de multiples regards de femmes confrontées au secret. Chacune y est liée d’une façon ou d’une autre, s’y confronte, y répond, s’en offusque. Un récit intimiste au ton faussement léger, porté par une écriture fluide et simple qui rend le récit plutôt addictif. Les personnages portent tous en eux une part de mystère et s’avèrent travaillés avec soin, tout comme l’ambiance de cette communauté qui oscille entre préservation des apparences et secrets bien gardés. Une lecture intéressante à découvrir pour sa part de mystère et d’humanité.

Tout ça c’était à cause du Mur de Berlin.
S’il n’avait pas été question du Mur de Berlin, Cecilia n’aurait jamais trouvé la lettre et ne serait pas là, assise à la table de sa cuisine, à tenter d’ignorer la petite voix qui lui disait de l’ouvrir.

La délicatesse de David Foenkinos


Editions Folio – 210 pages
Littérature française

Tout va pour le mieux pour la belle et discrète Nathalie jusqu’au jour où elle perd l’homme qu’elle aime dans un accident. Elle sort de son deuil d’une façon inattendue, par un baiser anodin avec un collègue de travail qui n’avait a priori rien pour lui plaire.

MON AVIS :

C’est une oeuvre de renaissance par la douceur et la tendresse que nous propose David Foenkinos dans ce joli roman. Un récit où les personnages, souvent cabossés par la vie, s’abandonnent à la (re)découverte des sentiments et retrouvent le chemin vers une vie choisie. Une oeuvre délicate qui témoigne avec beaucoup de pudeur de la naissance de l’attachement et qui met en lumière les êtres invisibles, ceux dont l’existence, toute en délicatesse passe souvent inaperçue. Une oeuvre douce aux personnages joliment travaillés et au phrasé souvent juste qui offre au lecteur un bon moment de lecture.

Chaque note était l’écho d’un souvenir, d’une anecdote, d’un rire. Elle prit conscience que ce serait terrible. En sept ans de vie commune, il avait eu le temps de s’éparpiller partout, de laisser une trace sur toutes les respirations. Elle comprit qu’elle ne pourrait rien vivre qui puisse lui faire oublier sa mort.


Il comprit subitement qu’il n’en pouvait plus de manquer d’amour, qu’il étouffait de vivre dans un monde desséché. Personne ne le prenait jamais dans ses bras, personne ne manifestait jamais le moindre signe d’affection à son égard. Pourquoi était-ce ainsi ? Il avait oublié l’existence de la douceur. Il était exclu de la délicatesse.

D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan


Editions JC Lattès – 480 pages
Littérature française

« Ce livre est le récit de ma rencontre avec L.. L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais croiser. »

Dans ce roman aux allures de thriller psychologique, Delphine de Vigan s’aventure en équilibriste sur la ligne de crête qui sépare le réel de la fiction. Ce livre est aussi une plongée au cœur d’une époque fascinée par le Vrai.

MON AVIS :

C’est en confrontant le réel et l’imaginaire que nait l’histoire de L., sa rencontre avec l’auteur, son immersion dans son monde et son immixtion progressive dans sa vie. Dans ce roman, l’auteur oscille sans cesse entre le réel et le fantasmé, le vrai et l’irréel, la fiction et son inspiration. Un véritable tour de force pour une oeuvre magnifiquement construite, perdant le lecteur dans des suppositions et une intense réflexion sur le possible ascendant de l’imagé sur le concret.
Un roman riche, à l’écriture soigneusement travaillée qui démontre, s’il en était besoin, tout le talent narratif de Delphine de Vigan. Une oeuvre qui fait suite à celle qu’elle a précédemment écrit (Rien ne s’oppose à la nuit) et qui offre, comme une respiration mouvementée, une suite vivante, vibrante et d’une grande intensité. A découvrir !

C’est cette phrase qui m’a sidérée, cette phrase dans la bouche d’un ado de quinze ans, campé dans des Nike qui avaient l’air d’avoir été fabriquées pour marcher sur une autre planète, cette phrase si banale dans son propos, mais formulée de manière singulière : le réel avait des couilles. Le réel était doté d’une volonté, d’une dynamique propre. Le réel était le fruit d’une force supérieure, autrement plus créatif, audacieuse, imaginative que tout ce que nous pouvions inventer. Le réel était une vaste machination pilotée par un démiurge dont la puissance était inégalable.

La vengeance du loup de Patrick Poivre d’Arvor


Editions Grasset – 316 pages
Littérature française

Charles s’ennuie ferme sur les bancs de l’école. Mais au fond de lui, le jeune garçon sent que sa vie est ailleurs. Il brûle d’un appétit vorace et ses rêves sont hantés par les plus hautes destinées. A douze ans, Charles perd sa mère. Elle était tout pour lui : sa confidente, son inspiratrice, son idole. Sur son lit de mort, elle lui révèle qu’ il n’est pas le fils de l’homme qu’il croyait être son père. Son père biologique se nomme Jean-Baptiste d’Orgel, un acteur connu du grand public. Le monde de Charles s’écroule, il ne lui reste que son ambition…

MON AVIS :

Récit d’une vengeance solitaire ou destin d’un homme qui aura de nombreuses répercussions sur les vies futures, La vengeance du loup raconte comment une décision peut impacter l’avenir et le destin de toute une génération. Un récit vif, porté par une belle aisance d’écriture qui ne parvient cependant jamais à masquer une certaine lenteur et quelques facilités narratives. Les personnages, oeuvrant dans un contexte politico-médiatique fouillé, ne parviennent pas à éveiller de réelle sympathie ou d’empathie.
Quand la petite histoire rencontre la grande, ce sont autant de thèmes qui enrichissent le récit sans toutefois parvenir à un équilibre salutaire. L’oeuvre peine en effet à convaincre, tant dans sa façon de traiter les nombreux sujets qu’elle évoque que dans la description de son personnage principal auquel je ne suis pas parvenue à m’attacher.

Je serai un loup solitaire, s’était dit Guillaume. Je traquerai la meute mais personne ne me verra. Je rôderai, je les affolerai. Ils sont plus nombreux, aussi je les prendrai un à un, comme Horace avec les Curiaces.

Un grand merci aux éditions Grasset pour leur confiance.

L’ espace du rêve de David Lynch et Kristine McKenna


Editions JC Lattès – 600 pages
Littérature américaine

Dans ces mémoires uniques et hybrides, qui sont aussi particulières que l’homme lui-même, Lynch se confie pour la première fois sur sa vie, toujours en quête d’une vision singulière, et sur les nombreux chagrins d’amour et épreuves qu’il a affrontés pour mener à bien ses projets peu orthodoxes, parfois avec succès, parfois sans. Les réflexions lyriques, intensément intimes et sans aucun filtre de Lynch sont précédées de sections biographiques, écrites par sa proche collaboratrice Kristine McKenna et basées sur plus de cent interviews inédites avec des membres de sa famille, des acteurs, des agents, des musiciens et des collègues dans plusieurs domaines, qui ont chacun leur propre version de ce qu’il s’est passé.

MON AVIS :

Les amateurs de David Lynch le savent, l’artiste se dévoile peu et laisse toujours planer le mystère autour de ses créations artistiques. Réalisateur, artiste-peintre, musicien, l’homme a plus d’une corde à son arc et une vision artistique unique. Une vie singulière, faite de convictions, de succès et d’échecs.
Ici, c’est l’homme intime, celui qui vit pour son art et qui peut tomber amoureux d’une idée, qui se dévoile. A travers les témoignages de ses proches, recueillis et retravaillés avec beaucoup de finesse par sa biographe et amie Kristine McKenna, David Lynch se confie sur son passé, ses amours, ses combats pour faire exister son art, ses failles et finalement sa vie d’artiste à part entière.
Tout est là, de Eraserhead à INLAND EMPIRE en passant par Twin Peaks, ses peintures, photographies et travaux sur le son, ce document recrée l’univers dans lequel il puise son inspiration (le métier de son père, son rapport à la sensualité, à la naissance d’une idée, à la méditation transcendantale, aux rêves etc.)
Une biographie un peu particulière comme on pouvait s’y attendre avec le personnage puisqu’il n’hésite pas à prendre également la parole et à commenter les souvenirs de ses amis, parfois différents des siens. Une forme atypique pour un homme qui ne l’est pas moins mais qui continue de fasciner par une dévotion totale et finalement sans concessions à son art. Un artiste engagé qui n’en cache pas moins un homme étonnament solaire et charismatique, ouvert aux autres bien que parfois absent pour les siens.
Si cette biographie ne donne pas les clés de ses oeuvres emblématiques, elle dévoile avec intérêt les coulisses de ses créations et offre au lecteur, notamment à travers des photographies issues de la collection privée de Lynch, une ouverture vers son espace intime. Un espace du rêve pour une invitation au coeur de sa réalité profonde, intime et fascinante.

Bébé dis-moi qui tu es du Dr Philippe Grandsenne


Editions Poche Marabout – 288 pages
Littérature française

Vivre avec sérénité les premiers mois avec Bébé. L’arrivée d’un nouveau-né entraîne ses parents dans une aventure pleine d’imprévus. Loin des théories et des idées préconçues, ce livre, écrit par un pédiatre, n’a qu’une ambition : celle d’aider les parents à regarder vivre leur bébé pour le comprendre tel qu’il est. « C’est avec passion que Philipe Grandsenne parle des nouveau-nés. Pour lui, l’objectif premier, c’est « Au bonheur des bébés »… Et cet ouvrage, si agréable à lire, donne des conseils intelligents, mais surtout donne aux parents la capacité de croire en eux-mêmes et en leur enfant.

MON AVIS :

Rédigé par un pédiatre, le Docteur Philippe Grandsenne guide, évoque, rassure les jeunes parents désemparés par les pleurs de leur nourrisson, autant que ceux qui souhaitent mieux les comprendre. Petit ouvrage de référence, il assure sur un ton bienveillant une meilleure compréhension des touts-petits et un grand pas vers l’empathie. Un ouvrage très accessible qui constitue un outils intéressant, notamment pour de jeunes parents.

Le temps bébé n’est pas le même que le temps adulte. Je ne dis pas : le temps n’est pas vu de la même façon par le bébé que par l’adulte. Je pose qu’il ne s’agit pas du même cadre-temps. De la même façon qu’une année-Terre ne signifie pas la même chose qu’une année-Saturne, une heure-bébé ne signifie pas la même chose qu’une heure-adulte.

Nos femmes de coeur de Liane Foly et Wendy Bouchard


Editions Grasset – 312 pages
Littérature française

Ce livre est une histoire de femmes complices. Wendy et Liane se rencontrent dans un studio et, d’emblée, une amitié naît — si forte que Liane devient la marraine de cœur de la petite fille de Wendy ! Il n’en fallait pas davantage pour qu’un livre voit le jour. Ces deux amies ont la passion des rencontres. Barbara pour l’une, Véronique Sanson ou Brigitte Bardot pour l’autre — et la liste est longue —, les portraits intimes et en creux de leurs femmes de cœurs sont autant d’hommages.
Qu’ils s’agissent d’artistes vivantes ou disparues, de personnages de fiction, Wendy et Liane revendiquent leur admiration, leur attachement. Leurs femmes de cœurs les renvoient à des moments particuliers de leur biographie. Si bien qu’en parlant des autres, ce sont elles qu’elles dessinent.

MON AVIS :

A travers les regards croisés de deux femmes, artiste et journaliste, ce sont autant d’hommages appuyés, de regards et de rencontres qui sont contées dans ce récit intimiste. Une histoire de fraternité qui ne parvient cependant jamais à masquer une certaine complaisance qu’entretient parfois une légère facilité dans l’écriture. Si l’on ne peut douter de la sincérité des hommages rendus, on pourrait regretter une certaine façon de se raconter à travers les témoignages de rencontres et les égards provoqués.
Une lecture intéressante en ce qu’elle relate quelques anecdotes étonnantes sur les personnalités évoquées et qui met en lumière certaines femmes de l’ombre mais qui déçoit par une approche parfois simpliste et peut-être moins altruiste que l’on pouvait l’espérer.

Avez-vous déjà entendu parler de « sororité » ? C’est un terme utilisé dans les années 70 par les féministes françaises pour traduire le terme anglais sisterhood créé et inventé en réaction au mot brotherhood qui signifie fraternité. La « sororité » est l’expression de la solidarité entre femmes, soeurs et cousines, femmes complices et non rivales.
Dans ce livre, nous sommes en plein au coeur du sujet.


Simone Weil – Ses yeux semblaient ne jamais devoir se fermer. Ils avaient vu trop de choses. Du bleu délavé, lavé de toute illusion. La flamme de la vie, et cependant, la fumée de l’horreur.

Un grand merci aux éditions Grasset pour la découverte de cette oeuvre.

Sein et sauf d’Ariane Goupil


Editions Cent Mille Milliards / Descartes & Cie – 242 pages
Littérature française

Ombeline vit sur la Côte d’Azur, traduit le grec ancien, a une colocataire qui s’appelle Automne et un chat prénommé Socrate, moins de 30 ans, et un cancer du sein. Comment fait-on avec tout ça, quand l’existence qui était pleine de promesses devient en un éclair un enfer d’incertitudes ? On pleure mais on rit aussi, on résiste (on tente, au moins) et on va au bout de tout ce qui reste parce que la vie, malgré tout, est une accumulation de tendresse dans une nuit de doutes.

MON AVIS :

Histoire intimiste ou récit d’une aventure humaine, Sein et sauf est avant tout l’histoire d’une féminité. Celle que l’on doit retrouver, celle qui nous fait parfois défaut, celle à laquelle on se confronte. Ombeline vient de comprendre combien le rapport qu’elle entretien avec son corps lui fait défaut, combien elle a sous-estimé ce corps avec lequel elle compose depuis longtemps et combien ses doutes pour sa survie sont désormais nombreux. Une occasion unique de faire la paix avec son entourage autant qu’avec elle-même, alors que se brouille sa vision de l’avenir autant que son rapport aux autres. L’écriture d’Ariane Goupil est simple mais percutante et en traitant d’un thème aussi difficile sans tomber dans la facilité, va droit au coeur de ses lecteurs.
Une lecture sur un thème difficile mais porté par des personnages attachants et faillibles que l’on se prend l’envie d’aimer. A découvrir.

Je me lève, je le laisse régler. Je l’embrasse sur le front, il a le menton dans mes nichons. Je ne sais pas s’il a compris que c’est leur faute, mais finalement, je l’espère. Comment aurai-je pu lui dire ?

Un grand merci à Babelio et aux éditions Cent Mille Milliards/ Descartes & cie pour la découverte de ce roman.

Autoportrait au radiateur de Christian Bobin


Editions Folio – 170 pages
Littérature française

«Ce n’est pas un journal que je tiens, c’est un feu que j’allume dans le noir. Ce n’est pas un feu que j’allume dans le noir, c’est un animal que je nourris. Ce n’est pas un animal que je nourris, c’est le sang que j’écoute à mes tempes, comme il bat – un volet ensauvagé contre le mur d’une petite maison.»

MON AVIS :

Connu pour la pureté de ses mots et la force de ses images, Christian Bobin rassemble les couleurs du réel pour produire une oeuvre intime et délicate. Rarement il aura approché aussi fort de la lumière, celle contenue dans une rose, un brin d’herbe ou le sourire d’un souvenir. Des mots délicats qui s’entrechoquent, rassemblent les vivants et les morts autour de la joie simple d’écrire. Un récit autobiographique qui évoque la perte et ce sillon de lumière qu’elle révèle. Une oeuvre mémoire de l’instant, comme toujours douce et percutante grâce à sa plume.

Faire au moins une fois ce qu’on ne fait jamais. Suivre, ne serait-ce qu’un jour, une heure, un autre chemin que celui où le caractère nous a mis.


Faire sans cesse l’effort de penser à qui est devant toi, lui porter une attention réelle, soutenue, ne pas oublier une seconde que celui ou celle avec qui tu parles vient d’ailleurs, que ses goûts, ses pensées et ses gestes ont été façonnés par une longue histoire, peuplée de beaucoup de choses et d’autres gens que tu ne connaitras jamais. Te rappeler sans arrêt que celui ou celle que tu regardes ne te doit rien, n’est pas une partie de ton monde, il n’y a personne dans ton monde, pas même toi. Cet exercice mental – qui mobilise la pensée et aussi l’imagination – est un peu austère, mais il te conduit à la plus grande jouissance qui soit : aime celui ou celle qui est devant toi, l’aimer d’être ce qu’il est – une énigme – et non pas d’être ce que tu crois, ce que tu crains, ce que tu espères, ce que tu attends, ce que tu cherches, ce que tu veux.