La sélection, tome 1 de Kiera Cass


Editions Robert Laffont – 344 pages

Littérature américaine

35 candidates. 1 couronne. La compétition de leur vie.
Quand la dystopie rencontre le conte de fées !

Dans un futur proche, les États-Unis et leur dette colossale ont été rachetés par la Chine. Des ruines est née Illeá, une petite monarchie repliée sur elle-même et régie par un système de castes. Face à la misère, des rebelles menacent la famille royale. Un jeu de télé-réalité pourrait bien changer la donne…
Pour trente-cinq jeunes filles du royaume d’Illeá, la « Sélection » s’annonce comme l’opportunité de leur vie. L’unique chance pour elles de troquer un destin misérable contre une vie de paillettes. L’unique occasion d’habiter dans un palais et de conquérir le cœur du jeune Prince Maxon, l’héritier du trône. Mais pour America Singer, qui a été inscrite d’office à ce jeu par sa mère, être sélectionnée relève plutôt du cauchemar. Cela signifie renoncer à son amour interdit avec Aspen, un soldat de la caste inférieure ; quitter sa famille et entrer dans une compétition sans merci pour une couronne qu’elle ne désire pas ; et vivre dans un palais, cible de constantes attaques de rebelles…

MON AVIS :

Dans un univers futuriste où règnent castes et inégalités sociales, la sélection est la chance de toute une vie. Un univers qui n’est pas sans rappeler celui de Hunger games, ses sélections et ses combats sans pitié. Mais ici, la sélection ne se fait pas tant sur des critères de performances et de mérite personnel que sur la capacité de la jeune fille à devenir princesse.. Savoir se comporter en société, garder son sang froid notamment face à des attaques terroristes, parvenir à séduire un prince qui se révèle finalement être plus accessible qu’il n’y parait… Les ingrédients ne manquent pas pour faire rêver les jeunes lectrices. Un panel de sentiments attendus, qu’incarne une jeune narratrice inconsciente de ses charmes au ton très naturel – en opposition parfaite avec ses prétendantes et qui saura – bien sûr – toucher le prince.
Une succession de scènes attendues et prévisibles pour un premier tome qui, malgré une écriture fluide, n’en reste pas moins trop peu original…

-Vous sentez-vous mieux, ma chère ? me demande-t-il.
-Ne m’appelez pas « ma chère » !
Non contente de l’agresser verbalement, je le fusille du regard.
-En quoi ai-je pu vous offenser ? N’ai-je pas accédé à votre requête ? proteste Maxon, choqué par ma réaction.

Eloge du métèque d’Abnousse Shalmani


Editions Grasset – 192 pages

Littérature iranienne

Quel point commun entre les Hébreux, Martin Eden, Romain Gary, la muse de Baudelaire Jeanne Duval, Modigliani, Hercule Poirot ou les rôles interprétés par Ava Gardner  ? Tous sont des métèques. Un mot qui, en Grèce antique, désigne simplement celui qui a changé de cité, avant de devenir une insulte sous la plume de Charles Maurras puis d’être réhabilité par la chanson de Georges Moustaki en 1969.
Le métèque prend alors cette signification d’autre par essence, d’étranger générique. C’est ce mot, aujourd’hui un peu désuet, qu’Abnousse Shalmani vient revaloriser. Car le métèque est en réalité bien plus qu’un mot. C’est la figure de transfuge par excellence  : cet autre aux semelles de vent, qui sait qu’il devra repartir un jour, celui qu’on ne peut jamais enfermer dans un seul lieu ou une seule identité, voué à intriguer, voire à effrayer, à trouver une embuche dans le regard de l’autre. Celui qui vit dans une identité mouvante, perpétuellement en exil, qui procure une authentique liberté pour peu qu’on se donne la peine d’essayer de l’habiter.

MON AVIS :

A travers la figure du métèque, Abnousse Shalmani tisse un portrait vibrant de l’exil, de la recherche d’identité et de la singularité de « l’autre ». Une quête de soi à travers une étude savante et érudite qui suscite intérêt et interrogations.
Passionnée et érudite, elle mène – à travers une écriture fine – une réflexion personnelle sur les nombreuses facettes du métèque. Etre vivant et fantasmé, prisonnier d’une image construite où s’entrechoquent les cultures, on sent que le sujet lui tient à coeur et l’habite intimement.
Un thème intéressant néanmoins marqué par une profusion des sujets (le mythe du métèque à travers l’habillement, la littérature, les arts, la sexualité etc.) et une culture foisonnante qui masquent peut-être les sentiments plus personnels de l’auteure. Une lecture intéressante dans son approche de l’autre et dans la revalorisation du terme même de métèque mais qui se perd parfois dans des considérations foisonnantes et des références multiples.

C’est un mot qui me console, qui me rappelle que je flotte, que je ne possède que les racines que je me suis dessinées, que j’aurais beau m’accoler une nationalité, visible sur mes papiers d’identité, une langue parfaitement maîtrisée, une vie d’autochtone, je ne serais jamais qu’une métèque.


C’est dans cet interstice que se loge peut-être la seule réelle identité du métèque : le manque. Il est ce qu’il ne peut être, il est ce qu’il ne peut que fantasmer.

Un grand merci aux éditions Grasset et à Abnousse Shalmani pour cette découverte accompagnée d’un mot de l’auteure.

Surface d’Olivier Norek

Editions Michel Lafon – 426 pages
Littérature française

Noémie Chastain, capitaine en PJ parisienne, blessée en service d’un coup de feu en pleine tête, se voit parachutée dans le commissariat d’un village perdu, Avalone, afin d’en envisager l’éventuelle fermeture.
Noémie n’est pas dupe : sa hiérarchie l’éloigne, son visage meurtri dérange, il rappelle trop les risques du métier… Comment se reconstruire dans de telles conditions ?
Mais voilà que soudain, le squelette d’un enfant disparu vingt-cinq ans plus tôt, enfermé dans un fût, remonte à la surface du lac d’Avalone, au fond duquel dort une ville engloutie que tout le monde semble avoir voulu oublier…

MON AVIS :

Jouant sur les sens du mot Surface, Olivier Norek tisse une intrigue multiple au centre de laquelle se trouve une femme brisée qui doit réinventer son histoire pour reconstruire son identité. Une intrigue intéressante, portée par une écriture franche et rythmée. La narration est vive et les éléments s’enchaînent sans temps morts. Pourtant et malgré la qualité de l’écriture, la construction de l’histoire et la personnalité des personnages, l’intrigue s’avère parfois attendue et certains liens entre les personnages entendus. Une lecture plaisante mais qui manque parfois de nuances dans l’exploitation des rapports entre les personnages et qui aurait peut-être mérité une analyse plus poussée. Surface reste néanmoins un bon moment de lecture, à conseiller.

Noémie passa près d’une heure devant le miroir de la salle de bains, visage tourné vers la droite, ne se laissant voir que le profil qu’elle supportait. Elle se berçait d’une illusion régressive. Qu’importe, elle était si jolie ainsi…


-Mes respects, capitaine. Bienvenue.
S’il n’avait pas eu son arme apparente à la ceinture, Solignac n’aurait jamais pu être pris pour un policier, ni même pour un majeur. Son surnom « Milk » lui allait parfaitement, tant ce gamin donnait l’impression de sortir à peine du sevrage maternel.
-Avec moi, poursuivit Valant, vous avez devant vous le GAJ au complet.

U4 – Yannis de Florence Hinckel


Editions Syros Nathan – 404 pages

Littérature française

Yannis vit à Marseille. Ses parents et sa petite sœur sont morts. Maintenant, il voit leurs fantômes un peu partout – peut-être qu’il devient fou? Quand il sort de chez lui, terrifié, son chien Happy à ses côtés, il découvre une ville prise d’assaut par les rats et les goélands, et par des jeunes prêts à tuer tous ceux qui ne font pas partie de leur bande. Yannis se cache, réussit à échapper aux patrouilles, à manger…

MON AVIS :

Si la catastrophe est similaire à celle vécue par Koridwen, le point de vue de Yannis diffère, notamment dans la façon qu’a l’adolescent d’aborder les autres et dans son rapport à la mort. Yannis, hanté par les fantômes de sa famille, est un jeune homme doux et sensible, porteur d’espoir et fondamentalement non violent. S’il est obligé de s’adapter pour survivre, sa nature dévoile un être nuancé, confiant et désireux de ne pas perdre cette once d’humanité qui l’habite et le caractérise. Et c’est bien ce petit détail qui fait toute la différence. Yannis, est un roman certes post-apocalyptique mais résolument nuancé où se mêlent désir de vivre et crainte de l’avenir. L’ensemble est porté par une écriture délicate, révélant des images parfois surprenantes et souvent justes. L’adolescence est joliment traitée ici dans son désir de comprendre autant que dans son souhait de devenir un adulte responsable et fier de ses actes. Yannis a foi en l’humanité et en l’amour mais toujours avec détermination et intelligence. L’écriture de Florence Hinckel y est pour beaucoup. C’est elle qui fait de ce tome un roman intéressant, où convergent les points de vue mais sans jamais perdre sa propre identité littéraire. Une bonne surprise.

– Alors… prépare-toi à partir. Je vais à Paris. Dès que j’aurais soigné mon chien. Tu peux venir si tu veux, et si tu ne fais pas tout foirer. Promis ?- Ton chien ?- Ouais. Viens, je dois aller le voir, c’est urgent. Mais sois prudent, hein, tu n’en parles à personne.- Promis ! Crois de bois, crois de fer, si je mens…- Laisse béton, on est déjà en enfer.

-Mon avis sur U4 – Koridwen d’Yves Grevet

De si bons amis de Joyce Maynard


Editions Philippe Rey – 334 pages
Littérature américaine

Quand Ava et Swift Havilland, couple de philanthropes fortunés, décident de prendre Helen McCabe sous leur aile, celle-ci est au plus bas. À quarante ans, elle a récemment perdu la garde de son fils Oliver, huit ans, et partage sa semaine entre rencontres aux Alcooliques Anonymes, petits boulots pour un traiteur, et soirées à faire défiler sur son écran les profils d’hommes célibataires de sa région. S’étant réfugiée depuis son enfance derrière des récits de vies fantasmées – un jour orpheline, le lendemain petite-fille d’Audrey Hepburn –, elle trouve auprès des Havilland ce qu’elle a toujours recherché : se sentir unique. Couverte de cadeaux et d’attentions, Helen n’a jamais été autant choyée. Vulnérable, impressionnable, elle tombe rapidement sous l’influence du couple, les laissant régir jusqu’à sa vie intime et amoureuse, tandis qu’ils lui promettent la seule chose qui compte à ses yeux : récupérer la garde à temps plein de son fils. Mais lorsque Oliver, témoin d’un accident impliquant Swift, est accusé par ce dernier d’en être à l’origine, Helen se retrouve confrontée à un grave conflit de loyauté. Jusqu’où est-elle prête à aller pour garder la confiance des Havilland ?

MON AVIS :

A travers une écriture fluide et précise, Joyce Maynard décortique avec beaucoup de réalisme les situations de dépendance affective et de confiance aveugle en autrui. Une première rencontre avec l’auteure qui témoigne d’un attachement aux personnages complexes et nuancés. A travers Helen – personnage vulnérable – c’est toute la mécanique de la dépendance qui s’incarne et ses implications à des degrés divers. Une oeuvre qui évoque les ravages de l’emprise autant que le portrait d’une femme pourtant indépendante qui, par manque de confiance en elle et de désir d’amour, devient une cible parfaite.
Un roman intéressant qui instaure une ambiance de douce léthargie et qui, même s’il aurait pu gagner à être plus condensé, n’en est pas moins une belle peinture des relations humaines toxiques.

Ensuite, nous nous sommes souhaité bonne nuit et, un par un, avons regagné nos petites vies, loin de ce Shangri-la créé par ni mirifiques amis. Tous reconnaissants, j’en suis sûre, d’avoir échoué pour quelques heures, tels des voyageurs épuisés poussés par leur bonne fortune, sur ce rivage lointain et scintillant. Aucune photo – et j’en ai pris des centaines, un millier peut-être – ne saurait rendre compte de ce que j’éprouvais à me trouver dans un tel lieu, en la compagnie de ce couple magique.

Songe à la douceur de Clémentine Beauvais


Editions Sarbacane –  244 pages

Littérature française

Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c’est l’été, et il n’a rien d’autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant, et plein d’ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse de lui, et lui, semblerait-il… aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s’est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s’aperçoit, maintenant, qu’il la lui faut absolument. Mais est-ce qu’elle veut encore de lui ? Songe à la douceur, c’est l’histoire de ces deux histoires d’un amour absolu et déphasé – l’un adolescent, l’autre jeune adulte – et de ce que dix ans à ce moment-là d’une vie peuvent changer. Une double histoire d’amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaikovsky – et donc écrite en vers, pour en garder la poésie.

MON AVIS :

C’est une oeuvre atypique, délicate et touchante que nous propose Clémentine Beauvais. A travers une syntaxe poétique et des mots joliment choisis, elle nous emmène à la rencontre de deux personnages en mal d’amour. Tatiana, jeune fille romantique et idéaliste tombe follement amoureuse d’un Eugène déjà désabusé à l’âge des possibles.
De cette rencontre de hasard nait l’intime, la recherche de soi à travers l’autre, la découverte des sentiments et l’amer constat de l’inévitable rupture. Toujours à contretemps, en utilisant la beauté des phrases et la souplesse des mots, Clémentine Beauvais brode une histoire d’amour toute en finesse et piquetée de manques. Un roman jeunesse comme on en fait peu, tout en nuances et en subtilité, portant une histoire d’amour universelle – terreau de la littérature classique – entièrement revisitée.

Le lendemain après-midi, Lensky arrive à l’heure habituelle,
escorté de l’absence d’Eugène
qui a pris plusieurs kilos depuis hier et casse trois chaises en osier et s’affale sur la table en fer forgé et écrase le parasol et défonce toute la porcelaine.

Matilda de Roald Dahl


Editions Folio Junior – 258 pages
Littérature britannique

A l’âge de cinq ans, Matilda sait lire et a dévoré tous les classiques de la littérature. Pourtant, son existence est loin d’être facile, entre une mère indifférente, abrutie par la télévision et un père d’une franche malhonnêteté. Sans oublier Mlle Legourdin, la directrice de l’école, personnage redoutable qui voue à tous les enfants une haine implacable. Sous la plume acerbe et tendre de Roald Dahl, les événements se précipitent, étranges, terribles, hilarants. Une vision décapante du monde des adultes !

MON AVIS :

Petit classique de la littérature jeunesse, Matilda est un joli bonbon littéraire. Un regard plutôt acide sur les adultes qui entourent la prodigieuse petite fille et sa rencontre bienveillante avec sa jeune professeure : Mlle Candy. Une enseignante qui porte bien son nom et offre à la jeune Matilda confiance et protection. Une oeuvre qui évoque une histoire d’amitié douce et délicate sur fond de littérature et de désir d’apprendre. Matilda est une ode à l’enfance et à ses découvertes, à sa force constructive et à son imagination débordante.
Une lecture plaisante, portée par une écriture drôle bien que parfois corrosive, parfaite pour nourrir l’univers littéraire des jeunes lecteurs. A recommander.

-Crois-tu qu’il devrait y avoir des moments drôles dans tous les livres d’enfants ? demanda Mlle Candy.
-Oui, répondit Matilda. Les enfants ne sont pas aussi sérieux que les grandes personnes et ils aiment rire.
Mlle Candy, confondue encore une fois par la sagesse de cette si petite fille, lui demanda :
– Et qu’est-ce que tu fais maintenant que tu as lu tous les livres d’enfants ?
– Je lis d’autres livres, répondit Matilda. Je les emprunte à la bibliothèque. Mme Folyot est très gentille avec moi. Elle m’aide à les choisir.

Un oiseau blanc dans le blizzard de Laura Kasischke


Editions Points – 322 pages

Littérature américaine

Par une froide journée de janvier une femme disparaît dans l’une de ces banlieues trop propres et trop calmes que le cinéma américain nous a révélées.
Katrina, sa fille unique, croit régler avec un soin méticuleux et lucide ses comptes avec l’image d’une mère destructrice détestée en secret. Mais alors pourquoi ces rêves obsédants qui hantent ses nuits ?

MON AVIS :

A travers la disparition d’un être essentiel de la famille, c’est tout l’équilibre des êtres et plus particulièrement celui de l’enfant qui est fragilisé. Une oeuvre aux contours évanescents où se superposent l’image idéalisée d’une femme malheureuse à celle réaliste de sa fille en devenir. La dualité aurait pu être parfaite et intimement intéressante si elle n’était pas drapée dans de trop grandes longueurs et digressions. Les personnages, fragiles et vaporeux, prouvent ici que l’ombre de la figure maternelle – trame essentielle de la narration – ne suffit pas à faire de ses personnages des êtres palpables, suscitant une parfaite empathie.
Reste l’écriture de Laura Kasischke, toujours juste et vaporeuse. Malheureusement, celle-ci ne suffit pas à convaincre parfaitement de l’intérêt de l’intrigue ni à faire de ses personnages des êtres attachants.

Cela fait un an, jour pour jour qu’elle est partie – sans un mot, sans laisser de trace, sans prendre son manteau ni son sac, sans avoir abandonné la moindre pantoufle de verre derrière elle dans l’allée menant au garage, qui, une fois écrasée et brisée, aurait au moins laissé quelques petits éclats de Cendrillon.

Sauveur et fils Tome 1 de Marie-Aude Murail


Editions L’école des loisirs – 330 pages

Littérature française

Quand on s’appelle Sauveur, comment ne pas se sentir prédisposé à sauver le monde entier ? Sauveur Saint-Yves, 1,90 mètre pour 80 kg de muscles, voudrait tirer d’affaire Margaux Carré, 14 ans, qui se taillade les bras, Ella Kuypens, 12 ans, qui s’évanouit de frayeur devant sa prof de latin, Cyrille Courtois, 9 ans, qui fait encore pipi au lit, Gabin Poupard, 16 ans, qui joue toute la nuit à World of Warcraft et ne va plus en cours le matin, les trois soeurs Augagneur, 5, 14 et 16 ans, dont la mère vient de se remettre en ménage avec une jeune femme…
Sauveur Saint-Yves est psychologue clinicien.
Mais à toujours s’occuper des problèmes des autres, Sauveur oublie le sien. Pourquoi ne peut-il pas parler à son fils Lazare, 8 ans, de sa maman morte dans un accident ? Pourquoi ne lui a-t-il jamais montré la photo de son mariage ? Et pourquoi y a-t-il un hamster sur la couverture ?

MON AVIS :

A travers une écriture libre et légère, Marie-Aude Murail nous conte, comme souvent, les mésaventures d’un personnage atypique – ici Sauveur – en proie à ses propres difficultés. Un psychologue, lui même confronté à la difficulté de parler et de se raconter.
Un joli roman jeunesse, aux personnages sympathiques et attachants, écrin de nombreuses histoires personnelles, et porté par une écriture toujours juste, nette et sans fioritures.
Sauveur incarne à merveille le métissage et l’ouverture aux cultures différentes, le poids du passé et sa nécessaire acceptation pour l’avenir. Une jolie découverte pour un premier tome prometteur.

Madame Dutilleux piqua les fesses sur un bord de canapé et se tint assise, le dos raide et les mains à plat sur ses cuisses serrées. Margaux lâcha son sac à dos et s’affala à l’autre extrémité du canapé, un bras dans le vide et son écharpe balayant le parquet. Ni l’une ni l’autre ne s’étaient attendues à un interlocuteur noir de 1,90 mètre, plutôt décontracté dans son costume sans cravate.

Tout le monde est occupé de Christian Bobin


Editions Mercure de France – 128 pages
Littérature française

« Je m’appelle Manège, j’ai neuf mois et je pense quelque chose que je ne sais pas encore dire.
Entrez dans ma tête. Mon cerveau est plié en huit comme une nappe de coton. En huit ou en seize. Dépliez la nappe, voilà ma pensée de neuf mois : d’une part, les coccinelles n’ont pas bon goût. D’autre part, les ronces brûlent. Enfin, les mères volent. Bref, rien que d’ordinaire. Il n’y a que du naturel dans ce monde. Ou si vous voulez, c’est pareil : il n’y a que des miracles dans ce monde. »

MON AVIS :

Tout le monde est occupé et par une seule chose à la fois : la recherche de l’amour, la beauté, la compréhension du monde qui nous entoure, la recherche d’un rayon de soleil. Christian Bobin revient ici au roman et à l’histoire contée. La jeune Ariane, au coeur divisé en 3 amours – ses enfants – est une héroïne aussi délicate qu’aérienne. Entre féérie et contes anciens, Christian Bobin épluche les bontés du monde et les visages de ses prophètes. Une plongée dans son écriture délicate dont on ressort nécessairement revigoré, comme un bain de lumière ou une pluie de rosée. Un petit roman aux personnages atypiques, parfois extravagants mais toujours humains, imparfaits et aimants. Un joli conte, à réserver néanmoins aux adeptes de l’auteur.

Quand ils entendent parler Ariane, ils oublient d’être tristes, orgueilleux, jaloux. Il y a ainsi des gens qui vous délivrent de vous-même – aussi naturellement que peut le faire la vue d’un cerisier en fleur ou d’un chaton jouant à attraper sa queue. Ces gens, leur vrai travail, c’est leur présence. L’autre travail, ils le font pour les apparences, parce qu’il faut bien faire quelque chose et que personne ne va vous payer simplement pour votre présence, pour les quelques bêtises que vous dites en passant, ou pour la chanson que vous fredonnez.

Challenge Bobin