Le petit livre des couleurs de Michel Pastoureau et Dominique Simonnet


Editions Point – 122 pages

Littérature française

Ce n’est pas un hasard si nous voyons rouge, rions jaune, devenons verts de peur, bleus de colère ou blancs comme un linge. Les couleurs ne sont pas anodines. Elles véhiculent des tabous, des préjugés auxquels nous obéissons sans le savoir, elles possèdent des sens cachés qui influencent notre environnement, nos comportements, notre langage, notre imaginaire. Les couleurs ont une histoire mouvementée qui raconte l’évolution des mentalités.
L’art, la peinture, la décoration, l’architecture, la publicité, nos produits de consommation, nos vêtements, nos voitures, tout est régi par ce code non écrit. Apprenez à penser en couleurs et vous verrez la réalité autrement !

MON AVIS :

A travers des thématiques colorées, c’est l’histoire – succincte – des couleurs qui nous est contée dans ce petit essai. Comment le blanc, perçu comme la couleur du deuil dans certaines cultures est également devenu celle de la pureté originelle dans nos sociétés, qu’elles étaient la perception du rouge, du bleu ou du vert à travers les âges et comment le jaune reste le mal aimé des coloris.
Autant de petites histoires, racontées à l’occasion d’un entretien avec le sociologue, spécialiste des couleurs, Michel Pastoureau, qui s’intéressent à l’image que véhiculent les couleurs et à leur nécessaire impact sur notre quotidien.
Un récit introductif  intéressant, nécessairement trop court, qui parvient néanmoins en quelques pages à nous faire prendre conscience de l’impact des couleurs sur nos vies et de l’importance que nous leur accordons sans même nous en rendre compte.

Nos ancêtres avaient d’autres conceptions et d’autres visions de couleurs que les nôtres. Ce n’est pas notre appareil sensoriel qui a changé, mais notre perception de la réalité, qui met en jeu nos connaissances, notre vocabulaire, notre imagination, et même nos sentiments, toutes choses qui ont évolué au fil du temps.

La nuit de Kim Kardashian de Pauline Delassus


Editions Grasset – 140 pages

Littérature française

La nuit du 3 novembre 2016 le chef de la Police Judiciaire de Paris est réveillé: un braquage dans le 8ème arrondissement, un butin à neuf millions, une victime célèbre. « Kim Kardashian, qui est-ce ?» interroge le patron du 36. Il trouve la réponse sur Internet : américaine, milliardaire, brune et plantureuse, des millions de fans sur les réseaux sociaux… Il est 4h du matin, les suspects se sont enfuis les poches remplies d’or et de diamants. Kim Kardashian est restée ligotée dans sa baignoire. Le coup est réussi, l’enquête commence.
Mon récit raconte la rencontre de deux mondes. Celui des Kardashian, nouveaux monstres du divertissement américain et celui d’ « Omar le Vieux », gamin des années 1950 devenu une star du grand banditisme. C’est la France de Michel Audiard, hors-la-loi, souterraine et parigote, contre l’Amérique d’Hollywood, puissante, outrancière, Démocrate. Les seigneurs du braco et la reine de l’exhibition : un film d’Henri Verneuil sur une bande-son de Rihanna.
Un chapitre dans les bas-fonds de Paris, un autre sur les collines de Los Angeles, jusqu’à la nuit du braquage, décortiquée heure par heure, du somptueux dîner donné par Azzedine Alaïa où Kim apparaît couverte de bijoux, à la fuite de ses agresseurs à bicyclette.

MON AVIS :

C’est une rencontre entre deux mondes que tout oppose, un coup d’éclat entre celle qui s’est façonnée par les médias pour atteindre la célébrité et celui qui s’est façonné une réputation pour atteindre les sommets. Leur point commun : l’ambition.
Si l’une vit dans la lumière des projecteurs et des plateaux télé, l’autre vit souvent dans la clandestinité et façonne un monde souterrain. Deux destins que tout oppose amenés à se rencontrer le temps d’une nuit de cauchemar.
Si l’ascension de la jeune Kim Kardashian se fait l’écho d’une certaine idée de l’Amérique des possibles, le destin d’Omar, le braqueur de la jeune femme, apparait plus terre à terre et souvent moins intéressant. Un déséquilibre qui s’explique par le concept même du roman mais qui peut sembler inégal. En revanche, Pauline Delassus connait son sujet et ne méprise jamais les protagonistes de son oeuvre qu’elle replace dans un contexte sociétal intéressant. L’écriture est journalistique, sans fioritures mais toujours percutante. A réserver aux curieux, au moins dans la partie qui concerne Kim Kardashian et son impressionnante ascension sociale.

Aujourd’hui encore, elle garde ces images développées sur pellicule, les publie parfois sur les réseaux sociaux. Je les conserve sur le bureau de mon ordinateur, elles me rappellent le vrai visage de Kim, celui que je veux raconter. Ce sont les premières pierres de son édifice, le début de l’histoire, quand elle n’était qu’une lycéenne en uniforme bleu de la Marymount High School, l’école catholique de Sunset Boulevard. Des souvenirs qui sont les traces de sa vie d’avant, avant les drames, les meurtres et le grand procès, avant Paris Hilton et l’ecstasy, avant de se retrouver nue sur Internet, avant les millions de dollars.


Les Kardashian ont créé un matriarcat, un modèle inédit de femmes fortes, qui font de la futilité un empire. Peut-on se battre pour le pouvoir des femmes en vendant du maquillage ? Elles le prouvent et renvoient à la morale les critiques sur la sexualisation de leur image.

Merci aux éditions Grasset pour l’envoi de ce livre.

Divergente tome 1 de Veronica Roth


Editions Nathan – 436 pages
Littérature américaine

Dans le Chicago dystopique de Béatrice, la société est divisée en cinq factions, chacune dédiée à la culture d’une vertu : les Sincères, les Altruistes, les Audacieux, les Fraternels, et les Erudits. Sur un jour désigné de chaque année, tous les adolescents âgés de seize ans doivent choisir la faction à laquelle ils consacreront le reste de leur vie. Pour Béatrice, la décision est entre rester avec sa famille et être qui elle est, les deux sont incompatibles. Alors, elle fait un choix qui surprend tout le monde, y compris elle-même.
Mais Tris a aussi un secret, celui qu’elle a caché à tout le monde parce qu’elle a été averti qu’il peut signifier la mort. Et comme elle découvre un conflit croissant qui menace de percer cette société en apparence parfaite, elle apprend aussi que son secret pourrait l’aider à sauver ceux qu’elle aime. . . ou pourrait la détruire.

MON AVIS :

Roman dystopique, le premier tome de Divergente nous plonge dans l’univers très particulier de la jeune Béatrice et nous invite à dépasser les cadres qui nous sont imposés. A travers une écriture dynamique, les événements s’enchaînent avec rythme et nous invitent à nous interroger sur la place de chacun dans la société et le choix qui nous est laissé.
L’organisation en castes et la nécessaire rivalité qui existe entre chaque clans est un révélateur des cloisonnements subis par les personnages qui ne peuvent embrasser un autre destin qu’en s’opposant et en quittant définitivement leur famille d’origine.
Un premier tome réussi, porté par une héroïne intéressante, qui malgré sa force ne cesse jamais de douter de son identité et de la portée de ses actes. Une lecture jeunesse intéressante, à découvrir.

Si je leur avais dit que j’étais une Divergente et que je ne savais pas quoi choisir, ils l’auraient peut-être admis. Ils m’auraient peut-être aidée à comprendre ce que c’est un Divergente, ce que ça implique et en quoi c’est dangereux. Mais comme je n’ai pas osé leur confier mon secret, je ne le saurai jamais.

La vraie vie d’Adeline Dieudonné


Editions L’iconoclaste – 266 pages

Littérature belge

C’est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est un chasseur de gros gibier. La mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe à jouer dans les carcasses de voitures de la décharge. Jusqu’au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent.
Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait tout annuler, revenir en arrière. Effacer cette vie qui lui apparaît comme le brouillon de l’autre. La vraie. Alors, en guerrière des temps modernes, elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l’existence. Elle fait diversion, passe entre les coups et conserve l’espoir fou que tout s’arrange un jour.

MON AVIS :

Auréolé de nombreux prix littéraires – Renaudot, prix des lycéens 2018, prix du roman FNAC 2018, Grand prix des lectures Elle 2019 – le premier roman d’Adeline Dieudonné étonne par une écriture directe qui emporte le lecteur dans les méandres d’une violence quotidienne soutenue.
La jeune narratrice est d’une curiosité brillante et d’une ténacité sans failles. Pour échapper au réel, sauver son jeune frère d’une violence vécue qu’il ne comprend pas, pour tenter d’apaiser ses blessures, elle n’aura de cesse d’essayer de l’entraîner sur le chemin des jours heureux et de trouver des solutions pour « réparer » les erreurs des adultes.
Un premier roman aux personnages intéressants et à l’écriture claire qui parvient, en quelques pages, à nous confronter à un climat de tensions permanent. Si le personnage principal qui vit dans ce contexte depuis toujours, semble parfois détaché, le rapport qu’elle entretient avec son frère, ce lien fort qu’elle souhaite sauver, en fait un fil conducteur sensible et délicat, nécessaire à la trame parfois simpliste du récit. Une oeuvre intéressante par son sujet même si la violence sous-jacente du récit aurait peut-être méritée davantage d’explications et un développement plus nuancé.

Elle nous a dit comme ça, avec sa voix de vieux klaxon et son parfum de plage : « Les têtards, vous savez, il y a des gens qu’il ne faut pas approcher. Vous apprendrez ça. Il y a des gens qui vont vous assombrir le ciel, qui vont vous voler la joie, qui vont s’asseoir sur vos épaules pour vous empêcher de voler. Ceux-là, vous les laissez loin de vous. Lui, il fait partie de ceux-là.

Le consentement de Vanessa Springora


Editions Grasset – 208 pages
Littérature française

Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. À treize ans, dans un dîner, elle rencontre G., un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses œillades énamourées et l’attention qu’il lui porte. Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin «  impérieux  » de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables. Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire. V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman.

MON AVIS :

A travers un style journalistique clair, dénué de sentimentalisme, Vanessa Springora, jeune éditrice française, dénonce au-delà des années, l’emprise d’un homme sur la jeune femme qu’elle était. En décidant d’enfermer le prédateur dans son roman, comme il a utilisé son image pour nourrir son travail littéraire, elle boucle la boucle, se libère du sentiment de soumission et dénonce avec beaucoup de recul et d’humilité l’appropriation – par un homme à la réputation sulfureuse – de sa jeunesse et d’une grande partie de sa vie.
A l’heure où la parole des femmes se libère – un peu, parfois – Vanessa Springora énonce sa vérité, celle qui a longtemps mûrit en elle, lui arrachant la tendresse de ses années adolescentes, l’image positive d’elle-même, son rapport aux autres et sa confiance en l’Homme.
Mais au-delà de sa propre histoire, l’auteure dénonce un système souvent complaisant avec les agissements répréhensibles d’un homme protégé par son statut d’auteur. Vanessa Springora n’est pas la seule victime d’un système qui tait la parole parce qu’elle est jeune et inexpérimentée, influençable ou faite d’illusions. Au-delà du milieu littéraire, journalistique et du monde de l’édition qu’elle évoque, c’est toute une société – qui se cache derrière une époque aux moeurs différentes – qu’elle dénonce et désigne dans son oeuvre, interrogeant par là même la notion de consentement. Un premier roman au thème difficile mais à la lecture indispensable. Une oeuvre écrite avec beaucoup de recul et de maturité, parfois emprunt d’un terrible sentiment de culpabilité mais aux mots libérateurs. A découvrir.

Depuis tant d’années, je tourne en rond dans ma cage, mes rêves sont peuplés de meurtre et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre.

Un grand merci aux éditions Grasset pour la découverte de ce roman.
Vanessa Springora, invitée de l’émission Quotidien de Yann Barthès le 7 janvier 2020 (replay) est également invitée de la Grande librairie ce soir (France 5 – 20h50), n’hésitez pas à l’écouter.

L’indésirable de Sarah Waters


Editions Denoël & d’ailleurs – 707 pages
Littérature britannique

Au hasard d’une urgence, Faraday, médecin de campagne, pénètre dans la propriété délabrée qui a jadis hanté ses rêves d’enfant : il y découvre une famille aux abois, loin des fastes de l’avant-guerre. Mrs Ayres, la mère, s’efforce de maintenir les apparences malgré la débâcle pour mieux cacher le chagrin qui la ronge depuis la mort de sa fille aînée. Roderick, le fils, a été grièvement blessé pendant la guerre et tente au prix de sa santé de sauver ce qui peut encore l’être. Caroline, enfin, est une jeune femme étonnante d’indépendance et de force intérieure. Touché par l’isolement qui frappe la famille et le domaine, Faraday passe de plus en plus de temps à Hundreds. Au fil de ses visites, des événements étranges se succèdent : le chien des Ayres, un animal d’ordinaire docile, provoque un grave accident, la chambre de Roderick prend feu en pleine nuit, et bientôt d’étranges graffitis parsèment les murs de la vieille demeure. Se pourrait-il qu’Hundreds Hall abrite quelque autre occupant ?

MON AVIS :

A travers une écriture d’une grande finesse, Sarah Waters parvient à créer une atmosphère étouffée des plus oppressantes. A pas feutrés, elle dresse le portrait d’une bourgeoisie déclinante, prisonnière de ses contradictions, en proie à de fallacieux démons.
En se plaçant à la lisière du surnaturel, jouant sur les codes du classique anglais, Sarah Waters distille avec nuances et délicatesse, toutes les palettes de l’invisible, les craintes qu’il suscite autant que la curiosité qu’il dévoile.
Tour à tour attachants, réservés, cruels, délicats, les protagonistes de cette histoire témoignent, à travers une fausse nonchalance, d’un étonnant instinct de conservation.
La maison, véritable écrin des souvenirs heureux, devient quant à elle un protagoniste à part entière, toute l’action se déroulant autour de cette demeure de charme en déliquescence. Une lecture riche et nuancée qui, malgré quelques longueurs et un dénouement rapide, n’en reste pas moins une oeuvre élégante, d’une grande subtilité.

Betty souleva la tête de l’épaule de Mrs Bazeley. « Il y a un sale truc dans cette maison, voilà ce que je veux dire ! Un truc mauvais, qui fait arriver des choses horribles ! »
Je la regardais un moment fixement, puis me frottai le visage. « Betty…
-C’est vrai ! je l’ai senti ! »

La femme brouillon d’Amandine Dhée


Editions La contre allée – 96 pages
Littérature française

J’ai écrit ce texte pour frayer mon propre chemin parmi les discours dominants sur la maternité. J’ai aussi voulu témoigner de mes propres contradictions, de mon ambivalence dans le rapport à la norme, la tentation d’y céder. Face à ce moment de grande fragilité et d’immense vulnérabilité, la société continue de vouloir produire des mères parfaites. Or la mère parfaite fait partie des Grands Projets Inutiles à dénoncer absolument. Il m’a paru important de me positionner clairement en tant que féministe parce que je veux donner un éclairage politique à mon expérience intime. J’ai voulu un texte court. Plus que jamais, j’avais envie de tranchant, d’aigu, et surtout pas d’une langue enrobante ou maternante.
Amandine Dhée

MON AVIS :

A travers ce court roman aux phrases fluides et imagées, Amandine Dhée rompt avec l’icône de la mère parfaite, son ombre lumineuse et ses attentes irréalistes. Une plongée dans les difficultés réelles de la maternité, face au nécessaire épanouissement qu’attend la société des femmes – mères aimantes et nécessairement parfaites dans ce rôle. Quand la femme s’efface au profit de la mère, comment rester soi même, féministe fière et militante ?
Un petit roman qui souffle un vent de liberté salutaire sur les préjugés liés à la maternité, le lien nécessairement fusionnel et inné qui se crée entre l’enfant et la mère, ce qu’attend la société de ses mères parfois en contradiction avec ses aspirations intimes.
Si l’on peut regretter que ce roman soit si court, Amandine Dhée s’en explique. Souhaitant écrire un roman dénué d’atours enrobants, elle taille ses mots avec efficacité et détermination, faisant jaillir sous le matériau brut de la maternité, la forme originelle – son essence féminine. Un pamphlet souvent drôle, parfois vindicatif qui fait souffler un vent de nouveauté sur le paysage conformiste de l’enfantement. A découvrir.

Il y a toujours un moment où on rappelle à une femme le sens profond de son existence : procréer. Toujours un ami, une tante, un dentiste pour lui rappeler qu’elle n’a pas encore d’enfant. Et la voilà sommée de se justifier. Soupçonnée de souffrir secrètement d’une carence de maternité ou de transférer son amour maternel sur un chat.


Pourquoi, sous prétexte que j’ai un utérus, dois-je porter une telle responsabilité ? Le père du bébé aurait fait une bien meilleure mère. Son instinct de sacrifice est plus développé, et c’est toujours lui qui fait les crêpes.


Pour les premiers visiteurs, je me fais Vierge à l’Enfant. Le bébé pendu à mon sein, le visage las et heureux. Je me vérifie dans les yeux des autres. Est-ce qu’ils y croient ?Ensuite, le bébé pleure, l’illusion est rompue. Je ramasse au sol ma dépouille de mère.

Le voyageur égaré de Fabrice Cayla et Jean-Pierre Pécau


Editions Posidonia – 212 pages
Livre dont vous êtes le héros

Cette semaine de vacance s’annonçait bien. Le beau temps était au rendez-vous et vous étiez ravi de retrouver vos amis à Toulouse. Mais il y avait une ombre au tableau. Vous n’étiez pas le seul à partir sur les routes et le voyage risquait de s’éterniser. C’est pourquoi vous aviez choisi un itinéraire plus long mais moins fréquenté, comptant bien ainsi parvenir le soir même à destination. Tout se déroula pour le mieux jusqu’au premier ennui, un pneu crevé qui allait bientôt vous entraîner dans une histoire invraisemblable, que vous ne seriez pas prés d’oublier… Si vous ressortiez …

MON AVIS :

Peu connaisseuse de ce genre de littérature, les livres dont vous êtes le héros ont cette particularité pourtant intéressante de permettre au lecteur de devenir acteur de son histoire. Chacun de ses gestes et décisions créent une chaîne de conséquences permettant de vivre, en un seul livre, de nombreuses histoires aux fins nécessairement différentes.
Une très bonne idée de départ qui a le mérite de réinventer astucieusement le rapport du lecteur au livre. Une narration qui aurait cependant mérité un développement des personnages plus poussé et un récit définitivement concret qui, s’il séduit de prime abord, manque parfois de nuances et de développements. A réserver aux amateurs du genre et aux curieux.

Je remercie Babelio et les éditions Posidonia pour la découverte de ce livre-jeux.

La sélection, tome 1 de Kiera Cass


Editions Robert Laffont – 344 pages

Littérature américaine

35 candidates. 1 couronne. La compétition de leur vie.
Quand la dystopie rencontre le conte de fées !

Dans un futur proche, les États-Unis et leur dette colossale ont été rachetés par la Chine. Des ruines est née Illeá, une petite monarchie repliée sur elle-même et régie par un système de castes. Face à la misère, des rebelles menacent la famille royale. Un jeu de télé-réalité pourrait bien changer la donne…
Pour trente-cinq jeunes filles du royaume d’Illeá, la « Sélection » s’annonce comme l’opportunité de leur vie. L’unique chance pour elles de troquer un destin misérable contre une vie de paillettes. L’unique occasion d’habiter dans un palais et de conquérir le cœur du jeune Prince Maxon, l’héritier du trône. Mais pour America Singer, qui a été inscrite d’office à ce jeu par sa mère, être sélectionnée relève plutôt du cauchemar. Cela signifie renoncer à son amour interdit avec Aspen, un soldat de la caste inférieure ; quitter sa famille et entrer dans une compétition sans merci pour une couronne qu’elle ne désire pas ; et vivre dans un palais, cible de constantes attaques de rebelles…

MON AVIS :

Dans un univers futuriste où règnent castes et inégalités sociales, la sélection est la chance de toute une vie. Un univers qui n’est pas sans rappeler celui de Hunger games, ses sélections et ses combats sans pitié. Mais ici, la sélection ne se fait pas tant sur des critères de performances et de mérite personnel que sur la capacité de la jeune fille à devenir princesse.. Savoir se comporter en société, garder son sang froid notamment face à des attaques terroristes, parvenir à séduire un prince qui se révèle finalement être plus accessible qu’il n’y parait… Les ingrédients ne manquent pas pour faire rêver les jeunes lectrices. Un panel de sentiments attendus, qu’incarne une jeune narratrice inconsciente de ses charmes au ton très naturel – en opposition parfaite avec ses prétendantes et qui saura – bien sûr – toucher le prince.
Une succession de scènes attendues et prévisibles pour un premier tome qui, malgré une écriture fluide, n’en reste pas moins trop peu original…

-Vous sentez-vous mieux, ma chère ? me demande-t-il.
-Ne m’appelez pas « ma chère » !
Non contente de l’agresser verbalement, je le fusille du regard.
-En quoi ai-je pu vous offenser ? N’ai-je pas accédé à votre requête ? proteste Maxon, choqué par ma réaction.

Eloge du métèque d’Abnousse Shalmani


Editions Grasset – 192 pages

Littérature iranienne

Quel point commun entre les Hébreux, Martin Eden, Romain Gary, la muse de Baudelaire Jeanne Duval, Modigliani, Hercule Poirot ou les rôles interprétés par Ava Gardner  ? Tous sont des métèques. Un mot qui, en Grèce antique, désigne simplement celui qui a changé de cité, avant de devenir une insulte sous la plume de Charles Maurras puis d’être réhabilité par la chanson de Georges Moustaki en 1969.
Le métèque prend alors cette signification d’autre par essence, d’étranger générique. C’est ce mot, aujourd’hui un peu désuet, qu’Abnousse Shalmani vient revaloriser. Car le métèque est en réalité bien plus qu’un mot. C’est la figure de transfuge par excellence  : cet autre aux semelles de vent, qui sait qu’il devra repartir un jour, celui qu’on ne peut jamais enfermer dans un seul lieu ou une seule identité, voué à intriguer, voire à effrayer, à trouver une embuche dans le regard de l’autre. Celui qui vit dans une identité mouvante, perpétuellement en exil, qui procure une authentique liberté pour peu qu’on se donne la peine d’essayer de l’habiter.

MON AVIS :

A travers la figure du métèque, Abnousse Shalmani tisse un portrait vibrant de l’exil, de la recherche d’identité et de la singularité de « l’autre ». Une quête de soi à travers une étude savante et érudite qui suscite intérêt et interrogations.
Passionnée et érudite, elle mène – à travers une écriture fine – une réflexion personnelle sur les nombreuses facettes du métèque. Etre vivant et fantasmé, prisonnier d’une image construite où s’entrechoquent les cultures, on sent que le sujet lui tient à coeur et l’habite intimement.
Un thème intéressant néanmoins marqué par une profusion des sujets (le mythe du métèque à travers l’habillement, la littérature, les arts, la sexualité etc.) et une culture foisonnante qui masquent peut-être les sentiments plus personnels de l’auteure. Une lecture intéressante dans son approche de l’autre et dans la revalorisation du terme même de métèque mais qui se perd parfois dans des considérations foisonnantes et des références multiples.

C’est un mot qui me console, qui me rappelle que je flotte, que je ne possède que les racines que je me suis dessinées, que j’aurais beau m’accoler une nationalité, visible sur mes papiers d’identité, une langue parfaitement maîtrisée, une vie d’autochtone, je ne serais jamais qu’une métèque.


C’est dans cet interstice que se loge peut-être la seule réelle identité du métèque : le manque. Il est ce qu’il ne peut être, il est ce qu’il ne peut que fantasmer.

Un grand merci aux éditions Grasset et à Abnousse Shalmani pour cette découverte accompagnée d’un mot de l’auteure.