L’attrape-coeurs de J.D. Salinger

Editions Pocket – 254 pages
Littérature américaine

Le roman, écrit à la première personne, relate la période où Holden Caulfield, expulsé du collège Pencey Preparatory trois jours avant les vacances de Noël, retourne à la maison familiale, à New-York. Il déambulera en ville avant de devoir annoncer la nouvelle à ses parents.

MON AVIS :

Récit d’une adolescence en perdition, L’attrape-coeurs est le roman d’une jeunesse en recherche de sens et en attente d’un avenir meilleur. Prisonnier d’un carcan institutionnel et sociétal rigide, le jeune Holden apprend progressivement la perte de l’enfance et le passage à l’âge adulte.
L’écriture est soignée et le personnage d’Holden attachant avec ses nombreuses imperfections et ses qualités de coeur.
Un récit tout en nuances et en hésitations, qui évoque avec force cette impression de chute d’un adolescent en perte de repères. Un classique de la littérature américaine des années 50, à l’écriture vraiment marquante. A découvrir.

Finalement, voilà que la môme Sally montait les marches, et je les aies descendues pour aller à sa rencontre. Elle était vachement chouette. Sans blague. Elle avait un manteau noir et une sorte de béret noir. Elle portait presque jamais de coiffure mais ce béret, c’était vraiment joli. Le plus drôle c’est que dès l’instant où je l’ai vue j’ai eu envie de me marier avec elle. Je suis dingue. Je la trouvais même pas tellement sympa et tout d’un coup je me sentais amoureux et je voulais qu’on se marie. Je vous jure, je suis dingue, il faut le reconnaitre.


J’aime Allie. Et j’aime faire ce qu’on fait en ce moment. Etre assis là avec toi à bavarder et réfléchir à des trucs et…
-Allie est mort. Tu dis toujours ça ! Si quelqu’un est mort et au Ciel, alors c’est pas vraiment…
-Je le sais qu’il est mort. Et comment que je le sais. Mais je peux quand même l’aimer, non ? Juste parce que les morts sont morts on s’arrête pas comme ça de les aimer, bon Dieu – spécialement quand ils étaient mille fois plus gentils que ceux qu’on connait qui sont vivants et tout.
La môme Phoebé, elle a rien dit. Quand elle trouve rien à répondre elle dit rien. Pas un mot.
Moi j’ai dit : « Et puis j’aime maintenant. Je veux dire, en ce moment. Etre assis près de toi et faire la convers’ et raconter des… »

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Les trois soeurs d’Anton Tchekhov


Editions Babel – Théâtre – 130 pages
Littérature russe

Dans une ville de province, perdue dans l’immense Russie, trois sœurs s’ennuient, mais espèrent : Moscou, le retour de l’enfance, la vraie vie… Tout est encore possible le deuil est fini, la vie attend. La vie s’écroule, sans événement. Les officiers vont et viennent. Tous s’accrochent aux mots, mais les mots tuent ou s’usent. Les trois sœurs n’iront jamais à Moscou. Elles ont tout perdu, même l’espoir de partir. Les Trois Sœurs la plus tchekhovienne des quatre grandes pièces de Tchekhov, a inspiré les plus grands metteurs en scène depuis Stanislavski jusqu’à Pintilié et Krejca. Comment vivre, comment survivre, en ce monde, en Russie et ailleurs ?

MON AVIS :

Pièce théâtrale où se côtoient amitiés multiples, désordres amoureux et attentes familiales, Les trois soeurs met en scène des personnages névrosés en prise avec leurs envies et leurs ambitions désolées. Une multitude de personnages parfois complexes qui auraient peut-être mérité d’être davantage développés, au-delà des ambitions qu’ils incarnent.
En effet, les histoires de ces êtres languissants s’enchainent parfois rapidement et manquent peut-être de profondeur. Les personnages, souvent oisifs, auraient en effet pu être davantage ancrés dans la réalité ou interagir plus efficacement entre eux. Difficile dès lors de s’attacher aux personnages et à leurs espoirs brisés. Une nouvelle lecture de Tchekov qui ne parvient malheureusement pas à me réconcilier avec l’auteur.

IRINA (posant sa tête sur le poitrine d’Olga) Un temps viendra, tout le monde comprendra à quoi ça sert, tout ça, à quoi servent ces souffrances, il n’y aura plus aucun mystère, mais pour l’instant, il faut vivre… il faut travailler, seulement travailler !
Demain, je m’en irai toute seule, je commencerai d’enseigner à l’école, et je donnerai toute ma vie à ceux qui, peut-être en ont besoin.

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une de Raphaëlle Giordano


Editions Eyrolles – 218 pages
Littérature française

Camille, trente-huit ans et quart, a tout, semble-t-il, pour être heureuse. Alors pourquoi a-t-elle l’impression que le bonheur lui a glissé entre les doigts? Tout ce qu’elle veut, c’est retrouver le chemin de la joie et de l’épanouissement. Quand Claude, routinologue, lui propose un accompagnement original pour l’y aider, elle n’hésite pas longtemps: elle fonce. À travers des expériences étonnantes, créatives et riches de sens, elle va, pas à pas, transformer sa vie et repartir à la conquête de ses rêves…

MON AVIS :

Quête initiatique et roman de développement personnel, Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une oscille toujours entre le roman et l’instrument de travail personnel. Un grand succès de librairie qui n’est pas sans rappeler les écrits de Laurent Gounelle.
Une quête du bonheur souvent subjective et aux clés nombreuses qui ne parvient cependant jamais à paraitre tout à fait réaliste. Une oeuvre souvent trop lisse et aux personnages stéréotypés qui parviennent à s’en sortir grâce à leur ténacité et à leur nécessaire bienveillance.
Un brin trop bien pensant, l’ensemble tombe assez vite dans la facilité – même s’il offre à ses lecteurs quelques clés – et ne parvient jamais tout à fait à convaincre. Une lecture à réserver aux amateurs.

Mais ce qui compte le plus, vous l’avez deviné, c’est ce que vous dégagez de l’intérieur. La confiance en soi est votre plus bel atout. Rayonnez et vous serez irrésistible ! C’est en vous remplissant de belles choses que vous serez attirante. Croyez-moi, la bonté et la bienveillance brillent plus que les bijoux les plus beaux !

Dans la forêt de Jean Hegland


Editions Gallmeister – 302 pages
Littérature américaine

Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.

MON AVIS :

Jeunes héroïnes survivantes d’un monde sans avenir, Dans la forêt est un hymne à la nature, à sa bienveillance et à ses forces insoupçonnées. Nell et Eva, jeunes orphelines prêtes à tout pour survivre vont découvrir les affres de la solitude, la douleur de l’absence mais aussi cette force sans mesure qui les habite et font d’elles des âmes fortes.
Un récit nuancé à l’écriture délicate et fluide qui repense les liens fraternels, les célèbre et les renforce. Nell et Eva, figures féminines en lutte, reviennent peu à peu à l’essentiel de leur vie et retrouvent un lien perdu depuis longtemps, celui dont disposent les hommes à l’égard de la nature. Une histoire sombre, relevée d’instants lumineux d’une grande beauté visuelle, une promenade en forêt qui alterne entre angoisses profondes et richesses généreuses. Une forêt qui devient également un personnage à part entière, une Mère nature nécessaire.
Une oeuvre réaliste et saisissante, peuplée d’instants de grâce d’une grande beauté d’écriture. A découvrir absolument !

Une fois que Père eut arrêté d’aller travailler, nous étions si coupés de tout, même de Redwood, qu’il était parfois difficile de se rappeler qu’il se passait quelque chose d’inhabituel dans le monde, loin de notre forêt. C’était comme si notre isolement nous protégeait.


Le regret me semblait une émotion familière. Mon esprit tâtonnait autour, comme si la lumière avait été éteinte dans une pièce connue où je finissais par trébucher sur la douleur du décès de ma mère. Je me rappelais avec mélancolie qu’elle était partie depuis presque un an. Mais même cette peine n’était pas aussi profonde que la tristesse qu’éveillait en moi la splendeur de la nuit.


Pourquoi es-tu revenue ? Je m’étais fustigée un millier de fois avec cette question, je pensais ne pas avoir de réponse.
Pourquoi es-tu revenue ? J’ai interrogé les profondes ténèbres ardentes de mon être, et la raison a jailli, aussi simple que l’eau.
-Parce que tu es ma soeur, idiote.

Fil de fer de Martine Pouchain


Editions Flammarion jeunesse – 216 pages
Littérature française

C’est la guerre. Gabrielle, surnommée Fil de fer, doit quitter son village pour fuir sur les routes de France avec sa famille. Au cours d’un exode dur et périlleux, Fil de fer rencontre un garçon mystérieux. C’est le coup de foudre. Qui est ce beau jeune homme qui n’a jamais faim ou soif ?

MON AVIS :

Récit d’enfance et d’exode, Fil de fer raconte le quotidien d’une jeune fille forcée de quitter son village natal à cause de la guerre. Un nouveau départ fait de découvertes et de désillusions où la jeune fille, quittant progressivement les habits de l’enfance, découvre le monde pragmatique et compliqué des adultes. Sa rencontre avec Adrien, jeune garçon rêveur et magnifiquement indolent marque un tournant dans sa vie, lui permettant d’affronter les affres de la solitude et les ombres sournoises de la guerre tout en construisant son identité propre et en affirmant ses idées et convictions personnelles.Une rencontre faite de mots, de tendresse et de rêveries, magiquement mis en lumière par la plume douce et délicate de Martine Pouchain. Une invitation à la douceur qui n’en est pas moins porteuse d’une salvatrice réflexion sur les ravages psychologiques de la guerre notamment pour les plus jeunes. Une très belle histoire, toute en nuances et en moments inattendus.A découvrir !

J’ai essayé de penser à la naissance des petits chats derrière le poêle, mais je pensais aux Allemands, j’ai essayé de penser à l’orange qu’on m’avait offerte à Noël, mais je pensais aux Allemands, j’ai essayé de penser à mon père le jour où il était rentré tout ruisselant d’orage, mais je pensais aux Allemands,et ça ne me faisait pas plaisir… et je n’étais pas la seule.
Les autres aussi y pensaient.


Mais il était là toujours. Il nous suivait. Il était mon secret, mon beau secret. Son visage arborait une expression de tristesse qui le rendait plus émouvant encore. Il me fortifiait, me donnait de l’importance. J’étais presque heureuse. C’était même incroyable d’être heureuse à ce point-là en plein milieu d’une guerre.

– Un grand merci aux Editions Flammarion Jeunesse qui m’ont permis de découvrir ce joli roman jeunesse !

La petite fille qui aimait Tom Gordon de Stephen King


Editions Le livre de poche – 280 pages

Littérature américaine

Un matin comme les autres, au cours d’une excursion avec sa mère et son frère, Trisha se laisse distancer, lasse de subir leurs sempiternelles disputes. Trisha se retrouve donc seule, perdue dans la forêt, quelque part entre le Maine et le New Hampshire, dans un environnement hostile où abondent marécages et moustiques. Pendant neuf jours, Trisha va errer seule dans la forêt, s’efforçant de ne pas céder à la panique et affrontant la nuit, la faim et la peur. Elle se répète: « Je ne suis pas en danger » et tente de chasser de son esprit que : « … les gens qui se perdent en forêt s’en tirent quelquefois avec de graves blessures, que quelquefois même ils en meurent ».

MON AVIS :

Roman d’horreur psychologique, La petite fille qui aimait Tom Gordon évoque avec clairvoyance, le pouvoir de l’imagination et la puissance de la solitude sur le psychisme. Une oeuvre qui montre les noirceurs de l’âme humaine et le courage d’une petite fille face à ses plus grands démons : la Teigne (son Surmoi) et la Chose (sorte de menace impalpable qui suit partout la jeune fille)
Très reconnaissable, l’écriture de Stephen King est ici claire, vive et imagée. Une plongée fascinante dans les méandres des peurs enfantines qui oscille toujours entre réalisme et fantastique. Un roman joliment mené qui parvient à tenir le lecteur en haleine, en donnant corps aux peurs de la jeune Trisha. Une oeuvre noire, très bien écrite, qui nous invite à affronter nos peurs les plus intimes, en lien avec soi et cette part de vérité que nous enfouissons tous et qui se révèle à nous aux heures les plus sombres.

Le monde a des dents et quand l’envie le prend de mordre, il ne s’en prive pas. Trisha McFarland avait neuf ans lorsqu’elle s’en aperçut. Ce fut un matin, au début du mois de juin. A dix heures, elle était assise à l’arrière de la Dodge Caravan de sa mère, vêtue de son maillot d’entrainement bleu roi de l’équipe des Red Sox (avec 36 GORDON inscrit au dos), et jouait avec Mona sa poupée. A dix heures trente, elle était perdue dans la forêt. A onze heures, elle s’efforçait de ne pas céder à la panique, de ne pas se dire Je suis en danger, de chasser de sa tête l’idée que les gens qui se perdent dans la forêt s’en tirent quelques fois avec de graves blessures, que quelques fois même ils en meurent.


Trisha avait atrocement peur. Aussi antipathique qu’elle soit, la voix glaciale disait vrai, elle le sentait bien. Elle avait plus que jamais l’impression d’être surveillée.

Le château des Bois-Noirs de Robert Margerit


Editions Libretto – 260 pages

Littérature française

Au lendemain de la guerre, une jeune fille élevée dans le meilleur monde se laisse épouser par un hobereau de la Haute-Auvergne. Tournant le dos à une existence parisienne vouée à la mondanité, elle ira vivre avec lui dans la retraite anachronique d’un vieux manoir de famille, au cœur des Bois-Noirs, ce petit massif forestier perché entre la Loire et l’Allier, et que le temps semble avoir oublié.
Dans ce lieu d’un autre âge, elle découvre avec quelque stupeur un monde qui n’a pas encore dépouillé son antique barbarie – monde auquel elle décide, tant bien que mal, de s’adapter.
Elle y sera aidée par l’amitié affectueuse – et bientôt passionnée – de son beau-frère.

MON AVIS :

Roman noir aux codes surannés, Le château des Bois-Noirs témoigne d’une puissance d’écriture remarquable, doublée d’une narration intéressante. La construction du récit gagne en effet progressivement en puissance et parvient, à travers une vision de l’amour très sombre, à mêler roman policier, thriller psychologique et roman d’amour classique.
Une oeuvre plutôt surprenante en ce qu’elle alterne entre une oeuvre classique et un récit plus atypique. Les personnages, plutôt intéressants, n’en gardent pas moins une distance délicate et désuète avec le lecteur qui contemple leur évolution avec fascination et inquiétude.
Un roman noir à la française, alternant descriptions minutieuses de la nature foisonnante et des moeurs d’une époque que le modernisme n’a pas encore atteint. Une plongée audacieuse dans la France des années 50, entre traditions et désirs d’émancipation. Intéressant.

-Ecoutez ! Fabien. Pardonnez-moi ce que je vais vous dire. Pourquoi êtes-vous brouillé avec Gustave ? (…)
Il jeta vers la fenêtre un regard distrait puis ramena ses regards sur sa jolie belle-soeur, si délicate, qui le considérait, interdite.
Son coeur s’emplit de pitié et de colère.
-Aimez-vous vivre ? demanda-t-il âprement.
-Bien sûr !
-Moi aussi. Et bien ! Gustave, c’est la Mort !

Enfant 44 de Tom Rob Smith


Editions Pocket – 520 pages
Littérature britannique

Hiver 1953, Moscou. Le corps d’un petit garçon est retrouvé sur une voie ferrée. Agent du MGB, la police d’Etat chargée du contre-espionnage, Léo est un officier particulièrement zélé. Alors que la famille de l’enfant croit à un assassinat, lui reste fidèle à la ligne du parti : le crime n’existe pas dans le parfait État socialiste, il s’agit d’un accident. L’affaire est classée mais le doute s’installe dans l’esprit de Léo. Tombé en disgrâce, soupçonné de trahison, Léo est contraint à l’exil avec sa femme, Raïssa, elle-même convaincue de dissidence. C’est là, dans une petite ville perdue des montagnes de l’Oural, qu’il va faire une troublante découverte : un autre enfant mort dans les mêmes conditions que l' » accident  » de Moscou. Prenant tous les risques, Léo et Raïssa vont se lancer dans une terrible traque, qui fera d’eux des ennemis du peuple…

MON AVIS :

Roman d’espionnage sur fond de quête policière, Enfant 44 a tout du thriller de genre, alternant entre situations de tension et enquête minutieuse. Une écriture plutôt convenue pour une histoire en revanche travaillée et une reconstitution de l’ère soviétique réussie. L’ensemble peine cependant à convaincre totalement et n’empêche pas quelques longueurs ou effets attendus.
Les personnages parfois simplifiés, apparaissent assez vite caricaturaux et leurs attitudes parfois incompréhensibles. Une petite déception pour ce roman aux thèmes prometteurs et à l’atmosphère soignée qui ne parvient cependant jamais à faire de ses personnages des êtres nuancés et de son histoire un moment inoubliable. Dommage.

-Tu crois que le fait de courber l’échine, de ne rien faire de mal nous protège ? Alors que tu n’avais jamais rien fait de mal, on a voulu t’exécuter pour trahison. Ne rien faire ne nous met pas à l’abri d’une arrestation. Je suis bien placé pour le savoir.


-Moi non plus, je ne le croyais pas. J’ai eu beau avoir toute une famille endeuillée devant moi, qui me répétait que ce gamin avait été assassiné, je ne l’ai pas cru. je leur ai affirmé qu’ils se trompaient. Combien d’autres crimes ont été étouffés ? On n’a aucun moyen de la savoir, aucun moyen de le découvrir. Notre système est ainsi fait qu’il permet à un homme de tuer autant de fois qu’il le voudra. Il va recommencer, et nous on continuera d’arrêter des innocents, des gens qui nous déplaisent ou dont on désapprouve la conduite, et pendant ce temps-là il assassinera d’autres gosses.

La brocante Nakano de Hiromi Kawakami


Editions Picquier poche – 344 pages

Littérature japonaise

A Tôkyô, la brocante Nakano n’est pas un repaire d’objets chers, mais plutôt originaux et incongrus, comme parfois les clients qui la fréquentent. Son propriétaire a un penchant très prononcé pour le sexe féminin, sa sœur Masayo fabrique des poupées, les jeunes Hitomi et Takeo viennent les aider.
La boutique est comme une roue de la vie où se croisent, s’aiment et s’échangent les personnages, au gré de leurs attirances et de leur fantaisie.

MON AVIS :

Avec délicatesse et sensibilité, Hiromi Kawakami évoque les liens invisibles et sincères qui unissent les personnages dans ce roman aux objets rares. La brocante Nakano fonctionne comme un microcosme, où les âmes se rencontrent, s’apprivoisent, se découvrent, s’éloignent… Imperceptiblement, Hiromi Kawakami distille une atmosphère douce et délicate où la douceur des sentiments côtoie la nostalgie et les espoirs déçus. L’écriture de l’auteure est simple et franche, les personnages multiples, les situations, toujours délicates, se succèdent et s’enchainent comme les nombreux personnages qui trouvent refuge à la brocante Nakano. Un bel hommage aux liens qui unissent les hommes et guérissent les âmes.

Hitomi, pour commencer, allez vous installer dans la pièce du fond. Nous mangerons ensemble quelque chose de chaud pour le déjeuner, disait la voix de Masayo. Elle me parvenait comme la brise d’automne qui souffle dans le lointain. J’avais les épaules qui tremblaient, je continuais de pleurer par intervalles.


Mais il n’y a pas si longtemps, vous avez dit que vous ne le quitteriez pas… Ma voix devenait presque inaudible. M. Nakano et Takeo se dirigeaient vers nous.
« C’est vrai, mais j’ai compris que j’étais enfin en mesure de le quitter… »
Enfin ? ai-je répété malgré moi. Au même moment, M. Nakano s’est laissé lourdement tomber sur le coussin entre Sakiko et moi.
Sakiko s’est tournée vers lui et a souri?. C’était un sourire terriblement tendre. Un sourire épanoui, comme celui de la statue en bois d’une divinité shintô que j’avais vue un jour à Asukakadô, la magasin de Sakiko.

Passionnément, à ma folie de Gwladys Constant


Editions Rouergue – 208 pages

Littérature française

Gwen est une fille sympa et bonne élève. Une fille qui n’a jamais eu d’histoire d’amour. Alors, quand William, le beau gosse, l’un des plus populaires du lycée, pose ses yeux sur elle, son coeur brûle tout de suite. Elle croit avoir trouvé l’âme soeur, l’amour rare qui rend soudain la vie intense. Mais le conte de fées vire vite au cauchemar. Gwen n’était qu’une marionnette, entre les mains de ce garçon.

MON AVIS :

Récit d’un amour vampire, Passionnément, à ma folie raconte avec franchise, les tourments qui résultent d’une telle relation et les conséquences désastreuses qu’elle peut entrainer pour la victime. Un roman fort, sans concessions, dont le mérite est vraiment de poser des mots sur des sensations pour faire comprendre au lecteur l’engrenage dans lequel se perd la victime.
Le cheminement de Gwen est ici parfaitement retranscrit, de la négation à la prise de conscience, de son désir d’en finir à sa joie fragile d’aller mieux. L’écriture de Gwladys Constant est franche, simple et claire, son propos nécessaire. Un roman pour adolescents qui a le mérite de revenir sur l’isolement, la crainte et l’impuissance des victimes et de leurs proches et peut-être de prévenir les dérives d’une telle emprise.

Le docteur Lacasse dit qu’il faut « parler ». et peut-être parce qu’il m’a dit de parler, je n dirai rien, j’écrirai tout. Par plaisir de ne pas lui obéir. Parce que je ne veux plus obtempérer, mais. Personne encore ne semble l’avoir compris, mais c’est ainsi que je vais me reconstruire. Je vais ramasser un à un les morceaux de moi éparpillés au sol, les recoller, leur redonner forme humaine. Et je le ferai seule. Car on ne sait jamais entre les mains de qui on met sa vie.


Oui les vampires existent. Ce n’est pas une fiction. J’en ai rencontré un. Simplement, ils n’ont pas l’apparence qu’on leur prête. Ils ne sont pas morts, mais ne tolèrent pas la vie.

Un grand merci aux éditions du Rouergue et à Babelio pour la découverte de ce roman !