Miss Charity de Marie-Aude Murail


Editions L’école des loisirs – 564 pages
Littérature française

Charity est une fille.
Une petite fille. Elle est comme tous les enfants : débordante de curiosité, assoiffée de contacts humains, de paroles et d’échanges, impatiente de créer et de participer à la vie du monde. Mais voilà, une petite fille de la bonne société anglaise des années 1880, ça doit se taire et ne pas trop se montrer, sauf à l’église, à la rigueur. Les adultes qui l’entourent ne font pas attention à elle, ses petites soeurs sont mortes.
Alors Charity se réfugie au troisième étage de sa maison en compagnie de Tabitha, sa bonne. Pour ne pas devenir folle d’ennui, ou folle tout court, elle élève des souris dans la nursery, dresse un lapin, étudie des champignons au microscope, apprend Shakespeare par coeur et dessine inlassablement des corbeaux par temps de neige, avec l’espoir qu’un jour quelque chose va lui arriver…

MON AVIS :

Charity, petite fille curieuse aux passions peu communes, devenue une jeune femme talentueuse, inconsciente de ses qualités, incarne à elle seule une petite révolution féministe. Solitaire, femme d’esprit, elle réalise avec beaucoup de modestie mais un regard toujours vif, de jolies aquarelles humoristiques, croquant avec délicatesse et opiniâtreté la société de l’époque. Miss Charity dénote dans le monde très codifié de la bonne société anglaise du 19ème siècle, et c’est justement ce qui en fait un personnage tendre et attachant. Ouverte aux idées modernes, elle aura le courage de braver les interdictions en se conformant à ses seules envies. Une jolie lecture qui pourrait faire penser initialement aux malheurs de Sophie mais qui prend progressivement une dimension féministe et engagée, tout en douceur et en persévérance.

Et tandis que le sommeil me gagnait, je me disais que cette vie immobile, un jour, prendrait fin, que quelque chose se produirait, quelque chose qui viendrait de moi, et que tous mes efforts, qui paraissaient absurdes, auraient enfin un sens.


Soudain, je me souvins du nom de leur cottage : « Rêve de Roses ». Un petit gars m’y conduisit et je pus constater qu’il y avait en effet tout lieu de rêver de roses, car il n’y en avait pas. Quant au jardin, Blanche avait dû le rêver, lui aussi, car je ne vis que deux touffes d’herbe poussant entre des cailloux. Mais il y avait bien une cloche qui signala mon arrivée.

HERR SCHMAL
Miss Tiddler, comme vous êtes raviss…

Il me put aller au-delà, tant je ressemblais à une serpillière.

Publicités

Le chemin de la mer de Patrice Franceschi


Editions Grasset – 120 pages
Littérature française

Quand on quitte la plaine côtière du Terriden en direction du nord et que l’on grimpe à travers les montagnes vers le grand plateau du Chapa, on laisse sur sa gauche une piste sinueuse qui semble se perdre dans de singulières vallées. Les étrangers s’y engagent rarement…

MON AVIS :

En empruntant le chemin de la mer aux côtés de Patrice Franceschi, le lecteur va à la rencontre de personnages tournés vers l’intime et la redécouverte de soi. Un joli recueil de nouvelles, toutes portées par une écriture fine et ciselée pour un roman aux thèmes délicatement variés. Une nouvelle découverte de l’auteur de l’Ethique du samouraï moderne, qu’enrobe une écriture plus personnelle et des thèmes multiples. Six nouvelles alternant entre un univers fantastique et un univers résolument réaliste qui évoquent, en très peu de mots, l’universel désir de liberté de ses personnages. Une jolie découverte.

Bien que j’y sois préparé, le choc de cette apparition fut tel que je me laissai tomber à terre et pleurai comme un enfant. Je me sentis perdu, abandonné, loin de tout et vaincu. Puis la rage revint, plus forte que tout.

Un grand merci aux éditions Grasset pour la découverte de cette oeuvre et pour la dédicace que Patrice Franceschi a eu la gentillesse de rédiger.

 

Burn out de Paul Bianchi et Thomas Gayet


Editions Nova – 232 pages
Littérature française
Livre dont vous êtes le chargé de mission
Illustrations de Léonard Cohen

Burn out est un livre dont vous êtes le héros à la différence près que le manoir hanté, ici, est le siège social d’une entreprise, et que vous, vous êtes tout sauf un héros.

MON AVIS :

Découverte et originalité sont les principales qualités de cet objet littéraire non parfaitement identifié publié aux éditions Nova. En reprenant l’idée des « livres dont vous êtes le héros », Paul Bianchi et Thomas Gayet transposent le concept à l’univers très fermé et codifié du monde du travail. Chaque choix ayant une conséquence différente, parfois dévastatrice – finir au pôle compta, être embauché à vie chez France Cravate ou être séquestré par les syndicats – Burn out décrit avec humour, cynisme parfois, le monde si singulier de l’entreprise. Un monde où le sens de l’effort se perd en acronymes illisibles et en réunions interminables. Sous couvert de situations cocasses, c’est bien une critique du monde de l’entreprise à laquelle nous contribuons, machine à broyer les rêves des hommes, que font les auteurs. L’humour et le jeu comme arme de compréhension, un pari réussi ! A découvrir.

Tout est devenu plus clair maintenant que vous pouvez voir le vide. Il est partout. Dans les yeux de vos collègues, dans le masque d’assurance de vos clients, dans les intitulés des mails demandant un retour ASAP, dans les « bien à vous » et « best regards ».

Je remercie Babelio et les éditions Nova pour la découverte de cette oeuvre.

J’en profite pour vous indiquer que la maison d’éditions ne compte pas s’arrêter là puisqu’elle envisage la sortie de 3 nouveaux livres en octobre dont un dont vous êtes l’assassin.

Les yeux jaunes des crocodiles de Katherine Pancol


Editions Le livre de poche – 662 pages
littérature française

Ce roman se passe à Paris. Et pourtant on y croise des crocodiles. Ce roman parle des hommes. Et des femmes. Celles que nous sommes, celles que nous voudrions être, celles que nous ne serons jamais, celles que nous deviendrons peut-être. Ce roman est l’histoire d’un mensonge. Mais aussi une histoire d’amours, d’amitiés, de trahisons, d’argent, de rêves. Ce roman est plein de rires et de larmes. Ce roman, c’est la vie.

MON AVIS :

Premier tome de la désormais très connue trilogie Joséphine Cortès, Les yeux jaunes des crocodiles surprend par son ton enjoué et ses personnages bienveillants. Une lecture attendrissante, comme la tendre Joséphine, travailleuse acharnée, maman aimante et femme toujours en quête du bonheur. Un bonheur qu’elle imagine tout petit, qui se mérite et qu’elle s’efforce de reconnaitre. Joséphine est une héroïne de tous les jours : maman travailleuse qui élève seule ses deux filles – dont une adolescente – elle fait tout pour s’en sortir. Rêveuse, inconsciente de ses charmes, elle incarne la douceur des êtres qui doutent et qui vacillent.
Un récit de reconstruction, d’apprentissage vers la confiance en soi, peuplé de personnages drôles et attachants. Une jolie rencontre avec l’écriture de Katherine Pancol, délicate et sincère malgré quelques scènes moins crédibles. Les sentiments humains sont cependant dépeints avec beaucoup de justesse, ce qui donne aux personnages qu’elle présente, une humanité douce et singulière. Une belle surprise.

Elle était épuisée. Épuisée mais… heureuse, avec le sentiment que, pour la première fois de sa vie, elle avait osé être elle, Joséphine, cette femme qu’elle ne connaissait pas très bien, avec qui elle vivait depuis quarante ans sans vraiment lui prêter attention, mais dont elle mourait d’envie, maintenant, de faire connaissance.

Orléans de Yann Moix


Editions Grasset – 262 pages

Parution le 21 août 2019
Littérature française

Qui a lu l’œuvre publiée de Yann Moix sait déjà qu’il est prisonnier d’un passé qu’il vénère alors qu’il y fut lacéré, humilité, fracassé.
Mais ce cauchemar intime de l’enfance ne faisait l’objet que d’allusions fugaces ou était traité sur un mode burlesque alors qu’il constitue ici le cœur du roman et qu’il est restitué dans toute sa nudité.
Pour la première fois, l’auteur raconte l’obscurité ininterrompue de l’enfance, en deux grandes parties (dedans/dehors) où les mêmes années sont revisitées en autant de brefs chapitres (scandés par les changements de classe, de la maternelle à la classe de mathématiques spéciales).
Dedans : entre les murs de la maison familiale.
Dehors : l’école, les amis, les amours.
Roman de l’enfance qui raconte le cosmos inhabitable où l’auteur a habité, où il habite encore, et qui l’habitera jusqu’à sa mort, car d’Orléans, capitale de ses plaies, il ne pourra jamais s’échapper.

« Et je me promis qu’un jour, quand je saurais écrire la vérité dans sa simplicité nue, je le dirais dans un roman d’humiliation comme il existe des romans d’initiation. » Yann Moix

MON AVIS :

Orléans, ville d’enfance meurtrie, écrin des souvenirs douloureux de Yann Moix est le témoin central de l’humiliation quotidienne de l’auteur. Au dedans et au dehors, l’écrivain se livre comme jamais, révélant sous la lumière crue d’une écriture incisive et franche, l’ampleur de ses plaies et ses plus intimes souffrances. Une plongée dans la noirceur de l’enfance qui nous permet peut-être d’approcher avec plus de justesse le personnage public, ses éclats, ses convictions, ses colères. Un récit de survie, où la littérature joue un rôle central, apaisant, sauveuse involontaire d’une vie qu’il imaginait sans avenir. Un roman autobiographique sans artifices ni grand sentimentalisme, qui revêt pourtant une grande justesse morale et une impressionnante force mentale. A découvrir.

J’aimais le soleil. J’aimais la pluie. J’aimais chaque nuage. J’aimais les arbres et les buissons de la cour. Mes « parents » m’eussent tué sur le coup s’ils l’avaient appris : mais je crois bien que j’aimais la vie.


A mes côtés : le piano défoncé. Il ressemblait à un cachalot éventré ; j’avais de la peine pour lui. Je pensais à son calvaire. Il était mort sous les coups de mon père. J’avais eu jusque là plus de chance que lui.


Rend-on à l’aveugle, au premier venu, ce que la vie nous a infligé ? Me faudrait-il, quand l’âge d’avoir des enfants viendrait, parvenir à la hauteur de ma tâche de père : m’empêcher moi-même de fouetter mon fils, d’abandonner ma fille la nuit aux mâchoires froides de l’hiver ? Il se pouvait très bien que le petit garçon aux yeux verts, une fois lancé dans le monde irréversible des adultes, administrât à son tour à son propre petit garçon aux mêmes yeux verts les mêmes corrections. C’est soi qu’on continue de frapper quand on a été brutalisé : me propageant dans l’enfant, je me reconnais dans sa figure, je coule dans ses veines – c’est moi le défenestrant, que j’entends suicider.

Un grand merci aux éditions Grasset pour la découverte de ce roman.

Entre deux mondes d’Olivier Norek


Editions Michel Lafon – 410 pages
Littérature française

Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l’attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir.
Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu’il découvre, en revanche, c’est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n’ose mettre les pieds.
Un assassin va profiter de cette situation.
Dès le premier crime, Adam décide d’intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est flic, et que face à l’espoir qui s’amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou.

Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu’elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d’ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.

MON AVIS :

C’est une plongée en eaux troubles que nous propose Olivier Norek dans ce roman d’une très grande force et d’un réalisme à toute épreuve portée par une écriture franche et directe. Une prise de conscience humanitaire, figée dans un roman policier où l’enquête apparait finalement vite secondaire au profit du drame humanitaire qui constitue la trame narrative de l’oeuvre : la jungle de Calais. Des milliers de migrants fuyant un pays qui se retrouvent livrés à la barbarie humaine. Rarement un roman n’aura su avec autant de finesse montrer l’intérieur d’un désastre humanitaire que nous préférons éviter. Rarement les mots auront été aussi puissants et aussi justes. Une envie de crier à l’injustice, au changement et face à l’impuissance, une frustration profonde.
Ma première rencontre avec Olivier Norek aura été percutante, imprévue, remuante. Une plongée souvent déplaisante dans la noirceur de l’âme humaine, ses contradictions et sa violence la plus crue. Un roman indispensable pour approcher le désastre humanitaire de Calais et le désespoir mêlé de désillusions de milliers d’hommes et de femmes qui espéraient tous un avenir meilleur.

-« Ouais. Les migrants fuient un pays en guerre vers lequel on ne peut décemment pas les renvoyer, mais de l’autre côté, on les empêche d’aller là où ils veulent. C’est une situation de blocage, on va dire.
Pour la deuxième fois de la journée, Bastien entendait cette expression et le sentiment diffus provoqué la première fois se précisa.
-Vous croyez aux fantômes, Passaro ?
-Je ne me suis jamais posé la question. Vous parlez des esprits qui hantent les maisons ?
-Exact. Coincés entre la vie terrestre et la vie céleste. Comme bloqués entre deux mondes. Ils me font penser à eux, oui. Des âmes, entre deux mondes. »

Contes indiens… du petit peuple du ciel de Michel Piquemal et Antonina Novarese


Editions Tertium – 40 pages
Contes jeunesse

Trois légendes des Indiens Cherokee, Lakota et Iroquois ont été réunies dans cet album. Dans les contes des Indiens d’Amérique, la Nature est très présente notamment les oiseaux. Ils les appellent avec tendresse le petit peuple du ciel. Ils nous enseignent avec humour la ruse, la patience, la solidarité… et ils apportent aux hommes l’un des plus beaux cadeaux, le chant des flûtes, qui permet aux jeunes gens de trouver l’amour.

MON AVIS :

Joliment illustré, ce recueil de légendes indiennes séduira les lecteurs curieux et avides de jolies histoires. Une plongée délicate et poétique dans les profondeurs des légendes indiennes, où l’omniprésence de la nature contribue à rappeler la petitesse des hommes. Les trois histoires de ce recueil rappellent toutes que l’homme doit composer avec les esprits de la nature et ne peut s’affranchir de ses précieux conseils. Une charmante lecture composée d’illustrations délicates qui ravira tous les amateurs de jolies histoires.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Tertium pour la découverte de cet album jeunesse.

Les délices de Tokyo de Durian Sukegawa


Editions Le livre de poche – 222 pages
Littérature japonaise

Pour payer ses dettes, Sentarô vend des gâteaux. Il accepte d’embaucher Tokue experte dans la fabrication de an, galette à base de haricots rouges. Mais la rumeur selon laquelle la vieille femme aurait eu la lèpre étant jeune, met la boutique en péril. Sentarô devra agir pour sauver son commerce.

MON AVIS :

Avec beaucoup de pudeur, de dignité et de douceur, Durian Sukegawa nous invite à la rencontre de personnages délicats et profondément attachants. Avec une délicatesse toute japonaise, il découpe avec finesse les douloureux portraits de deux âmes en peine, prisonnières de leurs passés respectifs. Une écriture douce pour une narration précise et joliment imagée. On y retrouve toute la finesse de l’écriture japonaise, ses atouts, ses portraits, ses valeurs.
Une porte d’entrée vers le plaisir des sens autant et la joie des plaisirs simples pour un délicat et très plaisant moment de lecture.

Respirer le parfum du vent, tendre l’oreille au bruissement des arbres figurent parmi les choses qui nous sont accessibles au Tenshôen. Voilà déjà plus de soixante ans que je m’y exerce, que j’écoute les mots de ceux qui n’ont plus la parole. J’appelle cela être « à l’écoute ».
Quand je faisais cuire la pâte de haricots, vous me demandiez souvent ce que je fabriquais, n’est-ce pas ? Vous me demandiez si j’entendais quelque chose le visage tout prêt des haricots azuki. Je n’aurais pas su quoi vous dire si ce n’est que j’étais « à l’écoute », mais il me semblait qu’une telle réponse vous aurait perdu, alors j’ai préféré rester vague.

Métamorphose en bord de ciel de Mathias Malzieu


Editions J’ai lu – 126 pages
Littérature française

Cloudman est sans conteste le plus mauvais cascadeur du monde. Ses performances de voltige involontairement comiques lui valent des jours heureux. Jusqu’à ce qu’un médecin le soignant pour une énième fracture décèle chez lui une maladie incurable.Commence alors pour Tom un long séjour hospitalier pour tenter de venir à bout de ce qu’il appelle « la Betterave ». Lors d’une de ses déambulations nocturnes dans les couloirs de l’hôpital, cet homme qui a toujours rêvé de dévorer les nuages rencontre une étrange créature, mi-femme mi-oiseau, qui lui propose le pacte suivant : « Je peux vous transformer en oiseau, ce qui vous sauverait, mais cela ne sera pas sans conséquences ».

MON AVIS :

C’est un joli conte pour adulte que tisse avec espièglerie et poésie, Mathias Malzieu. Une rencontre en bord de ciel pour celui qui n’a cessé de brûler ses ailes et qui rêve de légèreté. Rattrapé par la maladie qui le cloue sur place, Cloudman rêve d’évasion et d’apesanteur. Tout est tendresse et délicatesse dans ce joli livre – la rencontre de Cloudman avec sa femme-oiseau, son désir enfantin de s’affranchir des barrières, l’image toute poétique du départ.
Un très bon moment de lecture, porté par une écriture douce et poétique. Un instant suspendu, loin du tumulte des phrases et des personnages difficiles, pour une rencontre délicate, murmurée et légère comme une plume.

Pourtant, une sensation de coton tendre sous les omoplates me submerge. D’abord, je me dis que j’ai dû oublier de retirer mes ailes, mais elles sont là qui pendent tranquillement sur leur cintre. Un duvet translucide commence à recouvrir ma peau ! Suis-je en train de me transformer en poussin, ou… en coussin ? Je passe le bout de mes doigts sur mes avant-bras, une vague d’euphorie m’envahit.

Harold et Maude de Colin Higgins


Editions folio – 154 pages
Littérature américaine

Harold, jeune homme riche, a une imagination délirante. Ses passe-temps favoris : rouler en corbillard et mettre en scène de faux suicides. Maude, elle, aime les cimetières mais adore la vie. Elle pose nue pour un sculpteur qui travaille sur un bloc de glace, conduit sans permis, vole des voitures. Elle est pour Harold la femme idéale. Il y a un mais… Lui a dix-neuf ans, et elle soixante-dix-neuf !

MON AVIS :

Si vous connaissez le film de Colin Higgins, vous savez combien les personnages qu’il a créés sont drôles, atypiques et attachants. Une oeuvre singulière qui n’hésite pas à bousculer les codes de notre société – un jeune homme de 19 ans fasciné par la mort qui tombe amoureux d’une femme (beaucoup) plus âgée, touchante idéaliste au caractère vif et coloré – à laquelle s’ajoute une certaine critique de la bourgeoisie américaine de l’époque et des dérives de l’armée. Autant de sujets cruciaux pour une oeuvre piquante, vive et très drôle. Et c’est en effet tout l’univers du film que l’on retrouve dans le roman, écrit par le réalisateur après création de son long-métrage et c’est là qu’est sa principale faiblesse. En effet, si l’on retrouve avec bonheur les personnages principaux du film et son ton mordant, l’intérêt du support écrit ne vaut que pour les personnes qui ne connaissent pas le long métrage. Un intérêt vite émoussé alors qu’on espérait que la psychologie des personnages nous soit davantage dévoilée. Une oeuvre à découvrir indépendamment de son support premier.

-Psst !
Harold se retourna.
De l’autre côté de la tombe, Maude, vêtue d’un imperméable jaune avec capuchon assorti, agitait la main pour attirer son attention.
Gêné, il baissa les yeux sur le cercueil , feignant de ne l’avoir pas vue.
-PSSST !
Il leva les yeux.
Elle lui adressa un grand sourire et lui cligna de l’oeil.