Répercussions de Xavier Massé


Editions Is Edition – 192 pages
Littérature française

Kevin White est amnésique partiel et séquentiel depuis l’enfance. Pour résumer, chaque jour, à partir de 17 h jusqu’au réveil le lendemain matin, il ne se souvient absolument de rien. Pour pallier ce handicap particulièrement gênant, Kevin organise sa vie de façon méthodique : repères de temps, post-it, aides psychotechniques… Toute sa vie est minutée et organisée pour qu’il subisse le moins de préjudices possibles. Mais un jour, sa vie bascule. Kevin se réveille dans la salle des coffres d’une banque fédérale ! Trois millions de dollars ont disparu alors que les portes de la banque sont restées fermées toute la nuit et qu’il n’y a ni témoin, ni braqueur. Sans souvenir, il devient aux yeux des enquêteurs le suspect numéro 1 de ce casse pour le moins insolite. Mis en examen, Kevin va alors devoir remonter dans son passé pour découvrir la vérité sur cette histoire… et sur sa vie.

MON AVIS :

Thriller psychologique aux personnages multiples, Répercussions se joue de la mémoire de son protagoniste principal et entraîne le lecteur à sa suite, à la recherche des quelques heures fatidiques manquantes à son emploi du temps. L’écriture est résolument franche et directe, faisant de ce roman une oeuvre claire malgré une narration parfois alambiquée. Une véritable recherche narrative qui alterne retournements de situations et découvertes à plusieurs niveaux, portés par des personnages qui auraient peut-être mérité un développement plus prononcé.
Même si le lecteur pourra se douter assez vite des personnages impliqués, le roman reste facile à lire et son rythme, soutenu, intéressant.
Une oeuvre créative, bien que parfois saugrenue, qui séduira les amateurs du genre et les fans d’intrigues retorses. A découvrir.

En une fraction de seconde, sans réfléchir, j’avançai légèrement ma tête vers lui, le regardais sans me démonter et lui dis : « Et ma clope? » Je ne sais toujours pas pourquoi j’avais dit ça! J’avais une trouille immense, et la seule chose que je trouvais à lui dire, c’était « et ma clope? »! Il faut croire que le stress a le pouvoir de faire ressortir chez l’homme autant de courage que de stupidité. « Et ma clope? »… J’y crois pas, je démarre trop bien l’interrogatoire!

Un grand merci à Babelio et à IS Editions pour la découverte de ce roman !

Challenge nettoyage de printemps

L’ami du défunt d’Andreï Kourkov


Editions Points – 126 pages
Littérature ukrainienne

Un jeune traducteur au chômage, que sa femme vient de quitter, noie son chagrin dans des litres de thé, de café et de vodka. Le désespoir et l’alcool aidant, il décide de programmer sa propre mort et engage un tueur professionnel. Lorsqu’il reprend goût à la vie, il est trop tard : le tueur à gages est déjà à ses trousses… Mais, à Kiev, les solutions extrêmes peuvent prendre des détours inattendus !

MON AVIS :

L’histoire commence par une fin, celle que souhaite pour lui-même le narrateur. Une entrée en matière plutôt atypique qui marque immédiatement la singularité de ce petit récit. Une oeuvre à l’écriture fluide et aux personnages souvent étranges et impalpables, qui nous mène à travers les rues de Kiev à la rencontre de personnages souvent haut en couleurs.
Un fil conducteur initial qui s’avère assez rapidement rompu pour ancrer ses personnages dans une réalité quotidienne, entre ennui et désirs d’avancer. Un récit court sur le désir de vivre malgré la lassitude qui marque avec force l’importance de l’attente, de l’abattement et de la réflexion intrinsèque de ses personnages. Une oeuvre intéressante qui aurait cependant mérité une fin plus développée et moins abrupte. Un récit à l’humour décalé, entre désespoir et amour vibrant, qui se lit très facilement.

Je n’avais plus envie de mourir. Mon existence continuait, elle venait même d’acquérir un soupçon de sens que j’étais seul à percevoir. J’étais devenu libre de mes choix et celui que j’avais fait deux semaines plus tôt ne me convenait plus. Je voulais vivre.

-Challenge nettoyage de printemps

Tour B2 mon amour de Pierre Bottero


Editions Flammarion Jeunesse – 156 pages

Littérature française

-Je vous amène la nouvelle élève. Silence total.
Tristan avait une drôle de boule nouée à l’intérieur du ventre.
Une boule faite d’un sentiment étrange qu’il n’avait pas envie d’analyser.
Pas encore.
Dans la rue de Vienne où se dresse la tour B2, un premier amour s’écrit sur le béton.

MON AVIS :

C’est un récit touchant et souvent juste dans sa description des sentiments que nous propose Pierre Bottero dans ce joli roman jeunesse. Une rencontre atypique, poétique et humaine, entre deux êtres que tout oppose. Même si le thème semble convenu, la plume de Pierre Bottero, claire et délicate, nous transporte avec tendresse à la rencontre de ces deux jeunes que tout oppose.
Une rencontre au-delà des préjugés, dans un environnement difficile, où le paraître compte bien plus que le sentiment réel et où le groupe s’impose comme un rempart contre l’isolement.
Une oeuvre qui parle de tolérance, d’acceptation et de la naissance du sentiment amoureux avec bienveillance et délicatesse. Un joli roman jeunesse, idéal pour les plus jeunes.

Le coup d’éclat de Tristan avait ouvert une porte en lui. Clélia s’était glissée à l’intérieur. Elle s’était installée dans ses pensées, ses actes et ses rêves. Sans difficultés, sans heurts, comme quelqu’un qui, revenant de chez lui après une longue absence, retrouve sa maison, ses meubles et ses habitudes. Les murs qu’il avait dressé pour se protéger du regard des autres s’étaient effondrés, il n’en restait que quelques ruines éparses que le sourire de Clélia était en train de transformer en poussière.

Merci aux éditions Flammarion jeunesse pour la découverte de ce roman !

Challenge nettoyage de printemps

La porte des Enfers de Laurent Gaudé


Editions Actes Sud – 268 pages

Littérature française

Au lendemain d’une fusillade à Naples, Matteo voit s’effondrer toute raison d’être. Son petit garçon est mort. Sa femme, Giuliana, disparaît. Lui-même s’enfonce dans la solitude et, nuit après nuit, à bord de son taxi vide, parcourt sans raison les rues de la ville.
Mais, un soir, il laisse monter en voiture une cliente étrange qui, pour paiement de sa course, lui offre à boire dans un minuscule café. Matteo y fera la connaissance du patron, Garibaldo, de l’impénitent curé don Mazerotti, et surtout du professeur Provolone, personnage haut en couleur, aussi érudit que sulfureux, qui tient d’étranges discours sur la réalité des Enfers. Et qui prétend qu’on peut y descendre…

MON AVIS :

Récit d’une perte familiale meurtrière, La porte des Enfers évoque aussi la fuite, l’attente, la solitude, la colère et la déliquescence des liens familiaux. Une oeuvre forte, portée par une écriture fluide, qui évoque avec beaucoup de force imaginaire, la réalité des Enfers. D’un enfer terrestre palpable et contagieux, le personnage principal se perd dans les méandres d’un Enfer mythique où se côtoient les ombres et où périssent les âmes.
La vision de cet Enfer est d’un réalisme terrible, mettant en scène des images d’une grande force visuelle. L’auteur nous livre ici sa vision de l’Enfer et des Tourments des morts, entre terreur et fascination. Un récit très imagé qui perd cependant un peu de sa force narrative à la fin… Plus conventionnelle et attendue. L’ensemble reste néanmoins puissant et recherché. Une oeuvre riche et souvent percutante.

Parce que c’est vrai.. La société d’aujourd’hui, rationaliste et sèche, ne jure que par l’imperméabilité de toute frontière mais il n’y a rien de plus faux… On n’est pas mort ou vivant. En aucune manière… C’est infiniment plus compliqué. Tout se confond et se superpose… Les Anciens le savaient… Le monde des vivants et celui des morts se chevauchent. Il existe des ponts, des intersections, des zones troubles… Nous avons simplement désapprit à le voir et à le sentir…


« Tout ça, ce sont des histoires pour enfants, dit Matteo en regardant le sol avec dureté. Les morts ne remontent pas, Professore.
-Non, effectivement, répondit le Professore avec un calme égal. Mais vous pouvez descendre, vous. »
Matteo le regarda avec stupeur. Il fut sur le point de lui demander « Où ? » Mais il ne le fit pas. Au fond de lui, il savait qu’il avait bien compris. Descendre là-bas. Aux Enfers. C’est ce que voulait dire le Professore. Pourquoi, à cet instant, n’éclata-t-il pas de rire, ou ne s’offusqua-t-il pas de cette mauvaise plaisanterie ? »

-Challenge nettoyage de printemps

Le revers de la plume de Corentine Rebaudet


Editions Amazone – 316 pages
Littérature française

Astrid d’Orléac, jeune écrivain à succès, est plus connue sous le pseudonyme de Rebecca Wagner. Adorée de son lectorat, qu’elle méprise, elle lui offre des histoires érotiques dans lesquelles elle ne s’est jamais reconnue. Ne supportant plus cette popularité qui n’est pas la sienne, elle aspire à un renouveau littéraire lui correspondant davantage. Mais comment faire taire Rebecca dans le troublant jeu de séduction qui s’installe avec le charmant Marc Lamartine ? Qui est vraiment Astrid ? Et si les tourments de la romancière trouvaient leur origine dans un lourd passé familial ?

MON AVIS :

Premier roman de Corentine Rebaudet, Le revers de la plume joue sur les doubles. De la jeune Astrid façonnée à l’image de sa poupée – Rebecca – à l’Astrid adulte, impalpable écrivain déçu de ses oeuvres qui écrit sous un pseudonyme, l’oeuvre de Corentine Rebaudet se joue des parallèles et des rapprochements. Un roman à l’écriture soignée, parfois clinique, qui découvre des personnages troubles et psychologiquement instables.
Une oeuvre aux personnages souvent calculateurs, difficiles à apprécier, qui auraient peut-être mérité d’être davantage nuancés. L’histoire romancée entre Astrid et Marc, déséquilibrée dans la place qu’elle occupe dans le roman, révèle au final le tempérament d’Astrid mais laisse le soin au lecteur de se faire son propre avis. Un roman psychologique, aux personnages volontairement froids qui alterne, parfois en déstabilisant le lecteur, les points de vue. Malgré quelques annonces abruptes, l’ensemble est fluide et propose une vision particulièrement clinique des rapports humains. Un premier roman soigné, qui propose une véritable histoire construite, entre réalité et fiction littéraire.

Je tiens à remercier Corentine du blog Unfilalapage qui a eu la gentillesse de me faire découvrir son premier roman et qui m’a accordé sa confiance.

Elle rêvait d’une oeuvre majeure dans laquelle son véritable talent d’écrivain serait applaudi. Elle n’avait jamais douté de la plume délicate tenue par l’artiste sommeillant en elle, un animal de cirque privé de son milieu naturel et destiné au seul divertissement. Elle avait l’impression d’écraser davantage ce don chaque jour,de ne l’exploiter que de manière vulgaire, de lui faire honte même.


Elle n’existait qu’à travers le regard de l’écrivain. Il lui avait permis de traverser son enfance et son adolescence de manière détachée. Il était alors son unique protection, que jamais personne ne lui ôterait. Elle se l’était juré. Une promesse faite à cette petite fille d’alors, malmenée et dont la parole n’avait aucun poids, condamnée au silence, à une stricte obéissance abrutie. Un pacte à travers les années, entre un passé révolu mais vivace et u futur en pointillés, sous forme d’attente.

-Challenge nettoyage de printemps

Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig


Editions Stock – 106 pages

Littérature autrichienne

Un amour total, passionnel, désintéressé, tapi dans l’ombre, n’attendant rien en retour que de pouvoir le confesser. Une blessure vive, la perte d’un enfant, symbole de cet amour que le temps n’a su effacer ni entamer. Une déclaration fanatique, fiévreuse, pleine de tendresse et de folie. La voix d’une femme qui se meurt doucement, sans s’apitoyer sur elle-même, tout entière tournée vers celui qu’elle admire plus que tout.

MON AVIS :

Toute la puissance et la délicatesse de l’écriture de Stefan Zweig s’expriment dans cette courte nouvelle. Jamais récit sur l’amour pur et non réciproque n’aura trouvé écrin plus beau que les pages de ce roman, capable de la plus brutale confession, enrobée dans la plus tendre et fine écriture.
Une passion riche et cruelle, qui scintille comme une pierre précieuse au fond de l’eau, d’une luminosité subtile et impalpable. Un petit bijou narratif qui évoque avec beaucoup de réalisme et une délicate nostalgie, un sentiment amoureux d’une grande puissance.
Une oeuvre qui porte en elle une triomphale partition amoureuse, un chemin sans retour à travers la confession d’un coeur meurtri, l’amour pur et désintéressé d’une femme inconnue pour un homme qu’elle n’aura eu de cesse de rechercher.
Stefan Zweig livre en quelques pages une oeuvre d’une grande richesse qui ne conserve que l’essentiel : le sentiment fugace d’une lumière dans un brouillard quotidien.

C’est à toi seul que je veux m’adresser ; c’est à toi que, pour la première fois, je dirai tout ; tu connaîtras toute ma vie, qui a toujours été à toi et dont tu n’as jamais rien su. Mais tu ne connaîtras mon secret que lorsque je serai morte, quand tu n’auras plus à me répondre. Quand ce qui maintenant fait passer dans mes membres à la fois tant de glace et tant de feu m’aura définitivement emportée.


Ce n’est que quand je serai morte que tu recevras ce testament, d’une femme qui t’a plus aimé que toutes les autres, et que tu n’as jamais reconnue, d’une femme qui n’a jamais cessé de t’attendre et que tu n’as jamais appelée.

– Challenge nettoyage de printemps

Piégés dans le train de l’enfer d’Hubert Ben Kemoun


Editions Flammarion Jeunesse – 164 pages

Littérature française

« Teddy s’assit, le sac rouge cadenassé, bien posé sur le siège à côté de lui. Interdit d’ouvrir et d’ausculter ce bagage, il connaissait la règle. Un mulet transporte son chargement sans se préoccuper de ce qu’on lui a posé sur le dos. Il était 14h23 quand il prit place dans le wagon du train à destination de Toulouse. Celui-ci s’arrêtait à Bordeaux à 17h42. A peine plus de trois heures. Une affaire vite pliée. »
Mais ce qui semblait tranquille, devient très vite un enfer… Quand le hasard se met à nous jouer des tours, il ne sert à rien de chercher à lui échapper.

MON AVIS :

Construit autour de la notion d’urgence, Piégés dans le train de l’enfer se déroule en 3 heures… Le temps d’un trajet de train, les histoires des passagers se percutent et créent une tension plutôt intéressante entre les personnages. Si la présentation des différents protagonistes peut apparaître linéaire et un peu longue, la rencontre entre les passagers est plutôt bien menée et accélère nettement le récit.
Un roman jeunesse qui réussit à concentrer l’action en quelques pages mais qui aurait peut-être mérité de nuancer davantage ses personnages, souvent stéréotypés et irrationnels.
Un roman facile à lire, idéal pour un trajet en train mais qui ne marquera pas durablement les esprits. Une bonne occasion de lecture sans difficultés mais qui manque parfois d’un peu de profondeur.

Parfois l’enfer s’invite au paradis sans qu’on ne l’ait entendu sonner. Le diable a voyagé sur le dos du hasard, il a tout son temps, et ne laissera aucune miette d’espoir aux convives qui ne l’attendaient pas à leur table.

Un grand merci aux éditions Flammarion Jeunesse qui ont eu la gentillesse de me faire parvenir ce roman.

-Challenge nettoyage de printemps

Le parfum de Patrick Süskind


Editions Le livre de poche – 280 pages

Littérature allemande

Au XVIIIe siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus horribles de son époque. Il s’appelait Jean-Baptiste Grenouille. Sa naissance, son enfance furent épouvantables et tout autre qui lui n’aurait pas survécu. Mais Grenouille n’avait besoin que d’un minimum de nourriture et de vêtements et son âme n’avait besoin de rien. Or, ce monstre de Grenouille, car il s’agissait bien d’un genre de monstre, avait un don, ou plutôt un nez unique au monde, et il entendait bien devenir, même par les moyens les plus atroces, le Dieu tout puissant de l’univers, car « qui maîtrisait les odeurs, maîtrisait le cœur des hommes ».

MON AVIS :

C’est une expérience sensorielle inédite que nous invite à découvrir Patrick Süskind à travers ce classique atypique, fait d’odeurs puissantes, subtiles et charnelles. Une transcription inédite du Paris du XVIIIème siècle et une nouvelle façon d’appréhender le roman criminel, uniquement à travers les sens.
Une plongée parfois rude, aux côtés de Jean-Baptiste Grenouille, assassin discret et perfide, persuadé de rechercher l’essence même de l’art dans le dépouillement charnel de l’odeur de ses victimes. L’oeuvre, à l’écriture fluide et délicate, est en réalité d’une justesse poignante, que ce soit dans la description des odeurs, réellement ressenties par le lecteur, autant que dans la description des moeurs et des craintes de l’époque.
Ainsi, et malgré quelques longueurs, le récit est toujours construit et incisif. Une oeuvre cruelle dans son message mais d’une grande force visuelle qui en fait un récit audacieux et unique en son genre.

Au XVIIIe siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus abominables de cette époque qui pourtant ne manqua pas de génies abominables. C’est son histoire qu’il s’agit de raconter ici. Il s’appelait Jean-Baptiste Grenouille et si son nom, à la différence de ceux d’autres scélérats de génie comme par exemple Sade, Saint-Just, Fouché, Bonaparte, etc., est aujourd’hui tombé dans l’oubli, ce n’est assurément pas que Grenouille fût moins bouffi d’orgueil, moins ennemi de l’humanité, moins immoral, en un mot moins impie que ces quelques malfaisants plus illustres, mais c’est que son génie et son unique ambition se bornèrent à un domaine qui ne laisse point de traces dans l’histoire : au royaume évanescent des odeurs.


A dater de ce jour, en revanche, il lui semblait savoir enfin qui il était vraiment : en l’occurrence, rien de moins qu’un génie ; et que sa vie avait un sens et un but et une fin et une mission transcendante ; celle, en l’occurrence, de révolutionner l’univers des odeurs, pas moins ; et qu’il était le seul au monde à disposer de tous les moyens que cela exigeait : à savoir son nez extraordinairement subtil, sa mémoire phénoménale et, plus important que tout, le parfum pénétrant de cette jeune fille de la rue des Marais, qui contenait comme une formule magique, tout ce qui fait une belle et grande odeur, tout ce qui fait un parfum : délicatesse, puissance, durée, diversité, et une beauté irrésistible, effrayante.

Challenge Nettoyage de printemps
Challenge Au fil des saisons et des pages : 4/5

Croire au merveilleux de Christophe Ono-Dit-Biot

Croire au merveilleux
Editions Gallimard – 234 pages

Littérature française

«Je veux bien avoir été distrait ces temps-ci, mais je sais que si j’avais croisé cette fille-là dans l’ascenseur ou le hall d’entrée, je m’en serais souvenu. Et puisque je me souviens d’elle, c’est que je l’ai vue ailleurs.»

César a décidé de mourir. Mais une jeune femme sonne à sa porte et contrarie ses plans. Étudiante en architecture, grecque, elle se prétend sa voisine, alors qu’il ne l’a jamais vue. En est-il si sûr ? Pourquoi se montre-t-elle si prévenante envers lui, quadragénaire en deuil de Paz, la femme aimée, persuadé qu’il n’arrivera pas à rendre heureux l’enfant qu’ils ont eu ensemble, et qui lui ressemble tant ? Pourquoi est-elle si intéressée par sa bibliothèque d’auteurs antiques ?

MON AVIS :

Le roman de Christophe Ono-Dit-Biot commence au crépuscule. César, jeune père resté veuf, ne souhaite rien d’autre que rejoindre sa femme disparue. Véritable femme monde, celle-ci le laisse démuni, père d’un jeune garçon qui ressemble douloureusement à sa mère.
Et puis, survient l’incursion de l’irréel, de l’impalpable qui le contraint à revoir les limites de sa connaissance et de ses croyances. Croire au merveilleux est le récit d’une errance dans le passé, des retrouvailles avec les mythes de l’enfance, du pouvoir de l’intime et des rêves.
Une quête riche, non linéaire, à la frontière du réel et de l’inattendu. Le dialogue intime d’un homme sauvé par ses croyances et par les mythes de son enfance. Un retour salutaire sur les terres du conte pour un récit de passage, de l’enfance à l’âge adulte, de celui qui apprend à celui qui transmet.
Un récit riche, solaire, porté par une écriture dense qui nous transporte de la solaire Italie à la magnétique Grèce en passant par de bien étonnantes îles… Croire au merveilleux est une ode à la reconstruction, aux rencontres improbables, impalpables et merveilleuses. Une oeuvre délicate, entre dialogue et introspection. A découvrir.

« Cet enfant-là, il était plein de promesses, dit alors calmement Athanis. Contrairement à l’homme qu’il est devenu, et qui n’avance plus. Vous vous trahissez, César. »
Le soleil continue à faire miroiter la mer. Mon visage est couvert de larmes.


« Une seule question…, ai-je dit.
-Qu’est-ce que vous voulez savoir ? »
Je me suis lancé.
« Si elle nous aimait encore. »
Son front se plissa.
« Explorez les archives de votre coeur, répondit-il simplement.
Sa réponse m’a atterré. Tout ça pour ça ? Comme je baissais les yeux, déçu à mort, il ajouta un mot. Mais un mot, hélas, que je n’ai pas pu entendre distinctement.

Un grand merci aux éditions Gallimard pour la découverte de cet auteur.

-Challenge nettoyage de printemps

Nos étoiles contraires de John Green


Editions Nathan – 328 pages

Littérature américaine

Hazel, 16 ans, est atteinte d’un cancer. Son dernier traitement semble avoir arrêté l’évolution de la maladie, mais elle se sait condamnée. Bien qu’elle s’y ennuie passablement, elle intègre un groupe de soutien, fréquenté par d’autres jeunes malades. C’est là qu’elle rencontre Augustus, un garçon en rémission, qui partage son humour et son goût de la littérature.
Entre les deux adolescents, l’attirance est immédiate. Et malgré les réticences d’Hazel, qui a peur de s’impliquer dans une relation dont le temps est compté, leur histoire d’amour commence… les entraînant vite dans un projet un peu fou, ambitieux, drôle et surtout plein de vie.

MON AVIS :

Littérature jeunesse, Nos étoiles contraires a le mérite de traiter avec sincérité et clarté un thème aussi grave que la maladie chez les jeunes. Une lumière bienveillante qui s’exprime toujours à travers une syntaxe claire et une écriture simple pour un roman résolument positif et tourné vers la vie. Les personnages d’Hazel et d’Augustus sont plutôt bien pensés et réalistes, toujours en décalage, même s’ils auraient pu être davantage étoffés et nuancés.
L’intrigue, bien que classique pour ce genre de littérature, fait apparaître des thèmes essentiels : la maladie bien sûr mais également l’amitié, le soutien, l’amour, la compassion, la compréhension et l’empathie.
Une ode à la vie et à sa beauté qui concilie avec quelques touches d’humour, désespoir et désir d’avenir. Un roman jeunesse plutôt réussit pour une oeuvre qui s’adresse avant tout à un jeune public.

On avait tant de choses à regarder que le silence n’avait rien de bizarre, mais j’aurais voulu que tout soit parfait. Et tout était parfait, sans doute. Sauf que j’avais l’impression que quelqu’un avait mis en scène mon Amsterdam de rêve. Alors j’avais du mal à oublier que le dîner, comme le voyage lui-même, était un cadeau-cancer. J’aurais aimé qu’Augustus et moi, on discute, on plaisante, à l’aise, comme à indianapolis, mais une certains tension sois-tendait l’atmosphère.

– Challenge nettoyage de printemps 
– Challenge Au fil des saisons et des pages : 3/5