Métamorphose en bord de ciel de Mathias Malzieu


Editions J’ai lu – 126 pages
Littérature française

Cloudman est sans conteste le plus mauvais cascadeur du monde. Ses performances de voltige involontairement comiques lui valent des jours heureux. Jusqu’à ce qu’un médecin le soignant pour une énième fracture décèle chez lui une maladie incurable.Commence alors pour Tom un long séjour hospitalier pour tenter de venir à bout de ce qu’il appelle « la Betterave ». Lors d’une de ses déambulations nocturnes dans les couloirs de l’hôpital, cet homme qui a toujours rêvé de dévorer les nuages rencontre une étrange créature, mi-femme mi-oiseau, qui lui propose le pacte suivant : « Je peux vous transformer en oiseau, ce qui vous sauverait, mais cela ne sera pas sans conséquences ».

MON AVIS :

C’est un joli conte pour adulte que tisse avec espièglerie et poésie, Mathias Malzieu. Une rencontre en bord de ciel pour celui qui n’a cessé de brûler ses ailes et qui rêve de légèreté. Rattrapé par la maladie qui le cloue sur place, Cloudman rêve d’évasion et d’apesanteur. Tout est tendresse et délicatesse dans ce joli livre – la rencontre de Cloudman avec sa femme-oiseau, son désir enfantin de s’affranchir des barrières, l’image toute poétique du départ.
Un très bon moment de lecture, porté par une écriture douce et poétique. Un instant suspendu, loin du tumulte des phrases et des personnages difficiles, pour une rencontre délicate, murmurée et légère comme une plume.

Pourtant, une sensation de coton tendre sous les omoplates me submerge. D’abord, je me dis que j’ai dû oublier de retirer mes ailes, mais elles sont là qui pendent tranquillement sur leur cintre. Un duvet translucide commence à recouvrir ma peau ! Suis-je en train de me transformer en poussin, ou… en coussin ? Je passe le bout de mes doigts sur mes avant-bras, une vague d’euphorie m’envahit.

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Harold et Maude de Colin Higgins


Editions folio – 154 pages
Littérature américaine

Harold, jeune homme riche, a une imagination délirante. Ses passe-temps favoris : rouler en corbillard et mettre en scène de faux suicides. Maude, elle, aime les cimetières mais adore la vie. Elle pose nue pour un sculpteur qui travaille sur un bloc de glace, conduit sans permis, vole des voitures. Elle est pour Harold la femme idéale. Il y a un mais… Lui a dix-neuf ans, et elle soixante-dix-neuf !

MON AVIS :

Si vous connaissez le film de Colin Higgins, vous savez combien les personnages qu’il a créés sont drôles, atypiques et attachants. Une oeuvre singulière qui n’hésite pas à bousculer les codes de notre société – un jeune homme de 19 ans fasciné par la mort qui tombe amoureux d’une femme (beaucoup) plus âgée, touchante idéaliste au caractère vif et coloré – à laquelle s’ajoute une certaine critique de la bourgeoisie américaine de l’époque et des dérives de l’armée. Autant de sujets cruciaux pour une oeuvre piquante, vive et très drôle. Et c’est en effet tout l’univers du film que l’on retrouve dans le roman, écrit par le réalisateur après création de son long-métrage et c’est là qu’est sa principale faiblesse. En effet, si l’on retrouve avec bonheur les personnages principaux du film et son ton mordant, l’intérêt du support écrit ne vaut que pour les personnes qui ne connaissent pas le long métrage. Un intérêt vite émoussé alors qu’on espérait que la psychologie des personnages nous soit davantage dévoilée. Une oeuvre à découvrir indépendamment de son support premier.

-Psst !
Harold se retourna.
De l’autre côté de la tombe, Maude, vêtue d’un imperméable jaune avec capuchon assorti, agitait la main pour attirer son attention.
Gêné, il baissa les yeux sur le cercueil , feignant de ne l’avoir pas vue.
-PSSST !
Il leva les yeux.
Elle lui adressa un grand sourire et lui cligna de l’oeil.

Ethique du samouraï moderne de Patrice Franceschi


Editions Grasset – 192 pages

Littérature française

« Jusqu’à sa disparition en 2010, maître Isogushi enseignait au dojo d’Ishen dans le sud du Japon. Son enseignement comportait deux disciplines inséparables : pour le corps et pour le mental, la transmission de l’ensemble des arts martiaux traditionnels ; pour l’âme et pour l’esprit, un guide nouveau pour la conduite de la vie. On ignore combien d’élèves forma maître Isogushi, venus des cinq continents, et il ne reste de cet enseignement que les notes de cours prises par mon vieil ami Emiliano Zapoga dit « le Mexicain », ici rassemblées. Le maître a voulu que ses propos soit autonomes, tout en formant un modèle éthique complet, utilisable de manière concrète par n’importe quel homme ou femme. A quoi j’ajoute jeune adulte qui cherche une conduite à sa vie ».
Ainsi commence cet extraordinaire ouvrage de Patrice Franceschi : une « éthique » personnelle, forgée au fil des années par l’auteur, entre ses études approfondies de philosophie à la Sorbonne, sa passion pour les stoïciens ; et sa pratique des arts martiaux, de l’engagement et de la lutte, depuis l’Afghanistan jusqu’au kurdistan syrien… Ce « petit manuel de combat » rassemble 327 courts chapitres, mélodieux, philosophiques, universels.

MON AVIS :

Petit recueil composé d’aphorismes, de pensées et de moments de vie, l’Ethique du samouraï moderne est un outils idéal pour repenser au mieux sa vie et notre façon de la vivre. Mais si le contenu est intéressant, la forme très cadrée et le propos très formaté peuvent rapidement devenir des freins au plaisir de la lecture. Une forme très répétitive, souvent très formatée qui manque souvent de légèreté et de spontanéité. Une première rencontre malheureuse avec l’auteur alors que le thème semblait pour le moins prometteur.
Une lecture à réserver aux vrais adeptes du genre…

Abordons maintenant quelque chose d’aussi essentiel, futurs samouraïs : le langage – ce par quoi tout commence.
Soyez convaincus que c’est par la langue par laquelle vous vous exprimez et pensez que vous manifestez votre patrie intérieure – et parfois, découvrez qu’elle existe.


Ne comptant que le temps, que vous arrivera-t-il ?
Il vous arrivera au moins que l’un de mes enseignements vous apparaîtra dans toute sa vérité : ce que l’on retire de l’existence est à l’exacte mesure de ce que l’on y met.
Voilà aussi pourquoi la générosité est la première des qualités humaines.

Un grand merci aux éditions Grasset pour l’envoi de ce livre et à son auteur pour sa jolie dédicace.

La petite fille sur la banquise d’Adélaïde Bon


Editions Le livre de poche – 246 pages
Littérature française

Quand ses parents la trouvent en pleurs, mutique, Adélaïde ignore ce qui lui est arrivé. Ils l’emmènent au commissariat. Elle grandit sans rien laisser paraître, adolescente puis jeune femme enjouée. Des années de souffrance, de solitude, de combat. Vingt ans après, elle reçoit un appel de la brigade des mineurs. Une enquêtrice a rouvert l’affaire dite de l’électricien, classée, et l’ADN désigne un cambrioleur bien connu des services de police. On lui attribue 72 victimes mineures de 1983 à 2003, plus les centaines de petites filles qui n’ont pas pu déposer plainte.

MON AVIS :

C’est un récit très dur, intimement traumatisant et infiniment bouleversant que celui que nous raconte Adélaïde Bon dans son premier roman. Son destin tragique mêlé à celui de Giovanni Costa, dit l’électricien, est autant celui de la perte de l’innocence que de la douleur de l’avancée dans l’âge adulte. Ici, elle décrit avec beaucoup de réalisme et de courage, la vie de l’après traumatisme, l’histoire d’une vie gâchée par la violence d’un homme, ses efforts constants pour survivre aux méduses qui étendent ses tentacules dans tout son être. Mais elle nous parle aussi et surtout de ce qui se passe pour la victime dans ces circonstances : la sidération, la dissociation.. Autant de situations qu’elle a vécu, mal être du corps et de l’esprit, dévastation des sens, absence de foi en l’avenir… Une gradation de la souffrance qui se solidifie au fur et à mesure des pages jusqu’à devenir une muraille autour de son corps et de son coeur.
Beaucoup de souffrances mais une farouche volonté de s’en sortir, de comprendre. Adélaïde Bon est une jeune femme issue d’une famille aimante, compréhensive, attentive. Pourtant, le choc est trop grand, elle reflue le traumatisme, l’enferme à double tour alors qu’il ne fait que s’échapper par tous les pores de sa peau.
La petite fille sur la banquise n’en peut plus d’attendre qu’on vienne la réchauffer, qu’on l’ignore. Alors elle se manifeste, s’impose, à elle comme à nous.
Au choc, trop grand pour les épaules d’une petite fille, s’associe heureusement la bienveillance d’une psychiatre spécialisée, l’appel salvateur d’un inspecteur de police zélé, l’entraide généreuse d’une avocate sensibilisée.
Cette histoire est celle d’un parcours, celui d’une petite fille parmi les ombres autant que celui d’une femme qui réclame justice. C’est aussi la voix de toutes celles qui ne parviennent pas à faire entendre la leur, parce que la souffrance les fait taire et les domine.
Un récit très intime, dérangeant, percutant où se dévoile l’urgence de l’écriture, l’horreur des faits, la douleur de la confrontation, les failles humaines, l’impression d’une lumière qui perce les nuages.
Un récit qui s’ajoute malheureusement aux nombreux autres qui traitent de ce thème mais qui décrit avec une précision presque chirurgicale les souffrances causées par ce traumatisme. Un premier roman intime et d’une grande violence, écrit à la troisième personne du singulier, comme une ultime distanciation grâce à l’écriture.
Une gifle au visage du lecteur, l’obligeant malgré l’horreur, à regarder la noirceur en face mais une oeuvre nécessaire pour inverser l’emprise, délivrer les mots, entendre la souffrance.

Elle souffre de son isolement forcé et de son manque de sincérité en famille, mais elle ne sait pas franchir l’océan de larmes contenues. Elle est épuisée de se porter, d’endosser chaque matin ce corps qui pend sur son lit comme sur un cintre, de se hisser seule au bout de chaque journée et de s’endormir chaque soir avec l’angoisse du temps qui passe, vite, et qui ne l’attendra pas.

Les confessions de Frannie Langton de Sara Collins


Editions Belfond – 408 pages

Littérature britannique

Londres, 1826. Toute la ville est en émoi. La foule se presse aux portes de la cour d’assise pour assister au procès de Frannie Langton, une domestique noire accusée d’avoir tué Mr et Mrs Benham, ses employés. Pour la première fois, Frannie doit raconter son histoire. Elle nous parle de sa jeunesse dans une plantation de canne à sucre en Jamaïque, où elle a été le jouet de chacun : de sa maîtresse, qui s’est piquée de lui apprendre à lire tout en la martyrisant, puis de son maître, qui l’a contrainte à l’assister sur nombre d’expériences scientifiques, plus douteuses les unes que les autres. Elle nous parle de son arrivée à Londres, où elle est  » offerte  » aux Benham, comme un vulgaire accessoire, de son amitié avec la maîtresse de maison, de leur même appétit pour la lecture, la culture. De leur passion… Elle se dévoile pour tenter de se souvenir de cette terrible nuit, qui lui échappe complètement. Mais une question la ronge sans cesse, comment aurait-elle pu tuer celle qu’elle aime ?

MON AVIS :

Roman historique, judiciaire, pamphlet contre les discriminations, romance, les genres ne manquent pas pour qualifier le riche roman de Sara Collins. Un voyage initiatique et physique de la Jamaïque jusqu’à Londres, des plantations de cannes à sucre aux intérieurs cossus des villas anglaises du 19ème siècle, Les confessions de Frannie Langton sont celles d’une esclave devenue domestique, lettrée, amoureuse des livres et accusée du meurtre de ses employeurs.
Un combat personnel et féministe pour une femme atypique, un portrait complexe et multiple qui n’est pas sans rappeler les romans de Sarah Waters.
L’intrigue où se mêlent éléments de vérité, ressenti et volonté d’absolution, est portée par une écriture délicate et des personnages savamment dépeints. Ainsi, et malgré quelques longueurs dans le récit, on retiendra le combat d’une femme atypique, à la fois victime et bourreau d’une société qui broie et asservi, ses obsessions et ses craintes, ses attentes et ses espoirs.

Tout ce que contenait cette pièce, y compris mon temps, y compris moi, lui appartenait, elle pouvait en faire ce que bon lui semblait. Mes désirs n’importaient pas. Ils n’avaient jamais importé. Espérant que mon visage ne trahirait pas mes pensées, je me forçais à hausser les épaules. « Ces pages sont à vous. »


Et puis, soudain, je compris, net et tranchant. Mon corps entier souffrait de désirer des choses que je ne pourrai pas avoir. J’aurai voulu avoir le courage des fous. Me déclarer. Auprès d’elle. Comme si ma requête était de celles qui peuvent s’exprimer à voix haute.
Parfois, je l’avoue, je sentais aussi palpiter la colère en moi.
Aussi infatigable que mon coeur.

-Un grand merci à Babelio et aux éditions Belfond pour la découverte de ce roman.

La civilisation du poisson rouge de Bruno Patino


Editions Grasset – 168 pages
Littérature française

« Le poisson rouge tourne dans son bocal. Il semble redécouvrir le monde à chaque tour. Les ingénieurs de Google ont réussi à calculer la durée maximale de son attention : 8 secondes. Ces mêmes ingénieurs ont évalué la durée d’attention de la génération des millenials, celle qui a grandi avec les écrans connectés : 9 secondes. Nous sommes devenus des poissons rouges, enfermés dans le bocal de nos écrans, soumis au manège de nos alertes et de nos messages instantanés.
Une étude du Journal of Social and Clinical Psychology évalue à 30 minutes le temps maximum d’exposition aux réseaux sociaux et aux écrans d’Internet au-delà duquel apparaît une menace pour la santé mentale. D’après cette étude, mon cas est désespéré, tant ma pratique quotidienne est celle d’une dépendance aux signaux qui encombrent l’écran de mon téléphone. Nous sommes tous sur le chemin de l’addiction : enfants, jeunes, adultes.

MON AVIS :

Survivre à l’ère numérique est-ce possible ? Pouvons-nous dresser le constat de notre dépendance aux écrans et y remédier ? Autant d’interrogations que pointe Bruno Patino dans cet essai savamment documenté. Une plongée dans les méandres des nouvelles technologies qui aident autant qu’elles asservissent. Si le constat n’est pas nouveau, la réflexion que mène Bruno Patino autour de notre capacité (réduite) d’attention est révélatrice d’une époque troublée. Une analyse autant qu’une critique d’un système qui s’auto-alimente et se corrompt jusqu’à l’excès. Un constat plutôt alarmiste, intéressant sociologiquement, auquel s’ajoute quelques solutions rapides présentées à la fin de l’ouvrage. Un essai très documenté, dense et aux thématiques nombreuses, que souligne une écriture journalistique précise.
Une oeuvre intéressante pour mieux comprendre ce système dans lequel nous sommes enrôlés de force et où notre attention fait l’objet des plus vives spéculations.

Nos rêves numériques se brisent sur cette durée dérisoire. L’infini nous était promis. Il était entendu que le cyberespace ne connaitrait de limite que celle du génie humain. Au lieu de quoi, nous sommes devenus des poissons rouges, enfermés dans le bocal de nos écrans, soumis au manège de nos alertes et de nos messages instantanés.


Berners-Lee parle d’or. Il ouvre la voie à l’expression d’un sentiment diffus qui nous tient éveillés la nuit à la lueur de nos écrans à luminosité restreinte, alors qu’apparaissaient dans la pénombre les alertes, importantes ou insignifiantes, qui tel un goutte-à-goutte hospitalier nourrissent la solitude de nos existences connectées.


Rassasiés avant d’avoir eu faim, nous le sommes par une nourriture que nous n’avons même pas eu le temps de humer et de goûter.


Le temps qui nous a été volé est celui du manque, et donc du désir. Celui de l’amour, de l’autre, et de l’absolu.

Je remercie les éditions Grasset pour la découverte de ce livre.

La mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé


Edition Actes Sud – 204 pages
Littérature française

Dans une Antiquité imaginaire, le vieux Tsongor, roi de Massaba, souverain d’un empire immense, s’apprête à marier sa fille. Mais au jour des fiançailles, un deuxième prétendant surgit. La guerre éclate : c’est Troie assiégée, c’est Thèbes livrée à la haine. Le monarque s’éteint; son plus jeune fils s’en va parcourir le continent pour édifier sept tombeaux à l’image de ce que fut le vénéré – et aussi le haïssable – roi Tsongor.

MON AVIS :

En choisissant la mort, le roi Tsongor scelle en une ultime décision radicale, le destin de tous ses enfants. Dans son ombre immortelle, c’est tout un royaume qui se déchire et la grande guerre dévoreuse de coeurs qui se dessine. Pour l’amour d’une femme, Samilia, figure féminine sacrifiée à la folie des hommes ou par orgueil, les prétendants s’affrontent et se livrent à une haine destructrice sans fin. A l’anéantissement du royaume érigé par le roi Tsongor s’oppose la mission humaniste de son plus jeune fils chargé d’ériger un tombeau reprenant les multiples facettes du monarque. L’écriture de Laurent Gaudé est ici fluide et empreinte d’une impressionnante force épique. En naviguant entre le présent et le passé, le monde des morts et celui des vivants, il nous livre un texte fort, riche d’une émotion contenue dans les choix de ses personnages et une narration vibrante. Un récit riche et envoûtant qui témoigne de la fragilité des empires autant que des liens qui unissent les familles. A découvrir !

Je connaissais ton père. Il n’a pas pu penser qu’il faudrait la vigilance de l’un de ses fils pour que Samine le pleure. Laisse-nous le deuil, Souba. Nous nous en acquitterons. Abandonne-le ici. A Saramine. Ton père ne t’a pas élevé pour que tu pleures. Il est temps que tu te défasses du deuil. Ne sois pas irrité par mes paroles. J’ai connu moi aussi, plus d’une fois, la douleur de la perte. Je sais le voluptueux vertige qu’elle procure. Il faut te faire violence et déposer le masque de pleurs à tes pieds.

– Lecture commune avec Valou076

On habitera la forêt d’Esme Planchon


Editions Casterman – 218 pages
Littérature française
Parution le 10/04/2019

Quand on est une jeune fille solitaire (Joyce), pas très heureuse au lycée (un nid d’individus pénibles et arrogants), et à la mère encombrante (comédienne), on s’enfuit dès que possible chez sa mamie adorée pendant les vacances scolaires. Là, on peut rencontrer une dame qui fait la grève de son ancienne vie perchée tout en haut d’un grand et vieux chêne, par exemple. On peut aussi monter s’assoir à côté d’elle et parler de l’existence… jusqu’à ce que quelqu’un de très idiot décide de raser la forêt.

MON AVIS :

Joli texte écologique mariant récit jeunesse et engagement solidaire, On habitera la forêt est une oeuvre gaie et rafraichissante. Une amitié originale entre trois générations de femmes décalées en proie au désir de s’évader et de reconstruire leurs vies selon leurs envies.
Une oeuvre aux nombreuses thématiques construites autour de la recherche de soi et la défense d’une cause qui dépasse l’individu. Une réflexion sur l’amitié que l’on bâtit, petit à petit comme un engagement et qui nourrit autant qu’elle instruit.
Une jolie lecture adolescente, riche et colorée, à l’image de sa si belle couverture !

Bien sûr, on m’a dit de ne pas parler aux inconnus. De ne pas accepter de bonbons. Ou de pommes rouges. Mais personne n’a jamais mentionné la possibilité d’une proposition comme « Tu veux monter sur un arbre qui s’appelle Bernard ? »

Un grand merci aux Editions Casterman pour la découverte de ce roman jeunesse.

Parents casse-couilles de Sandra Guillot-Duhem et Sabrina Petit


Editions De l’Opportun – 160 pages

Quand les parents posent des questions à l’école…
– Leur enfant est forcément exceptionnel, il lui faut donc un traitement hors du commun
– L’école peut-elle faire du sur mesure pour leur progéniture géniale ?
– Aucune limite dans les demandes exprimées aux institutrices… la preuve !

Quand une institutrice reçoit des parents d’élèves, elle s’attend forcément à tout… mais tout de même ! Sandra et Sabrina ont récolté depuis de nombreuses années les questions loufoques, choquantes, stupides, drôles, provocantes des parents qui assistent aux fameuses réunions durant lesquelles chacun de nous a forcément repéré des parents pénibles, pour ne pas dire plus !

MON AVIS :

Petit recueil d’anecdotes parentales, Parents casse-couilles contient toute l’idée de son concept dans son titre. Une lecture qui se veut plaisante mais qui s’avère rapidement pénible.
Une succession d’anecdotes systématiquement tournées en dérision par le regard sévère et désabusé de deux institutrices. Un recueil emplit de préjugés, rarement drôle, séquencé en petits paragraphes rapidement lus. Une lecture qui aurait pu être originale et mais qui s’avère finalement attendue et sans grand intérêt. Dommage.

Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer


Editions Points – 484 pages
Littérature américaine

Oskar, 9 ans, est surdoué, ultrasensible, fou d’astrophysique, fan des Beatles et collectionneur de cactées miniatures. Son père est mort dans les attentats du World Trade Center en lui laissant une clé. Persuadé qu’elle expliquera cette disparition injuste, le jeune garçon recherche la serrure qui lui correspond. Sa quête désespérée l’entraîne aux quatre coins de la ville où règne le climat délétère de l’après 11-Septembre.

MON AVIS :

A travers les yeux du petit Oskar, ce sont toutes les années post 11 septembre que nous revivons. Leurs douleurs, leurs chagrins, leurs incompréhensions. Un roman sur le deuil mais également sur la transmission et l’envie d’avancer. Oskar, petit garçon atypique nous sert de guide dans les méandres de l’horreur et fait face, à travers ses angoisses personnelles, à celles plus universelles qui nous habitent tous. Mais si on peut souligner l’intérêt du sujet et l’audace formelle du roman (certaines pages contiennent des photos, des messages importants pour Oskar, d’autres pages ne contiennent que des nombres etc.), les nombreux changements de points de vue et les digressions des personnages alourdissent inutilement le propos et en font un récit très lent et inutilement long. Une oeuvre aux personnages multiples qui perd progressivement de son intérêt en ce qu’elle s’avère, malgré certains passages émouvants, finalement bavarde et inégale.

Chaque fois que je sortais pour aller chercher la serrure je devenais un peu plus léger parce que je me rapprochais de papa. Mais aussi je devenais un peu plus lourd, parce que je m’éloignais encore de maman.