Les filles de Brick Lane T. 2, Sky de Siobhan Curham

Les filles de Brick Lane2
Editions Flammarion Jeunesse – 360 pages

Littérature britannique

Premier jour de cours pour Sky. Entre les devoirs et la pression des examens, trouvera-t-elle du temps pour ses amies et pour exprimer ses envies de liberté ?

MON AVIS :

C’est avec un véritable plaisir que nous retrouvons les 4 filles de Brick Lane ! Sky, Ambre, Maali et Rose, toujours amies, font désormais face à de nouvelles difficultés, mettant parfois à l’épreuve leur amitié : la maladie, la découverte d’un lycée, un nouveau travail étudiant ou bien encore la découverte du sentiment amoureux et le rapport à la famille. Un nouveau volet de leurs aventures qui traite avec habileté de nombreux thèmes actuels intéressant les adolescents.
La plume de Siobhan Curham est claire et franche, ses personnages colorés et attachants. Une plongée intelligente dans le monde adolescent où l’amitié tient un rôle primordial et où la famille reste une valeur refuge. Un deuxième tome prometteur, composé de personnages tendres et délicatement mis en lumière à travers des thématiques actuelles. A découvrir !

Lune nous avons besoin de ton aide. Tu ne peux pas changer ce qui arrive au père de Maali mais tu peux notre amie à se sentir plus forte. Et aussi,si tu pouvais trouver un moyen de lui faire savoir que nous sommes là,ce serait génial.
-Je le sais, fit une voix douce sortant de l’ombre.
Rose se retourna, Maali était derrière elle, souriante.

Les filles de Brick Lane, tome 1, Ambre

Un grand merci aux éditions Flammarion Jeunesse qui m’ont permis de découvrir ce deuxième tome !

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David Bowie n’est pas mort de Sonia David


Editions Robert Laffont – 174 pages

Littérature française

« Ma mère est morte. Mon père est mort. David Bowie est mort.
Ce ne sont pas uniquement de mauvaises nouvelles. »

À un an d’intervalle, Anne, Hélène et Émilie perdent leur mère, puis leur père. Entre les deux, David Bowie lui aussi disparaît. Dans l’enfance d’Hélène, la « soeur du milieu », le chanteur a eu une importance toute particulière, dont le souvenir soudain ressurgit. Alors, elle commence à raconter… Sur les thèmes inépuisables de la force et de la complexité des liens familiaux, de la place de chaque enfant dans sa fratrie, voici un roman d’une déconcertante et magnifique sincérité.

MON AVIS : 

Sur un thème inépuisable en littérature et si courant au cinéma, Sonia David fait le choix de la sincérité : l’écriture comme un souffle, le déroulement des pensées presque automatique, l’analyse comme meilleur recul. En parlant de la disparition de sa mère, la narratrice se confronte à l’adolescence et à son désir poignant de reconnaissance face à une femme charismatique parfois insaisissable. La mort du père replonge les trois soeurs dans la souffrance et souligne la dépendance de l’auteure face aux idées du disparu, éternel militant. La mort de David Bowie finalement s’apparente davantage à l’enfance et aux rapports parfois complexes d’une fratrie. Trois temps d’une vie, condensés en quelques mois, qui témoignent de la fin d’une époque. La plume de Sonia David est affutée, délicate et toujours sensible. Elle offre à ses lecteurs, un moment de son intimité, comme la possibilité d’un lendemain, composé de doutes, d’attentes, d’instants magiques et d’une compréhension délicate. Une oeuvre réussie qui parle à l’âme, à l’instinct et au vécu.

 Néanmoins, grâce à un cancer du sein, le bien est fait, ou du moins initié: toutes les quatre, nous expérimentons à nouveau l’évidence d’être une famille, chose étrange, dont on ne sait pas très bien s’arranger quand si longtemps nous nous en sommes fichues, chacune occupée à se dépêtrer de l’enfance.


La mort de David Bowie est une mort idéale, n’est-ce pas, nette, immatérielle, pas besoin de tableau Excel, pas d’administration, pas d’appartement à vider, ni de contingences autres, toutes ces choses qui, je le sais à présent, relèguent à plus loin, à plus tard la vivacité de la douleur.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Robert Laffont qui m’ont permis de découvrir ce si joli roman.

Petit pays de Gaël Faye


Editions Grasset – 218 pages
Littérature franco-rwandaise

En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

MON AVIS :

Premier roman de Gaël Faye, Petit pays, évoque, à hauteur d’enfant, la perte de l’innocence et le rapport à la guerre. D’une enfance peuplée d’images et de jeux lumineux, Gabriel ne gardera que la sombre marque du conflit et la peur vue dans le regard des adultes. Un récit difficile, porté par l’écriture fine et souvent sans concession de l’auteur qui offre, à rebours, une plongée riche et sanglante dans l’horreur du génocide rwandais. Un thème terrifiant délicatement mis en lumière par les mots de l’innocence, donnant ainsi plus de résonance à l’émotion qui se dégage des dernières pages. Une oeuvre forte, engagée et souvent émouvante.

Les premières nouvelles sont arrivées début juin. Pacifique a appelé chez mamie. Il était vivant. Il n’avait de nouvelles de personne. Mais il savait que son armée, le FPR, allait s’emparer de Gitarama et qu’il pourrait être chez Jeanne dans la semaine. Cette information nous a redonné un peu d’espoir. Maman a réussi à retrouver quelques parents éloignés et de rares amis. Leurs récits étaient toujours terribles et leur survie de l’ordre du miracle.

Jack et le bureau secret de James R. Hannibal


Editions Flammarion jeunesse – 398 pages
Littérature britannique

Le scarabée mécanique envoyait de grosses décharges électriques. Jack se concentra. Tout sembla ralentir. Soudain, il put prédire les mouvements de l’insecte avant même qu’il ne bouge. Il le frappa de plein fouet ; le scarabée bleu-vert tomba par terre. Un violent éclair en jaillit. Gwen attrapa Jack. — Vite, cours !

À Londres, le père de Jack a disparu. Le garçon se lance à sa recherche. Il découvre alors une société secrète et comprend que sa famille en fait partie. Un ennemi puissant se dresse soudain sur sa route. Aura-t-il la force de le vaincre ?

MON AVIS :

Récit d’aventures où se côtoient magie, découverte et amitié, James R. Hannibal convoque les thèmes chers aux récits adolescents. Une oeuvre dans l’ensemble convenue qui ne parvient malheureusement jamais vraiment à se démarquer d’autres récits de ce genre.
Le jeune héros aux capacités extraordinaires se retrouve propulsé dans un monde magique qu’il cherche à comprendre, accompagné d’une jeune apprentie bien décidée à résoudre toutes les énigmes sans l’aide des adultes.
Si le monde développé est plutôt sympathique, les dialogues sont malheureusement assez pauvres et les relations entre les personnages peu fouillées. Difficile dès lors de s’attacher à eux pour vivre ces aventures à leurs côtés et parcourir les pages du roman à la découverte des étranges capacités de Jack. Une déception pour ma part qui ravira peut-être les amateurs du genre, entre magie et découverte de soi.

Jack garda les yeux fermés, priant pour que ce soit un mauvais rêve. certes, il avait très mal à la tête. Mais il était sans cesse victime de migraines, et jamais parce qu’il s’était à moitié assommé en s’enfuyant d’un bâtiment où résonnait une alarme anti-intrusion.

Un grand merci aux éditions Flammarion Jeunesse qui m’a adressé ce roman.

L’impératrice des sept collines de Kate Quinn


Editions Pocket – 698 pages
Littérature américaine

Empire romain, Ier siècle de notre ère, sous le règne de Trajan. Fougueux et obstiné, le jeune Vix, ancien gladiateur, revient à Rome en quête de gloire. Fille d’un sénateur, l’insaisissable Sabine a soif d’aventure. Tous deux se connaissent depuis l’adolescence, et nourrissent une passion réciproque. Mais si elle aime s’amuser avec le beau Vix, Sabine rêve d’un grand destin – ce que le garçon ne pourra jamais lui offrir, contrairement à Hadrien, le futur empereur, auquel elle est promise.

MON AVIS :

A travers le regard de quatre personnages, Plotine, impératrice de Rome et Sabine, l’aventurière amenée à lui succéder, Titus, aristocrate des plus modestes et Vix, le terrifiant guerrier, c’est toute la vie de Rome qui prend corps sous les yeux des lecteurs. Des us et coutumes des romains jusqu’à leurs travers les plus sanglants, l’Impératrice des sept collines parvient à doser savamment aventure, conquêtes sanglantes, intrigues de cours et sincère empathie envers ses personnages. Ceux-ci sont d’ailleurs très travaillés et offrent au récit une véritable épaisseur. Leurs rapports entrelacés, la complexité de leurs liens, souvent créatrice de tensions et de rencontres captivantes, en fait une oeuvre très intéressante. Un récit riche et complexe à l’écriture claire et relevée pour une lecture souvent addictive et peuplée de personnages attachants. Une jolie découverte.

Hadrien m’inquiète, reconnut Sabine. Il a changé.
Elle regardait devant elle à travers les volutes de vapeur (…)
-Il a changé ? De quelle façon ? Demanda Faustine en relevant ses boucles blondes.
De si petites choses qu’elles devenaient ridicules lorsqu’on les énonçait à voix haute.
-Il ne me parle plus, dit lentement Sabine. Avant, il ne désirait rien d’autre que de lire les philosophes, dessiner des plans d’architecture et faire des voyages à Athènes, mais à présent, il intrigue pour devenir gouverneur de Syrie.

Barbara, roman de Julie Bonnie


Edition Grasset – 198 pages

Littérature française

Barbara est née Monique Serf. La chanteuse illustre est une création, une extension d’elle-même. Pendant des années, elle s’est cherchée, elle a tourné autour de son personnage. Pendant des années, la vie l’a propulsée sur scène, jusqu’à ne lui laisser aucun choix.
De l’enfant juive cachée pendant la guerre à la création de la chanson Nantes, comment est-elle devenue Barbara ?

MON AVIS :

A travers une écriture sensible et douce, Julie Bonnie nous raconte Barbara, celle qu’elle imagine, s’approprie, réinvente ou raconte fidèlement. Toujours sensible, délicate, forte et déterminée, le visage de la jeune chanteuse se dévoile, entre désespoir, désillusions et combativité. Un portrait lumineux, délicatement dévoilé entre ombres et lumière. La vie de l’artiste est ici racontée avec délicatesse et poésie, malgré les difficultés.
On comprend dès lors le respect et l’admiration qu’inspire Barbara. De ses années de combats et d’errance, il reste des oeuvres majeures, délicates et éternelles. A travers ses failles et ses doutes, Barbara se découvre sous la plume ciselée et sensible de Julie Bonnie, elle-même chanteuse. Une ode à l’amour et à la combativité pour un portrait délicat tout en nuance qui érige cette belle figure de la chanson française, au rang d’immortelle des mots et des artistes éternels.

-Je serai pianiste, Grany, et je serai chanteuse.
Agitée, rapide sur ses grandes jambes maigres, elle sautille autour du mobilier, manque renverser la lampe, dérange le tapis.
L’aïeule, lasse, s’empare d’une feuille de papier qui traîne là, et dessine à la hâte une série de touches noires et blanches.
-Voilà ton piano. Tu joues et tu chantes. Au boulot maintenant.
L’enfant reste bouche bée. Un piano. De papier, certes mais un piano.

Challenge au fil des saisons et des pages : 5/5

Je tiens à remercier très sincèrement les éditions Grasset et Julie Bonnie qui ont eu la gentillesse de me faire découvrir ce si joli roman.

 

Pourquoi j’ai mangé mon père de Roy Lewis

pourquoi j'ai mangé mon père
Editions Pocket – 192 pages

Littérature britannique

Ernest, un jeune homme préhistorique du Pléistocène moyen raconte les aventures de sa famille et en particulier de son père Édouard, féru de sciences et pétri d’idées généreuses. Pour échapper aux prédateurs de l’Afrique orientale, Édouard invente successivement le feu, les pointes durcies à la flamme, l’exogamie et l’arc. Seul l’oncle Vania voit cette débauche de progrès d’un mauvais œil et ne se prive pas de critiquer Édouard, en profitant toutefois de ses dernières trouvailles : si son cri de ralliement est « Back to the trees! », il le pousse volontiers auprès d’un foyer rassurant.
Le reste de sa famille est également inventif : la mère découvrira la cuisson des aliments alors que Ernest et ses frères se distingueront chacun à leur manière, tel William, qui tentera de domestiquer un chien, Alexandre qui à l’aide de morceaux de charbon dessinera des images contre les rochers ou encore Oswald qui poussera, en bon chasseur, la famille à la vie nomade.

MON AVIS :

Entre cocasseries et découvertes scientifiques de la plus haute importance pour l’espèce humaine, Pourquoi j’ai mangé mon père nous parle de l’évolution de l’homme et de ses nombreuses capacités d’adaptation. Des personnages hauts en couleur, des situations qui dégénèrent involontairement et toujours une bonne dose d’humour font de ce court roman pour adolescents une jolie découverte.
Mais ce sont surtout les personnages qui sont ici attachants : le père génial inventeur qui découvre le feu, la mère qui améliore subtilement le quotidien, un fils artiste qui écrit sur les murs et un autre pro-domestication des animaux sauvages… Tout cela opposé au discours très conservateur d’un grand oncle grincheux. C’est sans compter bien sûr sur la tête pensante du narrateur qui envisagera l’organisation de sa tribu. En opposant autocratie et démocratie, il tentera de donner la parole au plus grand nombre.
Un récit sympathique, porté par une écriture joyeusement piquante et des situations plutôt drôles, malgré une évolution volontairement condensée en quelques pages qui peut effectivement surprendre.

La caverne était occupée. Depuis longtemps huit ou dix ours et oursons y vivaient en famille. A présent, ils nous regardaient venir à eux, complètement médusés. A peine s »ils pouvaient en croire leurs yeux, de nous voir leur apporter nous-mêmes leur déjeuner à domicile. Puis père, tout d’un coup jeta des brandons enflammés. »

Challenge au fil des saisons et des pages : 4/5

L’honneur d’une viking d’Anna Lyra


Editions Victoria – 246 pages
Littérature française

Îles des Orcades, IXe siècle.
Dans la chambre austère où elle se remet doucement de ses blessures, Inga couve une sombre colère. Comment son frère d’armes a-t-il pu s’en prendre à elle en pleine expédition ? Bien sûr, en tant que guerrière et fille illégitime du yarl, le chef viking, elle a toujours été la cible d’une certaine hostilité au sein du clan. Mais rien ne l’avait préparée à une telle trahison ! Laissée pour morte dans un monastère ennemi, elle a été miraculeusement recueillie par un Picte vivant parmi les moines. Un homme solitaire et ombrageux, étrangement intrigant, qui tient à présent sa vie entre ses mains. Inga ignore ce qu’il compte faire d’elle, mais une chose est sûre : dès qu’elle sera rétablie, elle trouvera un moyen de s’enfuir pour rejoindre son clan. Alors, elle réclamera justice !

MON AVIS :

Récit d’aventures où se mêlent habilement vengeance et romance, L’honneur d’une viking évoque avec intérêt les us et coutumes de ce peuple souvent méconnu. Une oeuvre savamment documentée où se mêlent descriptions des combats, évocation des traditions vikings et pictes, présence de femmes combattantes libres et une histoire d’amour plutôt convenue. Même si la romance est plus conventionnelle et les personnages souvent clichés (malgré un personnage féminin moins « secourable » que dans de nombreux autres romans du genre..) le livre vaut avant tout pour les recherches qu’a mené l’auteur sur les traditions vikings.
Une oeuvre à l’écriture plaisante et aux aventures sympathiques, idéale entre deux imposants romans, qui vaut avant tout pour son côté historique.

Par Tyr, protecteur des guerriers et des serments, je demande un combat immédiat pour laver l’affront qui m’a été fait, et pour rétablir mon honneur !

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

Editions Folio – 686 pages
Littérature nigériane

«En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire.»

Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Jeune et inexpérimentée, elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l’Amérique qui compte bien la rejoindre.
Mais comment rester soi lorsqu’on change de continent, lorsque soudainement la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés?

MON AVIS :

Portrait sombre d’une Amérique en proie à ses nombreux démons, racisme, discrimination, immigration, identité, Americanah dresse, grâce à l’écriture fine et féroce de Chimamanda Ngozi Adichie, le portrait sans concession de la belle Ifemelu et de son amour de toujours Obinze.
Une oeuvre aux multiples visages qui évoque avec force l’émancipation d’une femme en quête de savoir et la fin d’un rêve américain/européen pour de nombreux africains.
Un parcours semé d’embûches, porté par une écriture fluide d’une grande sensibilité qui fait de ce roman, une oeuvre émouvante qui, malgré quelques longueurs, s’avère souvent critique et riche d’enseignements. De la découverte d’un nouveau territoire aux désillusions qu’il engendre, les personnages toujours vifs et hauts en couleur de l’auteure n’auront de cesse de se battre pour leurs libertés et leurs idéaux. Une roman aux thèmes puissants et à l’écriture marquante. A découvrir !

Tu sais que ça a été le coup de foudre entre nous deux, dit-il.
-Entre nous deux ? C’est obligé ? pourquoi parles-tu à ma place ?
-Je me borne à rapporter un fait. Arrête de lutter.


Quand j’étais en première année à l’université, je racontais à un groupe d’amis que j’avais été élue la plus jolie fille à l’école au Nigéria. Tu te souviens ? Je n’aurais jamais dû gagner. C’est Zainab qui aurait dû gagner. C’était uniquement parce que j’étais métisse. C’est encore pire ici. Il y a des trucs que vous disent les blancs que je ne supporte pas. Mais quoi qu’il en soit, comme je leur disais que chez moi tous les garçons me couraient après parce que j’étais métisse, ils ont répliqué que je me dévalorisais. Alors maintenant je dis biraciale, et je suis censée me sentir insultée quand quelqu’un dit métisse.

Challenge au fil des saisons et des pages : 3/5

La servante écarlate de Margaret Atwood


Editions Robert Laffont – 522 pages

Littérature canadienne

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’Etat, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Evangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom.

MON AVIS :

Dystopie féministe récemment adaptée en série par Bruce Miller, La Servante écarlate est une chronique terrifiante qui met en scène une société glaçante. Organisée en castes utilitaires, cette société broyeuse d’identités, se révèle très hiérarchisée et patriarcale. Les individus sont triés selon leur utilité et utilisés aux fins de reconstruction de la société. Un modèle où certaines femmes jouissent du privilège, réservé à quelques unes, celui d’enfanter. Ce sont les Servantes dont fait partie Defred.
La grande force du roman est de faire de son personnage principal un être réaliste, souvent soumis au système et sans réel courage de s’opposer à la société. Ainsi, de petites lâchetés en petites lâchetés, d’indifférences en indifférences, on comprend comment un tel système a pu être mis en place. Le monde, vu à travers les yeux de Defred, se dévoile progressivement comme un endroit soumis à une rigueur implacable, où les femmes interdites de lecture et d’écriture, sont cantonnées aux tâches ménagères, à celles d’Epouses ou de génitrices. Une société souvent cruelle, où les dissidents sont relayés aux dangereuses tâches de dépollution de la planète. Ici, le collectif l’emporte sur le bonheur individuel et les couples se forment selon le mérite des hommes. Dans une société où il est difficile d’enfanter, les tensions entre les castes sont palpables.
La construction du récit implique le retour aux années heureuses par des flash-backs subtilement amenés dans l’esprit de Defred. Le contexte de cette société froide et calculatrice, est alors contrebalancé par la chaleur de ces souvenirs. L’oeuvre est percutante, terrible et effrayante à la fois puisque l’auteure avoue que toutes les situations vécues par les femmes du roman se sont déjà produites en réalité mais aussi parce que le personnage principal pourrait être l’une d’entre nous. Froide, parfois incisive mais toujours d’une grande clarté, l’écriture de Margaret Atwood surprend par sa modernité et ses thèmes tristement réalistes pour une fin superbement écrite. Une oeuvre aussi forte que dérangeante, à découvrir absolument !

Si je pensais que cela n’arriverait plus jamais, je mourrais.
Mais j’ai tort, personne ne meurt d’être privé de rapports sexuels. C’est du manque d’amour que nous mourrons. Il n’y a personne ici que je puisse aimer, tous ceux que je pouvais aimer sont morts ou ailleurs. Qui sait où ils sont et comment ils s’appellent maintenant. Ils pourraient aussi bien n’être nulle part, comme c’est mon cas pour eux. Moi aussi je suis une personne disparue.


Tous les soirs en allant me coucher, je me dis : demain, je me réveillerai dans ma maison à moi, et tout sera comme avant.
Cela n’est pas arrivé ce matin non plus.

-Lecture commune : Je tiens à remercier toutes les participantes à cette lecture commune avec qui j’ai eu grand plaisir à échanger tout au long de ma lecture !