La rafle des notables d’Anne Sinclair

La rafle des notables
Editions Grasset – 128 pages

Littérature française – Essai

La Rafle des notables revient sur un épisode de l’Occupation, peu connu du grand public, où le grand-père paternel d’Anne Sinclair s’est trouvé entraîné.En décembre 1941, les Allemands arrêtent 743 Juifs français, chefs d’entreprise, avocats, écrivains, magistrats : une population privilégiée (d’où le surnom de « notables »). Ils y adjoignent 300 juifs étrangers déjà prisonniers à Drancy. Ils les enferment tous au camp de Compiègne, sous administration allemande, et qui était un vrai camp de concentration nazi en France, avec famine, manque d’hygiène, maladies, conditions de vie épouvantables par un des hivers les plus froids de la guerre. Une cinquantaine décède dans le camp. Le but est l’extermination, et de fait, c’est de ce camp que partira, en mars 1942, le premier convoi de déportés de France vers Auschwitz (avant juillet 1942 et la Rafle du Vel d’hiv).Le grand-père paternel d’Anne Sinclair, Léonce, petit chef d’entreprise, a été arrêté, interné à Compiègne.

MON AVIS : 

En racontant l’histoire de son grand-père, Léonce, Anne Sinclair souhaite apporter une lumière nouvelle sur un évènement peu connu de l’histoire de France. C’est donc un travail de journaliste, d’enquêtrice et d’historienne qu’elle dévoile ici à travers un écrit parfaitement documenté. Elle retrace, explique et fait revivre le quotidien terrible de ces nombreux notables arrachés à la sérénité de leur foyer pour vivre l’effroyable déportation. Peu de personnes sont revenues de ces camps et toutes y ont vécu l’enfer. Un enfer qu’Anne Sinclair retrace ici à travers une écriture journalistique et claire qui, bien que touchant un sujet personnel, dévoile toujours avec beaucoup d’objectivité les vies de nombreux déportés. Comme toujours avec ce genre de récits, on ne peut qu’être horrifiés par le vécu de Léonce et de ses camarades d’infortune et profondément touchés par l’humanité et la solidarité de certains déportés.

La rafle des notables, donc, commença dans la nuit du 12 décembre 1941. Sans doute de la même façon que des milliers d’autres en France occupée, des millions d’autres en Europe nazifiée, par un coup de sonnette qui fracassa le silence de la nuit au n°46 de la cossue rue de Tocqueville, à Paris, dans le XVIIe arrondissement.

Un grand merci aux éditions Grasset pour la découverte de cet essai.

Les légendes noires : anthologie des personnages détestés de l’Histoire de Sophie Lamoureux & Virginie Berthemet

Les légendes noires
Editions Casterman Jeunesse – 96 pages
Littérature française

Nous sommes tous plus ou moins familiers des grands héros de l’Histoire, mais que dire des autres : les fous, les traitres, les tyrans, les criminels, les dictateurs, massacreurs, salauds et horribles…? Les Légendes Noires nous invitent à rencontrer ces personnages abominables, méprisés, détestés ou violemment controversés, qui ont souvent horrifié leurs contemporains mais n’en ont pas moins joué, en leur temps, un rôle marquant sur le plan historique.

MON AVIS : 

A travers les personnages détestés de l’Histoire, les traitres, les tyrans, les dictateurs, c’est toute l’histoire de nos sociétés qui se dessine. Sophie Lamoureux dresse un portrait critique et documenté de ces anti-héros de l’Histoire, expliquant leur accession au pouvoir, leur gouvernance puis leur chute. Une sélection subjective de leurs vies respectives mais qui permet de mieux comprendre comment ces êtres ont pu, à travers l’histoire, devenir des personnages ainsi détestés et quels ont été leurs apports à l’Histoire. Un album à feuilleter et à lire par petites tranches, rehaussé par les jolies illustrations de Virginie Berthemet, intéressant.

Un grand merci aux éditions Casterman Jeunesse pour cette découverte.

L’officier de fortune de Xavier Houssin


Editions Grasset – 144 pages

Littérature française

C’est un homme dont la vie embrasse le siècle. Engagé à 17 ans dans les années 20, il est envoyé en Allemagne, officier à 25 ans au Maroc et au Tonkin, chef de bataillon à Nouméa en 1939. Après l’appel du 18 juin, il est un des premiers à rejoindre la France libre. Sa carrière reprend à la tête de régiments en Indochine et en Algérie, jusqu’à un modeste crime de lèse-majesté qui lui coûte cher. Mais en ce début des années 1970, il n’est qu’un vieux militaire retraité, veuf d’un mariage calamiteux, père d’enfants qui le rejettent. Le monde pour lequel il s’est battu n’existe plus, pour lui tout est fini. Tout, sauf Jeanne peut-être. Elle fut le grand et secret amour de sa vie. Et ensemble ils ont eu un fils qui aujourd’hui doit avoir dix-huit ans…

MON AVIS : 

C’est avec beaucoup de pudeur que Xavier Houssin s’intéresse ici à la figure du père. De son absence à ses traitrises, de l’homme engagé au combat, ambitieux et volontaire à l’homme lâche et aux illusions perdues, c’est toute une personnalité riche et complexe qui se dessine. Une figure nuancée, décrite avec beaucoup de sensibilité, qui s’autorise sur le tard à se laisser aller à la douceur de l’amour partagé. L’oeuvre est courte, bien écrite et nuancée. A découvrir.

Comme je lui demandais au téléphone si cela lui convenait, elle m’avait juste dit : Au Café de la Paix ? Alors, nous signons l’armistice ? Touché.

Un grand merci aux éditions Grasset pour la découverte de ce roman.

Anonymat garanti de Greer Hendricks et Sarah Pekkanen


Editions Presse de la cité – 468 pages
Littérature américaine

« Recherchons femmes de 18 à 32 ans pour participer à une étude sur l’éthique et la morale conduite par un éminent psychiatre new-yorkais. Rémunération généreuse. Anonymat garanti. »

Quand Jessica Farris, jeune maquilleuse fauchée, se fait recruter comme sujet d’une étude scientifique, elle pense n’avoir qu’à répondre à un questionnaire pour toucher son argent et partir.
Question n°1 : Seriez-vous capable de mentir sans vous sentir coupable ? Mais lorsque les questions du mystérieux Dr Shields deviennent plus surprenantes et plus invasives et que celui-ci l’entraîne dans une phase d’expérimentation « en conditions réelles », Jessica commence à se sentir mal à l’aise.
Question n°2 : Avez-vous déjà fait beaucoup de mal à un être cher ? Partagée entre la confiance et la paranoïa, la jeune femme peine bientôt à discerner le vrai du faux, et se voit prise au piège dans la toile de l’inquiétant psychiatre. Pourtant, à ce jeu de qui manipule qui, Jessica s’avérera finalement une joueuse pleine de ressources, capable de garder un atout précieux dans sa manche…

MON AVIS :

A travers une écriture précise, presque chirurgicale, Greer Hendricks et Sarah Pekkanen composent des personnages sombres, ambigus et manipulateurs. Dans un jeu de dupes savamment orchestré, les auteurs dressent un brillant portrait de la manipulation et de l’emprise. A travers de nombreux rebondissements, le lecteur découvre un thriller efficace qui n’est pas sans rappeler Gone girl ou La fille d’avant. Un moment de lecture agréable pour une narration plutôt bien construite malgré une certaine froideur dans l’écriture. Les personnages apparaissent souvent entiers mais toujours pleins de ressources et les retournements de situations s’enchaînent. Un roman intéressant, à découvrir.

Toute existence est marquée par des moments de bascule, tantôt caprices du hasard, tantôt évènements apparemment écrits d’avance, qui orientent et finalement scellent notre destinée.Vous êtes le dernier en date, Jessica.Vous ne pouvez pas disparaitre maintenant. Vous m’êtes plus indispensable que jamais.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Presse de la cité pour cette découverte.

Le cercueil à roulettes d’Alexandre Chardin


Editions Casterman – 384 pages
Littérature française

Gabriel est parti un matin, sans parents pour le retenir. Il marche seul et à son passage, on s’interroge. Que cherche cet adolescent vagabond ? Que cache-t-il dans son étrange caisse à roulettes, plus grande que lui ? De fermes en villages, de villages en forêts, du bitume des routes au courant du fleuve… un pas après l’autre, Gabriel poursuit une quête insensée : trouver le bon endroit pour remettre en terre le cercueil de sa mère. Et sans qu’il le veuille, ce sont les rencontres qui vont le guider.

MON AVIS :

Roman initiatique qui commence par une disparition, Le cercueil à roulettes est tout à la fois un parcours fait de rencontres et une aventure unique pour le jeune Gabriel. Orphelin sans attaches, il va comprendre que la vie est faite de nombreuses mains tendues et que l’attachement n’est pas juste une idée sans corps. Une idée de départ originale mais qui s’étire inutilement sur un chemin souvent bien long. Un déroulé bien lisse pour un roman sympathique mais qui ne me marquera pas longtemps.

Je roule et le vent emporte les images, les mots. Fuir, bouger, ne plus s’arrêter. L’air est doux. Ma mère attendait mars avec impatience « le plus beau mois ». Il est là mais l’odeur de la boue mélangée à l’herbe jaunie, à celle du bois pourri, domine tout dans des relents écoeurants.


-Merci. Il secoue la tête en riant.
-Non. Tu ne sais pas combien tu m’as été précieux, Gabriel. Il y a autour de toi un air différent, une lumière. J’en ai profité, tout le temps où je suis resté avec toi.

Ce livre a été lu dans le cadre d’un partenariat avec les éditions Casterman Jeunesse.

La paix avec les morts de Rithy Panh et Christophe Bataille


Editions Grasset – 180 pages
Littérature franco-cambodgienne

« Une petite fille nous aborde : Qu’est-ce que vous cherchez ? Elle a un regard joueur et curieux, je lui explique. Ici, il y a des années, sous le régime khmer rouge, c’était un hôpital, et j’ai enterré de très nombreux corps dans des fosses. Puis l’eau a englouti ce lieu, et on a bâti des maisons. Elle joue avec un petit bout de bois, un peu gênée : Je sais. On dort sur les morts. La nuit, parfois, on les entend parler. J’insiste un peu : Mais tu as peur ? Elle sourit : Non, on n’a pas peur, on les connaît. »

MON AVIS :

Chemin de l’intime et recherche historique, les deux volets d’une même quête animent Rithy Panh dans sa recherche de la vérité. Une histoire qui le hante, l’habite au plus profond de lui même, le porte à entreprendre un retour vers l’horreur, l’arbitraire et la violence sans fin.
Rithy Panh est à la fois victime d’un régime idéologique et de ses conséquences désastreuses, témoin d’une époque gouvernée par la haine et acteur de sa propre reconstruction. Alors que la négation guette, il s’efforce de retranscrire par l’image et les mots, les douleurs d’un passé qui le hante. Car les morts ne sont jamais bien loin, ils le suivent, l’exhortent à raconter, à livrer au monde sa version des faits. En faisant parler les anciens bourreaux, les photographies, en invoquant les fantômes, Rithy Panh dénude son passé, le charge de symboles et d’une vérité pure. C’est dur, cru et terriblement violent. Impossible de refermer ce roman sans un sentiment d’abandon et de révolte. En sacrifiant une certaine culture de la pudeur au profit d’une exposition dure des faits, Rithy Panh forge un chemin de lumière et de liberté. A découvrir.

Je vois les morts. Je vois leurs visages. Je vois leur peau pâle, enfantine. Je vois leurs mains ardentes, mais qui peut les saisir ? Je scrute leurs yeux et je ferme les miens.

Un grand merci aux éditions Grasset pour la découverte de ce roman.

La fille de la maîtresse de Rachel Hausfater


Editions Casterman – 96 pages
Littérature française

C’est la rentrée !
Dans l’école de Dolorès, une nouvelle maîtresse terrifie les élèves. Elle crie sans arrêt, elle interdit tout… et le pire : avec elle, il faut TRA-VAIL-LER.
Dolorès a envie de se cacher quand elle la voit passer. Car cette nouvelle sorcière, euh, maîtresse… C’EST SA MÈRE !
Un secret qui ne doit absolument pas être découvert !!!

MON AVIS : 

A travers ce récit jeunesse, c’est une interrogation sur le regard des autres mais aussi la place que nous occupons dans la société qu’interroge Rachel Hausfater. Lorsque Dolorès apparait uniquement comme « la fille de… », c’est tout son quotidien qui semble compromis. Dès lors comment rester singulier et se démarquer ? Une opposition entre la personne que l’on souhaite faire connaitre aux autres et celle de l’intime qui touche à la perception que l’on a de soi et à cette part de privé qui échappe nécessairement aux autres, même s’ils sont nos parents.
Un joli roman pour enfants à l’écriture fluide et aux illustrations vivantes pour un bon moment de lecture.

Du jour au lendemain, je cesse d’être Dolorès. Je deviens la fille de la maîtresse. Et ça change tout.

Partenariat avec les éditions Casterman/jeunesse.

Tout ce que nous n’avons pas fait de Bruno Veyrès


Editions du Toucan – 352 pages
Littérature française

Gallina, Etats-Unis, dans les années 1970. Parti passer l’été aux Etats-Unis dans la petite ville de son correspondant, au coeur des Rocheuses, un adolescent français est hébergé par une femme qui lui prête la chambre de son fils. Dans cette pièce, Mme Barns conserve les souvenirs de Clive. Il était étudiant quand il a été appelé sous les drapeaux pour servir au Vietnam. Il y est mort au combat. Tous les objets de son quotidien sont là, intacts, et sa courte vie envahit lentement l’esprit du narrateur.
Longtemps après, l’adolescent est devenu un homme et il ne lui est plus possible de repousser encore son rendez-vous avec Clive.

MON AVIS :

Figure de la jeunesse sacrifiée au Vietnam, martyr d’une vie trop grande pour lui, le destin de Clive met en lumière les petites lâchetés de chacun, tout ce qui n’a pas été fait pour le sauver, lui épargner des mois de souffrance et un avenir sacrifié.
A travers une écriture fluide et vivante, Bruno Veyres nous offre un premier roman délicat aux personnages attachants. Des angoisses d’une mère qui attend le retour de son fils au front, à l’amour d’un frère adoptif plus chanceux qui n’a pas eu à combattre, en passant par les descriptions détaillées des conditions de vie au Vietnam, rien n’est épargné au lecteur qui avance aux côtés du jeune Clive. Il ressort de ce roman un sentiment d’amour partagé intense pour ce jeune garçon au coeur tendre auquel s’ajoute la terrible culpabilité des personnages et leurs regrets, vibrants et intenses. Un premier roman de qualité à l’écriture racée.

Il avait quitté leur monde, assuré et confortable, poussé dehors par le destin. Pourtant la vie continuait et continuerait presque inchangée, totalement inchangée même pour les gens de Gallina. Leur vie était ici, et pas là-bas, là-bas où avec quelques malchanceux, il irait. Personne ne lui parlait de la guerre.

Un grand merci à Babelio et aux éditions du Toucan pour cette découverte.

La nuit de Notre-Dame par ceux qui l’ont sauvée de Romain Gubert et collectif

Editions Grasset – 234 pages
Littérature française

Le feu dans la plus célèbre cathédrale du monde.
Un trésor de pierres et de vitraux que nul ne saurait plus bâtir aujourd’hui. Une charpente de chênes millénaires, les gargouilles célébrées par Hugo, la robe de sacre du roi de France et la couronne d’épines du christ sont en péril.
C’est Paris qui tremble, c’est tout le pays et le monde entier qui retiennent son souffle. Face au brasier dantesque, suivi par des millions de personnes, sur les ponts de la Seine ou devant les écrans : la Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris.
Au front de cette guerre, 600 hommes, 80 camions, 15 lances à incendie de grande puissance, 6 lances à mousse, 2 bateaux d’aspiration en eau. Des drones. Le robot téléguidé Colossus. Des choix tactiques cruciaux à faire dans l’urgence, qui engagent la vie des soldats du feu et la survie d’un chef-d’œuvre de l’humanité.
C’est la nuit la plus longue, où chacune et chacun se lance dans le combat avec courage, détermination, professionnalisme. Collectivement. Portant au plus haut les valeurs de la France et la redoutable devise : « Sauver ou périr ».
Aujourd’hui, pour la première fois, ensemble, nos héros acceptent de raconter.

MON AVIS :

Récit détaillé des événements, cette oeuvre nous entraîne à la suite de ceux qui sont intervenus le soir du drame pour secourir Notre-Dame. Un bel hommage aux pompiers et sauveteurs qui se mobilisent chaque jour et qui sont en première ligne des plus grandes catastrophes. Si l’on comprend la démarche des auteurs et le nécessaire foisonnement des idées entourant ce sauvetage hors norme, l’ensemble parait parfois brouillon et les nombreux protagonistes du récit nous perdent dans les méandres d’une narration complexe et très détaillée. Les personnes présentées succinctement apparaissent en nombre et leur engagement dans ce corps des secouristes d’élites, autant que leur passé, semblent souvent trop peu développés.
Ainsi et au-delà de la narration, parfois brouillonne, c’est bien l’engagement de ces femmes et de ces hommes, la beauté de leur métier et leur combat qu’il faut retenir ici. Un bel hommage qui aurait néanmoins mérité un développement plus structuré mais qui reste, à l’image de la catastrophe d’ampleur qu’a été l’incendie de Notre-Dame, surprenant et impérieux.

Le jour où j’ai compris que j’allais faire ma vie comme pompier, nous venions d’intervenir sur un feu dans un petit studio de la rue Saint-Denis. Alors que je rangeais les tuyaux au pied du camion, une dame dont le maquillage cachait un âge respectable s’est avancée vers moi et m’a dit : « Mon petit, on dit que nous faisons le plus vieux métier du monde. Mais vous, vous faites le plus beau métier du monde. Vous féliciterez vos camarades. »

Merci aux éditions Grasset pour la découverte de ce récit.

La nuit de Kim Kardashian de Pauline Delassus


Editions Grasset – 140 pages

Littérature française

La nuit du 3 novembre 2016 le chef de la Police Judiciaire de Paris est réveillé: un braquage dans le 8ème arrondissement, un butin à neuf millions, une victime célèbre. « Kim Kardashian, qui est-ce ?» interroge le patron du 36. Il trouve la réponse sur Internet : américaine, milliardaire, brune et plantureuse, des millions de fans sur les réseaux sociaux… Il est 4h du matin, les suspects se sont enfuis les poches remplies d’or et de diamants. Kim Kardashian est restée ligotée dans sa baignoire. Le coup est réussi, l’enquête commence.
Mon récit raconte la rencontre de deux mondes. Celui des Kardashian, nouveaux monstres du divertissement américain et celui d’ « Omar le Vieux », gamin des années 1950 devenu une star du grand banditisme. C’est la France de Michel Audiard, hors-la-loi, souterraine et parigote, contre l’Amérique d’Hollywood, puissante, outrancière, Démocrate. Les seigneurs du braco et la reine de l’exhibition : un film d’Henri Verneuil sur une bande-son de Rihanna.
Un chapitre dans les bas-fonds de Paris, un autre sur les collines de Los Angeles, jusqu’à la nuit du braquage, décortiquée heure par heure, du somptueux dîner donné par Azzedine Alaïa où Kim apparaît couverte de bijoux, à la fuite de ses agresseurs à bicyclette.

MON AVIS :

C’est une rencontre entre deux mondes que tout oppose, un coup d’éclat entre celle qui s’est façonnée par les médias pour atteindre la célébrité et celui qui s’est façonné une réputation pour atteindre les sommets. Leur point commun : l’ambition.
Si l’une vit dans la lumière des projecteurs et des plateaux télé, l’autre vit souvent dans la clandestinité et façonne un monde souterrain. Deux destins que tout oppose amenés à se rencontrer le temps d’une nuit de cauchemar.
Si l’ascension de la jeune Kim Kardashian se fait l’écho d’une certaine idée de l’Amérique des possibles, le destin d’Omar, le braqueur de la jeune femme, apparait plus terre à terre et souvent moins intéressant. Un déséquilibre qui s’explique par le concept même du roman mais qui peut sembler inégal. En revanche, Pauline Delassus connait son sujet et ne méprise jamais les protagonistes de son oeuvre qu’elle replace dans un contexte sociétal intéressant. L’écriture est journalistique, sans fioritures mais toujours percutante. A réserver aux curieux, au moins dans la partie qui concerne Kim Kardashian et son impressionnante ascension sociale.

Aujourd’hui encore, elle garde ces images développées sur pellicule, les publie parfois sur les réseaux sociaux. Je les conserve sur le bureau de mon ordinateur, elles me rappellent le vrai visage de Kim, celui que je veux raconter. Ce sont les premières pierres de son édifice, le début de l’histoire, quand elle n’était qu’une lycéenne en uniforme bleu de la Marymount High School, l’école catholique de Sunset Boulevard. Des souvenirs qui sont les traces de sa vie d’avant, avant les drames, les meurtres et le grand procès, avant Paris Hilton et l’ecstasy, avant de se retrouver nue sur Internet, avant les millions de dollars.


Les Kardashian ont créé un matriarcat, un modèle inédit de femmes fortes, qui font de la futilité un empire. Peut-on se battre pour le pouvoir des femmes en vendant du maquillage ? Elles le prouvent et renvoient à la morale les critiques sur la sexualisation de leur image.

Merci aux éditions Grasset pour l’envoi de ce livre.