Silo de Hugh Howey


Editions Le livre de poche – 740 pages

Littérature américaine

Dans un futur postapocalyptique indéterminé, quelques milliers de survivants ont établi une société dans un silo souterrain de 144 étages. Les règles de vie sont strictes. Pour avoir le droit de faire un enfant, les couples doivent s’inscrire à une loterie. Mais les tickets de naissance des uns ne sont redistribués qu’en fonction de la mort des autres.
Les citoyens qui enfreignent la loi sont envoyés en dehors du silo pour y trouver la mort au contact d’un air toxique. Ces condamnés doivent, avant de mourir, nettoyer à l’aide d’un chiffon de laine les capteurs qui retransmettent des images de mauvaise qualité du monde extérieur sur un grand écran, à l’intérieur du silo.
Ces images rappellent aux survivants que ce monde est assassin. Mais certains commencent à penser que les dirigeants de cette société enfouie mentent sur ce qui se passe réellement dehors et doutent des raisons qui ont conduit ce monde à la ruine.

MON AVIS :

Plongée dans les méandres d’un monde post-apocalyptique, Silo nous entraîne à la rencontre d’un peuple esclave de ses peurs et de son ignorance. Un voyage au coeur d’une quête, celle de la découverte et de la connaissance pour des personnages contraints, aux caractères souvent soumis. Un monde riche de détails, aux nombreux personnages, qui pèche souvent par défaut d’explications. Un roman parfois obscur, aux personnages peu charismatiques, qui désintéresse progressivement son lecteur à cause de descriptions souvent longues et sans intérêt.
Une oeuvre lente, qui s’étire inutilement et campe des personnages souvent stéréotypés aux réactions convenues, le tout porté par une écriture sans emphase…Dommage.

Juliette se sentait perdue dans ce vide entre deux portes, piégée dans ce sas rempli de tuyaux de couleurs vives qui jaillissaient des murs et du plafond, et où tout miroitait sous des linceuls de plastique.
Étouffé par son casque, le sifflement de l’argon insufflé dans la pièce lui parut lointain. Il l’informait que la fin était proche. Sous l’effet de la pression, le plastique se froissa contre le banc, les murs, enveloppa les tuyaux. Elle perçut la pression sur sa combinaison, comme une main invisible qui la serrait doucement.

Challenge au fil des saisons et des pages : 5/5

 

Get out de Jordan Peele


Film américain – 1h44

Avec Daniel Kaluuya, Allison Williams et Catherine Keener

Couple mixte, Chris et sa petite amie Rose filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy et Dean lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable.

MON AVIS :

Film d’horreur d’un nouveau genre, Get out se joue des clichés et donne, sur fond de racisme ambiant, une nouvelle forme au thriller psychologique.
Une oeuvre imaginative et sombre, qui, bien que souffrant parfois de quelques longueurs, incarne vraiment une nouvelle proposition pour le genre. Daniel Kaluuya est très convaincant en jeune homme conquis qui souhaite faire bonne figure tout en apportant son regard franc et aiguisé.
Une oeuvre réflexive, intelligente et à la mise en scène efficace qui marque par la qualité inventive de certaines scènes tout en proposant un discours véritablement innovant. En effet, au-delà d’une évocation du racisme, le réalisateur propose une véritable réflexion sur l’attrait de l’autre, inversant le regard et créant un climat d’osmose-répulsion intéressant.
Véritable fable horrifique, le dernier film de Jordan Peele sauva vous convaincre par une écriture habile et une narration renouvelée. Une redécouverte du genre, un peu comme avait pu le faire It Follows il y a quelques années. A découvrir !

-Bande annonce

Répercussions de Xavier Massé


Editions Is Edition – 192 pages
Littérature française

Kevin White est amnésique partiel et séquentiel depuis l’enfance. Pour résumer, chaque jour, à partir de 17 h jusqu’au réveil le lendemain matin, il ne se souvient absolument de rien. Pour pallier ce handicap particulièrement gênant, Kevin organise sa vie de façon méthodique : repères de temps, post-it, aides psychotechniques… Toute sa vie est minutée et organisée pour qu’il subisse le moins de préjudices possibles. Mais un jour, sa vie bascule. Kevin se réveille dans la salle des coffres d’une banque fédérale ! Trois millions de dollars ont disparu alors que les portes de la banque sont restées fermées toute la nuit et qu’il n’y a ni témoin, ni braqueur. Sans souvenir, il devient aux yeux des enquêteurs le suspect numéro 1 de ce casse pour le moins insolite. Mis en examen, Kevin va alors devoir remonter dans son passé pour découvrir la vérité sur cette histoire… et sur sa vie.

MON AVIS :

Thriller psychologique aux personnages multiples, Répercussions se joue de la mémoire de son protagoniste principal et entraîne le lecteur à sa suite, à la recherche des quelques heures fatidiques manquantes à son emploi du temps. L’écriture est résolument franche et directe, faisant de ce roman une oeuvre claire malgré une narration parfois alambiquée. Une véritable recherche narrative qui alterne retournements de situations et découvertes à plusieurs niveaux, portés par des personnages qui auraient peut-être mérité un développement plus prononcé.
Même si le lecteur pourra se douter assez vite des personnages impliqués, le roman reste facile à lire et son rythme, soutenu, intéressant.
Une oeuvre créative, bien que parfois saugrenue, qui séduira les amateurs du genre et les fans d’intrigues retorses. A découvrir.

En une fraction de seconde, sans réfléchir, j’avançai légèrement ma tête vers lui, le regardais sans me démonter et lui dis : « Et ma clope? » Je ne sais toujours pas pourquoi j’avais dit ça! J’avais une trouille immense, et la seule chose que je trouvais à lui dire, c’était « et ma clope? »! Il faut croire que le stress a le pouvoir de faire ressortir chez l’homme autant de courage que de stupidité. « Et ma clope? »… J’y crois pas, je démarre trop bien l’interrogatoire!

Un grand merci à Babelio et à IS Editions pour la découverte de ce roman !

Challenge nettoyage de printemps

L’ami du défunt d’Andreï Kourkov


Editions Points – 126 pages
Littérature ukrainienne

Un jeune traducteur au chômage, que sa femme vient de quitter, noie son chagrin dans des litres de thé, de café et de vodka. Le désespoir et l’alcool aidant, il décide de programmer sa propre mort et engage un tueur professionnel. Lorsqu’il reprend goût à la vie, il est trop tard : le tueur à gages est déjà à ses trousses… Mais, à Kiev, les solutions extrêmes peuvent prendre des détours inattendus !

MON AVIS :

L’histoire commence par une fin, celle que souhaite pour lui-même le narrateur. Une entrée en matière plutôt atypique qui marque immédiatement la singularité de ce petit récit. Une oeuvre à l’écriture fluide et aux personnages souvent étranges et impalpables, qui nous mène à travers les rues de Kiev à la rencontre de personnages souvent haut en couleurs.
Un fil conducteur initial qui s’avère assez rapidement rompu pour ancrer ses personnages dans une réalité quotidienne, entre ennui et désirs d’avancer. Un récit court sur le désir de vivre malgré la lassitude qui marque avec force l’importance de l’attente, de l’abattement et de la réflexion intrinsèque de ses personnages. Une oeuvre intéressante qui aurait cependant mérité une fin plus développée et moins abrupte. Un récit à l’humour décalé, entre désespoir et amour vibrant, qui se lit très facilement.

Je n’avais plus envie de mourir. Mon existence continuait, elle venait même d’acquérir un soupçon de sens que j’étais seul à percevoir. J’étais devenu libre de mes choix et celui que j’avais fait deux semaines plus tôt ne me convenait plus. Je voulais vivre.

-Challenge nettoyage de printemps

Tour B2 mon amour de Pierre Bottero


Editions Flammarion Jeunesse – 156 pages

Littérature française

-Je vous amène la nouvelle élève. Silence total.
Tristan avait une drôle de boule nouée à l’intérieur du ventre.
Une boule faite d’un sentiment étrange qu’il n’avait pas envie d’analyser.
Pas encore.
Dans la rue de Vienne où se dresse la tour B2, un premier amour s’écrit sur le béton.

MON AVIS :

C’est un récit touchant et souvent juste dans sa description des sentiments que nous propose Pierre Bottero dans ce joli roman jeunesse. Une rencontre atypique, poétique et humaine, entre deux êtres que tout oppose. Même si le thème semble convenu, la plume de Pierre Bottero, claire et délicate, nous transporte avec tendresse à la rencontre de ces deux jeunes que tout oppose.
Une rencontre au-delà des préjugés, dans un environnement difficile, où le paraître compte bien plus que le sentiment réel et où le groupe s’impose comme un rempart contre l’isolement.
Une oeuvre qui parle de tolérance, d’acceptation et de la naissance du sentiment amoureux avec bienveillance et délicatesse. Un joli roman jeunesse, idéal pour les plus jeunes.

Le coup d’éclat de Tristan avait ouvert une porte en lui. Clélia s’était glissée à l’intérieur. Elle s’était installée dans ses pensées, ses actes et ses rêves. Sans difficultés, sans heurts, comme quelqu’un qui, revenant de chez lui après une longue absence, retrouve sa maison, ses meubles et ses habitudes. Les murs qu’il avait dressé pour se protéger du regard des autres s’étaient effondrés, il n’en restait que quelques ruines éparses que le sourire de Clélia était en train de transformer en poussière.

Merci aux éditions Flammarion jeunesse pour la découverte de ce roman !

Challenge nettoyage de printemps

La porte des Enfers de Laurent Gaudé


Editions Actes Sud – 268 pages

Littérature française

Au lendemain d’une fusillade à Naples, Matteo voit s’effondrer toute raison d’être. Son petit garçon est mort. Sa femme, Giuliana, disparaît. Lui-même s’enfonce dans la solitude et, nuit après nuit, à bord de son taxi vide, parcourt sans raison les rues de la ville.
Mais, un soir, il laisse monter en voiture une cliente étrange qui, pour paiement de sa course, lui offre à boire dans un minuscule café. Matteo y fera la connaissance du patron, Garibaldo, de l’impénitent curé don Mazerotti, et surtout du professeur Provolone, personnage haut en couleur, aussi érudit que sulfureux, qui tient d’étranges discours sur la réalité des Enfers. Et qui prétend qu’on peut y descendre…

MON AVIS :

Récit d’une perte familiale meurtrière, La porte des Enfers évoque aussi la fuite, l’attente, la solitude, la colère et la déliquescence des liens familiaux. Une oeuvre forte, portée par une écriture fluide, qui évoque avec beaucoup de force imaginaire, la réalité des Enfers. D’un enfer terrestre palpable et contagieux, le personnage principal se perd dans les méandres d’un Enfer mythique où se côtoient les ombres et où périssent les âmes.
La vision de cet Enfer est d’un réalisme terrible, mettant en scène des images d’une grande force visuelle. L’auteur nous livre ici sa vision de l’Enfer et des Tourments des morts, entre terreur et fascination. Un récit très imagé qui perd cependant un peu de sa force narrative à la fin… Plus conventionnelle et attendue. L’ensemble reste néanmoins puissant et recherché. Une oeuvre riche et souvent percutante.

Parce que c’est vrai.. La société d’aujourd’hui, rationaliste et sèche, ne jure que par l’imperméabilité de toute frontière mais il n’y a rien de plus faux… On n’est pas mort ou vivant. En aucune manière… C’est infiniment plus compliqué. Tout se confond et se superpose… Les Anciens le savaient… Le monde des vivants et celui des morts se chevauchent. Il existe des ponts, des intersections, des zones troubles… Nous avons simplement désapprit à le voir et à le sentir…


« Tout ça, ce sont des histoires pour enfants, dit Matteo en regardant le sol avec dureté. Les morts ne remontent pas, Professore.
-Non, effectivement, répondit le Professore avec un calme égal. Mais vous pouvez descendre, vous. »
Matteo le regarda avec stupeur. Il fut sur le point de lui demander « Où ? » Mais il ne le fit pas. Au fond de lui, il savait qu’il avait bien compris. Descendre là-bas. Aux Enfers. C’est ce que voulait dire le Professore. Pourquoi, à cet instant, n’éclata-t-il pas de rire, ou ne s’offusqua-t-il pas de cette mauvaise plaisanterie ? »

-Challenge nettoyage de printemps

Bilan – Mai 2017


4 FILMS

Je ne suis pas votre nègre de Raoul Peck (2017) – 7/10
– Des juges et des enfants de Cyril Denvers (2017) – 6/10
– The Duchess de Saul Dibb (2008) – 6,5/10
– Les incorruptibles de Brian De Palma (1987) – 7,5/10

8 LIVRES

Croire au merveilleux de Christophe Ono-Dit-Biot – 234 pages – 6/10
Piégés dans le train de l’enfer d’Hubert Ben Kemoun – 164 pages – 5,5/10
La Porte des Enfers de Laurent Gaudé – 268 pages – 7/10
Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig – 106 pages – 7,5/10
L’ami du défunt d’Andreï Kourkov – 126 pages – 6,5/10
Le revers de la plume de Corentine Rebaudet – 316 pages – 6/10
Eva de Simon Liberati – 222 pages – 5/10
Tour B2 mon amour de Pierre Bottero – 156 pages – 7/10

Total pages : 1592 pages

3 SÉRIES (SAISONS)

– Dix pour cent, saison 2 – 7/10
– Under the Dome, saison 1 – 6,5/10
– Sense8, saison 2 – 8,5/10

Challenge au fil des saisons et des pages (Fin 20/09/17)

Quand le soleil pointe son nez… 4/5
Date : du 20 Mars 2017 au 19 Juin 2017

Thèmes pour cette saison :
1. Lire un livre jeunesse : Nos étoiles contraires (John Green)
2. Lire un livre avec un prénom dans le titre : Et puis Paulette… (Barbara Constantine)
3. Lire un livre emprunté
4. JARRE : Tirer au sort un roman qui doit sortir de sa PAL cette année : 3/4 – La fin de l’histoire (Luis Sepulveda)
5. Lire un livre abandonné par quelqu’un de son entourage : Le parfum (Patrick Süskind)

Challenge Nettoyage de printemps 2017 (Du 20/03/2017 au 20/06/2017)
Lire des livres qui comportent entre 73 et 349 pages

1-La fin de l’histoire de Luis Sepulveda – 200 pages
2-L’école en prison, une porte de sortie de Cécile De Ram & Sylvie Paré – 184 pages
3-Et puis, Paulette… de Barbara Constantine – 274 pages
4-Le sabotage amoureux d’Amélie Nothomb – 124 pages
5-Nos étoiles contraires de John Green – 328 pages
6-Le parfum de Patrick Süskind – 280 pages
7-Le coeur d’une autre de Tatiana de Rosnay – 282 pages
8-Croire au merveilleux de Christophe Ono-Dit-Biot – 234 pages
9-Piégés dans le train de l’enfer d’Hubert Ben Kemoun – 164 pages
10-La Porte des Enfers de Laurent Gaudé – 268 pages
11-Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig – 106 pages
12-L’ami du défunt d’Andreï Kourkov – 126 pages
13-Le revers de la plume de Corentine Rebaudet – 316 pages
14-Eva de Simon Liberati – 222 pages
15-Tour B2 mon amour de Pierre Bottero – 156 pages

Total : 3264 pages

Le revers de la plume de Corentine Rebaudet


Editions Amazone – 316 pages
Littérature française

Astrid d’Orléac, jeune écrivain à succès, est plus connue sous le pseudonyme de Rebecca Wagner. Adorée de son lectorat, qu’elle méprise, elle lui offre des histoires érotiques dans lesquelles elle ne s’est jamais reconnue. Ne supportant plus cette popularité qui n’est pas la sienne, elle aspire à un renouveau littéraire lui correspondant davantage. Mais comment faire taire Rebecca dans le troublant jeu de séduction qui s’installe avec le charmant Marc Lamartine ? Qui est vraiment Astrid ? Et si les tourments de la romancière trouvaient leur origine dans un lourd passé familial ?

MON AVIS :

Premier roman de Corentine Rebaudet, Le revers de la plume joue sur les doubles. De la jeune Astrid façonnée à l’image de sa poupée – Rebecca – à l’Astrid adulte, impalpable écrivain déçu de ses oeuvres qui écrit sous un pseudonyme, l’oeuvre de Corentine Rebaudet se joue des parallèles et des rapprochements. Un roman à l’écriture soignée, parfois clinique, qui découvre des personnages troubles et psychologiquement instables.
Une oeuvre aux personnages souvent calculateurs, difficiles à apprécier, qui auraient peut-être mérité d’être davantage nuancés. L’histoire romancée entre Astrid et Marc, déséquilibrée dans la place qu’elle occupe dans le roman, révèle au final le tempérament d’Astrid mais laisse le soin au lecteur de se faire son propre avis. Un roman psychologique, aux personnages volontairement froids qui alterne, parfois en déstabilisant le lecteur, les points de vue. Malgré quelques annonces abruptes, l’ensemble est fluide et propose une vision particulièrement clinique des rapports humains. Un premier roman soigné, qui propose une véritable histoire construite, entre réalité et fiction littéraire.

Je tiens à remercier Corentine du blog Unfilalapage qui a eu la gentillesse de me faire découvrir son premier roman et qui m’a accordé sa confiance.

Elle rêvait d’une oeuvre majeure dans laquelle son véritable talent d’écrivain serait applaudi. Elle n’avait jamais douté de la plume délicate tenue par l’artiste sommeillant en elle, un animal de cirque privé de son milieu naturel et destiné au seul divertissement. Elle avait l’impression d’écraser davantage ce don chaque jour,de ne l’exploiter que de manière vulgaire, de lui faire honte même.


Elle n’existait qu’à travers le regard de l’écrivain. Il lui avait permis de traverser son enfance et son adolescence de manière détachée. Il était alors son unique protection, que jamais personne ne lui ôterait. Elle se l’était juré. Une promesse faite à cette petite fille d’alors, malmenée et dont la parole n’avait aucun poids, condamnée au silence, à une stricte obéissance abrutie. Un pacte à travers les années, entre un passé révolu mais vivace et u futur en pointillés, sous forme d’attente.

-Challenge nettoyage de printemps

Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig


Editions Stock – 106 pages

Littérature autrichienne

Un amour total, passionnel, désintéressé, tapi dans l’ombre, n’attendant rien en retour que de pouvoir le confesser. Une blessure vive, la perte d’un enfant, symbole de cet amour que le temps n’a su effacer ni entamer. Une déclaration fanatique, fiévreuse, pleine de tendresse et de folie. La voix d’une femme qui se meurt doucement, sans s’apitoyer sur elle-même, tout entière tournée vers celui qu’elle admire plus que tout.

MON AVIS :

Toute la puissance et la délicatesse de l’écriture de Stefan Zweig s’expriment dans cette courte nouvelle. Jamais récit sur l’amour pur et non réciproque n’aura trouvé écrin plus beau que les pages de ce roman, capable de la plus brutale confession, enrobée dans la plus tendre et fine écriture.
Une passion riche et cruelle, qui scintille comme une pierre précieuse au fond de l’eau, d’une luminosité subtile et impalpable. Un petit bijou narratif qui évoque avec beaucoup de réalisme et une délicate nostalgie, un sentiment amoureux d’une grande puissance.
Une oeuvre qui porte en elle une triomphale partition amoureuse, un chemin sans retour à travers la confession d’un coeur meurtri, l’amour pur et désintéressé d’une femme inconnue pour un homme qu’elle n’aura eu de cesse de rechercher.
Stefan Zweig livre en quelques pages une oeuvre d’une grande richesse qui ne conserve que l’essentiel : le sentiment fugace d’une lumière dans un brouillard quotidien.

C’est à toi seul que je veux m’adresser ; c’est à toi que, pour la première fois, je dirai tout ; tu connaîtras toute ma vie, qui a toujours été à toi et dont tu n’as jamais rien su. Mais tu ne connaîtras mon secret que lorsque je serai morte, quand tu n’auras plus à me répondre. Quand ce qui maintenant fait passer dans mes membres à la fois tant de glace et tant de feu m’aura définitivement emportée.


Ce n’est que quand je serai morte que tu recevras ce testament, d’une femme qui t’a plus aimé que toutes les autres, et que tu n’as jamais reconnue, d’une femme qui n’a jamais cessé de t’attendre et que tu n’as jamais appelée.

– Challenge nettoyage de printemps

Citoyen d’honneur de Gastón Duprat et Mariano Cohn


Film argentin – 1 h 57

Avec Oscar Martinez, Dady Brieva et Andrea Frigerio

L’Argentin Daniel Mantovani, lauréat du Prix Nobel de littérature, vit en Europe depuis plus de trente ans. Alors qu’il refuse systématiquement les multiples sollicitations dont il est l’objet, il décide d’accepter l’invitation reçue de sa petite ville natale qui souhaite le faire citoyen d’honneur. Mais est-ce vraiment une bonne idée de revenir à Salas dont les habitants sont devenus à leur insu les personnages de ses romans ?

MON AVIS :

En oscillant toujours entre la comédie, le drame et l’absurde, Citoyen d’honneur met en lumière les dérives d’une société en quête de reconnaissance. La venue d’un célèbre écrivain, originaire du village, exacerbe les tensions et révèle la véritable nature des villageois, certains obnubilés par la gloire, d’autres jaloux de ses conséquences.
Une succession de scènes souvent décalées peuplées de personnages haut en couleur et de situations souvent grinçantes font de ce film une oeuvre étonnante et décalée.
Un récit qui va à la rencontre de personnages un peu fous mais toujours avec humour et auto-dérision, une plongée dans une argentine authentique, entre fiction et réel, mensonges et réalité.

-Bande annonce