Les enquêtes d’Enola Holmes – Tome 1 – La double disparition de Nancy Springer


Editions Nathan Poche – 264 pages
Littérature américaine

S’il est une chose que j’aimerais savoir, c’est pourquoi ma mère m’a nommée « Enola ».
Enola qui, à l’envers, se lit : alone. En anglais : seule. Et c’est bel et bien seule que je me suis retrouvée le jour de mes quatorze ans, ma mère ayant disparu de notre manoir de façon inexpliquée. J’ai alors été contrainte d’en informer mes frères aînés que je n’avais pas revus depuis dix ans – Mycroft et Sherlock Holmes. Or ce n’était pas eux qui allaient m’être d’un grand secours. Jugeant que mon éducation laissait à désirer, Mycroft n’avait qu’une idée : m’expédier en pension pour faire de moi une lady.

MON AVIS :

Récit jeunesse alliant roman policier et oeuvre d’aventure, le premier tome des aventures d’Enola Holmes est prometteur à bien des égards. La sympathique héroïne, soeurs des célèbres Sherlock et Mycroft Holmes, a plus d’un tour dans son sac pour tenter de retrouver sa mère disparue. Une aventure féminine et féministe qui nous présente une héroïne déterminée en quête d’indépendance et qui n’hésite pas à s’affranchir des codes de l’époque pour les détourner à son avantage. Un roman à l’écriture simple et à la narration plutôt rythmée pour une oeuvre jeunesse sympathique.

Mycroft se concentra sur son assiette. Sherlock se mit à pianoter sur la nappe amidonnée, fripant sa dentelle.
« Nous élaborons une hypothèse, lâcha-t-il enfin.
-Ah, et laquelle ? »
Nouveau silence. Je revins à la charge : « Ai-je des chances de revoir Mère – ou aucune ? » »

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Les piliers de la terre de Ken Follett


Editions Le livre de poche – 1050 pages

Littérature britannique

Dans l’Angleterre du XIIème siècle ravagée par la guerre et la famine, des êtres luttent chacun à leur manière pour s’assurer le pouvoir, la gloire, la sainteté, l’amour, ou simplement de quoi survivre. Les batailles sont féroces, les hasards prodigieux, la nature cruelle. Les fresques se peignent à coups d’épée, les destins se taillent à coups de hache et les cathédrales se bâtissent à coups de miracles… et de saintes ruses. La haine règne, mais l’amour aussi, malmené constamment, blessé parfois, mais vainqueur enfin quand un Dieu, à la vérité souvent trop distrait, consent à se laisser toucher par la foi des hommes.

MON AVIS :

Oeuvre fleuve qui revient sur le destin de plusieurs générations, Les piliers de la terre évoque la grandeur, la décadence et la démesure. Celles que souhaite laisser l’homme sur terre, pour son image, le rachat de son âme après la mort ou simplement par foi en l’avenir.
La cathédrale de Kingston s’avère rapidement être un révélateur et un catalyseur des tensions et des désirs humains où convergent les âmes. Du jeune orphelin élevé par des prêtres devenu prieur de Kingston, au jeune maçon qui souhaitait devenir maître d’oeuvre jusqu’aux nobles avides de destruction, ce roman impressionne par sa maitrise des détails. Des êtres aux destins tentaculaires, liés entre eux par leurs ambitions autant que par leurs rôles au sein de la société qui surprend autant qu’il fascine. Une belle découverte à l’écriture fluide et simple pour un roman d’une grande densité.

Alfred détestait Jack. C’était pour celui-ci une expérience nouvelle. Sa mère l’avait toujours aimé et il n’avait jamais connu personne d’autre. Il n’y avait aucune raison apparente à l’hostilité d’Alfred. Il semblait avoir les mêmes sentiments pour Martha. Il ne cessait de la pincer, de lui tirer les cheveux, de lui faire des croche-pieds et il saisissait chaque occasion de l’embêter. La mère de Jack voyait bien ce qui et désapprouvait, mais le père d’Alfred semblait trouver cette attitude parfaitement normale, bien qu’il fût lui-même un homme bon et doux qui de toute évidence aimait Martha.

Wanderlandz de Valérian MacRabbit


Editions Carnets d’Askalie – 164 pages
Littérature française

A mi-chemin entre le récit de voyage et le roman d’aventure, « Wanderlandz » revient sur le tour du monde entamé par l’auteur en 2016. Le texte prend l’allure d’une déambulation poétique, d’une invitation au vagabondage et à la fugacité, ou peut-être encore d’un étrange jeu de piste aux confins de la réalité et de la fiction.

MON AVIS :

Récit d’une errance poétique, Wanderlandz s’apparente à une promenade immersive et irréelle aux confins du monde. Un voyage à travers le monde, fait de rencontres, d’expériences et de musicalité. C’est en effet au son de jolies notes que l’auteur nous convie à cet étonnant voyage, entre réalités et illusions (perdues), découvertes colorées et rencontres sincères. Un voyage poétique et philosophique à travers le monde, à la rencontre de cultures et d’univers colorés. Une oeuvre délicate qui oscille toujours entre réalité et merveilleux, une invitation au voyage, entre douceur et enchantement.

Le soir suivant à la même heure, après une belle journée d’exploration, à la rencontre des otaries et des grands requins blancs, nous nous arrêtons sur le bord de la route. Le coucher de soleil est grandiose, un ciel comme il n’y en a qu’en Afrique. Comme dans une peinture impressionniste, tout un camaïeu de bleus s’associe aux nuages et à la vapeur de l’océan pour donner naissance à une fascinante érubescence. Et je me dis que c’est dans ce violent assemblage de couleurs, sur la terre comme dans le ciel, que s’affirme la monstrueuse magie du pays.

Retrouvez mon avis sur la précédente oeuvre de l’auteur – Bâton de réglisse
Si vous souhaitez en savoir plus sur son univers (notamment musical), n’hésitez pas à cliquer ici ou ici

Malavita de Tonino Benacquista


Editions Gallimard – 316 pages
Littérature française

Une famille d’Américains s’installe à Cholong-sur-Avre, en Normandie. Fred, le père, se prétend écrivain et prépare un livre sur le Débarquement. Maggie, la mère, est bénévole dans une association caritative et se surpasse dans la préparation des barbecues. Belle, la fille, fait honneur à son prénom. Warren enfin a su se rendre indispensable pour tout et auprès de tous. Une famille apparemment comme les autres, en somme.
Une chose est sûre, s’ils emménagent dans votre quartier, fuyez sans vous retourner…

MON AVIS :

A travers le récit d’une famille hors norme, Tonino Benacquista dresse le portrait d’une génération en proie aux doutes et au repentir. Un nouveau départ pour cette famille atypique aux personnages volontairement marqués et aux méthodes expéditives.
Avec humour et légèreté, l’auteur évoque le quotidien d’une famille déracinée en proie à une constante remise en question. Mais si les péripéties de ces personnages hauts en couleur rythment agréablement le récit, leurs caractères s’avèrent rapidement stéréotypés et leurs personnages caricaturaux. Un récit finalement rocambolesque, qui plaira peut-être aux amateurs de burlesque et de situations absurdes mais qui n’est jamais parvenu à me faire apprécier les personnages comme des êtres nuancés et attachants.

– Si c’est la seule solution, je veux aller en Italie.
– Pas question.
– Notre exil prendrait un vrai sens, sinon il n’en a aucun. Laissez-moi connaitre ma terre d’origine, je n ‘y suis jamais allé. Je l’ai promis à Livia au premier jour de notre mariage. Ses grands-parents étaient de Caserte, les miens de Ginostra. On dit que c’est le plus bel endroit du monde.
– En Sicile ? Bonne idée ! Autant vous promener dans les rues de Little Italy en portant une pancarte avec marqué : CETTE FIOTTE DE DON MIMINO S’ECLATE EN TAULE.
– Laissez-moi connaitre l’Italie avant de crever.
– Si je vous débarque en Sicile, en moins de dix minutes vous êtes transformé en Spezzatini. Pensez aux vôtres.
– …

Bilan – Août 2018

5 FILMS

– Gaga : Five foot two de Chris Moukarbel (2017) – 7/10
The guilty de Gustav Möller (2018) – 7,5/10
– Agents très spéciaux – code U.N.C.L.E. (2015) de Guy Ritchie (2015) – 6,5/10
– A la recherche de Vivian Maier de John Maloof et Charlie Siskel (2013) – 6,5/10
– Les nouveaux sauvages de Damián Szifron (2014) – 6,5/10

4 LIVRES

Les héritières de Rome de Kate Quinn (440 pages) – 5,5/10
Malavita de Tonino Benacquista (316 pages) – 6/10
Sac d’os de Stephen King (726 pages) – 9/10
Wanderlandz de Valérian MacRabbit (164 pages) – 6,5/10

Total pages : 1646 pages

Après le tremblement de terre de Haruki Murakami


Editions 10/18 – 158 pages
Littérature japonaise

Japon, 1995. Un terrible tremblement de terre survient à Kobe. Cette catastrophe, comme un écho des séismes intérieurs de chacun, est le lien qui unit les personnages de tous âges, de toutes conditions, toujours attachants, décrits ici par Haruki Murakami. Qu’advient-il d’eux, après le chaos ? Séparations, retrouvailles, découverte de soi, prise de conscience de la nécessité de vivre dans l’instant. Les réactions sont diverses, imprévisibles, parfois burlesques… Reste que l’art de Murakami est de montrer, avec modernité et délicatesse, la part d’ombre existant derrière les choses et les êtres, invitant le lecteur à y déceler le reflet de ce qu’il porte en lui-même.

MON AVIS :

A travers six nouvelles, c’est toute une réflexion sur l’ombre que laisse planer une catastrophe de l’ampleur d’un tremblement de terre que mène Haruki Murakami. Avec subtilité et intelligence, il interroge ses personnages, leur égoïsme, leur rapport à leurs familles, leur pays, leur position sociale et leurs rapports aux autres. Le tremblement de terre devient dès lors un agitateur des émotions dans un pays qui les contient, pour mieux mettre en valeur l’écho qu’il transporte. Une oeuvre qui oscille entre émotion, absurde et dérision pour un recueil de nouvelles à l’écriture élégante et aux histoires délicates. Une plongée dans un Japon résolument moderne mais toujours victime de ses démons pour une oeuvre subtile et tendre.

-Tout de même, les tremblements de terre, c’est étrange. Nous sommes convaincus, intellectuellement, que le sol sous nos pieds est dur et stable. On dit même : « il a les pieds sur terre », pour parler d’une personne solide. Et pourtant un beau jour, soudain, on comprend que tout ça est faux : la terre, les rochers, qui devraient être stables, se tordent dans tous les sens, comme du liquide. C’est ce que j’ai entendu dire à la télévision. « Phénomène de liquéfaction ? » c’est bien comme ça qu’on dit ?


Junpei reprit l’avion, rentra à Tokyo, retourna à sa vie habituelle. Il n’alluma plus la télévision, ne lut pas les journaux. Quand on parlait du tremblement de terre, il se taisait. C’était l’écho d’un passé qu’i avait enterré il y avait trop longtemps. Il n’avait même pas remis les pieds dans cette ville depuis sa sortie de l’université. Pourtant, les scènes de dévastation entrevues sur l’écran de la télévision espagnole avaient ravivé une blessure profondément enfouie en lui. Cette catastrophe d’une ampleur inégalée, qui avait fait de nombreuses victimes, semblait avoir transformé tous les aspects de sa vie, sans bruit, mais de fond en comble. Junpei ressentait une profonde solitude, inconnue jusqu’alors. « Je n’ai pas de racines, se disait-il. Je ne suis relié à rien. »

Les héritières de Rome de Kate Quinn


Editions Pocket – 440 pages
Littérature américaine

En l’an 69, la splendeur de Rome appartient au passé, et tous se disputent les restes de l’Empire.
Surtout chez les Cornelii…
L’ambitieuse Cornelia s’imagine déjà à sa tête : l’empereur Galba a désigné son époux pour héritier. Et sa soeur, Marcella, passionnée d’histoire, a décidé qu’elle ne s’écrira pas sans elle. Mais un coup d’Etat meurtrier bouleverse leurs vies et laisse à Lollia, leur cousine, l’occasion de tirer son épingle du jeu – sa petite soeur Diane préférant les courses de char à l’agitation politique.
L’histoire est lancée au galop et emporte les quatre héritières. A la fin, il n’y aura cependant qu’un seul empereur… et qu’une seule impératrice…

MON AVIS :

Après avoir découvert L’impératrice des sept collines de Kate Quinn, Les héritières de Rome reprend les aventures de quatre femmes unies par la démesure de leurs destins. Une oeuvre ambitieuse, bien que fantaisiste, qui fait la part belle à l’imaginaire et à la stratégie.
Mais si les ingrédients de ses précédentes oeuvres semblent ici réunis, Kate Quinn ne parvient jamais à intéresser parfaitement le lecteur. Les destins des quatre héroïnes semblent en effet se superposer et s’enrichir mutuellement sans jamais parvenir à composer une intrigue forte. Des ambitions, des complots et des trahisons qui auraient pu rendre cette lecture attrayante mais sans parvenir à rendre ses personnages attachants.
Si l’écriture reste claire, la multitude de personnages et les ressorts cycliques de la narration ne parviennent jamais parfaitement à contenter le lecteur. Dommage.

Cornelia observa sa soeur, aussi immobile qu’une statue, un peigne à la main et un sourire discret aux lèvres. Diane n’avait pas terminé toutefois.
-Tous ces échanges… Avec des sénateurs qui sont passés du camp de Vitellius à celui de Vespalien. Avec des prêteurs, passés d’Othon à Vitellius. Et des gouverneurs, passés de Galba à Othon. Et aujourd’hui, Domitien se retrouve dans ton lit.
-Diane, commença Cornelia, que cherches-tu à…
-Tu n’as pas menti en disant que tu n’écrivais plus d’histoires, n’est-ce pas ? C’est bien trop vain en effet. A présent, c’est l’histoire que tu écris.

The guilty de Gustav Möller


Film danois – 1 h 25

Avec Jakob Cedergren, Jakob Ulrik Lohmann et Laura Bro

Une femme, victime d’un kidnapping, contacte les urgences de la police. La ligne est coupée brutalement. Pour la retrouver, le policier qui a reçu l’appel ne peut compter que sur son intuition, son imagination et son téléphone.

MON AVIS :

Premier long métrage de Gustav Möller, The guilty fait le difficile pari du huis clos. A travers une mise en scène stupéfiante, principalement axée sur son personnage central, un jeune policier au passé trouble, l’oeuvre surprend par la maitrise de son réalisateur, la richesse de ses dialogues et le travail du son. Une oeuvre au scénario recherché, qui parvient toujours à conserver un rythme haletant. Un film captivant qui parvient à susciter empathie, malaise et consternation.
Une expérience immersive d’une grande puissance imaginaire et qui, même si le spectateur parvient à déceler parfois quelques éléments scénaristiques, n’en reste pas moins d’une grande qualité narrative. A découvrir !

Bande annonce

Quatre soeurs T. 2 – Hortense de Malika Ferdjoukh


Editions L’école des loisirs – 192 pages
Littérature française

Hortense, sur SA falaise, tient SON journal intime.
Elle y raconte combien c’est dur d’être 1 sur 5, une parmi la multitude, surtout quand cette multitude est composée de :
– Charlie qui veut tout réparer à la Vill’Hervé et regarder à la dépense au lieu d’épouser Basile le docteur, de vivre à ses crochets et de fêter Noël au foie gras.
– Geneviève qui ment alors qu’elle ne ment jamais.
– Bettina qui est odieuse avec les êtres les plus sensibles de l’univers, à savoir : elle, Hortense, et Merlin Gillespie, le livreur magicien de Nanouk Surgelés, très, très laid à l’extérieur, mais si, si beau à l’intérieur.
– Et Enid qui a des conversations à bâtons rompus avec son ami Gnome de la Chasse d’eau.
Hortense se demande ce qu’elle va devenir. Architecte de monuments éternels ? Zuleika Lester, du feuilleton Cooper Lane ? Chirurgienne de maladies incurables ? Et si c’était comédienne ? Une idée folle, complètement Saint-Pierre-et-Miquelon, comme dirait Muguette, la locataire malade de la maison voisine.
Hortense sait que pour devenir comédienne, il faut une présence, une voix, de la mémoire, mais surtout de l’entraînement. Alors elle referme SON journal, elle quitte SA falaise, et elle fonce.

MON AVIS :

C’est avec beaucoup de plaisir que nous retrouvons les (5) soeurs de la Vill’Hervé. Ici, la narration est davantage axée sur Bettina et Hortense, deux soeurs aussi colorées que pétillantes.
Un récit axé sur l’apprentissage, celui de l’amour de soi et des autres, celui du dépassement des préjugés pour avancer. Bettina et Hortense montreront dans ce deuxième tome qu’elles pourront dépasser leurs propres schémas de pensée pour évoluer, ce qui leur donne une épaisseur bienvenue. Des personnages toujours aussi attachants, portés par une écriture vive et des dialogues souvent drôles. Une plongée délicate dans une famille toujours atypique, un vrai plaisir de lecture !

Enid tritura son bonnet.
-Ca tire les cheveux, j’en veux pas.
-Tu vas avoir tes allergies aux oreilles.
-J’en veux pas. Enlève-moi-le.
-On dit : enlève-le-moi. Et, non, je ne l’enlève pas.
-Tu n’es pas ma grande soeur.
-Hélas si.
-Non, non, non, tu n’es pas ma grande soeur se mit à chantonner Enid. Moi, ma grande soeur, MA VRAIE GRANDE SOEUR, elle est très très très gentille.
-Eh bien, on est d’accord : c’est moi.


Mais Bettina aurait pu s’accommoder de tout ça, passer l’après-midi tranquille… si une question n’avait cessé de la tarauder.
Cette question était la suivante : comment en finir avec ce remords qui la bouffait comme une méchante rouille depuis qu’elle avait laissé Merlin en plan au cinéma ?

Une odeur de gingembre d’Oswald Wynd


Editions Le livre de poche – 380 pages
Littérature écossaise

En 1903, une jeune Ecossaise, Mary Mackenzie, embarque pour la Chine où elle doit épouser son fiancé, attaché militaire britannique. Fascinée par la vie à Pékin au lendemain de la Révolte des Boxers, Mary affiche une curiosité d’esprit rapidement désapprouvée par la communauté européenne. Une liaison avec un officier japonais, la mettra définitivement au ban de la société et scellera son destin. Une odeur de gingembre est le passionnant récit de sa survie dans une culture totalement étrangère, à laquelle elle réussira à s’intégrer grâce à son courage et à son intelligence.

MON AVIS :

Récit d’une destinée hors norme, Une odeur de gingembre surprend par sa narration vive et son héroïne singulière. En donnant la parole à une femme, exilée et contrainte de survivre face à une culture très éloignée de la sienne, Oswald Wynd s’impose résolument comme un auteur avant-gardiste. Mary apparait bien naïve au début du récit, ce qui empreint le roman de certaines longueurs difficiles, mais le destin singulier de la jeune femme prend bientôt le pas et offre au lecteur de très nombreux rebondissements. Difficile dès lors de ne pas être happé par l’histoire hors norme de cette jeune écossaise, déracinée mais curieuse de tout qui n’aura de cesse de reconstruire ce que le destin aura, pour elle, défait. Mary Mackenzie est une héroïne comme le lecteur curieux aime en côtoyer : courageuse, opiniâtre, intuitive, passionnée.
Une jeune femme très en avance sur son temps qui invite le lecteur à reconsidérer, à ses côtés, la notion d’acquis et d’expérience.

Pourquoi faut-il que nous prenions des décisions aussi graves pour notre vie entière quand nous sommes trop jeunes pour savoir ce que nous faisons ? Les grandes fautes vous pèsent sur la nuque et on doit les supporter pour toujours.


Quand je me risque à penser à l’avenir, je ne vois rien. Cela n’avait encore jamais été le cas, même lorsque je ne savais pas ce qui allait m’arriver, je pouvais au moins supposer quelque chose. Je pouvais imaginer un tableau quelconque pour occuper cet espace vide sur le mur que j’avais devant moi, mais là, je n’y arrive pas. Ce mur reste désespérément vierge. J’ai rêvé que je me dirigeais vers lui, que je le touchais et qu’il se dissolvait comme la vapeur qui s’échappe d’une bouilloire fumante mais devant moi j’avais toujours un autre mur blanc et vide qui m’attendait et je savais pertinemment que si je m’en approchais et le touchais, il allait s’évaporer, lui aussi.