Barbara, roman de Julie Bonnie


Edition Grasset – 198 pages

Littérature française

Barbara est née Monique Serf. La chanteuse illustre est une création, une extension d’elle-même. Pendant des années, elle s’est cherchée, elle a tourné autour de son personnage. Pendant des années, la vie l’a propulsée sur scène, jusqu’à ne lui laisser aucun choix.
De l’enfant juive cachée pendant la guerre à la création de la chanson Nantes, comment est-elle devenue Barbara ?

MON AVIS :

A travers une écriture sensible et douce, Julie Bonnie nous raconte Barbara, celle qu’elle imagine, s’approprie, réinvente ou raconte fidèlement. Toujours sensible, délicate, forte et déterminée, le visage de la jeune chanteuse se dévoile, entre désespoir, désillusions et combativité. Un portrait lumineux, délicatement dévoilé entre ombres et lumière. La vie de l’artiste est ici racontée avec délicatesse et poésie, malgré les difficultés.
On comprend dès lors le respect et l’admiration qu’inspire Barbara. De ses années de combats et d’errance, il reste des oeuvres majeures, délicates et éternelles. A travers ses failles et ses doutes, Barbara se découvre sous la plume ciselée et sensible de Julie Bonnie, elle-même chanteuse. Une ode à l’amour et à la combativité pour un portrait délicat tout en nuance qui érige cette belle figure de la chanson française, au rang d’immortelle des mots et des artistes éternels.

-Je serai pianiste, Grany, et je serai chanteuse.
Agitée, rapide sur ses grandes jambes maigres, elle sautille autour du mobilier, manque renverser la lampe, dérange le tapis.
L’aïeule, lasse, s’empare d’une feuille de papier qui traîne là, et dessine à la hâte une série de touches noires et blanches.
-Voilà ton piano. Tu joues et tu chantes. Au boulot maintenant.
L’enfant reste bouche bée. Un piano. De papier, certes mais un piano.

Challenge au fil des saisons et des pages : 5/5

Je tiens à remercier très sincèrement les éditions Grasset et Julie Bonnie qui ont eu la gentillesse de me faire découvrir ce si joli roman.

 

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Série – 3 x Manon / Manon, 20 ans


Série de Jean-Xavier de Lestrade
2 saisons (terminée) – Arte (Facebook/site)
Sortie DVD le 30 mai 2017

-Saison 1 – 3 x Manon : 3 épisodes
-Saison 2 – Manon, 20 ans : 3 épisodes

SYNOPSIS :

3 x Manon :
Le destin de Manon, 15 ans, avant son jugement définitif, après avoir tenté de poignarder sa mère. Durant six mois, la vie de l’adolescente, enfermée dans un centre spécialisé, peut basculer au gré des rencontres. Choisira-t-elle de se repentir ? Ou au contraire se laissera-t-elle happer dans un engrenage infernal ?

Manon, 20 ans :
Dorénavant loin du Centre d’éducation fermé, Manon, âgée aujourd’hui de 20 ans, a un BTS de mécanique en poche et un compagnon. Elle essaie de se conformer à une vie sociale apaisée. Entre le travail et l’amour, Manon espère, fonce, se trompe, réussit, flanche, résiste toujours avec sa force de vie puissante, une violence aussi qui menace de jaillir quand les injustices sont trop fortes…

MON AVIS :

1-Une histoire réaliste

3 x Manon raconte, avec force et humanité, le combat d’une jeune adolescente contre sa propre violence et ses démons intérieurs. Une bataille de tous les instants qui a le mérite de mettre en lumière le travail réalisé en centre éducatif fermé par les éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse, les psychologues et les enseignants.
Une histoire réaliste qui évoque, au-delà du mal être adolescent, les liens souvent conflictuels qui se nouent entre eux, le rapport à l’autorité mais surtout l’extrême sensibilité de ces jeunes confrontés à une très grande violence. L’histoire est réaliste, terrible, poignante mais jamais caricaturale. Une recherche de vérité qu’avait déjà mis en lumière François-Xavier de Lestrade dans l’une de ses précédentes oeuvres, Un coupable idéal (à découvrir absolument !).

2-Manon : une interprétation nuancée

Alba Gaïa Bellugi, qui interprète Manon est époustouflante en adolescente révoltée comme en jeune femme qui tente de comprendre les codes du monde qui l’entoure. Avec intelligence et subtilité, sans jamais tomber dans la caricature de l’adolescente révoltée, les deux saisons de la série se complètent pour donner une profondeur au beau personnage de Manon. Toujours sensible, intelligente et percutante, Manon est une insoumise, aux règles et aux injustices.
Alba Gaïa Bellugi est d’un naturel renversant et d’une justesse de tous les instants. Elle n’incarne pas seulement Manon, elle lui donne corps, en fait une jeune femme sensible et entière.

3-Des personnages secondaires travaillés

Les personnages secondaires sont également impressionnants de réalisme : Marina Foïs sublime en mère fusionnelle instable, Alix Poisson plus que convaincante en professeur humaniste et Yannick Choirat, impressionnant en éducateur investit.
De la même façon, les jeunes filles présentes au centre éducatif fermé sont toutes incroyables de réalismes. Toutes ont leur personnalité, leurs pensées et interagissent avec Manon en fonction de leurs propres histoires et de leur regard au monde.
Tous les rôles convergent ainsi vers le visage enfantin au regard intelligent de Manon. De sa violence à ses amitiés, de sa solitude à sa révolte, cette série vaut avant tout pour son interprétation juste et réaliste.

4-Un apprentissage par le dialogue

De la violence physique à la verbalisation orale, Manon aura tout à apprendre et à découvrir. A travers la littérature et le théâtre, c’est en se réappropriant le langage qu’elle pourra se construire et s’incarner en tant que jeune femme unique.
Les dialogues, finement écrits, unissent comme un fil conducteur les deux saisons de cette mini-série. De la verbalisation de la colère à l’insuffisance des mots, 3 x Manon et Manon, 20 ans prouvent que le dialogue est au coeur du processus d’affirmation de soi et du rapport aux autres.

5-Un condensé d’émotions

Mais ce qui donne à cette série une saveur si particulière, c’est bien sûr l’émotion qui se dégage de chaque plan, l’intensité des regards et la justesse des sentiments.
Manon nous ressemble dans ses prises de position, ses attachements, ses rêves et ses désillusions mais en même temps, elle est unique, en ce qu’elle fait ses propres choix, se trompe, dérange, grandit.
Une construction essentiellement basée sur les émotions que ressent la jeune fille, entre tendresse, désillusion et reconstruction, elle en ressortira grandit et notre attachement aussi.

– 3 x Manon : Bande annonce
– Manon, 20 ans : Bande annonce

Je tiens à remercier Arte et Cinétrafic qui m’ont permis de découvrir cette très jolie série.
Retrouvez sur le site de Cinétrafic, d’autres séries (Genre : Série) et les derniers épisodes de séries diffusés.

Pourquoi j’ai mangé mon père de Roy Lewis

pourquoi j'ai mangé mon père
Editions Pocket – 192 pages

Littérature britannique

Ernest, un jeune homme préhistorique du Pléistocène moyen raconte les aventures de sa famille et en particulier de son père Édouard, féru de sciences et pétri d’idées généreuses. Pour échapper aux prédateurs de l’Afrique orientale, Édouard invente successivement le feu, les pointes durcies à la flamme, l’exogamie et l’arc. Seul l’oncle Vania voit cette débauche de progrès d’un mauvais œil et ne se prive pas de critiquer Édouard, en profitant toutefois de ses dernières trouvailles : si son cri de ralliement est « Back to the trees! », il le pousse volontiers auprès d’un foyer rassurant.
Le reste de sa famille est également inventif : la mère découvrira la cuisson des aliments alors que Ernest et ses frères se distingueront chacun à leur manière, tel William, qui tentera de domestiquer un chien, Alexandre qui à l’aide de morceaux de charbon dessinera des images contre les rochers ou encore Oswald qui poussera, en bon chasseur, la famille à la vie nomade.

MON AVIS :

Entre cocasseries et découvertes scientifiques de la plus haute importance pour l’espèce humaine, Pourquoi j’ai mangé mon père nous parle de l’évolution de l’homme et de ses nombreuses capacités d’adaptation. Des personnages hauts en couleur, des situations qui dégénèrent involontairement et toujours une bonne dose d’humour font de ce court roman pour adolescents une jolie découverte.
Mais ce sont surtout les personnages qui sont ici attachants : le père génial inventeur qui découvre le feu, la mère qui améliore subtilement le quotidien, un fils artiste qui écrit sur les murs et un autre pro-domestication des animaux sauvages… Tout cela opposé au discours très conservateur d’un grand oncle grincheux. C’est sans compter bien sûr sur la tête pensante du narrateur qui envisagera l’organisation de sa tribu. En opposant autocratie et démocratie, il tentera de donner la parole au plus grand nombre.
Un récit sympathique, porté par une écriture joyeusement piquante et des situations plutôt drôles, malgré une évolution volontairement condensée en quelques pages qui peut effectivement surprendre.

La caverne était occupée. Depuis longtemps huit ou dix ours et oursons y vivaient en famille. A présent, ils nous regardaient venir à eux, complètement médusés. A peine s »ils pouvaient en croire leurs yeux, de nous voir leur apporter nous-mêmes leur déjeuner à domicile. Puis père, tout d’un coup jeta des brandons enflammés. »

Challenge au fil des saisons et des pages : 4/5

Bilan – Août 2017


5 FILMS

-Rogue One : A Star Wars story de Gareth Edwards – 5,5/10
-Alien : Covenant de Ridley Scott (2017) – 4/10
-A girl at my door de July Jung (2014) – 6/10
-Quelques minutes après minuit de Juan Antonio Bayona (2017) – 8,5/10
-La chambre des officiers de François Dupeyron (2001) – 7/10

7 LIVRES

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie (686 pages) – 7/10
-Loulou de Grégoire Solotareff (36 pages) – 6/10
L’honneur d’une viking d’Anna Lyra (272 pages) – 6,5/10
Petit pays de Gaël Faye (218 pages) – 8/10
Pourquoi j’ai mangé mon père de Roy Lewis (192 pages) – 6/10
L’impératrice des sept collines de Kate Quinn (698 pages) – 8/10
Barbara, roman de Julie Bonnie (198 pages) – 7/10

Total pages : 2300 pages

Challenge au fil des saisons et des pages

Quand l’été apporte sa douce chaleur… 5/5 – TERMINE
Du 20 juin au 20 Septembre 2017

Thèmes pour cette saison :
1. Lire un livre de plus de 400 pages : Le comte de Monte-Cristo Tome 1 (Alexandre Dumas)
2. Lire un livre sorti durant l’été 2017 (20 juin au 20 septembre – broché ou poche) : Barbara, roman (Julie Bonnie)
3. Lire un livre acheté ou emprunté de suite : Americanah (Chimamanda Ngozi Adichie)
4. Tirer au sort un roman qui doit sortir de sa PAL cette année – 4/4 : Louise Amour (Christian Bobin)
5. Lire un livre avec du jaune sur la couverture : Pourquoi j’ai mangé mon père (Roy Lewis)

L’honneur d’une viking d’Anna Lyra


Editions Victoria – 246 pages
Littérature française

Îles des Orcades, IXe siècle.
Dans la chambre austère où elle se remet doucement de ses blessures, Inga couve une sombre colère. Comment son frère d’armes a-t-il pu s’en prendre à elle en pleine expédition ? Bien sûr, en tant que guerrière et fille illégitime du yarl, le chef viking, elle a toujours été la cible d’une certaine hostilité au sein du clan. Mais rien ne l’avait préparée à une telle trahison ! Laissée pour morte dans un monastère ennemi, elle a été miraculeusement recueillie par un Picte vivant parmi les moines. Un homme solitaire et ombrageux, étrangement intrigant, qui tient à présent sa vie entre ses mains. Inga ignore ce qu’il compte faire d’elle, mais une chose est sûre : dès qu’elle sera rétablie, elle trouvera un moyen de s’enfuir pour rejoindre son clan. Alors, elle réclamera justice !

MON AVIS :

Récit d’aventures où se mêlent habilement vengeance et romance, L’honneur d’une viking évoque avec intérêt les us et coutumes de ce peuple souvent méconnu. Une oeuvre savamment documentée où se mêlent descriptions des combats, évocation des traditions vikings et pictes, présence de femmes combattantes libres et une histoire d’amour plutôt convenue. Même si la romance est plus conventionnelle et les personnages souvent clichés (malgré un personnage féminin moins « secourable » que dans de nombreux autres romans du genre..) le livre vaut avant tout pour les recherches qu’a mené l’auteur sur les traditions vikings.
Une oeuvre à l’écriture plaisante et aux aventures sympathiques, idéale entre deux imposants romans, qui vaut avant tout pour son côté historique.

Par Tyr, protecteur des guerriers et des serments, je demande un combat immédiat pour laver l’affront qui m’a été fait, et pour rétablir mon honneur !

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

Editions Folio – 686 pages
Littérature nigériane

«En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire.»

Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Jeune et inexpérimentée, elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l’Amérique qui compte bien la rejoindre.
Mais comment rester soi lorsqu’on change de continent, lorsque soudainement la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés?

MON AVIS :

Portrait sombre d’une Amérique en proie à ses nombreux démons, racisme, discrimination, immigration, identité, Americanah dresse, grâce à l’écriture fine et féroce de Chimamanda Ngozi Adichie, le portrait sans concession de la belle Ifemelu et de son amour de toujours Obinze.
Une oeuvre aux multiples visages qui évoque avec force l’émancipation d’une femme en quête de savoir et la fin d’un rêve américain/européen pour de nombreux africains.
Un parcours semé d’embûches, porté par une écriture fluide d’une grande sensibilité qui fait de ce roman, une oeuvre émouvante qui, malgré quelques longueurs, s’avère souvent critique et riche d’enseignements. De la découverte d’un nouveau territoire aux désillusions qu’il engendre, les personnages toujours vifs et hauts en couleur de l’auteure n’auront de cesse de se battre pour leurs libertés et leurs idéaux. Une roman aux thèmes puissants et à l’écriture marquante. A découvrir !

Tu sais que ça a été le coup de foudre entre nous deux, dit-il.
-Entre nous deux ? C’est obligé ? pourquoi parles-tu à ma place ?
-Je me borne à rapporter un fait. Arrête de lutter.


Quand j’étais en première année à l’université, je racontais à un groupe d’amis que j’avais été élue la plus jolie fille à l’école au Nigéria. Tu te souviens ? Je n’aurais jamais dû gagner. C’est Zainab qui aurait dû gagner. C’était uniquement parce que j’étais métisse. C’est encore pire ici. Il y a des trucs que vous disent les blancs que je ne supporte pas. Mais quoi qu’il en soit, comme je leur disais que chez moi tous les garçons me couraient après parce que j’étais métisse, ils ont répliqué que je me dévalorisais. Alors maintenant je dis biraciale, et je suis censée me sentir insultée quand quelqu’un dit métisse.

Challenge au fil des saisons et des pages : 3/5

Série – The leftovers

Série de Damon Lindelof et Tom Perrotta
3 saisons (terminée)

Saison 1 : 10 épisodes
Saison 2 : 10 épisodes
Saison 3 : 8 épisodes

SYNOPSIS :

Du jour au lendemain, un 14 octobre en apparence ordinaire, 2% de la population disparaît mystérieusement de la surface de la terre. Ces gens, de tout âge, se sont évanouis dans la nature, sans explication, laissant leurs proches dans l’angoisse, voire le désespoir.

Trois ans plus tard, la vie a repris son cours dans la bourgarde de Mapleton, une petit ville près de New York, mais rien n’est plus comme avant. Personne n’a oublié ce qui s’est passé, ni ceux qui ont disparu. A l’approche des cérémonies de commémoration, le chef de la police locale, Kevin Garvey, est en état d’alerte maximale : des affrontements dangereux se préparent entre la population et un groupuscule comparable à une secte…

MON AVIS :

1-Une narration complexe 

Adaptée du roman de Tom Perrotta, Les disparus de Mapleton, The leftovers est certainement l’une des meilleures séries de ces dernières années. A la fois riche, complexe et recherchée, elle propose en outre une histoire réellement audacieuse.
Parce que c’est avec la perte que tout commence – à mi-chemin entre le deuil et l’attente – The leftovers entrechoque des destins apparemment sans liens entre eux et interroge la réalité de chacun face à l’absence.
Une oeuvre d’une grande force narrative, qui surprend autant qu’elle éblouit, tout en proposant, à travers un thème difficile, de comprendre le mécanisme de la résilience. Une oeuvre qui déroute, surprend mais toujours avec finesse et intelligence.

2-Des personnages lumineux, subtiles et torturés

Si l’histoire de The leftovers interpelle, elle s’incarne véritablement dans ses nombreux personnages, liés par une intrigante quête de vérité. Un apprentissage de la souffrance commune, au-delà du spectre de la vérité qui altère les frontières entre le réel et l’imaginaire. Rarement une oeuvre aura aussi bien compris comment montrer la désintégration et la folie à l’écran. Jouant sur le fil, toujours sincère mais jamais manichéenne, The leftovers surprend grâce à des personnages complexes et attachants. Justin Theroux, véritable révélation de la série (Kevin), que l’on a pu voir auparavant dans Mulholland Drive de David Lynch, face à l’impressionnante Carrie Coon (Nora), dressent chacun le portrait d’un « restant » face à la désintégration de la société – la famille, les repères sociaux, les institutions, les religions etc. Une tâche immense mais qu’ils parviennent à transmettre avec brio, toujours entre émotion et fascination.

3-Une oeuvre sur le deuil et la continuité

Les thèmes évoqués par cette série sont nombreux : le deuil, l’apprentissage de l’absence, les liens que l’on tisse parfois malgré soi, en lien avec la souffrance, le rapport au monde sectaire, l’acceptation et le rejet de l’autre, la frontière entre le réel et l’imaginaire… Pour autant, il ne s’agit pas d’une oeuvre sombre puisque, figée dans un instant de grâce, c’est bien la force des liens et cette capacité sans commune mesure que nous avons d’aimer qui est à l’honneur dans ces trois saisons. Une oeuvre qui évoque également notre rapport au passé, d’abord vu comme une trou béant, et à l’avenir, parfois vaste et funeste. L’idée de rester, d’avancer, de continuer à aimer revêt dès lors une force insoupçonnable, là où la religion et d’autres formes d’organisation – force d’un temps – ne sont plus des réponses suffisantes. The leftovers propose ici sa propre vision de l’absence mais laisse à chaque spectateur le pouvoir de se l’approprier et de la repenser.

4-Une BO envoûtante

Oeuvre du compositeur Max Richter (compositeur de Premier contact, Black mirror ou encore Shutter Island), la bande-originale de The Leftovers est à elle seule un personnage à part entière. Alternant de subtiles notes de piano et des envolées d’orgues et de guitare, la musique donne une résonance particulière à l’oeuvre ; avançant toujours avec délicatesse et finesse jusqu’au coeur du spectateur.

5-Une oeuvre qui gagne en puissance au fil des saisons

Si la première saison a été adaptée du roman de Tom Perrotta, les deux autres saisons s’affranchissent du cadre narratif pour gagner en puissance. Une liberté salutaire pour les auteurs qui, en créant une oeuvre qui dépasse son cadre initial, en font un récit atypique et évanescent, qui gagne en intensité tout en conservant une salutaire liberté. L’oeuvre reste riche et complexe d’une saison à l’autre, à la différence que les personnages nous sont connus et que leur chemin se charge d’une intensité lumineuse, à la frontière du rêve, pour une fin de toute beauté.

Vous l’aurez compris, The leftovers fait partie de mes séries préférées de ces dernières années. Difficile dès lors d’approcher son incroyable complexité sans la trahir ni minimiser son incroyable beauté. N’hésitez plus pour la découvrir, vous ne pourrez qu’être charmés.

La servante écarlate de Margaret Atwood


Editions Robert Laffont – 522 pages

Littérature canadienne

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’Etat, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Evangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom.

MON AVIS :

Dystopie féministe récemment adaptée en série par Bruce Miller, La Servante écarlate est une chronique terrifiante qui met en scène une société glaçante. Organisée en castes utilitaires, cette société broyeuse d’identités, se révèle très hiérarchisée et patriarcale. Les individus sont triés selon leur utilité et utilisés aux fins de reconstruction de la société. Un modèle où certaines femmes jouissent du privilège, réservé à quelques unes, celui d’enfanter. Ce sont les Servantes dont fait partie Defred.
La grande force du roman est de faire de son personnage principal un être réaliste, souvent soumis au système et sans réel courage de s’opposer à la société. Ainsi, de petites lâchetés en petites lâchetés, d’indifférences en indifférences, on comprend comment un tel système a pu être mis en place. Le monde, vu à travers les yeux de Defred, se dévoile progressivement comme un endroit soumis à une rigueur implacable, où les femmes interdites de lecture et d’écriture, sont cantonnées aux tâches ménagères, à celles d’Epouses ou de génitrices. Une société souvent cruelle, où les dissidents sont relayés aux dangereuses tâches de dépollution de la planète. Ici, le collectif l’emporte sur le bonheur individuel et les couples se forment selon le mérite des hommes. Dans une société où il est difficile d’enfanter, les tensions entre les castes sont palpables.
La construction du récit implique le retour aux années heureuses par des flash-backs subtilement amenés dans l’esprit de Defred. Le contexte de cette société froide et calculatrice, est alors contrebalancé par la chaleur de ces souvenirs. L’oeuvre est percutante, terrible et effrayante à la fois puisque l’auteure avoue que toutes les situations vécues par les femmes du roman se sont déjà produites en réalité mais aussi parce que le personnage principal pourrait être l’une d’entre nous. Froide, parfois incisive mais toujours d’une grande clarté, l’écriture de Margaret Atwood surprend par sa modernité et ses thèmes tristement réalistes pour une fin superbement écrite. Une oeuvre aussi forte que dérangeante, à découvrir absolument !

Si je pensais que cela n’arriverait plus jamais, je mourrais.
Mais j’ai tort, personne ne meurt d’être privé de rapports sexuels. C’est du manque d’amour que nous mourrons. Il n’y a personne ici que je puisse aimer, tous ceux que je pouvais aimer sont morts ou ailleurs. Qui sait où ils sont et comment ils s’appellent maintenant. Ils pourraient aussi bien n’être nulle part, comme c’est mon cas pour eux. Moi aussi je suis une personne disparue.


Tous les soirs en allant me coucher, je me dis : demain, je me réveillerai dans ma maison à moi, et tout sera comme avant.
Cela n’est pas arrivé ce matin non plus.

-Lecture commune : Je tiens à remercier toutes les participantes à cette lecture commune avec qui j’ai eu grand plaisir à échanger tout au long de ma lecture !

 

Bilan – Juillet 2017


2 FILMS

-Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick (1957) – 9/10
Dunkerque de Christopher Nolan (2017) – 7.5/10

3 LIVRES

Louise Amour de Christian Bobin (142 pages) – 6,5/10
Le comte de Monte-Cristo Tome 1 d’Alexandre Dumas (606 pages) – 8/10
La servante écarlate de Margaret Atwood (522 pages) – 7,5/10

Total pages : 1270 pages

1 SÉRIE (SAISONS)

The Keepers, saison 1 – 7,5/10

Challenge au fil des saisons et des pages

Quand l’été apporte sa douce chaleur… 2/5
Du 20 juin au 20 Septembre 2017

Thèmes pour cette saison :
1. Lire un livre de plus de 400 pages : Le comte de Monte-Cristo Tome 1 (Alexandre Dumas)
2. Lire un livre sorti durant l’été 2017 (20 juin au 20 septembre – broché ou poche)
3. Lire un livre acheté ou emprunté de suite
4. JARRE : Tirer au sort un roman qui doit sortir de sa PAL cette année – 4/4 : Louise Amour (Christian Bobin)
5. Lire un livre avec du jaune sur la couverture

Le Comte de Monte-Cristo Tome 1 d’Alexandre Dumas


Editions La renaissance – 606 pages

Littérature française

« Attendre et espérer », voilà toute la sagesse d’Edmond Dantès. Fier marin sur le point d’être nommé capitaine et d’épouser sa bien-aimée, Mercédès, il est arrêté. Dénoncé comme bonapartiste il est enfermé au château d’If et attendra quatorze ans sa délivrance et sa vengeance. Elle sera terrible. Edmond Dantès est devenu riche et titré. Son vieux compagnon de cellule, l’abbé Faria, en lui révélant son secret, l’a fait comte de Monte-Cristo. Après sa spectaculaire évasion, les fortunes se font et se défont au gré de son implacable volonté.

MON AVIS :

Récit d’aventure et de vengeance, Le comte de Monte-Cristo est également le portrait d’un homme complexe, mystérieux et captivant. Brisé par le destin, Edmond Dantès deviendra ce comte fascinant aux stratégies vengeresses complexes et abouties.
Un premier tome aux nombreux rebondissements qui offre aux lecteurs de vives émotions à travers une écriture fluide et sans pauses, une narration dynamique et une construction implacable.
Un roman-fleuve, qui présente des personnages attachants, détestables, hautains, malins, passionnés et toujours sensiblement humains… Une palette des émotions humaines, servie par un ancrage historique joliment reconstitué. Un premier tome qui met en oeuvre des mécanismes de narration plus que prometteurs : jalousie, trahison, complot, vengeance, pouvoir, argent, manipulation…
Une oeuvre romanesque au souffle épique pour un premier tome plus que prometteur. A découvrir !

Avec l’habitude qu’avait déjà le substitut du crime et des criminels, il voyait à chaque parole de Dantès, surgir la preuve de son innocence. En effet, ce jeune homme, on pourrait presque dire cet enfant, simple, naturel, éloquent de cette éloquence du coeur qu’on ne trouve jamais quand on la cherche, plein d’affection pour tous, parce qu’il était heureux, et que le bonheur rend bons les méchants eux-mêmes, versait jusque sur son juge la douce affabilité qui débordait de son coeur. Edmond n’avait dans le regard, dans la voix, dans le geste, tout rude et tout sévère qu’avait été Villefort envers lui, que caresses et bonté pour celui qui l’interrogeait.

Challenge au fil des saisons et des pages : 2/5