Rien n’est noir de Claire Berest

Editions Stock – 282 pages
Littérature française

« À force de vouloir m’abriter en toi, j’ai perdu de vue que c’était toi, l’orage. Que c’est de toi que j’aurais dû vouloir m’abriter. Mais qui a envie de vivre abrité des orages ? Et tout ça n’est pas triste, mi amor, parce que rien n’est noir, absolument rien ».
Frida parle haut et fort, avec son corps fracassé par un accident de bus et ses manières excessives d’inviter la muerte et la vida dans chacun de ses gestes.
Elle jure comme un charretier, boit des trempées de tequila, et elle ne voit pas où est le problème. Elle aime les manifestations politiques, mettre des fleurs dans les cheveux, parler de sexe crûment, et les fêtes à réveiller les squelettes. Et elle peint. Frida aime par-dessus tout Diego, le peintre le plus célèbre du Mexique, son crapaud insatiable, fatal séducteur, qui couvre les murs de fresques gigantesques.

MON AVIS :

C’est un dessin de l’orage, celui de l’amour de Frida Khalo pour Diego Riviera, une passion dévorante, faite de promesses, de détachements, de folies et de couleurs, que nous livre ici Claire Berest. Rien n’est noir est une ode à la passion et à ses nuances, une promesse de beaux lendemains et ses visions d’apocalypse. L’écriture est riche et entière, pleine du rire de Frida, dans lequel perce un peu de cette souffrance qui a toujours été la sienne. On se plait à suivre ses éclats, son rire, son indépendance autant que ses pulsions, ses rages et ses désillusions.
Une vie multicolore, peinte avec beaucoup de délicatesse et de respect pour la femme qu’était Frida Khalo. Une oeuvre foisonnante et colorée, à l’image de sa franche narratrice et de son oeuvre gigantesque. A découvrir.

Frida, elle, préfère être seule pour peindre. Elle, elle aime mieux ne pas en parler. Elle ne peint pas le matin quand ses cheveux sont dénattés, crinière noir nuit indienne, elle ne peint pas en sous-vêtements, ni sans bijoux, elle ne peint pas de grands sujets allégoriques, ni après le sexe.
Elle peint pour s’abriter.
Pour ne pas être seule.


Il y a des blessures qui te changent pour toujours.
Est-ce que j’ai envie d’être changée ? Non, je n’en ai pas envie. Qu’est-ce que je peux y faire ? Je me dis que ces blessures là, tu les incorpores, tu les dissous en toi, comme si tu les mélangeais à tes os.


Frida cherche ses mots, elle veut dire quelque chose d’important, elle se rapproche de Lucienne.
-Le problème c’est que Diego veut être aimé du monde entier et du siècle.
-Et toi, Frida ?
-Moi, je veux être aimée de Diego Riviera.


-Est-ce que tu penses que les couleurs entraînent les conventions Frida, ou l’inverse ?
-Je ne suis pas sûre de te suivre. Je pense, en vérité, que les couleurs échappent aux conventions.

8 réflexions sur “Rien n’est noir de Claire Berest

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