La servante écarlate de Margaret Atwood


Editions Robert Laffont – 522 pages

Littérature canadienne

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’Etat, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Evangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom.

MON AVIS :

Dystopie féministe récemment adaptée en série par Bruce Miller, La Servante écarlate est une chronique terrifiante qui met en scène une société glaçante. Organisée en castes utilitaires, cette société broyeuse d’identités, se révèle très hiérarchisée et patriarcale. Les individus sont triés selon leur utilité et utilisés aux fins de reconstruction de la société. Un modèle où certaines femmes jouissent du privilège, réservé à quelques unes, celui d’enfanter. Ce sont les Servantes dont fait partie Defred.
La grande force du roman est de faire de son personnage principal un être réaliste, souvent soumis au système et sans réel courage de s’opposer à la société. Ainsi, de petites lâchetés en petites lâchetés, d’indifférences en indifférences, on comprend comment un tel système a pu être mis en place. Le monde, vu à travers les yeux de Defred, se dévoile progressivement comme un endroit soumis à une rigueur implacable, où les femmes interdites de lecture et d’écriture, sont cantonnées aux tâches ménagères, à celles d’Epouses ou de génitrices. Une société souvent cruelle, où les dissidents sont relayés aux dangereuses tâches de dépollution de la planète. Ici, le collectif l’emporte sur le bonheur individuel et les couples se forment selon le mérite des hommes. Dans une société où il est difficile d’enfanter, les tensions entre les castes sont palpables.
La construction du récit implique le retour aux années heureuses par des flash-backs subtilement amenés dans l’esprit de Defred. Le contexte de cette société froide et calculatrice, est alors contrebalancé par la chaleur de ces souvenirs. L’oeuvre est percutante, terrible et effrayante à la fois puisque l’auteure avoue que toutes les situations vécues par les femmes du roman se sont déjà produites en réalité mais aussi parce que le personnage principal pourrait être l’une d’entre nous. Froide, parfois incisive mais toujours d’une grande clarté, l’écriture de Margaret Atwood surprend par sa modernité et ses thèmes tristement réalistes pour une fin superbement écrite. Une oeuvre aussi forte que dérangeante, à découvrir absolument !

Si je pensais que cela n’arriverait plus jamais, je mourrais.
Mais j’ai tort, personne ne meurt d’être privé de rapports sexuels. C’est du manque d’amour que nous mourrons. Il n’y a personne ici que je puisse aimer, tous ceux que je pouvais aimer sont morts ou ailleurs. Qui sait où ils sont et comment ils s’appellent maintenant. Ils pourraient aussi bien n’être nulle part, comme c’est mon cas pour eux. Moi aussi je suis une personne disparue.


Tous les soirs en allant me coucher, je me dis : demain, je me réveillerai dans ma maison à moi, et tout sera comme avant.
Cela n’est pas arrivé ce matin non plus.

-Lecture commune : Je tiens à remercier toutes les participantes à cette lecture commune avec qui j’ai eu grand plaisir à échanger tout au long de ma lecture !

 

Bilan – Juillet 2017


2 FILMS

-Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick (1957) – 9/10
Dunkerque de Christopher Nolan (2017) – 7.5/10

3 LIVRES

Louise Amour de Christian Bobin (142 pages) – 6,5/10
Le comte de Monte-Cristo Tome 1 d’Alexandre Dumas (606 pages) – 8/10
La servante écarlate de Margaret Atwood (522 pages) – 7,5/10

Total pages : 1270 pages

1 SÉRIE (SAISONS)

The Keepers, saison 1 – 7,5/10

Challenge au fil des saisons et des pages

Quand l’été apporte sa douce chaleur… 2/5
Du 20 juin au 20 Septembre 2017

Thèmes pour cette saison :
1. Lire un livre de plus de 400 pages : Le comte de Monte-Cristo Tome 1 (Alexandre Dumas)
2. Lire un livre sorti durant l’été 2017 (20 juin au 20 septembre – broché ou poche)
3. Lire un livre acheté ou emprunté de suite
4. JARRE : Tirer au sort un roman qui doit sortir de sa PAL cette année – 4/4 : Louise Amour (Christian Bobin)
5. Lire un livre avec du jaune sur la couverture

Le Comte de Monte-Cristo Tome 1 d’Alexandre Dumas


Editions La renaissance – 606 pages

Littérature française

« Attendre et espérer », voilà toute la sagesse d’Edmond Dantès. Fier marin sur le point d’être nommé capitaine et d’épouser sa bien-aimée, Mercédès, il est arrêté. Dénoncé comme bonapartiste il est enfermé au château d’If et attendra quatorze ans sa délivrance et sa vengeance. Elle sera terrible. Edmond Dantès est devenu riche et titré. Son vieux compagnon de cellule, l’abbé Faria, en lui révélant son secret, l’a fait comte de Monte-Cristo. Après sa spectaculaire évasion, les fortunes se font et se défont au gré de son implacable volonté.

MON AVIS :

Récit d’aventure et de vengeance, Le comte de Monte-Cristo est également le portrait d’un homme complexe, mystérieux et captivant. Brisé par le destin, Edmond Dantès deviendra ce comte fascinant aux stratégies vengeresses complexes et abouties.
Un premier tome aux nombreux rebondissements qui offre aux lecteurs de vives émotions à travers une écriture fluide et sans pauses, une narration dynamique et une construction implacable.
Un roman-fleuve, qui présente des personnages attachants, détestables, hautains, malins, passionnés et toujours sensiblement humains… Une palette des émotions humaines, servie par un ancrage historique joliment reconstitué. Un premier tome qui met en oeuvre des mécanismes de narration plus que prometteurs : jalousie, trahison, complot, vengeance, pouvoir, argent, manipulation…
Une oeuvre romanesque au souffle épique pour un premier tome plus que prometteur. A découvrir !

Avec l’habitude qu’avait déjà le substitut du crime et des criminels, il voyait à chaque parole de Dantès, surgir la preuve de son innocence. En effet, ce jeune homme, on pourrait presque dire cet enfant, simple, naturel, éloquent de cette éloquence du coeur qu’on ne trouve jamais quand on la cherche, plein d’affection pour tous, parce qu’il était heureux, et que le bonheur rend bons les méchants eux-mêmes, versait jusque sur son juge la douce affabilité qui débordait de son coeur. Edmond n’avait dans le regard, dans la voix, dans le geste, tout rude et tout sévère qu’avait été Villefort envers lui, que caresses et bonté pour celui qui l’interrogeait.

Challenge au fil des saisons et des pages : 2/5

Série – The Keepers

Série documentaire de Ryan White – 1 saison (terminée)
Saison 1 : 7 épisodes

SYNOPSIS :

Après le meurtre de Soeur Catherine Cesnik, enseignante à Baltimore dans les années 60, le documentaire revient sur les témoignages de ses anciennes élèves et met à jour les terribles agressions dont ont été victimes de nombreux élèves. Des agressions que souhaitait dénoncer Catherine Cesnik et que révèlent deux anciennes de ses élèves qui ont passé leur vie à rechercher la vérité sur sa mort.

MON AVIS :

1-Une histoire vraie

Ce qui frappe avant toute chose dans cette affaire impressionnante, c’est sa véracité.
Diffusée en 2017, la série documentaire évènement de Netflix, met en lumière un vaste réseau pédophile au coeur de l’Eglise mais également dans l’ensemble de la communauté de Baltimore de l’époque.
Une oeuvre qui fait froid dans le dos, en ce qu’elle revient, à travers des témoignages, nombreux et éprouvants, sur des faits ignobles et terrifiants.
Ainsi, le joli visage de Cathy Cesnik devient-il le fil conducteur de cette affaire hors norme. Icône pieuse de 26 ans, enseignante très appréciée de ses élèves, elle aura marqué par sa gentillesse et la droiture de sa conduite des générations de jeunes filles.
Ce sont d’ailleurs deux de ses anciennes étudiantes, Gemma Hoskins et Abbie Schaub qui décident de mener l’enquête pour tenter d’approcher la vérité et mettre à jour cette face obscure de l’Amérique.

2-Une oeuvre aux implications multiples

Malgré une mise en scène qui ménage volontairement le suspens, The Keepers axe beaucoup son propos sur le travail de recherches colossal de Gemma et Abbie.
Alternant les points de vues, l’histoire prend progressivement de l’ampleur et dévoile, à travers un fait divers sordide, toute la noirceur de l’âme humaine.
De témoignages en témoignages, le spectateur prend conscience de l’étendue de l’affaire et de ses nombreuses implications. Muté d’un établissement à un autre, interné, le prêtre accusé de pratiques pédophiles s’avère rapidement être au coeur d’un réseau plus vaste dans lequel, selon les recherches et les témoignages recueillis, la police, des membres de la communauté de Baltimore, la justice et l’Archevêché sont impliqués ; certains de complicité de pédophilie, d’autres pour avoir cherché à enterrer l’affaire ou faire taire ses victimes.
Un combat qui s’avère personnel mais également judiciaire et légal, puisque certains militants se battent pour tenter de faire allonger le délai de prescription de ce genre de crimes dans le Maryland (Il n’est aujourd’hui possible de dénoncer ces faits que jusqu’à 25 ans, sans tenir compte du refoulement psychologique des victimes). Une démarche demeurée infructueuse pour l’instant.

The keepers4

3-Une narration percutante

Malgré des cliffhangers parfois très calibrés, le succès de The Keepers tient avant tout grâce à une narration percutante et à des témoignages inédits. Les protagonistes n’hésitent pas à interroger d’anciens membres de la police, à rechercher la famille de Catherine Cesnik et bien sûr les victimes des agressions. Ces témoignages sont forts, difficiles mais toujours livrés avec une grande dignité et beaucoup de courage. Ils font beaucoup dans la compréhension de l’histoire et demeurent essentiels à la bonne appréhension des enjeux de cette affaire.
Même si la narration de cette série aurait pu gagner en fluidité, les témoignages qui nous sont livrés sont tellement forts qu’on ne peut pas y demeurer insensibles.

4-La parole donnée aux victimes

Après le succès de Spotlight, le risque était grand de ne voir en The Keepers qu’une énième affaire sordide, étalée dans son ignominie sadique. Or, la vraie force de cette série documentaire est de redonner une voix aux victimes, de les aider à se rencontrer, de confronter leurs points de vue.
Du premier témoignage anonyme d’une femme – Jane Doe / Mme X – au courage et à la dignité impressionnants, à ceux, nombreux, qui ont suivis, le spectateur est pris en étau dans le combat désespéré de ces femmes en quête de reconstruction.
Une oeuvre qui évoque le cycle des violences, la complexité de la mémoire, le discrédit jeté sur la parole de certaines victimes et le poids des traumatismes.

5-Des thèmes universels

Axé à Baltimore, le meurtre de Catherine Cesnik met rapidement en lumière la disparition d’une autre jeune femme – Joyce Malecki, portée disparue et retrouvée morte dans les mêmes conditions que la jeune religieuse. Le documentaire met également en lumière les nombreux sévices sexuels subis par de nombreuses jeunes filles.
Un documentaire qui met en avant – en plus des démarches entreprises pour changer la loi – les carences qui existent dans nos sociétés pour l’accompagnement des victimes. Aux Etats-Unis, et dans cette affaire plus particulièrement, les victimes déboutées en justice pour cause de prescription, peuvent recevoir une compensation symbolique de l’Eglise elle-même et un accompagnement psychologique… Une pratique qui met en lumière les puissants lobbyings de l’Eglise aux Etats-Unis, l’absence de séparation entre l’Eglise et l’Etat et la carence des institutions et de la société dans l’accompagnement, notamment psychologique, de ses victimes.

Bande annonce

Dunkerque de Christopher Nolan


Film américain – 1 h 47
Avec Fionn Whitehead, Tom Hardy, Mark Rylance et Cillian Murphy

Le récit de l’évacuation des troupes alliées de Dunkerque en mai 1940.

MON AVIS :

Film historique aux ressorts tragiques, Dunkerque plonge immédiatement le spectateur en immersion dans cet épisode plutôt méconnu de la seconde guerre mondiale. Alternant des points de vue généraux d’une grande maitrise visuelle et des plans plus resserrés sur les visages de ses protagonistes, le dernier film de Nolan n’oublie pas de révéler l’humanité tendre, faite de bienveillance et de courage de ces hommes.
Un film riche qui alterne, à travers un étirement du temps bien connu du réalisateur, des scènes époustouflantes de réalisme – entre terre, mer et ciel – et d’autres plus intimes, révélant aux spectateurs la lâcheté et l’héroïsme de certains de ces hommes en proie à une lutte de chaque instant pour leur survie.
Une plongée sous haute tension qui, malgré quelques plans attendus et clichés regrettables – étonnants de la part de ce réalisateur – n’en revêt pas moins une grande force narrative. Si certains regrettent le propos plutôt convenu de ce film, ils en oublient certainement les aspects humains et psychologiques, véritable force de l’oeuvre. Un film aux images grandioses pour une épopée humaine d’une grande justesse. A découvrir.

Bande annonce

Bilan – Juin 2017


4 FILMS

-Shotgun stories de Jeff Nichols (2008) – 4/10
-Hannah Arendt de Margarethe Von Trotta (2013) – 6/10
Get out de Jordan Peele (2017) – 7/10
-La planète sauvage de René Laloux (1973) – 5/10

2 LIVRES

Silo de Hugh Howey (740 pages) – 5/10
Répercussions de Xavier Massé (192 pages) – 5/10

Total pages : 932 pages

1 SÉRIE 

-Dear White people, saison 1 – 6,5/10

Challenge au fil des saisons et des pages (Fin 20/09/17)

Quand le soleil pointe son nez… 5/5 – TERMINE
Date : du 20 Mars 2017 au 19 Juin 2017

Thèmes pour cette saison :
1. Lire un livre jeunesse : Nos étoiles contraires (John Green)
2. Lire un livre avec un prénom dans le titre : Et puis Paulette… (Barbara Constantine)
3. Lire un livre emprunté : Silo (Hugh Howey)
4. JARRE : Tirer au sort un roman qui doit sortir de sa PAL cette année : 3/4 – La fin de l’histoire (Luis Sepulveda)
5. Lire un livre abandonné par quelqu’un de son entourage : Le parfum (Patrick Süskind)

-Challenge Nettoyage de printemps 2017 (Du 20/03/2017 au 20/06/2017) – TERMINE
Lire des livres qui comportent entre 73 et 349 pages

1-La fin de l’histoire de Luis Sepulveda – 200 pages
2-L’école en prison, une porte de sortie de Cécile De Ram & Sylvie Paré – 184 pages
3-Et puis, Paulette… de Barbara Constantine – 274 pages
4-Le sabotage amoureux d’Amélie Nothomb – 124 pages
5-Nos étoiles contraires de John Green – 328 pages
6-Le parfum de Patrick Süskind – 280 pages
7-Le coeur d’une autre de Tatiana de Rosnay – 282 pages
8-Croire au merveilleux de Christophe Ono-Dit-Biot – 234 pages
9-Piégés dans le train de l’enfer d’Hubert Ben Kemoun – 164 pages
10-La Porte des Enfers de Laurent Gaudé – 268 pages
11-Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig – 106 pages
12-L’ami du défunt d’Andreï Kourkov – 126 pages
13-Le revers de la plume de Corentine Rebaudet – 316 pages
14-Eva de Simon Liberati – 222 pages
15-Tour B2 mon amour de Pierre Bottero – 156 pages
16-Répercussions de Xavier Massé – 192 pages

Total : 3456 pages

Louise Amour de Christian Bobin

Editions Gallimard – 142 pages
Littérature française

« Nous étions dans la ville des rois et dans la maison de Dieu. Je tenais par la main celle qui, sans avoir besoin de rien faire, les surclassait tous. »

MON AVIS :

Si Louise Amour est un nom, une femme, une volonté, elle est aussi l’histoire d’une passion et une icône d’adoration. Le narrateur nous raconte ici son amour passionnel pour une femme, créatrice de parfums, être céleste et adoré. Une rencontre foudroyante pour une histoire d’amour démesurée incarnée par un être adulé.
Une oeuvre marquée par l’écriture fluide et poétique de Christian Bobin, toujours enchanteresse et délicate pour un personnage principal contemplatif et renfermé. Un être profondément croyant (la religion semble ici tenir une place plus visible dans cette oeuvre que dans les autres livres de l’auteur, pourtant irrigué par une perpétuelle présence céleste) qui s’interroge sur l’aspect mystique d’un coup de foudre amoureux. Un roman doux et tendre mais qui reste très marqué par des personnages mystiques et parfois trop contemplatifs. Une oeuvre qui ravira les adeptes des écrits de Bobin, peut-être moins ceux qui souhaitent le découvrir.

Louise Amour entra dans le salon, précédée de son sourire. Il me sembla aussitôt qu’une lame de couteau délicatement s’enfonçait dans ma poitrine, détourait mon coeur, que deux mains gantées de blanc le saisissaient, le sortaient de sa cage d’os et le faisaient rouler – comme ces ballons en mousse colorée qu’on donne aux enfants en bas âge – aux pieds de la jeune femme sans qu’elle parût s’en émouvoir.


Quand elle fut assise sur le divan, son sourire qui ne l’avait pas quittée se déploya autour d’elle en cercles concentriques, légèrement tremblants sur leur bord extérieur et diffusant dans tout le salon une atmosphère de spiritualité aimable dont elle était la source, l’inspiratrice et la souveraine.


Louise Amour était partout, sur le divan mais aussi sans mon crâne, assise sur les moelleux replis de mon cerveau où elle croisait et décroisait les jambes.


Je devins fou et personne ne s’en aperçu : le visage de Louise Amour remplissait le monde à ras bord. Il n’y avait plus rien d’autre.


Mais la beauté charnelle ne semblait être chez Louise Amour que la servante d’une puissance bien plus considérable, celle de son âme et de ce qui m’apparut alors d’une bonté ruisselante : quand ses yeux se tournaient vers moi, j’existais plus sûrement et noblement qu’un ange auprès de Dieu.


Elle me tendit la main. Saisir une main, c’est à chaque fois mettre ses doigts dans une prise électrique et aussitôt connaitre l’intensité qui circule sans bruit sous la peau de l’autre.

Challenge au fil des saisons et des pages : 1/5

Lectures communes / 8


Vous avez envie de partager une lecture commune (LC) avec nous? Un livre présent dans votre PAL (Pile à Lire) depuis trop longtemps ?

Pour le 15 août 2017, nous vous proposons de lire :

La servante écarlate de Margaret Atwood : avec La chambre roseetnoire (son avis), Laurence (son avis), Delphine.B , Chtitepuce, Oriane0102, Vinushka64, Metreya (son avis), Jelydragon, Cerisia, Rose, Lheuredelire, Jostein59 (son avis), Cyberonnature (son avis), Fille de lune, Fofie (son avis)

Envie de nous rejoindre ? N’hésitez pas à me laisser un commentaire à la suite de cet article. A bientôt !

Eva de Simon Liberati


Editions Le livre de poche – 222 pages
Littérature française

Un soir de l’hiver 1979, quelque part dans Paris, j’ai croisé une femme de treize ans dont la réputation était alors « terrible ».
Vingt-cinq ans plus tard, elle m’inspira mon premier roman sans que je ne sache plus rien d’elle qu’une photo de paparazzi. Bien plus tard encore, c’est elle qui me retrouva à un détour de ma vie où je m’étais égaré.
C’est elle la petite fée surgie de l’arrière monde qui m’a sauvé du labyrinthe et redonné une dernière fois l’élan d’aimer.
Par extraordinaire elle s’appelle Eva, ce livre est son éloge.

MON AVIS :

Entre le roman d’amour et de dévotion, Eva, délicate jeune fille arrachée très tôt à l’enfance s’incarne ici sous l’oeil admiratif de son époux, en femme libre et sexuée.
Une oeuvre vibrante de l’hommage rendu à sa déesse, chaussée de Louboutin et à la présence envoûtante qui fascine autant qu’elle attriste. Une figure d’ange déchu sur fond de scandale pédopornographique et de procès attentés contre sa mère qu’elle n’aura de cesse de rejeter.
Si la figure d’Eva reste fascinante dans l’approche qu’en fait l’auteur, également époux, on pourra regretter une oeuvre souvent bavarde, inutilement longue et dont les paragraphes sont souvent prétexte pour l’auteur à parler de lui.
Une oeuvre plutôt dérangeante sur l’intime – comme une nouvelle façon d’exposer Eva – entre idolâtrie et dénonciation. Une figure souvent mise en avant mais pas toujours à bon escient qui aurait gagné à davantage de simplicité.

Il n’est pas indifférent que le fil premier de ce livre me ramène au couvent, au parfum d’encaustique des longs couloirs de ma jeunesse et à la religion qui ordonnait encore ma vie, quelques mois à peine avant que le fil de la nuit que j’avais commencé de suivre car je la trouvais plus élégante que le jour, me conduise, de rencontre en rencontre, dans un labyrinthe rouge et or, jusqu’à un minotaure enfant que je croisais plusieurs fois sans jamais lui parler. Eva avait treize ans, j’en avais dix-neuf, elle était mon aînée. Plus qu’un minotaure à la Garouste, on aurait dit une sirène des années 1950 dessinée par un peintre de foire.

Challenge nettoyage de printemps

Portraits de femmes

Source

A cette heure si particulière pour l’histoire des femmes, j’avais envie, sans prétention, de vous proposer de découvrir ou redécouvrir des oeuvres qui, à défaut d’entrer dans la définition si particulière du féminisme, révèlent de très beaux portraits de femmes.
Une façon de rendre hommage à cette grande dame qui s’est éteinte et qui restera pour l’histoire des femmes, une figure incontournable, un symbole de courage et de dignité.

Littérature :

Antigone (Jean Anouilh)
Isabelle Bruges (Christian Bobin)
Le journal d’Anne Franck (Anne Franck)
Une vie (Simone Veil)
Persépolis (Marjane Satrapi)
Du bout des doigts (Sarah Waters)
24 heures de la vie d’une femme (Stefan Zweig)
Millénium tome 1 – Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (Stieg Larsson)
L’amour et les forêts (Eric Reinhardt)
L’élégance des veuves (Alice Ferney)
Jane Eyre (Charlotte Brontë)
L’amant (Marguerite Duras)
L’honneur perdu de Katharina Blum (Heinrich Böll)
Camille, mon envolée (Sophie Daull)

Cinéma :

Frida (Julie Taymor)
La reine Margot (Patrice Chéreau)
La double vie de Véronique (Krzysztof Kieslowski)
L’insoumise (William Wyler)
Tomboy (Céline Sciamma)
Divines (Houda Benyamina)
Carol (Todd Haynes)
La leçon de piano (Jane Campion)
Princesse Mononoké (Hayao Miyazaki)
Twin Peaks : fire walk with me (David Lynch)
Harold et Maude (Hal Ashby)
La vie rêvée des anges (Erick Zonca)
Ida (Paweł Pawlikowski)
The Magdalene Sisters (Peter Mullan)
Wadjda (Haifaa Al-Mansour)
Erin Brockovich, seule contre tous (Steven Soderbergh)
Zero Dark Thirsty (Kathryn Bigelow)
Les femmes du bus 678 (Mohamed Diab)
La liste de Carla (Marcel Schüpbach)
Thelma et Louise (Ridley Scott)
4 mois, 3 semaines et 2 jours (Cristian Mungiu)
Mustang (Deniz Gamze Ergüven)
Agora (Alejandro Amenábar)
States of Grace (Destin Cretton)

Bien sûr ces listes ne sont pas exhaustives et sont forcément personnelles 🙂
N’hésitez pas à partager sous cet article vos coups de coeur personnels.