La brocante Nakano de Hiromi Kawakami


Editions Picquier poche – 344 pages

Littérature japonaise

A Tôkyô, la brocante Nakano n’est pas un repaire d’objets chers, mais plutôt originaux et incongrus, comme parfois les clients qui la fréquentent. Son propriétaire a un penchant très prononcé pour le sexe féminin, sa sœur Masayo fabrique des poupées, les jeunes Hitomi et Takeo viennent les aider.
La boutique est comme une roue de la vie où se croisent, s’aiment et s’échangent les personnages, au gré de leurs attirances et de leur fantaisie.

MON AVIS :

Avec délicatesse et sensibilité, Hiromi Kawakami évoque les liens invisibles et sincères qui unissent les personnages dans ce roman aux objets rares. La brocante Nakano fonctionne comme un microcosme, où les âmes se rencontrent, s’apprivoisent, se découvrent, s’éloignent… Imperceptiblement, Hiromi Kawakami distille une atmosphère douce et délicate où la douceur des sentiments côtoie la nostalgie et les espoirs déçus. L’écriture de l’auteure est simple et franche, les personnages multiples, les situations, toujours délicates, se succèdent et s’enchainent comme les nombreux personnages qui trouvent refuge à la brocante Nakano. Un bel hommage aux liens qui unissent les hommes et guérissent les âmes.

Hitomi, pour commencer, allez vous installer dans la pièce du fond. Nous mangerons ensemble quelque chose de chaud pour le déjeuner, disait la voix de Masayo. Elle me parvenait comme la brise d’automne qui souffle dans le lointain. J’avais les épaules qui tremblaient, je continuais de pleurer par intervalles.


Mais il n’y a pas si longtemps, vous avez dit que vous ne le quitteriez pas… Ma voix devenait presque inaudible. M. Nakano et Takeo se dirigeaient vers nous.
« C’est vrai, mais j’ai compris que j’étais enfin en mesure de le quitter… »
Enfin ? ai-je répété malgré moi. Au même moment, M. Nakano s’est laissé lourdement tomber sur le coussin entre Sakiko et moi.
Sakiko s’est tournée vers lui et a souri?. C’était un sourire terriblement tendre. Un sourire épanoui, comme celui de la statue en bois d’une divinité shintô que j’avais vue un jour à Asukakadô, la magasin de Sakiko.

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Au revoir là-haut d’Albert Dupontel


Film français – 1h57

Avec Nahuel Perez Biscayart, Albert Dupontel et Laurent Lafitte

Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l’un dessinateur de génie, l’autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l’entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire..

MON AVIS :

Adaptation du célèbre roman de pierre Lemaitre, Au revoir là-haut axe davantage son récit sur l’arnaque aux monuments aux morts organisée par Pierre et Eugène, délaissant un peu les liens très forts existants entre les deux personnages principaux. L’ensemble alterne dès lors scènes cocasses et situations absurdes, faisant de l’oeuvre un objet grand public, assez drôle et plaisant à découvrir. L’ensemble fonctionne bien même s’il ne peut nécessairement pas développer autant de thèmes que le roman. Les personnages (Pradelle en tête et Eugène) sont remarquables de justesse et la mise en scène plutôt soignée.
Même si le film élude beaucoup de moments clés du roman et ajoute parfois des éléments peut-être discutables, la force de l’oeuvre tient en ce qu’elle nous montre toute l’absurdité de certaines situations, et la candeur touchante de ces personnages un peu idéalistes qui font tout pour trouver leur place dans une société qui ne pense plus à eux..
Une oeuvre intelligente à bien des égards et qui complète plutôt sympathiquement le roman.

Bande annonce

Bilan – Novembre 2017


7 FILMS

Ça d’Andy Muschietti (2017) – 7/10
Blade runner 2049 de Denis Villeneuve (2017) – 6,5/10
Detroit de Kathryn Bigelow (2017) – 7,5/10
Good Time de Ben Safdie et Joshua Safdie (2017) – 7/10
– Prisons ouvertes : un pas vers la réinsertion ? de Bernard Nicolas (2014) – 5,5/10
– The Square de Ruben Östlund (2017) – 8/10
Au revoir là-haut d’Albert Dupontel (2017) – 7/10

3 LIVRES

La dame du manoir de Wildfell Hall d’Anne Brontë (564 pages) – 8/10
La brocante Nakano de Hiromi Kawakami (344 pages) – 7/10
Passionnément, à ma folie de Gwladys Constant (208 pages) – 7/10

Total pages : 1116 pages

4 SÉRIES

-Gilmore girls, saison 1 – 7/10
-Mindhunter, saison 1 – 8/10
-Stranger Things, saison 2 – 8/10
-Gilmore girls, saison 2 – 7,5/10

Passionnément, à ma folie de Gwladys Constant


Editions Rouergue – 208 pages

Littérature française

Gwen est une fille sympa et bonne élève. Une fille qui n’a jamais eu d’histoire d’amour. Alors, quand William, le beau gosse, l’un des plus populaires du lycée, pose ses yeux sur elle, son coeur brûle tout de suite. Elle croit avoir trouvé l’âme soeur, l’amour rare qui rend soudain la vie intense. Mais le conte de fées vire vite au cauchemar. Gwen n’était qu’une marionnette, entre les mains de ce garçon.

MON AVIS :

Récit d’un amour vampire, Passionnément, à ma folie raconte avec franchise, les tourments qui résultent d’une telle relation et les conséquences désastreuses qu’elle peut entrainer pour la victime. Un roman fort, sans concessions, dont le mérite est vraiment de poser des mots sur des sensations pour faire comprendre au lecteur l’engrenage dans lequel se perd la victime.
Le cheminement de Gwen est ici parfaitement retranscrit, de la négation à la prise de conscience, de son désir d’en finir à sa joie fragile d’aller mieux. L’écriture de Gwladys Constant est franche, simple et claire, son propos nécessaire. Un roman pour adolescents qui a le mérite de revenir sur l’isolement, la crainte et l’impuissance des victimes et de leurs proches et peut-être de prévenir les dérives d’une telle emprise.

Le docteur Lacasse dit qu’il faut « parler ». et peut-être parce qu’il m’a dit de parler, je n dirai rien, j’écrirai tout. Par plaisir de ne pas lui obéir. Parce que je ne veux plus obtempérer, mais. Personne encore ne semble l’avoir compris, mais c’est ainsi que je vais me reconstruire. Je vais ramasser un à un les morceaux de moi éparpillés au sol, les recoller, leur redonner forme humaine. Et je le ferai seule. Car on ne sait jamais entre les mains de qui on met sa vie.


Oui les vampires existent. Ce n’est pas une fiction. J’en ai rencontré un. Simplement, ils n’ont pas l’apparence qu’on leur prête. Ils ne sont pas morts, mais ne tolèrent pas la vie.

Un grand merci aux éditions du Rouergue et à Babelio pour la découverte de ce roman !

Good Time de Ben Safdie et Joshua Safdie


Film américain / luxembourgeois – 1h41
Avec Robert Pattinson, Ben Safdie et Buddy Duress

Un braquage qui tourne mal… Connie réussit à s’enfuir mais son frère Nick est arrêté. Alors que Connie tente de réunir la caution pour libérer son frère, une autre option s’offre à lui : le faire évader. Commence alors dans les bas-fonds de New York, une longue nuit sous adrénaline.

MON AVIS :

Récit nerveux d’une grande intensité visuelle, Good Time est une expérience fougueuse, tendue et électrique. Le récit d’une évasion qui met en scène les nombreux types d’enfermements (mental, physique, psychiatrique etc. ) une conquête de liberté sous ecstasy, portée par une esthétique visuelle colorée et sensuelle, intense et artistique qui font de ce film une expérience visuelle rare.
Robert Pattinson est ici étonnant dans un rôle violent, aux antipodes de certains de ses autres rôles, il gagne ici en maturité et en étoffe artistique. Un récit qui alterne les influences musicales, entre spectres électro et vision apocalyptiques, Good Time s’avère être une épopée frémissante qui garde le spectateur en apnée tout au long de la folle cavalcade de ses personnages. Une réussite.

La dame du manoir de Wildfell Hall d’Anne Brontë


Editions Archipoche – 564 pages
Littérature britannique

L’arrivée de Mrs Helen Graham, la nouvelle locataire du manoir de Wildfell, bouleverse la vie de Gilbert Markham, jeune cultivateur.
Qui est cette mystérieuse artiste, qui se dit veuve et vit seule avec son jeune fils ? Quel lourd secret cache-t-elle ? Sa venue alimente les rumeurs des villageois et ne laisse pas Gilbert insensible. Cependant, la famille de ce dernier désapprouve leur union et lui-même commence à douter de Mrs Graham… Quel drame s’obstine-t-elle à lui cacher ?

MON AVIS :

Après avoir publié Agnès Grey, Anne Brontë revient avec un roman sobre et intense d’une grande modernité. La dame du manoir de Wildfell Hall évoque de nombreux thèmes, souvent actuels : les erreurs de jeunesse, la droiture d’une conduite, l’absurdité et la terreur de certaines situations matrimoniales, la puissance de l’engagement. Une oeuvre forte et féministe, en ce qu’elle conte le combat d’une femme prisonnière des moeurs de son époque, des préjugés de sa société et de l’enseignement religieux, qui cherche à s’en extraire. La dame du manoir de Wildfell Hall est aussi un roman qui évoque le pêché d’orgueil mais aussi celui de l’acceptation des sentiments et la recherche de la liberté. Autant de thèmes, traités à travers des sentiments d’une grande puissance morale et des personnages savamment travaillés. Helen, femme de conviction, aveuglée par l’orgueil et l’amour, Gilbert, blessé par ses préjugés et la recherche du bonheur, parviendront-ils à passer outre leurs différences pour être heureux ?
Une oeuvre riche, intéressante à bien des égards et d’une grande lucidité, notamment sur la condition des femmes dans la société victorienne, et qui a eu le mérite de me réconcilier avec les oeuvres d’Anne Brontë.

Elle se sentait revivre ; moi aussi d’ailleurs, une sorte de chatouillement agréable me parcourait tout entier, mais je n’osais afficher mon plaisir alors qu’elle demeurait si calme. Mais elle ne pouvait dissimuler son plaisir tout à fait et je surpris son exaltation lorsque son regard intelligent croisa le mien. Elle n’avait jamais été plus jolie, et mon coeur s’attachait de plus en plus.

Detroit de Kathryn Bigelow


Film américain – 2h23

Avec John Boyega, Will Poulter et Algee Smith

Été 1967. Les États-Unis connaissent une vague d’émeutes sans précédent. La guerre du Vietnam, vécue comme une intervention néocoloniale, et la ségrégation raciale nourrissent la contestation.
À Detroit, alors que le climat est insurrectionnel depuis deux jours, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d’une base de la Garde nationale. Les forces de l’ordre encerclent l’Algiers Motel d’où semblent provenir les détonations. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l’hôtel à un interrogatoire sadique pour extorquer leurs aveux.

MON AVIS :

Récit d’une nuit d’horreur, Detroit, raconte l’enfermement, la torture et la peur ressentie par les clients d’un hôtel pris en otages par la police. Des images percutantes pour un récit intense qui laisse le spectateur en apnée. A l’image des précédents films de la réalisatrice (les très bons Démineurs et Zero Dark Thirst), Detroit reprend des thématiques universelles, souvent politiques et revient avec force sur la notion d’une justice à deux vitesses. En ce sens, le film agit comme un catalyseur des tensions et livre avec pertinence une critique des dérives racistes. Une oeuvre forte qui aurait peut-être mérité quelques nuances et un traitement moins « lisse » et didactique de certains points de vue.
Un tableau pourtant pétrifiant, récit d’horreur et de guerre intense, qui incarne avec force une vision terrifiante et dérangeante des clivages qui existent entre les communautés, notamment aux Etats-Unis.

-Bande annonce

Projet 3èB de Catherine Kalengula


Editions Flammarion jeunesse – 222 pages

Littérature française

Mon année commence très fort. Mes parents veulent divorcer, le garçon qui me fait craquer sort avec une autre fille et Adèle, ma meilleure amie, passe son temps avec ses nouveaux amis…
Heureusement le voyage à Londres approche. Rose va enfin découvrir la ville de ses rêves ! Elle ne se doute pas à quel point les aventures qu’elle s’apprête à vivre vont la transformer et lui permettre de révéler sa vraie personnalité.

MON AVIS :

Roman adolescent, Projet 3èB – la lettre de Rose, se présente sous la forme d’un journal intime. Objet intéressant pour un livre vraiment très joli (les bords du roman sont arrondis, chaque page est dotée d’une petite illustration très agréable, les lignes du journal intime sont matérialisées). Même si l’histoire reste convenue et les personnages plutôt conformes à l’idée qu’on se fait des adolescents, l’ensemble est plutôt plaisant et plaira certainement aux plus jeunes. Une oeuvre sympathique, dont l’écriture fluide et claire, participe de la facilité de lecture. Un roman aux thèmes nombreux (la famille, les premiers sentiments, le voyage) à réserver néanmoins aux plus jeunes.

Je suis censée faire quoi au juste ? Passer Noël ici, et Pâques à Tahiti ? Voir mon père pendant les vacances ou ma mère un an sur deux ? Et pendant ce temps, rater tous les bons moments avec l’un ou l’autre ? Mais ce n’est pas une vie, ça !

Un grand merci aux éditions Flammarion Jeunesse pour la découverte de ce roman !

Blade runner 2049 de Denis Villeneuve


Film américain – 2h44
Avec Ryan Gosling, Harrison Ford et Jared Leto

En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé.

MON AVIS :

Dans un décor apocalyptique magnifiquement mis en scène, Denis Villeneuve livre sa vision de la modernité et des rapports humains/androïdes. Un  film de science-fiction mature, où se côtoient des intelligences artificielles en quête d’humanité et de vérité.
Une oeuvre qui questionne le réel et le virtuel, à travers des images d’une grande beauté visuelle, colorées et fascinantes. L’atout majeur du film réside dans son ambiance, décadente et hypnotique, une atmosphère élégante mais qui ne parvient jamais à faire oublier un scénario assez convenu et une histoire attendue. En cédant aux sirènes du « film porteur », Denis Villeneuve semble avoir oublié le particularisme de son cinéma, multiple et surprenant. Une réflexion métaphysique qui manque d’originalité et se cantonne à la création d’un bel objet cinématographique. Une légère déception.

Bande annonce

Minuit, Montmartre de Julien Delmaire


Editions Grasset – 216 pages
Littérature française

Montmartre, 1909. Masseïda, une jeune femme noire, erre dans les ruelles de la Butte. Désespérée, elle frappe à la porte de l’atelier d’un peintre. Un vieil homme, Théophile Alexandre Steinlen, l’accueille. Elle devient son modèle, sa confidente et son dernier amour. Mais la Belle Époque s’achève. La guerre assombrit l’horizon et le passé de la jeune femme, soudain, resurgit…

MON AVIS :

Peinture de son époque, Minuit, Montmartre se concentre sur un épisode méconnu de la vie du peintre Steinlen. De sa rencontre fortuite avec Masseïda à son renouveau pictural, le récit traite d’une renaissance, celle artistique et humaine du peintre mais également de celle de son modèle, femme abusée et bafouée, d’une grande dignité. De son passé jusqu’aux buttes de Montmartre, Masseïda nous conte l’Afrique, la peur, l’attente et l’espoir. Une vie de labeur, où la couleur prend peu à peu place, se dépose, se transforme. De la couleur qu’appose le peintre sur les portraits de la jeune femme, la rendant au monde, jusqu’à celle dont se pare la nouvelle existence de son modèle, l’oeuvre se dévoile en autant de nuances. Minuit, Montmartre se nourrit d’une écriture souple et délicate, souvent poétique et parfois fragile, elle ancre le récit dans une réalité claire et tangible. Une rencontre attentive et salutaire, à découvrir !

Il parvint à l’entrée de la rue Junot. Devant lui s’étendaient les vestiges du Maquis. Enfer de crasse et de vices aux yeux des bourgeois, la Maquis de sa jeunesse était un royaume où les pauvres – de coeur et de poche – s’accrochaient à leurs rêves, tricotant à mains nues des lambeaux de dignité.

Un grand merci aux éditions Grasset (et plus particulièrement à Anne V.) qui m’a proposé de découvrir ce roman !