Bilan – Juin 2020


1 FILM :

– Bande de filles de Céline Sciamma (2014) – 6,5/10

6 LIVRES :

Les filles de l’ouragan de Joyce Maynard (354 pages) – 7,5/10
Les bonnes âmes de Sarah Court de Craig Davidson (316 pages) – 5,5/10
Lettre d’amour sans le dire d’Amanda Sthers (132 pages) – 8/10
Lama mania de Françoise de Guibert (48 pages) – 8/10
-I am, I am, I am de Maggie O’Farrell (288 pages) – 8/10
-Cinq leçons sur la psychanalyse de Sigmund Freud (206 pages) – 6,5/10

Total : 1344 pages

1 BD :

– René Magritte vu par… de François Olislaeger & collectif – 7/10

2 SERIES :

-Tales from the loop, saison 1 – 6,5/10
-The shield, saison 5 – 8/10

Lama mania de Françoise de Guilbert


Editions de la Martinière Jeunesse – 48 pages

Vêtements, décorations, jouets, peluches mais aussi animal thérapeutique et véritable tendance sociétale, le lama est PARTOUT.
Mais connaît-on vraiment cet animal sympathique ?

MON AVIS :

C’est un album vraiment sympathique sur cet animal méconnu que nous propose Françoise de Guilbert. A travers des illustrations colorées (Anne-Hélène Dubray), chaque page renferme un trésor d’inattendu sur cet animal atypique et qui mérite d’être davantage connu. Un guide d’apprentissage grâce auquel vous saurez que le lama ne consomme pas davantage qu’un mouton, vit en groupe, sait se défendre contre le puma, son principal prédateur, est écologique, ou encore qu’il n’aime pas être monté par l’homme mais est capable de porter des charges de 30 kg en zone escarpée.
Une découverte à chaque page qui opère avec beaucoup de charme sur les lecteurs de tout âge. Le lama, un animal définitivement sympa. A découvrir !

Lama mania-1

Un grand merci à Babelio et aux éditions de la Martinière Jeunesse pour cette découverte.

Lettre d’amour sans le dire d’Amanda Sthers


Editions Grasset – 132 pages

Littérature française

Alice a 48 ans, c’est une femme empêchée, prisonnière d’elle-même, de ses peurs, de ses souvenir douloureux (origines modestes, native de Cambrai, séduite et abandonnée, fille-mère, chassée de chez elle, cabossée par des hommes qui l’ont toujours forcée ou ne l’ont jamais aimée). Ancienne professeur de français, elle vit dans ses rêves et dans les livres auprès de sa fille, richement mariée et qui l’a installée près d’elle, à Paris.
Tout change un beau jour lorsque, ayant fait halte dans un salon de thé, Alice est révélée à elle-même par un masseur japonais d’une délicatesse absolue qui la réconcilie avec son corps et lui fait entrevoir, soudain, la possibilité du bonheur.

MON AVIS :

Oeuvre tendre, portée par une écriture douce et délicate, la lettre d’amour d’Amanda Sthers nous offre une élégante rencontre avec la belle Alice. Rendue à elle-même par les talents silencieux d’un masseur japonais, elle revient sur sa vie, ses espoirs déçus, ses attentes flétries. De regrets, en erreurs, elle trouvera le courage d’affronter ses imperfections pour en faire des forces nouvelles et s’éveiller à l’amour. Tout est tendre et délicat dans ce joli récit, les attentes d’Alice, sa jeunesse oubliée, son désir retrouvé. Une ode à la féminité et à la douceur de vivre, entre rêves et vie des possibles, Amanda Sthers nous prouve qu’en étant à l’écoute de soi, tout est possible.

A la fin de nos massages, l’odeur de votre peau sur la mienne était un pansement, et complétait mon parfum pour en créer un autre : nous. Je vous connais comme si nous avions parlé longtemps. J’ose le penser. Je sais aussi que vous n’avez pas été heureux ; seul un être brisé peut en réparer un autre.


Je vous supplie d’accorder de l’attention à ces quelques pages. Elles peuvent vous sembler légères par endroits, graves ou impudiques à d’autres, mais vous comprendrez peu à peu que ma vie en dépend.

Merci aux éditions Grasset et à Amanda Sthers pour la découverte de ce joli roman.

Maeve Reagan, tome 1 – rage de dents de Malika Gallman


Editions du petit caveau – 300 pages

Littérature suisse

Avant, ma vie était simple : l’université si j’en avais envie, les hommes quand j’en avais envie. Et je n’avais aucun problème qu’un barman ne puisse m’aider à résoudre.
Mais là, depuis un moment, rien ne va plus.
Le type sexy qui me draguait a rendu son déjeuner quand on a voulu concrétiser.
J’ai cassé le nez du copain de ma meilleure amie, et elle ne l’a pas très bien pris. Lui non plus, d’ailleurs.
Ensuite, je me suis mise à faire des cauchemars.
Et tout ça, c’était avant qu’une bande de vampires décide de redécorer mon appart et qu’un colosse me kidnappe.
Quand je vous dis que ce n’est pas ma semaine…

MON AVIS :

Première incursion dans ce genre littéraire pour moi, le premier tome de la sage de Malika Gallman surprend agréablement par son écriture franche et bien menée. Dynamique et pleine de rebondissements, l’oeuvre est attrayante et plutôt habile dans son approche des personnages. Malheureusement, de nombreuses situations apparaissent rapidement attendues et même si le personnage principal est joliment dessiné, l’ensemble manque d’originalité. A réserver aux amateurs du genre.

– Lalawethika, voudrais-tu bien rester ici pour… veiller sur Maeve ?
Veiller sur, surveiller. Bonnet blanc, blanc bonnet.


– Toi…, commença Elliot. Je vais…
– Me tuer, etc., le coupa Lukas. Je sais. Fais-moi signe quand t’auras quelque chose de nouveau.

Les filles de l’ouragan de Joyce Maynard


Editions 10/18 – 354 pages

Littérature américaine

Elles sont nées le même jour, dans le même hôpital, dans des familles on ne peut plus différentes. Ruth est une artiste, une romantique, avec une vie imaginative riche et passionnée. Dana est une scientifique, une réaliste, qui ne croit que ce qu’elle voit, entend ou touche. Et pourtant ces deux femmes si dissemblables se battent de la même manière pour exister dans un monde auquel elles ne se sentent pas vraiment appartenir.

MON AVIS :

A travers une écriture vivante et fluide, Joyce Maynard nous entraîne dans les vies tumultueuses de Ruth et Dana, deux soeurs d’orages aux vies bouleversées et aux destins croisés. De leurs enfances au crépuscule de leurs vies en passant par les rencontres, la maternité ou leurs choix professionnels, Joyce Maynard alterne les points de vue, brouille les pistes et les entrecroise. Malgré une révélation finalement attendue, le récit conserve un charme fou grâce à des personnages profondément humains et attachants.

« J’aime la terre entière » dis-je à haute voix un soir, revenant de l’étable.
Je ne pensais pas être entendue, mais une femme à bicyclette se rapproche de moi.
« Moi aussi. Et ce n’est pas un sentiment courant. »


Durant cinquante ans, je m’étais sentie étrangère dans ma propre famille. C’était un sentiment né, je le savais, des rapports qui existaient entre ma mère et moi. Ou qui n’existaient pas, ce que je regrettais amèrement.

Le bizarre incident du chien pendant la nuit de Mark Haddon

Le bizarre incident du chien
Editions Pocket jeunesse – 346 pages

Littérature britannique

Il a 15 ans et s’appelle Christopher Boone. Il excelle en mathématiques et adore Sherlock Holmes. Il aime les diagrammes, les listes, la vérité. Il ne supporte pas qu’on le touche. Pour lui, 4 voitures rouges à la file sont synonymes de Bonne Journée; 3 voitures rouges : d’une Assez Bonne Journée ; 5 voitures rouges : d’une Super Bonne Journée. Il est autiste et porte en lui une part de génie. Quand un jour, Christophe apprend que Wellington, le caniche de sa voisine, a été assassiné, il décide de mener l’enquête qui va lui permettre d’arracher au passé l’énigme de sa propre histoire. Et de nous la raconter…

MON AVIS : 

A mi-chemin entre l’enquête policière, l’énigme et un récit de l’intime rédigé à la première personne du singulier, Le bizarre incident du chien pendant la nuit interpelle le lecteur sur la thématique de l’autisme, ses points forts et les différences de ceux qui en sont atteints. Une oeuvre multiple et complète mais qui peine à convaincre à cause d’une narration qui, si elle s’explique, n’en garde pas moins le lecteur à distance. Un roman qui a le mérite d’aborder, dans la littérature jeunesse, le particularisme de l’autisme mais sans nous permettre de nous attacher vraiment  au personnage principal.

M. Jeavons dit que j’aime les maths, c’est parce que c’est sans danger. Il dit que j’ai les maths parce qu’il faut résoudre des problèmes ; ces problèmes sont difficiles et intéressants, mais il y a toujours une réponse claire et nette au bout. Ce qu’il pense, c’est que les maths ne sont pas comme la vie parce que, dans la vie, il n’y a pas de réponse claire et nette au bout. Je sais que c’est ce qu’il pense, parce qu’il me l’a dit.

Bilan – Mai 2020

Bilan 20201 FILM : 

-La dame en noir de James Watkins (2012) – 4/10

5 LIVRES :

Le bizarre incident du chien pendant la nuit de Mark Haddon (346 pages) – 6/10
Petits portraits de très grandes personnes de Barbara Constantine et Cecyl Gillet (176 pages) – 6/10
Maeve Reagan, tome 1 – Rage de dents de Malika Gallman (300 pages) – 6,5/10
-La peste d’Albert Camus (279 pages) – 8,5/10
Les choses humaines de Karine Tuil (352 pages) – 8/10

Total : 1453 pages

2 SERIES :

-The shield, saison 3 – 8/10
-The shield, saison 4 – 8,5/10

Les bonnes âmes de Sarah Court de Craig Davidson

Les bonnes âmes de Sarah Court
Editions Albin Michel – 316 pages

Littérature canadienne

Sarah Court est un morne lotissement au nord de Niagara Falls, Ontario. Cinq familles, cinq maisons dont les habitants semblent se fondre dans la grisaille du décor… jusqu’à ce que la plume de Craig Davidson en révèle toute l’étrangeté. Apparaissent alors un batelier chargé de repêcher les noyés au pied des célèbres chutes ; un cascadeur au corps brisé à force de chercher le danger ; un neurochirurgien alcoolique en disgrâce ; un boxeur raté et son fils obèse qui se rêve vampire ou momie ; une adepte du vol à l’étalage aux fantasmes de maternité, ou encore le fils orphelin d’une fumeuse de crack, devenu fabricant de feux d’artifice et criminel à ses heures…
Connaît-on vraiment ses voisins ? Et sa propre famille ? Dans ce livre à la frontière des genres, l’auteur d’Un goût de rouille et d’os nous invite à une troublante exploration des âmes.

MON AVIS :

Sarah Court est un paisible quartier, où chaque voisin connaît les failles et les forces des autres. Des personnages qui interagissent, se rencontrent, se détestent, se défient en un brillant balai de dupes. Une oeuvre riche et foisonnante de détails et de personnages. Mais même si l’écriture nerveuse de Craig Davidson rend cette oeuvre vivante et électrique, le nombre très important de situations et de personnages qui se succèdent et interagissent brouillent rapidement les cartes. Et c’est bien ce luxe de détails et de situations qui en fait au final une oeuvre confuse et souvent difficile à appréhender. Un roman noir foisonnant où surnagent des personnages malheureux en quête d’un bonheur impossible. Une lecture parfois difficile.

L’idée de quitter cette ville pour de bon… je ne sais pas que c’est la PEUR qui m’habite, pour la simple raison que je ne connais pas la couleur qui émane de cette émotion. Il y a une sensation de craquement, localisée dans ma poitrine, d’où surgissent des fils qui se tortillent comme des vers de terre. Abandonner ces rues, ces lieux connus depuis toujours…
Comme dit Cappy Lonnigan : Hier, c’est de l’histoire ancienne, et demain reste un mystère.

Les choses humaines de Karine Tuil

Les choses humaines
Editions Gallimard – 352 pages
Littérature française

Les Farel forment un couple de pouvoir. Jean est un célèbre journaliste politique français ; son épouse Claire est connue pour ses engagements féministes. Ensemble, ils ont un fils, étudiant dans une prestigieuse université américaine. Tout semble leur réussir. Mais une accusation de viol va faire vaciller cette parfaite construction sociale. Le sexe et la tentation du saccage, le sexe et son impulsion sauvage sont au cœur de ce roman puissant dans lequel Karine Tuil interroge le monde contemporain, démonte la mécanique impitoyable de la machine judiciaire et nous confronte à nos propres peurs. Car qui est à l’abri de se retrouver un jour pris dans cet engrenage ?

MON AVIS :

A travers une écriture vive et nuancée, Les choses humaines fait partie de ces oeuvres remuantes, vous obligeant à voir la nature humaine sous un angle nouveau et contrasté. Une lecture construite autour des imperfections humaines, de leurs égos surpuissants et d’une certaine critique sociale. L’écriture de Karine Tuil est fluide et nuancée, ses personnages à la fois attachants et détestables, fait d’imperfections et broyés par un destin trop grand. Teintée de cynisme et d’une certaine forme de déterminisme, l’oeuvre expose avec adresse les travers d’une famille qui se pensait à l’abri du scandale. Karine Tuil dépeint ici une violence sous-jacente parfois frontale, mais souvent insidieuse, entre deux mondes que tout oppose. Une oeuvre profonde, souvent cruelle, d’une grande force évocatrice, qui ne peut laisser indifférent. A découvrir !

Claire resta figée un long moment, assommée par l’ampleur du désastre. Elle relut le procès-verbal, entièrement cette fois. Quand Jean et Léo pénétrèrent dans la pièce, ils la trouvèrent dans un état de prostration, les yeux hagards. Léo lui prit aussitôt le document des mains et le brûla dans l’évier.
« Sa vie est foutue », dit Claire sans préciser si elle parlait de la vie de son fils ou de celle de Mila Wizman.

La mort est mon métier de Robert Merle

La mort est mon métier
Editions Folio – 370 pages

Littérature française

Le Reichsführer Himmler bougea la tête, et le bas de son visage s’éclaira…
– Le Führer, dit-il d’une voix nette, a ordonné la solution définitive du problème juif en Europe.
Il fit une pause et ajouta : – Vous avez été choisi pour exécuter cette tâche.
Je le regardai. Il dit sèchement : – Vous avez l’air effaré. Pourtant, l’idée d’en finir avec les Juifs n’est pas neuve.
– Nein, Herr Reichsführer. Je suis seulement étonné que ce soit moi qu’on ait choisi…

MON AVIS :

C’est une oeuvre glaçante, à l’écriture froide et clinique, que nous livre ici Robert Merle. En adoptant le point de vue du commandant du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz pendant la Seconde Guerre mondiale, il dévoile le processus de mise en oeuvre de la solution finale et sa terrifiante finalité.
Ce récit terrible se compose de deux parties, l’une s’intéressant à l’éducation militaire, religieuse et sévèrement anti-juive du narrateur, l’autre reprenant avec horreur les détails de perfectionnement des instruments de mort utilisés dans les camps de concentration. L’oeuvre est volontairement austère, terrifiante, tant dans son approche du personnage principal, toujours gardé à distance, que dans l’évocation de ses sentiments.
Le lecteur fait ainsi face à une vision d’horreur : le mal dans toute sa terreur, la négation de l’autre dans toute sa cruauté. Une oeuvre terrible, marquante, dérangeante.

Désormais, par conséquent, tout était parfaitement simple et clair. On n’avait plus de cas de conscience à se poser. Il suffisait seulement d’être fidèle, c’est à dire d’obéir. Notre devoir, notre unique devoir était d’obéir. Et grâce à cet obéissance absolue, consentie dans le véritable esprit du Corps noir, nous étions sûrs de ne plus jamais nous tromper, d’être toujours dans le droit chemin, de servir inébranlablement, dans les bons et les mauvais jours, le principe éternel : l’Allemagne, l’Allemagne au-dessus de tout.