La géante de Laurence Vilaine

Editions Zulma – 188 pages
Littérature français
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Noële a toujours vécu au pied de la Géante, la montagne immuable qui impose son rythme, fournit les fagots pour l’hiver, bleuet, bourrache, gentiane pour les tisanes et les onguents. Elle est un peu sorcière, a appris les plantes et la nature sauvage grâce à la Tante qui les a recueillis, elle et son frère Rimbaud qui ne parle pas mais chante avec le petit-duc. Elle sait qu’on ne peut rien attendre du ciel, et n’a plus levé les yeux vers le soleil depuis longtemps. Repliée dans cet endroit loin de tout, elle mène une existence rugueuse comme un pierrier.

Soudain surgit dans sa vie l’histoire de deux inconnus. Elle découvre par effraction ce que peut être le désir, le manque, l’amour qui porte ou qui encombre. Elle s’ouvre au pouvoir des mots.

MON AVIS :

Récit d’une solitude paré d’un rêve d’amour, La géante évoque la rudesse de la vie solitaire d’une femme vivant à la montagne. Puis survient l’inattendu, une correspondance entre deux amants, le vécu de leur séparation découverte dans l’indiscrétion de leurs lettres, leurs échanges passionnés. Un thème plutôt classique qui, malgré la beauté des correspondances, semble parfois un peu long dans son approche des personnages.
Un peu comme La géante est immuable, la vie de la narratrice apparaît chargée de lenteur et d’une routine imposante. Dommage pour ce récit qui aurait mérité peut-être plus de légèreté et de douceur mais qui n’est pas pleinement parvenu à me convaincre.

La guerre battait son plein, il ne voulait personne dans les rangs. Il n’y avait pas de rang. Lui seul et le silence dont il avait fait son arme. Il voulait tout éteindre, le volume en même temps que la lumière et le bruit du monde, jusqu’aux mots sur le papier qui bruissaient trop fort. Plutôt se taire quand on n’a rien à offrir et aucune promesse à faire – il m’a remerciée, a baissé les yeux et refermé sa porte.


Je ne sais rien de l’absence, ni de la peur de l’absence, mais je sais derrière la vitre l’amour qui prend toute la place, qui fait oser les mots qu’on ne pensait jamais dire et offrir le plus nu de soi-même, qui fait acheter des fleurs et des robes légères pour s’accrocher à l’espoir de jours meilleurs.

Le vieil homme et la mer d’Ernest Hemingway

Editions Le livre de poche – 180 pages
Littérature américaine

L’histoire se déroule à Cuba, dans un petit port près du Gulf Stream.

Manolin accompagne Santiago à la pêche, mais ils n’ont rien pris depuis 84 jours. Les parents de Manolin qui trouvent que Santiago est « salao » ou « salado », c’est-à-dire malchanceux, décident qu’il embarquera sur un autre bateau, celui-ci ramène en effet trois grosses prises en une semaine !

Chaque soir Manolin voit le vieux revenir bredouille, cela lui cause une grande tristesse, il l’aide à remonter la barque, les lignes et le harpon. La voile, usée et rapiécée, roulée autour du mât, figure le drapeau en berne de la défaite. Le jeune garçon lui trouve de quoi manger et prend soin de lui, il a peur de le voir « partir », il n’est pas question de pitié, mais d’amour et de respect.

MON AVIS : 

Découvrir Ernest Hemingway à travers ce texte, c’est un peu comme prendre une main tendue pour monter sur un bateau en pleine mer. Chavirer aux côtés du vieil homme, comprendre sa vision du monde, toute en nuance et en pudeur, toucher du doigt l’humilité et la combativité dont il fait preuve face aux éléments. Le récit s’ouvre sur les liens qui unissent le vieil homme à un jeune garçon, parabole du passage de l’enfance à l’âge adulte mais aussi de la transmission des vieilles traditions de pêche. Mais la majorité du récit se passe en mer, entre l’homme et la nature, sa force vieillissante et ses chimères perdues. Le vieil homme et la mer pourrait être une image, mouvante comme la mer, perdue au loin, comme une vision de la perte des repères traditionnels au profit de la modernité, la perte du rapport de l’homme à la nature, la confrontation de ce dernier face aux courants et aux éléments.
L’oeuvre est courte mais d’une grande richesse. Malgré quelques passages qui peuvent sembler un peu long, l’ensemble du récit garde une grande richesse de thèmes et conserve une universalité salutaire. 

Quand le vieil homme avait-il atteint l’humilité ? Il était bien trop simple pour le démêler. Mais il savait qu’il l’avait atteinte. Sa vraie fierté, il ne l’avait nullement perdue.

Bilan mensuel – Mars 2021


6 livres lus / 2078 pages
23 BD


Le gang des rêves de Luca di Fulvio (716 pages)
Chardon bleu, tome 1 de C. Rozart (260 pages)
Mon désir le plus ardent de Pete Fromm (284 pages)
Sorcières, la puissance invaincue des femmes de Mona Chollet (234 pages)
Les roses fauves de Carole Martinez (348 pages)
Et le désert disparaîtra de Marie Pavlenko (236 pages)


-L’âge d’or tome 1 de Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil
Une soeur de Bastien Vivès
-Open bar, tomes 1 et 2 de Fabcaro
-Le silence des étoiles de Sanäa K
-Le chien qui louche d’Etienne Davodeau
-Le singe de Hartlepool de Lupano et Moreau
La bicyclette rouge, tomes 1, 2 & 3 de Dong-Hwa Kim
Un bruit étrange et beau de Zep
L’amant de Kan Takahama
-New York cannibals de François Boucq et Jérôme Charyn
-Lulu femme nue tomes 1 et 2 d’Etienne Davodeau
-S’enfuir, récit d’un otage de Guy Delisle
-Le combat des Justes de Philippe Thirault
-Zombillénium, tome 4 d’Arthur de Pins
-Enferme-moi si tu peux d’Anne-Caroline Pandolfo
-L’assassin qu’elle mérite, tomes 1 et 2 de Lupano & Corboz
-Une vie comme un été de Thomas Von Steinaecker & Barbara Yelin
-Le voyage de Marcel Grob de Sébastien Goethals et Philippe Collin


Préférés du mois :


Déceptions du mois :

 


3 SERIES


-The undoing, saison 1
-Le jeu de la dame, saison 1
-X-files, saison 4


Betty de Tiffany McDaniel

Editions Gallmeister – 716 pages
Littérature américaine

La Petite Indienne, c’est Betty. Née en 1954 dans une baignoire, Betty Carpenter est la sixième de huit enfants. Sa famille vit en marge de la bonne société car, si sa mère est blanche, son père est cherokee. Lorsque les Carpenter s’installent dans la petite ville de Breathed, après des années d’errance, le paysage luxuriant de l’Ohio semble leur apporter la paix. Avec ses frères et soeurs, Betty grandit bercée par la magie immémoriale des histoires de son père. Mais les plus noirs secrets de la famille se dévoilent peu à peu. Pour affronter le monde des adultes, Betty puise son courage dans l’écriture : elle confie alors sa douleur à des pages qu’elle enfouit sous terre au fil des années. Pour qu’un jour, toutes ces histoires n’en forment plus qu’une, qu’elle pourra enfin révéler au grand jour.

Betty raconte les mystères de l’enfance et la perte de l’innocence. À travers la voix de sa jeune narratrice, Tiffany McDaniel chante le pouvoir réparateur des mots et donne naissance à une héroïne universelle.

MON AVIS :

Drapé dans un univers poétique, le roman de Tiffany McDaniel emprunte aux contes ses aspects merveilleux et ses personnages inoubliables. Chacun, avec force, se dessine sous l’écriture puissante de l’autrice, complexe, délicat, impuissant, inoubliable.
Les visages qui peuplent ce roman sont nombreux et leurs destins qui s’entrecroisent, parsemés d’embûches, de drôleries et de merveilleux.
Betty est une oeuvre rare, parce qu’elle évoque la gravité sans oublier l’apesanteur, parce qu’elle grave ses personnages dans le marbre de leurs histoires tout en leur laissant un espace de liberté suffisant pour imprégner l’imagination du lecteur. Entre légendes indiennes, misère sociale, acceptation de la différence et destruction, Betty nous offre une palette d’émotions aussi riches que ses personnages sont puissants et indomptables. A découvrir!

-Quand j’avais ton âge, moi aussi je voulais être quelqu’un d’autre.
-Tu voulais être qui, P’pa ?
-Quelqu’un d’important. Tu sais pourquoi je t’appelle Petite indienne ? (Il s’est arrêté de dessiner pour me regarder dans les yeux) C’est pour que tu saches que tu es déjà quelqu’un d’important.

La pensée m’est alors venue qu’être enfant, c’est savoir que le balancement du berceau nous rapproche et en même temps nous éloigne de nos parents. C’est le flux et le reflux de la vie qui, tour à tour, nous poussent vers les autres, puis nous en écartent, peut-être dans le but de nous permettre d’acquérir la force nécessaire pour affronter l’instant où ce mouvement de balancier nous aura tellement éloignés de la personne que nous aimons le plus qu’elle ne sera plus là quand nous reviendrons vers elle.

Et le désert disparaîtra de Marie Pavlenko

Editions Flammarion – 236 pages
Littérature française

Samaa vit dans un monde qui pourrait être le nôtre bientôt. La vie a presque entièrement disparu de la surface de la terre. Le sable a tout dévoré. Son peuple, nomade, traque les derniers arbres et vend leur bois pour survivre. Samaa aimerait être chasseuse, elle aussi, mais c’est une charge d’homme. Un jour, elle désobéit et suit les chasseurs. Mais le désert a mille visages. Samaa se perd, et fera une rencontre qui changera le destin de sa tribu à jamais.

MON AVIS :

Fable écologique ou conte apocalyptique, Et le désert disparaîtra nous plonge dans un univers pas si éloigné du nôtre où règne en maître un désert aride sans fin. Une oeuvre jeunesse intéressante grâce aux thèmes qu’elle développe mais qui n’en reste pas moins relativement prévisible. Ainsi, et même si la thématique écologique est importante et plutôt bien menée, l’ensemble s’enlise un peu dans des considérations convenues. La jeune Samaa, rebelle à sa condition, fait l’expérience de la vie et de l’importance de la préservation des espèces alors même que l’Ancienne de son village la persuade qu’elle peut accomplir son destin…
Une oeuvre jeunesse qui aurait certainement mérité plus d’ampleur et des personnages moins attendus.

L’Ancienne reprend une lampée de potage.
-Le désert a gagné. Les arbres se terrent dans les trouées, à l’abri des hommes avides. Ceux de la grande ville s’en servent pour décorer leurs maisons, si spacieuses que toute la tribu pourrait tenir à l’intérieur. Mort, un arbre ne vaut rien. Vivant, il est la vie.

L’amant de Kan Takahama


Editions Rue de Sèvres – manga

La narratrice, c’est l’autrice elle-même. Elle a 15 ans et vit en Indochine avec sa mère, veuve et ses deux frères. Pensionnaire dans un lycée pour étudier les mathématiques, elle ne rêve que de devenir écrivain. Sur le bac qui traverse le fleuve, elle fait la connaissance d’un riche chinois. Ils commencent une relation faite d’amour et d’argent qui durera un an et demi durant lequel ils se verront régulièrement.
Marguerite devra faire face à la honte, la peur, la jalousie et parvenir à trouver sa place au sein d’une famille où il est difficile de s’imposer.

MON AVIS :

Adapter le célèbre roman de Marguerite Duras en manga était un pari risqué. Retrouver l’essence de la rencontre, de la passion, l’atmosphère saturée d’humidité de l’Indochine qu’a connue l’auteure. Pourtant, la magie des dessins de Kan Takahama opère, sa narration nous transporte dans le regard juvénile de la jeune « étrangère ». Une belle première approche de l’oeuvre qui, si elle ne parvient pas à égaler en détails, l’oeuvre originale, n’en reste pas moins une belle adaptation, pleine de charme et de sensualité.

Sorcières, la puissance invaincue des femmes de Mona Chollet

Editions Zones – 234 pages
Littérature suisse

Tremblez, les sorcières reviennent ! disait un slogan féministe des années 1970. Image repoussoir, représentation misogyne héritée des procès et des bûchers des grandes chasses de la Renaissance, la sorcière peut pourtant, affirme Mona Chollet, servir pour les femmes d’aujourd’hui de figure d’une puissance positive, affranchie de toutes les dominations.
Davantage encore que leurs aînées des années 1970, les féministes actuelles semblent hantées par cette figure de la sorcière. Elle est à la fois la victime absolue, celle pour qui on réclame justice, et la rebelle obstinée, insaisissable. Mais qui étaient au juste celles qui, dans l’Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ?

Ce livre explore trois archétypes de la chasse aux sorcières et examine ce qu’il en reste aujourd’hui, dans nos préjugés et nos représentations : la femme indépendante – les veuves et les célibataires furent particulièrement visées ; la femme sans enfant – l’époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité ; et la femme âgée – devenue, et restée depuis, un objet d’horreur.

Mais il y est aussi question de la vision du monde que la traque des sorcières a servi à promouvoir, du rapport guerrier qui s’est développé alors tant à l’égard des femmes que de la nature : une double malédiction qui reste à lever.

MON AVIS :

Comme toujours avec Mona Chollet, le sujet traité fait l’objet de nombreuses recherches et fait appel à de multiples sources d’inspiration. Sorcières, la puissance invaincue des femmes est une ode au féminisme, conçue par l’esprit critique de l’autrice. Les thèmes choisis sont clairs et intéressants tout comme son approche qui déconstruit certains mythes ou automatismes sociétaux. Mona Chollet montre dans cet essai, qu’une fois encore, elle est capable de s’emparer d’un sujet actuel pour lui donner une dimension globale : historique, sociologique mais aussi artistique ou journalistique. Une oeuvre qui se dévore et apporte une jolie contribution à la réflexion actuelle sur la place des femmes dans nos sociétés, les attentes que ces dernières placent en elles, les schémas dans lesquels elles restent emprisonnées et leurs capacités d’adaptation.

Depuis, où que je le rencontre, le mot « sorcière » aimante mon attention, comme s’il annonçait toujours une force qui pouvait être mienne.


La sorcière incarne la femme affranchie de toutes les dominations, de toutes les limitations ; elle est un idéal vers lequel tendre, elle montre la voie.


Elles fouettaient l’imagination, procuraient des frissons de frayeur délicieuse, donnaient le sens de l’aventure, ouvraient sur un autre monde. Pendant la récréation, à l’école primaire, mes camarades et moi traquions celle qui avait élu domicile derrière les buissons de la cour, obligés de nous en remettre à nous-mêmes face au flegme incompréhensible du corps enseignant.  La menace flirtait avec la promesse. On sentait soudain que tout était possible, et peut-être aussi que la joliesse inoffensive, la gentillesse gazouillante n’étaient pas le seul destin féminin envisageable.

Les roses fauves de Carole Martinez

Editions Gallimard – 348 pages
Littérature française

«Peu après la sortie de mon premier roman, Le cœur cousu, une lectrice m’a raconté une coutume espagnole dont j’ignorais l’existence : dans la sierra andalouse où étaient nées ses aïeules, quand une femme sentait la mort venir, elle brodait un coussin en forme de cœur qu’elle bourrait de bouts de papier sur lesquels étaient écrits ses secrets. À sa mort, sa fille aînée en héritait avec l’interdiction absolue de l’ouvrir. J’ai métamorphosé cette lectrice en personnage.
Lola vit seule au-dessus du bureau de poste où elle travaille, elle se dit comblée par son jardin. Dans son portefeuille, on ne trouve que des photos de ses fleurs et, dans sa chambre, trône une armoire de noces pleine des cœurs en tissu des femmes de sa lignée espagnole. Lola se demande si elle est faite de l’histoire familiale que ces cœurs interdits contiennent et dont elle ne sait rien. Sommes-nous écrits par ceux qui nous ont précédés?
Il faudrait déchirer ces cœurs pour le savoir…»

MON AVIS :

L’écriture de Carole Martinez nous plonge toujours dans un océan de contemplation. Finement brodée, piquée d’images lumineuses, elle nous entraîne dans une danse des mots sans mesure.
Une écriture puissante et fluide qui ouvre les portes du songe et de l’au-delà. Mais si la force de ce récit tient dans l’enchevêtrement de ses mots, ses idées et son histoire semblent plus confuses. Ainsi, et même si ses personnages se répondent comme un écho générationnel, il m’a été difficile de m’attacher à l’un d’eux. L’autrice, mêlée à l’héroïne, sa muse, mais également les nombreuses images des personnages qu’elle invoque, font de ce roman une oeuvre dense, un peu confuse. Un récit qui plaira sûrement aux amateurs de l’autrice, puisque son écriture conserve une grande richesse et se pare d’une lueur enchanteresse mais l’histoire et ses personnages nous laissent un sentiment mitigé, qui n’est malheureusement pas à la hauteur de la beauté du texte.

L’être a tendance à se noyer dans ce qui l’entoure. Lola, elle-même, se relâche enfin. Elle s’abandonne à la beauté des roses les plus tardives. Elle est un peu dans tout, et ce tout est splendide. Elle goûte son dernier dimanche de l’année au jardin. Demain, ce soir peut-être, le temps tournera, elle le sait.

La bicyclette rouge de Kim Dong-Hwa


Editions Paquet / Label gris – manga – 4 tomes

Sur les chemins de Yahwari, petit village de Corée, qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente, que le soleil brûle ou éclaire sans chaleur, le facteur va bon train sur sa bicyclette rouge, jour après jour, pour acheminer le courrier. Une succession d’histoires courtes, d’anecdotes où il nous livre poésie et pensées philosophiques entre deux coups de pédale.

MON AVIS :

Ce sont de petites scénettes poétiques que nous invite à découvrir Kim Dong-Hwa. Des scènes de la vie quotidienne, aperçues à travers le regard doux et attentif d’un jeune facteur. Distribuant courrier, douceur et attentions, il raconte la vie de son petit village et de ses habitants. Tout dans l’oeuvre de Kim Dong-Hwa est délicat, comme un poème à peine entamé, un instant de douceur suspendu. 4 petits tomes qui sont autant de haïkus, petites odes à la nature et à la tendresse de vivre, à savourer comme de petites gorgées de thé.

Mon désir le plus ardent de Pete Fromm


Editions Gallmeister – 284 pages

Littérature américaine – Coup de coeur

Maddy s’était juré de ne jamais sortir avec un garçon du même âge qu’elle, encore moins avec un guide de rivière. Mais voilà Dalt, et il est parfait. À vingt ans, Maddy et Dalt s’embarquent dans une histoire d’amour qui durera toute leur vie. Mariés sur les berges de la Buffalo Fork, dans le Wyoming, devenus tous deux guides de pêche, ils vivent leur passion à cent à l’heure et fondent leur entreprise de rafting dans l’Oregon. Mais lorsque Maddy, frappée de vertiges, apprend qu’elle est enceinte et se voit en même temps diagnostiquer une sclérose en plaques, le couple se rend compte que l’aventure ne fait que commencer.
Mon désir le plus ardent est le portrait d’un couple ancré dans le temps présent qui affronte avec courage et humour les épreuves de la vie. Avec sa voix pleine d’énergie, tout à la fois drôle et romantique, Pete Fromm nous offre une histoire d’amour inoubliable.

MON AVIS :

Maddy et Dalton pourraient être un couple mythique, puissant, irréel. Pourtant, c’est bien dans la réalité que s’ancrent les personnages magnifiques de Pete Fromm. Tout en eux est puissant, leur amour autant que leur joie de vivre et leur férocité dans l’adversité. Jamais Maddy n’aura été une victime de sa maladie et jamais Dalton un simple spectateur. Leur union transcende toutes les peurs, les jugements, la trahison du corps, la maladie.
Un récit bouleversant, souvent surprenant tant son écriture est vive, nerveuse et directe, à l’image de la jeune Maddy. Une passion de vie dévorante portée par un amour ardent, le roman de Pete Fromm ouvre les coeurs dans leurs multiplicités et invite le lecteur, simple témoin de l’amour passionnel que se vouent Maddy et Dalton, à appréhender la vie dans ce qu’elle offre de plus pur : les sentiments que nous inspirent ceux que nous chérissons.

Ravagés. C’est le seul mot qui commence à s’en approcher. J’aimerais parler une langue étrangère, connaître un verbe que je pourrais conjuguer à l’infini. Je l’ai ravagé. Il m’a ravagé. On s’est ravagés.


Maddy. Quel que soit l’état de ton bras, as-tu jamais sérieusement souhaité qu’il disparaisse, qu’il soit amputé ?
-Non, j’avoue. Mais j’y ai pensé.
Il tape sur la table du plat de la main.
-Exactement.
Merde. Je n’arrive pas à croire que je suis tombée dans ce piège. Avant, j’avais un cerveau qui marchait. Promis.
-Où que tu ailles, Mad, où que tu emportes cette putain de saloperie de SEP, je t’accompagnerai. (Il tape du poing sur la table, histoire d’enfoncer le clou.) Parce que te perdre, ce serait tellement pire qu’un bras endommagé. Quelque part dans le monde, il existe certainement des charpentiers manchots, mais personne ne peut vivre sans coeur, Mad. Personne. Même pas toi.


Il y aurait de quoi tourner une véritable séquence émotion, si Atty et Iz venaient entourer mon fauteuil pour nous toucher, nous dire que tout irait bien, mais ce ne sont que des enfants, et la vérité, c’est que notre étreinte, à Dalt et à moi, les terrifie. Ils n’en perçoivent pas la force, celle qui nous a forgés. Ils ne voient que la peur, les larmes qui, merde, ne sont que des accrocs et – ce n’est pas la première fois – je suis envahie de regrets ; jamais ils ne connaitront quelque chose d’aussi beau. Parce qu’en toute franchise, Dalt et moi ? Impossible qu’une telle chose se reproduise, pas dans cet univers. Nous avons tout pris.