La laisse de Françoise Sagan


Editions Presse Pocket – 190 pages.
Littérature française

Peut-on s’approprier l’objet de son amour, l’emprisonner, le tenir à sa merci ? Vincent étouffe depuis des années auprès de sa femme Laurence, grande bourgeoise fortunée, intelligente sans esprit, belle sans charme, passionnée sans tendresse. Lui est musicien sans ambition mais non sans talent. Seule sa faiblesse lui permet de supporter sa captivité. Mais un jour, sous ses doigts de pianiste, naît une mélodie qui le rend riche et célèbre dans le monde entier. Libre ? Pas pour longtemps, car la geôlière ne lâche pas sa proie…

MON AVIS :

Entre nonchalance de vivre et douceur des jours qui s’égrainent, Françoise Sagan renoue avec une écriture langoureuse et un style délicat. Mais l’apparence d’une écriture fluide et légère contraste rapidement avec le sujet plus hardi du roman : la dépendance affective et financière au sein d’un couple. Sagan s’attache ici à définir les ambiguïtés de la relation amoureuse, ses conséquences matérielles et ses limites affectives. Une oeuvre bien plus profonde qu’elle ne parait de prime abord, aux personnages forts et travaillés. Peut-on vivre sous la dépendance de l’autre ? Comment survivre à l’étouffement et conserver au sein du couple une part de sa nécessaire liberté ? Le souhaite-t-on toujours réellement ? Autant d’interrogations finement amenées par la romancière et qui conduit le lecteur face à l’inévitable remise en cause.
Un roman intelligent et à l’analyse remarquable qui décortique les rapports de la jeune bourgeoisie parisienne avec beaucoup de recul et de finesse. Un très bon moment de lecture !

Grisé par la fermeté de Coriolan et l’obséquiosité subite de « Pas un sou », je m’imaginais tout à coup entrant dans un appartement par moi payé et où m’attendrait une femme dont je partagerai l’existence, au lieu qu’elle s’attribuât totalement la mienne en me jetant par moments, comme des os, des petits bouts de la sienne. D’un autre côté, l’idée de me séparer de Laurence, dès l’instant où j’en avais les moyens, me semblait bien la plus basse de la terre.

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Katie says goodbye de Wayne Roberts


Film américain – 1h28
Avec Olivia Cooke, Christopher Abbott et Mireille Enos

Katie, jeune femme du sud ouest américain rêve d’une nouvelle vie à San Francisco. Elle vit ses premiers amours et se révèle d’une honnêteté désarmante. Son empathie compulsive envers les autres fait d’elle une proie facile. Sa ténacité et sa jeunesse seront mis à l’épreuve par ceux qu’elle aime le plus au monde.

MON AVIS :

A travers les yeux d’une comédienne lumineuse, la très impressionnante Olivia Cook, Wayne Roberts dresse le portrait d’une Amérique en proie à ses démons les plus obscurs et à ses passions les plus atroces. Katie fait ici figure d’ange pur. Souillée par la noirceur des hommes, elle reste une image délicate et digne. D’une honnêteté désarmante, elle rejoint dès lors la figure du martyr et interroge, à travers ses yeux expressifs, sur l’humanité et sur le don de soi.
Une oeuvre résolument optimiste que porte l’intense confiance en l’avenir de Katie. Non pas une confiance aveugle et sourde, mais une volonté farouche de s’en sortir et de croire en l’autre.
Un drame très sombre, parfois cruel au point d’en être insoutenable pour une oeuvre riche, intense et bouleversante. A découvrir !

-Bande annonce

Les 100 légendes de la mythologie nordique de Patrick Guelpa


Editions Presses Universitaires de France (PUF) – 122 pages
Littérature française

Entre la vache Audhumla et le loup Fenrir, entre le frêne Yggdrasill et le dragon Fáfnir, les sombres forêts du Nord de l’Europe et les rivages des mers froides sont peuplées d’être merveilleux et fantastiques qui n’en finissent pas de nous fasciner.
Après la mythologie grecque, la mythologie nordique, popularisée par Wagner depuis la fin du XIXe siècle, est celle qui a fourni le matériau mythique le plus important. Ses fables et ses légendes ont été principalement consignées dans des sources littéraires, surtout dans l’Edda de l’Islandais Snorri Sturluson (1178-1241), l’Islande étant le véritable conservatoire des antiquités nordiques.
À partir de 100 mots, Patrick Guelpa nous propose d’aller à la découverte d’un monde enchanté, où se côtoient dieux et déesses, Ódhinn, Thor et Freyja, monstres, valkyries, géants et nains, elfes et fées…

MON AVIS :

A travers un petit lexique des termes mythologiques, Patrick Guelpa donne au lecteur quelques clés de compréhension sur les mythes et légendes de la mythologie nordique. Du Dieu Odin à Loki en passant par le dragon Fafnir et le légendaire Thor, ce petit Que sais-je dresse le portrait de nombreuses légendes et histoires contées à travers les siècles.
Mais si le thème est passionnant et les histoires souvent drôles et étonnantes, on pourra regretter l’aspect très succinct de l’oeuvre et sa narration souvent trop courte. Difficile en effet de se repérer dans les nombreux Dieux qui peuplent les mondes mythologiques nordiques quand on a peu de clés initialement. Une plongée riche mais bien trop courte dans un univers aussi fascinant mais qui laisse souvent le lecteur frustré et en proie aux questionnements.

Un grand merci à Babelio et aux éditions PUF pour la découverte de ce petit Que sais-je ?

Bilan – Juin 2018


2 FILMS

Ghostland de Pascal Laugier (2018) – 7,5/10
Katie says goodbye de Wayne Roberts (2018) – 7/10

6 LIVRES

Roméo et Juliette de William Shakespeare (182 pages) – 7,5/10
Lilicorne et Paillette, tome 1 – La rentrée (28 pages) – 6/10
Lilicorne et Paillette, tome 2 – L’anniversaire (28 pages) – 7/10
Passé sous silence d’Alice Ferney (204 pages) – 4,5/10
American Gods de Neil Gaiman (604 pages) – 7/10
Les 100 légendes de la mythologie nordique de Patrick Guelpa (122 pages) – 6/10

Total pages : 1168 pages

1 BD

Les classiques en BD : les fables de La Fontaine de Bruno Heitz – 6/10

1 SÉRIE

-American Gods, saison 1 – 6,5/10

American Gods de Neil Gaiman


Editions J’ai lu – 604 pages
Littérature britannique

Dans le vol qui l’emmène à l’enterrement de sa femme tant aimée, Ombre rencontre Voyageur, un intrigant personnage. Dieu antique, comme le suggèrent ses énigmes, fou, ou bien simple arnaqueur ? Et en quoi consiste réellement le travail qu’il lui propose ? En acceptant finalement d’entrer à son service, Ombre va se retrouver plongé au sein d’un conflit qui le dépasse : celui qui oppose héros mythologiques de l’ancien monde et nouvelles idoles profanes de l’Amérique. Mais comment savoir qui tire réellement les ficelles : ces entités légendaires saxonnes issues de l’aube des temps, ou les puissances du consumérisme et de la technologie ? A moins que ce ne soit ce mystérieux M. Monde…

MON AVIS :

Oeuvre fantasy, American Gods raconte comment les anciens dieux tentent de survivre face aux nouveaux. De leur arrivée dans le nouveau monde à leur quasi-extinction, de la foi à l’absence de croyances, American Gods dresse le portrait d’une Amérique en proie à la déshérence et à l’absence de repères. Une quête aussi initiatique que symbolique qui interroge sur la puissance des croyances et les nouvelles idoles du monde contemporain.
American Gods est un récit foisonnant, parfois un peu obscur et dense, aux références nombreuses et souvent peu explicites qui nous plonge au coeur des mythes et des légendes créatrices. Une très belle idée de départ que desservent parfois quelques longueurs mais qui s’avère tout de même intéressant, tant du point de vue de l’entretien des mythes que sur l’ambivalence que cultivent les divinités, entités aux desseins parfois obscurs et égoïstes. Une jolie découverte, adaptée depuis en série par Jesse Alexander et Michael Green (2017).

« Tu es des nôtres, répondit le borgne. Tu es aussi oubliée, aussi obscure, aussi privée d’amour que n’importe lequel d’entre nous. Le camps auquel tu appartiens ne fait aucun doute ».


C’est sans importance. Comme disaient les journaux : quand la légende est plus belle que la réalité, il faut imprimer la légende. Ce pays a besoin de légendes, mais même les légendes n’en sont plus convaincues.
-Vous, vous en êtes conscient.
-Je suis un has-been. Personne n’en a rien à foutre de moi.
-Vous êtes un dieu », dit Ombre doucement.

Les classiques en BD : les fables de La Fontaine de Bruno Heitz


Editions Casterman – 1 tome

« La Cigale et la Fourmi », « Le Corbeau et le Renard », « Le Lièvre et la Tortue »… Autant de fables que les enfants apprennent à l’école depuis des générations.
Cette fois, Bruno Heitz les revisite en bande dessinée. L’occasion de savourer avec un plaisir nouveau, ces textes en vers parfaitement ciselés dans leur version originale.
24 fables, des plus incontournables aux moins connues, pour entrer de plain-pied dans l’imaginaire malicieux de Jean de la Fontaine.

MON AVIS :

A travers les jolies illustrations de l’auteur, Les fables de La Fontaine connaissent une nouvelle jeunesse. Partant de l’histoire de La Fontaine, de la volonté qu’il a eu de critiquer son époque à travers la figure des animaux, Bruno Heitz explique aux plus jeunes l’art de la satire sociale. Une belle initiative joliment mise en images qui permet d’appréhender les principales fables de l’auteur (La cigale et la fourmi, Le chêne et le roseau, le lièvre et la tortue etc.). Les dessins apportent ici un véritable plus puisqu’ils permettent de visualiser des mots et tournures de phrases parfois difficiles en les rendant accessibles aux plus jeunes.
Une belle façon de mieux faire connaitre ces fables, tout à la fois ludique et instructive. A recommander !

Je remercie les éditions Casterman qui m’ont permis de redécouvrir ces fables !

Les fables de la Fontaine en BD1

Quatre soeurs T. 1 – Enid de Malika Ferdjoukh


Editions L’école des Loisirs – 140 pages
Littérature française

Enid doit faire dix-sept pas de l’abribus jusqu’à l’impasse de l’Atlantique qui mène à sa maison, la Vill’Hervé. Un de moins que l’été dernier. La preuve que ses jambes allongent, donc qu’elle a grandi. N’empêche qu’elle est toujours la plus petite des cinq soeurs Verdelaine. Personne ne la croit quand elle dit qu’elle a entendu un fantôme hurler dans le parc et faire de la musique. Ni Charlie, trop occupée à réparer Madame Chaudière pour l’hiver et à arrêter de fumer pour faire des économies. Ni Bettina et ses copines Denise et Béhotéguy, dites DBB (la Division Bête et Bouchée), concentrées sur leur nombril. Ni Geneviève, mobilisée par son propre secret très difficile à préserver. Ni Hortense, plongée dans la rédaction de son journal intime. Ni Tante Lucrèce qui n’écoute qu’Engelbert Humperdinck, son crooner préféré. Ses parents la croiraient peut-être, mais ils sont morts depuis dix-neuf mois et vingt-deux jours.

MON AVIS :

Premier tome de la saga Quatre soeurs, magnifiquement adaptée en BD par Cauti Baur et Malika Ferdjoukh, Enid s’attache à présenter la petite soeur cadette et son caractère très imaginatif. Une première rencontre avec les 5 soeurs de la Vill’Hervé, aussi drôle que riche pour des personnages hauts en couleur. La jeune Enid, espiègle et un peu froussarde, est un joli personnage de roman : toute en naïveté et en tendresse.
Un premier tome très réussi qui plonge le lecteur dans le quotidien très coloré de ces soeurs pas tout à fait comme les autres. A découvrir !

Elle se réveilla cette nuit-là le coeur battant. Ce n’était pas la tempête. Il ne pleuvait pas… mais le vent soufflait assez fort pour agiter le loquet du volet. Etait-ce ce qui l’avait réveillée ? Non… Il y avait un bruit… Un son qu’elle connaissait bien maintenant…
OOOOoooooohhhhhoooooOOOO…
Le fantôme.

Ghostland de Pascal Laugier


Film français-canadien – 1h31

Avec Mylène Farmer, Crystal Reed, Anastasia Phillips et Emilia Jones

Suite au décès de sa tante, Pauline et ses deux filles héritent d’une maison. Mais dès la première nuit, des meurtriers pénètrent dans la demeure et Pauline doit se battre pour sauver ses filles. Un drame qui va traumatiser toute la famille mais surtout affecter différemment chacune des jeunes filles dont les personnalités vont diverger davantage à la suite de cette nuit cauchemardesque.

MON AVIS :

Après le très violent Martyrs, Pascal Laugier revient ici au film d’horreur-épouvante et sème une terreur nouvelle faite d’impuissance, d’attente et d’incompréhension.
Une oeuvre dense et rythmée qui nous plonge au coeur de l’horreur et réussit un tour de force narratif très puissant. Porté par des actrices talentueuses, Ghostland joue sur les stéréotypes pour mieux s’en affranchir (la jeune mère de famille qui emménage seule avec ses deux filles, la figure démoniaque de la poupée, des effets de rebondissements réussis) et évoquer des thèmes encore plus sombres que ceux soulevés par la simple peur. En effet, à travers le spectre de l’abus sexuel, du meurtre et de la perte de l’innocence, Pascal Laugier dresse le portrait monstrueux d’une Amérique solitaire et démoniaque où se côtoient des personnalités étranges et sombres.
Audacieux, inattendu et radical, Ghostland plonge le spectateur dans un abîme intime des plus cauchemardesques, faisant de ses personnages des proies fragiles et délicates mais toujours déterminées. Une vraie réussite du genre !

– Bande annonce

Passé sous silence d’Alice Ferney


Editions Babel – 204 pages
Littérature française

Passé sous silence est le récit, en forme de conte historique, d’un événement réel de la seconde moitié du XXe siècle. Les dates, lieux, noms de personnes ont été effacés, mais les choses dites l’ont été et les faits sont authentiques : dans un moment décisif de notre histoire s’affrontent deux visions de l’honneur et du service de l’Etat. Entre la Terre du Sud et le Vieux Pays, une guerre d’indépendance s’éternise. Pour la finir, le Vieux Pays rappelle au pouvoir son chef le plus prestigieux. Une fois investi, le souverain n’agit pas comme on l’attendait. Contre ce pouvoir, un jeune officier mène une conjuration jusqu’à l’attentat.

MON AVIS :

En alternant les points de vue, celui du puissant qui commande la guerre, marqué par la troisième personne du singulier, et celui de l’exécutant pétri d’idéaux qu’incarne un « tu » inquisiteur, Alice Ferney crée un récit riche qui aborde de nombreux thèmes : la force des croyances, la versatilité du pouvoir, le despotisme, la faiblesse des idéaux. Une oeuvre aux multiples facettes qui ne parvient cependant jamais à convaincre le lecteur et s’épuise dans une démonstration un peu stéréotypée. Si l’on peut apprécier la confrontation de points de vue différents et la richesse de l’écriture, l’histoire apparait très vite convenue et le dénouement attendu. Un récit qui évoque l’honneur d’un homme et les convictions d’un soldat confrontées au pouvoir politique et à la rancune particulière d’un chef d’Etat. Un thème qui côtoie la grandeur du sentiment et la force des croyances mais qui ne parvient jamais à réellement passionner le lecteur, spectateur passif de convictions bavardes pour une successions de faits sans réel intérêt. Dommage.

Toi, Paul, tu regardais ce monde en insurrection. Toi encore si loin de te mêler à l’action ! Tu étais le futur héros tragique de ce moment historique. Tu l’ignorais. L’agitation du présent, la fièvre qui montait et que rien n’endiguerait, la rancoeur et l’esprit de vengeance qui se sédimentaient, ne t’avaient pas encore empli de tristesse et de colère. Tu n’avais pas désigné la figure de l’adversaire, ni la nature du dommage que causerait son cynisme.


Le capitaine s’adressait gravement à son sous-officier. J’ai connu ça dans une autre guerre, dit-il. Je les vois courant derrière nos camions… Voulez-vous savoir qui ? Les combattants indigènes qui avaient épousé notre cause. Ils tendaient les bras vers nous pour que nous les aidions à monter. Mais aucune place n’était prévue pur eux. Et je regardais leurs mains, si près des miennes. L’armée évacuait le pays. Nous partions. Nous abandonnions à l’ennemi ceux qui l’avaient combattu avec nous…

Paillette et Lilicorne tomes 1 & 2 de Capucine Lewalle et Bérengère Delaporte

La rentréeL'anniversaire
Editions Casterman – 2 tomes

Tome 1 : La rentrée – C’est le jour de la rentrée, et à l’école, Paillette se fait déjà gronder. Heureusement, elle peut compter sur le soutien de Lilicorne qui lui confie une graine aux mystérieux pouvoirs magiques.

Tome 2 : L’anniversaire – Paillette est triste : c’est l’anniversaire de Grenadine et elle n’est pas invitée. Même Lilicorne a reçu une invitation ! Mais il en faut plus pour décourager Paillette, bien décidée à participer à la fête…

MON AVIS :

C’est un univers très coloré que nous proposent de découvrir les 2 auteures de ces jolis albums jeunesse. Une rencontre faite de questionnements mais aussi et surtout de solutions qui montrent aux plus petits qu’il est toujours possible d’avancer en étant soi même et en restant optimiste. De jolies valeurs mises en image grâce à de belles illustrations mettant en valeur l’imaginaire de l’enfant. Dès lors, que ce soit parce que l’école recommence ou pour savoir comment être invité à une fête d’anniversaire, les petits lecteurs s’interrogent et comprennent l’importance de rester soi même avant tout et de prendre plaisir dans son rapport à l’autre.
Deux jolies histoires, parfaites pour aborder les thèmes de la différence, du rejet et de l’importance de l’imaginaire. Idéal à partir de 4-5 ans !

Un grand merci aux éditions Casterman pour la découverte de ces deux jolis albums !