Les chutes de Joyce Carol Oates

Editions Point – 552 pages
Littérature américaine

Au matin de sa nuit de noce, Ariah Littrell découvre que son époux s’est jeté dans les chutes du Niagara. Durant sept jours et sept nuits, elle erre au bord du gouffre, à la recherche de son destin brisé. Celle que l’on surnomme désormais « La Veuve blanche des Chutes » attire pourtant l’attention d’un brillant avocat. Une passion aussi improbable qu’absolue les entraîne, mais la malédiction rôde…

MON AVIS :

L’écriture de Joyce Carol Oates, puissante et poignante, dévoile ici les craintes intimes et les peurs profondes de personnages en quête d’eux-mêmes. Une plongée virulente et instinctive dans l’intimité d’une famille, découvrant ses failles et ses faiblesses silencieuses. Tout dans cette œuvre prouve le talent de l’autrice, son approche personnelle, presque fusionnelle de ses personnages, faillibles et imparfaits, la narration troublante, leurs liens indistincts. Une chute vertigineuse pour une plongée sans retour dans les gorges de Niagara Falls, sorte de monstre d’arrière-plan, qui dévore sans concession ses habitants et les hante d’une peur irrationnelle et impalpable. Une lecture d’une grande puissance narrative, parfois déroutante, mais toujours d’une grande force, comme souvent avec Joyce Carol Oates.

De l’aide ? Puis-je vous aider ? »
Les yeux de la femme rousse s’élevèrent vers le visage du concierge aussi lentement que des yeux de verre tournant dans la tête d’une poupée. La peau, sous ses yeux, était décolorée, bleuâtre. Elle avait une marque rouge sous son menton frêle, peut-être s’était-elle ou avait-elle été blessée. (« On aurait dit des doigts d’homme. Ça en avait la forme. Comme s’il l’avait empoignée, essayé de l’étrangler. Mais peut-être que non. Peut-être était-ce son imagination. Ensuite, les marques se sont sans doute effacées. »)
La femme plissa les yeux et rajusta ses bagues. Avec un air d’excuse, elle fit non de la tête.
« Non Madame ? Je ne peux pas vous aider ?
-Merci, mais personne ne peut m’aider. Je crois que je suis… damnée. »


Les chutes exerçaient néanmoins un charme maléfique, qui ne faiblissait jamais. Lorsque vous grandissiez dans la région du Niagara, vous saviez. L’adolescence était l’âge dangereux. La plupart des gens du cru se tenaient à l’écart des Chutes et ne risquaient donc rien. Mais si vous approchiez trop près, même par curiosité intellectuelle, vous étiez en danger : vous commenciez à avoir des pensées qui ne vous ressemblaient pas, comme si le tonnerre des eaux pensait pour vous, vous dépossédait de votre volonté.

L’été de la sorcière de Kaho Nashiki

Editions Philippe Picquier – 168 pages
Littérature japonaise

On passe lentement un col et au bout de la route, dans la forêt, c’est là. La maison de la grand-mère de Mai, une vieille dame d’origine anglaise menant une vie solide et calme au milieu des érables et des bambous. Mai qui ne veut plus retourner en classe, oppressée par l’angoisse, a été envoyée auprès d’elle pour se reposer. Cette grand-mère un peu sorcière va lui transmettre les secrets des plantes qui guérissent et les gestes bien ordonnés qui permettent de conjurer les émotions qui nous étreignent.

MON AVIS :

A travers une écriture douce, poétique, Kaho Nashiki entraîne le lecteur sur les chemins de la simplicité et de la bienveillance. La grand-mère, un peu sorcière, de Mai incarne l’esprit tendre et ressourçant de la campagne. La jeune narratrice, alter ego de l’autrice, apprend avec douceur et tendresse à écouter cette petite voix intérieure, trop souvent écrasée par une société qui ne lui laisse pas de place. L’oeuvre est pure, enchanteresse, et même si on aurait apprécié d’en apprendre davantage sur ses personnages, ce roman reste rafraîchissant et d’une grande douceur.
Un joli moment de lecture.

-Donc si les démons existent réellement, je pourrais vraiment me protéger d’eux en faisant des choses aussi simples ? insista Mai.
-Oui, vraiment. Pour se protéger des démons ou même pour devenir une sorcière, le plus important est le pouvoir de la volonté. La force de décider par soi-même, d’accomplir ce que l’on a soi-même décidé. Si tu développes cette force, les démons ne pourront pas facilement te posséder. Ces choses aussi simples, comme tu dis, ne sont-elles pas pour toi les plus difficiles ? Je me trompe ?

D’or et d’oreillers de Flore Vesco

Editions L’école des loisirs – 234 pages
Littérature française

C’est un lit vertigineux, sur lequel on a empilé une dizaine de matelas. Il trône au centre de la chambre qui accueille les prétendantes de Lord Handerson. Le riche héritier a conçu un test pour choisir au mieux sa future épouse. Chaque candidate est invitée à passer une nuit à Blenkinsop Castle, seule, dans ce lit d’une hauteur invraisemblable. Pour l’heure, les prétendantes, toutes filles de bonne famille, ont été renvoyées chez elles au petit matin, sans aucune explication.
Mais voici que Lord Handerson propose à Sadima de passer l’épreuve. Robuste et vaillante, simple femme de chambre, Sadima n’a pourtant rien d’une princesse au petit pois ! Et c’est tant mieux, car nous ne sommes pas dans un conte de fées mais dans une histoire d’amour et de sorcellerie où l’on apprend ce que les jeunes filles font en secret, la nuit, dans leur lit…

MON AVIS :

A travers une écriture fluide, ponctuée de jolis traits d’humour, Flore Vesco revisite les contes de l’enfance, les brouille, les démystifie et les remanie. Une oeuvre faite de magie, de suspense et de réflexions qui montre qu’avec une belle force de caractère et de la détermination, il est possible de forger son propre destin. Un bel hommage aux héroïnes de notre imaginaire, qui allie, avec puissance et fluidité, de nombreux contes, entremêle les histoires et décortique les liens qui unissent les personnages. Une plongée merveilleuse dans les méandres d’un château horrifique, qui montre la puissance des liens charnels incarnés par des personnages aussi sympathiques qu’atypiques. La plume facétieuse de Flore Vesco dépoussière ici les contes de fées et nous livre une histoire plus sombre et mature. Une jolie découverte !

-Et le petit pois ?
-Le petit pois, voyons ! Vous pensez bien qu’il n’y en avait pas plus que de citrouilles et de haricots magiques. Ou de bébés qui germent dans les roses et les choux. Cette manie de masquer la réalité derrière des légumes ! Ma douce, le conte du petit pois sous le matelas, c’est une soupe qu’on fait avaler aux fillettes innocentes.

Résilience d’Ophélie Winter

Editions Harper Collins – 176 pages
Autobiographie – littérature française

Star des années 1990, égérie de M6, musicienne précurseur d’un nouveau style, Ophélie reste l’idole d’une génération.
Du Hit-parade aux Victoires de la musique en passant par le cinéma, elle s’est imposée comme une artiste incontournable de la scène française. Jour après jour, elle a tout donné à ce métier qui l’habitait, emportée par le tourbillon du succès.
Pourtant, derrière les paillettes, personne ne connait vraiment l’histoire de cette artiste authentique et viscéralement à fleur de peau, plongée dès l’enfance dans l’univers du showbiz.

MON AVIS :

Icône des années 90, Ophélie Winter est une femme d’affaires touche-à-tout. Tour à tour mannequin, actrice, présentatrice télé et chanteuse, elle a su s’imposer grâce à un important travail personnel et à une personnalité forte. Ophélie Winter dresse ici le portrait de ses années à succès mais aussi de celles qui ont suivi, faisant de son corps et de son esprit, des instruments de douleur intense. L’autrice se confie ici sans fard, avec une forme d’authenticité appréciable sur cette vie incroyable qu’elle a menée. Une vie taillée sur mesure par une mère vivant son succès par procuration, empreinte de désillusions mais aussi de rencontres essentielles.
Un récit intime intéressant, qui montre les nombreuses épreuves vécues par celle qui a incarné de multiples vies et s’est toujours battue pour entretenir une forme d’authenticité et de clairvoyance.
Même si on pourra regretter la fin du récit, un peu plus conventionnel, réalisé sous forme de réponses à ses fans, l’autrice prouve ici que tout ce que l’on entreprend avec implication se concrétise. Son premier roman en est ici une belle illustration.

Mais comme il faut bien commencer quelque part, je vous livre ici le récit qui constitue le nerf de cette existence particulière : celui de ma résilience, cette force qui m’a tenue debout à travers les tempêtes du destin. Si cette histoire vous touche, libre à vous d’en demander plus.


Cette condition d’adhérer à ce qu’on chante peut sembler évidente, mais c’est loin d’être le cas. Les producteurs nous proposent des musiques qu’ils estiment être ce que les gens écoutent, dans la mode du moment ou du moins dans la même lignée. Ils sont censés bien connaître le marché, sentir les tendances émergentes et repérer les talents. on est donc tentés de s’en remettre à eux, de suivre les opportunités qu’ils nous offrent. A cet âge, je ne me faisais pas encore assez confiance pour suivre mon instinct. Pour me dire que si je n’aimais pas une chanson, si je ne l’assumais pas et si je n’en étais pas fière, il y avait peu de chances pour que le public soit conquis. ecouter son instinct, c’est comme tout, ça s’apprend.

Merci à Babelio et aux éditions Harper Collins pour ce partenariat.

Les Vous de Davide Morosinotto

Editions L’école des loisirs – 396 pages
Littérature italienne

Dans un village tranquille des Alpes italiennes, un énorme rocher se décroche de la montagne et cause la mort d’un pêcheur. Les anciens disent que c’est la Main de Pierre, qui protégeait la région des esprits. Simple légende ? Pourtant, des vagues agitent la surface du lac. Un champion de kayak chavire sans raison. Une femme entend soudain son mari mort il y a plus de vingt ans. Et un gardien trouve des empreintes… mais de quoi ? Blue, une jeune fille aux yeux couleur d’eau, a l’impression que des voix essaient de lui parler. Qui êtes-vous, les Vous ?

MON AVIS :

C’est une oeuvre d’une douce étrangeté que nous propose ici Davide Morosinotto. Une plongée sans fard dans l’univers d’une bande d’adolescents aussi atypiques qu’attachants, un petit village typique des alpes italiennes, une ambiance où règne mystère et étrangeté.
Un véritable parti-pris pour l’auteur qui nous livre sa vision d’une existence tierce, leurs rites et leurs fonctionnements. L’ensemble fonctionne bien, dans une atmosphère sereine et brumeuse, d’une grande précision narrative. Une histoire finalement simple portée par une narration fluide et une écriture claire pour une lecture sympathique.

Les parents.
Ces créatures étranges. Mythologiques, presque.
Toujours là quand on a besoin d’eux (et parfois quand on s’en passerait bien, pour être honnête). C’est à se demander ce qu’ils font quand leurs enfants ne sont pas dans les parages. Est-ce qu’ils disparaissent, est-ce qu’ils cessent d’exister ? Ou est-ce qu’ils ont une vie à eux ? La réponse à cette dernière question, aussi bizarre que cela puisse paraître, est oui.


C’était très déroutant. Blue et Cameron avaient beau être seuls, elle sentait une multitude de créatures sans visage autour d’eux. Des spectres. Des Vous.

L’étrange garçon qui vivait sous les toits de Charlotte Bousquet, Christine Féret-Fleury et Fabien Fernandez

Editions Slalom – 142 pages
Littérature française

Lorsque son père médecin l’envoie chez Arlette, une ancienne infirmière de 93 ans à l’internet vacillant, Nina est persuadée qu’elle va vivre le pire des confinements. Mais bientôt, alors qu’elle fouille dans la cave pour tromper son ennui, la jeune fille découvre dans une malle la photo jaunie d’un garçon… qu’elle a déjà croisé dans l’escalier.
Ce portrait replonge Arlette dans un douloureux passé, celui de la guerre, d’un amour interdit et d’une blessure jamais refermée. Nina a-t-elle vraiment pu rencontrer Natan, cet adolescent juif qui a vécu caché dans l’immeuble pendant la Seconde Guerre mondiale ? Sauront-ils tous les deux dénouer les fils des sombres événements qui se sont déroulés 78 ans plus tôt ?

MON AVIS :

En alternant les points de vue et les époques, les auteurs de ce roman jeunesse alternent les vécus et les perceptions de leurs personnages. Une approche joliment menée comme un fil tendu entre les générations, une porte ouverte sur les dérives vécues. L’écriture fraîche et franche des auteurs, met joliment en valeur les échos qui se dessinent entre les époques, laissant la figure du mal, de la petitesse et de la délation prendre différentes formes, souvent inattendues. Une oeuvre jeunesse intéressante en ce qu’elle montre que l’absence de liberté sous toutes ses formes entretient un sentiment d’insécurité et de faillibilité qui questionne encore les lecteurs aujourd’hui. A découvrir.

O.K., on stoppe tout. Natan est présent, Arlette aussi. Les deux sont en piteux état et moi, je suis capable de voir les âmes en peine. Pourquoi, comment et tout le tas de questions qui va avec : je verrai ça plus tard.

Je remercie les éditions Slalom (et plus particulièrement Margaux R.) qui m’ont permis de découvrir ce joli roman.

+d’infos sur le livre ici

Bilan mensuel – Mai 2021


8 livres lus / 1438 pages
19 BD



Fille de Camille Laurens (226 pages)
Pierre, de Christian Bobin (96 pages)
Le dernier été en ville de Gianfranco Calligarich (214 pages)
-Carnet du soleil de Christian Bobin (64 pages)
-Le coeur & la bouteille d’Oliver Jeffers (40 pages)
-Le dé-mariage de Babette Cole (40 pages)
La mer sans étoiles d’Erin Morgenstein (640 pages)
L’épuisement de Christian Bobin (118 pages)


-Les vieux fourneaux, tomes 3, 4 et 5 de Lupano et Cauuet
-Voir des baleines de Javier de Isusi
-Le bateau de Thésée tomes 1, 2, 3, 4 et 5 de Toshiya Higashimoto
-Viking : un long feu de glace de Ivan Brandon et Nic Klein – 5/10
-Mes ruptures avec Laura Dean de Mariko Tamaki et Rosemary Valero O’Connell
-Les gens honnêtes, tomes 1 et 2 de Durieux et Gibrat
-Puzzle de Franck Thilliez et Mig
-Je suis un autre de Rodolphe et Laurent Gnoni
Les belles personnes de Chloé Cruchaudet 
-La pluie du paradis du Lu Yu
Le journal de Célia, infirmière au temps du covid et autres récits de Mademoiselle Caroline et Célia
-Le lendemain du monde de Xavier Coste


Préférés du mois :

« Déceptions » du mois :

-Viking : un long feu de glace de Ivan Brandon et Nic Klein
-La pluie du paradis de Lu Yu
-Le lendemain du monde de Xavier Coste


3 SERIES /  1 FILM


-Unbelievable, saison 1
-Unorthodox, saison 1
-Bloodline, saison 1


-The wife de Bjorn Runge (2017)

Circé de Madeline Miller

Editions Pocket – 572 pages
Littérature américaine

Hélios, dieu du soleil, a une fille : Circé. Elle ne possède ni les pouvoirs exceptionnels de son père, ni le charme envoûtant de sa mère mais elle découvre pourtant un don : la sorcellerie, les poisons et la capacité à transformer ses ennemis en créatures monstrueuses. Peu à peu, même les dieux la redoutent.
Son père lui ordonne de s’exiler sur une île déserte sur laquelle elle développe des rites occultes et croise tous les personnages importants de la mythologie : le minotaure, Icare, Médée et Ulysse…
Mais cette existence de femme indépendante et dangereuse inqyuiète les dieux et effraie les hommes. Pour sauver ce qu’elle a de plus cher à ses yeux, Circé doit choisir entre ces deux mondes : les dieux dont elle descend, les mortels qu’elle a appris à aimer.

MON AVIS :

Circé incarne à elle seule l’indépendance et la force, la féminité et la sorcellerie. Autant de thèmes réunis en une seule figure, féminine et complexe, qui interroge la mythologie sur les conséquences d’une vie indépendante, la condition et la place de la femme dans nos sociétés et dans celle des dieux. Un point de vue nouveau, celui d’un personnage moins connu de la mythologie, qui s’avère constructif et intéressant. L’écriture est claire, la narration immersive malgré des passages un peu longs. Une plongée au coeur de préoccupations contemporaines qui, en se basant sur les mythes, prend une dimension intemporelle intéressante et fait de ce personnage fort, une figure imparfaite du féminisme.

Je n’arrivais pas à arrêter de sourire. La fragilité des mortels appelle la gentillesse et la bonne volonté. Ils savaient apprécier l’amitié et la main qu’on leur tendait. Si seulement davantage d’entre eux pouvaient venir, songeais-je. Je nourrirai un équipage par jour, et avec joie. Deux. Trois. Et peut-être que je recommencerai à me sentir moi-même. 

Les belles personnes de Chloé Cruchaudet

Editions Soleil – BD – 1 tome

« Faire des portraits d’anonymes ». Cette idée impulsée par le festival Lyon BD, a assez vite interpellé Chloé Cruchaudet. Elle a alors modelé cette proposition pour rendre le dispositif interactif : un appel à contributions a été lancé, afin de recueillir des éloges de « belles personnes » : l’objectif étant d’inciter les gens à ne pas se fier aux apparences.
Son choix s’est orienté vers quatorze témoignages parmi ceux qu’elle a jugé les plus étonnants ou touchants.

MON AVIS :

C’est un récit personnel, intime et multiple qu’a joliment mis en image Chloé Cruchaudet. L’autrice de Mauvais genre propose ici de raconter, subjectivement, personnellement, le parcours de ces belles personnes, ces anonymes qui créent la lumière autour d’eux, souvent involontairement, la transportent, la magnifient. Une succession d’hommages à ces hommes, ces femmes et parfois à ces animaux, qui ont souvent changé un destin en y apportant une touche de douceur ou en ravivant certaines couleurs.
Les dessins sont délicats, complétés par le récit initial des contributeurs qui parlent de « leurs » belles personnes.
Une succession de jolies histoires qui met du baume au coeur et montre l’humanité sous son meilleur jour.

Lettre à toi qui m’aimes de Julia Thévenot

Editions Sarbacane – 132 pages
Littérature française

Yliès et Pénélope, ça sonne comme un couple fait pour s’aimer, un duo romantique de lettrés ; c’est musical, gourmand, sucré-salé. Alors pourquoi Pénélope ne l’aime-t-elle pas, Yliès, hein ? Elle joue avec lui, en plus, sérieux : du jour où elle l’a rencontré, elle a su qu’elle lui plaisait. Elle l’a senti, compris. Alors pourquoi, pourquoi, l’a-t-elle laissé s’approcher, s’amouracher, se glisser dans son quotidien et ses amitiés, aller aussi loin, aussi près ? Pourquoi ne veut-elle pas l’aimer ?

MON AVIS :

C’est une non-histoire d’amour qui s’écrit ici au fil des pages, un duo romantique qui ne s’accorde pas. Le point de vue de celle qui n’aime pas celui pourtant follement amoureux d’elle, la situation compliquée de celle qui ne veut pas briser le coeur mais ne peut s’en empêcher… Julia Thévenot nous surprend ici en brodant très justement les sentiments non-amoureux, la culpabilité qui l’accompagne, l’incompréhension parfois. L’oeuvre est riche tout en restant d’une grande légèreté, grâce à une écriture poétique et douce. Julia Thévenot montre ici ses talents de conteuse, sa passion pour la littérature jeunesse qui, à l’image de ce que fait Clémentine Beauvais, raconte sans manichéisme mais avec beaucoup d’intelligence, la confrontation de l’adolescence avec les thématiques universelles des sentiments, de l’amitié, des choix et de l’indépendance.
On ne pourra ici qu’apprécier la beauté et la légèreté de l’écriture qui parvient néanmoins à montrer toute la complexité des émotions adolescentes. Une oeuvre douce et délicate, une vraie réussite.

J’ai dit :
-Je comprends, Yliès, et je sais – j’ai déjà vécu ça, de ne désirer rien d’autre que d’être prise, serrée, écrasée dans les bras de celui qui habite tes nuits et tes journées ; je sais ce que c’est. C’est dingue, dur, et ça te tord les boyaux et ça te flingue la tête, c’est douloureux. Je vois très bien, mais
je ne ressens pas ça pour toi.
Tu es un super
pote,
mais je ne te vois pas comme ça.

Je remercie Babelio et les éditions Sarbacane pour leur confiance.