Where to invade next de Michael Moore

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Documentaire américain – 2h
Avec Michael Moore

Dans son nouveau documentaire, Michael Moore décide de s’amuser à envahir le monde pour déterminer ce que les États-Unis peuvent apprendre des autres pays.

MON AVIS :

Le dernier documentaire de Michael Moore part d’une idée simple : peut-on importer les (bonnes) idées d’autres pays pour les appliquer au sien ? Une première idée plutôt intéressante, portée par un Michael Moore fidèle à son personnage et toujours aussi caustique. Un enfant terrible qui aime jouer avec humour les trouble-fêtes et qui s’invite souvent là où on ne l’attend pas.
Mais au-delà de l’intention de départ intéressante, et en acceptant l’idée que seuls les bons concepts sont retenus sans réelles nuances ni adaptation selon les cultures, le film perd ensuite rapidement de son attrait et ne résiste pas à quelques répétitions.
Le concept reste toujours le même et la fin parait rapidement maladroite, comme une justification de trop. Difficile en effet pour le réalisateur de clôturer un tel sujet, laissant le spectateur sur un certain sentiment d’inachevé. Ainsi, et malgré ces quelques retenues, il faut apprécier ce film pour ce qu’il est, c’est à dire l’occasion de passer un bon moment, avec humour et jovialité, avec un Michael Moore toujours très en forme.

– Bande annonce

Prodigieuses créatures de Tracy Chevalier

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Editions Folio – 420 pages
Littérature américaine

Dans les années 1810, à Lyme Regis, sur la côte du Dorset battue par les vents, Mary Anning découvre ses premiers fossiles et se passionne pour ces « prodigieuses créatures » dont l’existence remet en question toutes les théories sur la création du monde. Très vite, la jeune fille issue d’un milieu modeste se heurte aux préjugés de la communauté scientifique, exclusivement composée d’hommes, qui la cantonne dans un rôle de figuration.
Mary Anning trouve heureusement en Elizabeth Philpot une alliée inattendue. Celte vieille fille intelligente et acerbe, fascinée par les fossiles, l’accompagne dans ses explorations. Si leur amitié se double peu à peu d’une rivalité, elle reste, face à l’hostilité générale, leur meilleure arme.

MON AVIS :

C’est avant tout un hommage, rendu par une romancière à deux femmes originales dans l’Angleterre du XIXème siècle. Mary Anning, jeune femme de condition modeste, traversée par la foudre lorsqu’elle était enfant, passe ses journées à la recherche de fossiles. Elizabeth Philpot, jeune femme cultivée d’un milieu plus élevé, contrainte d’abandonner la vie culturelle de Londres pour le petit port de Lyme, va progressivement se passionner pour la recherche d’animaux marins fossilisés. L’une incarne l’effronterie, le don et la passion, l’autre, la recherche, la raison et l’éducation. Deux destins extraordinaires, faits pour se rencontrer et qui vont, chacun à leur manière, révolutionner la paléontologie et la géologie.
Histoire vraie bien que romancée, Prodigieuses créatures parle autant des découvertes toujours plus étonnantes de Mary que de ces deux chercheuses, opiniâtres et téméraires qui ont, par leur intelligence et leur ténacité, réussi à intégrer le cercle très masculin de la communauté scientifique des géologues.
Deux figures féminines, portées par la plume légère et envoûtante de Tracy Chevalier, qui nous entraînent dans leurs sillages, à la découverte de nos origines et des théories évolutives. Un bel hommage à ces femmes de l’ombre rendues à la lumière, à leur force et à leurs convictions. Une oeuvre, où se mêlent la passion à la force des éléments, la délicatesse des découvertes à la rigueur du monde scientifique. A découvrir !

Mary Anning en impose par ses yeux. Ce détail m’a semblé évident dès notre première rencontre, quand elle n’était qu’une fillette. Ses yeux sont marron comme des boutons, et brillants, et elle a cette manie des chasseurs de fossiles de toujours chercher quelque chose, même dans la rue ou à l’intérieur d’une maison, où il n’y a aucune chance de trouver quoi que ce soit d’intéressant. Cette particularité la fait paraître pleine d’énergie, même lorsqu’elle reste sans bouger.


Un autre fil était déployé aussi, reliant le passé à l’avenir, avec l’ichtyo à un bout, l’ichtyo qui était mort il y a des lustres et attendait seulement que je le trouve. Je ne savais pas ce qu’il y avait à l’autre bout de ce fil. Ces deux fils étaient tellement longs qu’il n’était même pas question de les mesurer, et à l’endroit ou l’un rejoignait l’autre, il y avait moi.


Nous parlons à peine, car nous n’en avons pas besoin. Nous sommes silencieuses ensemble, chacune dans son propre univers, consciente que l’autre est tout près d’elle.

Série – Mr Robot

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Série de Sam esmail – 2 saisons (en cours)
Saison 1 : 10 épisodes
Saison 2 : 12 épisodes
Saison 3 : en cours

SAISON 1 :

Elliot est un jeune programmeur anti-social qui souffre d’un trouble du comportement qui le pousse à croire qu’il ne peut rencontrer des gens qu’en les hackant. Il travaille pour une firme spécialisée dans la cyber-sécurité mais un homme connu sous le nom de Mr Robot l’approche un jour pour faire tomber une compagnie surpuissante qui fait partie de celles qu’il doit justement protéger…

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MON AVIS :

1-Un univers inédit à la télévision

Diffusée sur France 2 à partir du lundi 19 septembre à 22h40, la programmation de cette série atypique a de quoi surprendre. Un pari plutôt risqué pour la chaîne qui montre ainsi qu’elle sait prendre des risques pour conquérir de nouveaux spectateurs, à l’image de ce que fait déjà depuis un certain temps Arte. Véritable plongée dans l’univers des hackers et de la programmation, la série interroge, étonne et bouscule les thèmes jusqu’alors traités par les séries TV. Un format idéal pour ce sujet parfois obscure mais qui s’avère d’une étonnante efficacité scénaristique.

2-Un scénario réaliste

Même si la série prend le parti de traiter son sujet à travers les yeux et l’esprit parfois étonnant d’Elliot, son scénario réaliste et actuel est un atout non négligeable. Une oeuvre réaliste, dans sa façon d’aborder les thèmes mais également dans le comportement de ses personnages qui confère à la série une véritable dimension sociale et humaniste.

3-Plongée dans les méandres d’un esprit dérangé

Mais la vraie force de Mr Robot vient avant tout de ses interprètes, d’une grande justesse. Rami Malek, impressionnant en hacker asocial dérangé mais aussi ses complices dont le très convaincant Christian Slater. Le casting féminin est lui aussi prometteur : Carly Chaikin et Portia Doubleday sont toutes deux très convaincantes dans leurs rôles respectifs. Ainsi, même si les personnages peuvent apparaître de prime abord froids et distants, c’est pour mieux montrer leur étonnante complexité et leur indéfinissable sang-froid. Des personnages forts à l’interprétation clinique qui sauront vous impressionner et vous séduire.

4-Un concept visuel

Si la série peut s’appuyer sur des personnages complexes, elle se démarque également par son concept visuel très audacieux. Si l’aspect visuel de la série peut apparaître sobre et banal de prime abord, c’est pour mieux nous surprendre et faire de ses contours noirs, un écrin ambitieux pour l’esprit de ses personnages. Les aspects visuels de cette série sont en effet variés et multiples, alternant entre des filtres gris et des instants de couleur vives, très intenses et prononcés.

5-L’envoûtant Rami Malek

Enfin, cette série ne serait certainement pas la même sans l’envoûtante interprétation de son acteur principal : Rami Malek. Découvert dans le très beau film indépendant States of Grace, Rami Malek se métamorphose littéralement pour ce rôle. Devenu un être asocial, en perpétuel décalage mais avec une vision très précise et avant-gardiste du futur, le comédien livre une interprétation toute en nuances et en subtilité, à découvrir !

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J’ajoute que la série a été récompensée en 2016 par deux Golden globes – meilleure série dramatique et meilleur acteur dans un second rôle pour Christian Slater.

Ouragan de Laurent Gaudé

Ouragan

Editions Actes Sud – 190 pages
Littérature française

A La Nouvelle-Orléans, alors qu’une terrible tempête est annoncée, la plupart des habitants fuient la ville. Ceux qui n’ont pu partir devront subir la fureur du ciel. Rendue à sa violence primordiale, la nature se déchaîne et confronte chacun à sa vérité intime : que reste-t-il en effet d’un homme au milieu du chaos, quand tout repère social ou moral s’est dissous dans la peur ?

MON AVIS :

Plongée sans fond à la rencontre de personnages qui se croisent, se regardent et se comprennent en silence, Ouragan entretient son univers électrique et mystérieux grâce à des personnages forts, aux destins noueux et aux multiples chemins.
Un roman qui mêle plusieurs voix, plusieurs coeurs au sein d’une tempête sans précédent. Ici, ce sont toutes les vies humaines qui s’entrechoquent dans un dédale de sentiments où se mêlent la peur, l’attente, la volonté, la destruction, les pulsions de mort et celles d’amour. De ce désœuvrement naît une oeuvre délicate, d’une grande profondeur et d’une douce humanité. Chaque destin peut se rejoindre, volontairement ou non, et se rapprocher au coeur de la catastrophe. Un roman délicat, porté par une écriture douce et habile qui nous entraîne dans les profondeurs de l’âme humaine, vers cet ouragan de sentiments qui nous anime.

Il n’y aura plus d’argent, plus de commerce et d’activité. Nous ne sommes pas à l’échelle de ce qui va venir. Le vent va souffler et il se moque de nous, ne nous sent même pas. Les fleuves déborderont et les arbres craqueront. Une colère qui nous dépasse va venir. C’est bien. Les hommes qui restent et verront cela seront meilleurs que les autres. Nous allons tout perdre. Nous allons nous accrocher à nos pauvres vies comme des insectes à la branche mais nous serons dans la vérité nue du monde.

Le bon fils de Denis Michelis

Le bon fils

Editions Notabilia / Les éditions Noir sur Blanc – 216 pages
Sortie le 25 août 2016
Littérature française

Un père et son fils cherchent à se faire une place l’un auprès de l’autre dans une nouvelle vie à la campagne. Mais comment peuvent-ils espérer en leur avenir si le fils refuse de bien travailler au lycée et si le père néglige son rôle de parent ? L’arrivée inopinée d’un dénommé Hans, un « ami » de longue date, personnage équivoque aux méthodes étranges, bouscule leur vie et lui donne un sens insoupçonné.

MON AVIS :

Parfois étrange et dérangeant, Le bon fils de Denis Michelis surprend par sa façon de traiter un thème plutôt classique en littérature : le rapport père / fils.
Une relation qui devient rapidement tripartite et qui maintient l’illusion d’un tiers dont on ne connait jamais tout à fait les motivations. Qui est ce mystérieux Hans ? Quels sont ses réels rapports avec le père ? Et ses intentions avec le mauvais fils qu’il souhaite transformer en bon fils ? La fuite de la figure paternelle, la révolte de l’adolescence et la venue de cet étranger sont portées ici par une écriture très claire qui nous transporte d’une page à l’autre sans difficultés. Les personnages sont étonnants, parfois extravagants, avec leur curieuse étrangeté intrinsèque, parfois emplis de bons sentiments et de désirs inassouvis. un roman intéressant en ce qu’il ne se dévoile jamais tout à fait mais propose une jolie rencontre avec l’écriture poétique de auteur et ses personnages travaillés. Malgré un thème assez classique, le roman fonctionne plutôt bien et nous ouvre les portes d’un imaginaire délicat pour nous livrer une critique acerbe de notre conception de la réussite sociale et du bonheur familial. Une oeuvre à découvrir.

Un mauvais fils dont on a effacé les preuves n’existe pas.
Et devient par conséquent un bon fils.
CQFD.

Un grand merci aux éditions Noir sur Blanc (collection Notabilia) pour la découverte de ce roman !

Challenge au fil des saisons et des pages : 5/5

Kaïken de Jean-Christophe Grangé

 Kaïken

Editions Le livre de poche – 546 pages
Littérature française

Olivier Passan, de la Criminelle, est lancé dans la traque d’un insaisissable meurtrier, l’Accoucheur, qui éventre des femmes au terme de leur grossesse pour tuer leur bébé. Dans le même temps, ce flic tourmenté cherche à comprendre les raisons du naufrage de son couple : Naoko, sa femme japonaise, a demandé le divorce. L’histoire personnelle de Passan trouve des similitudes dans celle du serial killer, sorte de double monstrueux. Passan devra aller jusqu’à Tokyo chercher la clé de l’énigme…

MON AVIS :

Deuxième découverte de Christophe Granger après Les rivières pourpres, Kaïken se présente comme un thriller ambitieux où se mêlent traditions orientales et modernisme occidental. Un savant mélange dans lequel les principaux protagonistes de cette histoire se perdent et se (re)découvrent.
Plusieurs histoires composent en effet la trame de ce roman qui reste cependant assez convenu. Pourtant tous les ingrédients sont là : un rythme soutenu, des personnages présents, déterminés et complexes, un scénario noir… Pourtant, malgré la touche d’originalité que constitue le Japon, l’ensemble peine à convaincre notamment à cause de retournements de situations parfois ubuesques. Dommage, parce que l’écriture de Grangé reste efficace. Un roman dispensable.

Leurs regards se croisèrent.
Ce qu’il vit dans les pupilles du tueur, au-dessus de l’encolure du masque, lui fit comprendre qu’il n’avait pas gagné la guerre.
Peut-être même pas cette bataille.

Bilan – Août 2016

Bilan août 206

6 FILMS

-Alexandre le bienheureux de Yves Robert (1968) – 6/10
-Le dernier tango à Paris de Bernardo Bertolucci (1972) – 5/10
-Inside Llewyn Davis de Joel et Ethan Cohen (2013) – 6/10
-Robin des bois, prince des voleurs de Kevin Reynolds (1991) – 6/10
-Chinatown de Roman Polanski (1974) – 7/10
-Les innocents de Bernardo Bertolucci (2003) – 4/10

9 LIVRES

Yeruldelgger de Ian Manook (544 pages) – 7/10
Solitude de la pitié de Jean Giono (184 pages) – 6,5/10
Pour le meilleur et pour le pire… et pour l’éternité de Louisa May Alcott (278 pages) – 7/10
Les séparées de Kéthévane Davrichewy (182 pages) – 8/10
Une vie de Simone Veil (344 pages) – 6,5/10
-Orgueil et préjugés de Jane Austen (264 pages) – 9/10
Kaïken de Jean-Christophe Grangé (546 pages) – 6/10
Ouragan de Laurent Gaudé (190 pages) – 8/10
Le bon fils de Denis Michelis (214 pages) – 7/10

Total pages : 2746 pages

CHALLENGE EN COURS :

-Challenge Au fil des saisons et des pages (Chez Eliot – Fin 22/09/16) : 5/5 – CHALLENGE TERMINE

En été : Quand l’été apporte sa chaleur douce…
Date : du 20 juin au 22 septembre 2016

Thèmes pour cette saison :

1. Lire un livre d’un auteur que vous n’avez jamais lu : Les sorciers de la Bessède (Didier Daeninckx)
2. Lire une fin de saga : Les oiseaux se cachent pour mourir (Colleen McCullough)
3. Lire un livre de poche : La mémoire des murs (Tatiana de Rosnay)
4. Lire un livre avec un arbre sur la couverture : Solitude de la pitié (Jean Giono)
5. Lire votre dernier achat ou emprunt médiathèque : Le bon fils (Denis Michelis)

Les séparées de Kéthévane Davrichewy

Les séparées

Editions Sabine Wespieser éditeur – 182 pages
Littérature française

le 10 mai 1981, Alice et Cécile ont seize ans. Trente ans plus tard, celles qui depuis l’enfance ne se quittaient pas se sont perdues. Alice, installée dans un café, laisse vagabonder son esprit, tentant inlassablement, au fil des réflexions et des souvenirs, de comprendre la raison de cette rupture amicale, que réactivent d’autres chagrins. Plongée dans un semi-coma, Cécile, elle, écrit dans sa tête des lettres imaginaires à Alice. Tissant en une double trame les décennies écoulées, les voix des deux jeunes femmes déroulent le fil de leur histoire. Depuis leur rencontre, elles ont tout partagé : leurs premiers émois amoureux, leurs familles, leur passion pour la littérature, la bande-son et les grands moments des « années Mitterrand ». Elles ont même rêvé à un avenir professionnel commun.

MON AVIS :

Oeuvre aux voix multiples, Les séparées de Kéthévane Davrichewy évoque l’absence, la tendresse, l’ambiguité amoureuse et l’amitié fusionnelle de deux jeunes filles. Une écriture fluide, claire et délicate qui fait de ce petit roman une invitation à mieux comprendre et appréhender la complicité et la tendresse de deux amies devenues, au fil des pages et des ans, étrangères l’une à l’autre. Le lecteur comprend, grâce à une narration déconstruite avec intelligence, les conséquences des non-dits et des désirs interdits. Une ode à l’amitié et à ce que représente l’autre quand on le perd. A découvrir !

Le plus souvent, elle s’efforçait de ne pas penser à Cécile. Ou, au contraire, elle s’y obligeait, car l’oubli était indigne. Peut-être était-il tout simplement impossible. Leurs vies avaient été trop intimement liées pour que son inconscient la libère.

Yeruldelgger de Ian Manook

Yeruldelgger

Editions Albin Michel – 544 pages
Littérature française

Cinq ans plus tôt, Kushi, la fille de l’inspecteur Yeruldelgger a été enlevée et assassinée pour l’obliger à abandonner une enquête sur la corruption liée au rachat des terres de la steppe mongole.
La découverte du cadavre d’une autre fillette va le replonger dans les mêmes tourments. Dans un pays à l’histoire et aux paysages sauvages, une guerre sale d’argent et de pouvoir s’est déclarée autour d’une des richesses minières les plus rares et les plus convoitées de la planète.

MON AVIS :

Yeruldelgger est un titre bien étrange pour un polar français. Le prénom du commissaire est en effet le point de départ de cette intrigue, plaçant directement son personnage principal au coeur de l’ouvrage. Un personnage central sombre et torturé comme en produit souvent ce genre littéraire à la différence près que le personnage principal habite Oulan-Bator.
Ainsi, si l’intrigue qui se situe en Mongolie, a le mérite de se parer de rituels et traditions plus méconnus, on aurait peut-être apprécié de découvrir une intrigue plus construite et plus profonde. On peut en effet déplorer quelques retournements attendus et quelques situations un peu cousues de fil blanc. De la même façon, le personnage principal – Yeruldelgger – ne peut qu’être un commissaire brillant mais brisé, torturé par l’assassinat de sa petite fille et la destruction de sa famille.
Une narration pourtant portée par une écriture efficace qui se situe aux confins de paysages atypiques, les grandes steppes de Mongolie, mais qui ne parvient que trop rarement à surprendre son lecteur et le laisse sur un sentiment en demi-teinte.

Le commissaire Yeruldelgger Khaltar Guichyguinnkhen n’était un cadeau pour personne depuis longtemps. Comment pourrait-il accepter que le salut d’une petite âme innocente dépende de lui ?

Des bleus à l’âme de Françoise Sagan

Des bleus à l'âme
Editions J’ai lu – 124 pages
Littérature française

Deux aristocrates suédois désargentés, Sébastien et Eléonore Van Milhem, frère et soeur, traînent leur mélancolie dans de luxueux appartements parisiens et jouent au quasi-inceste avec innocence… Se pressent autour d’eux Nora, une Américaine aussi riche que mûre, Bruno, jeune premier du cinéma français, Robert, un célèbre imprésario… Sagan prend parti pour l’un ou l’autre de ses personnages, livre ses points de vue sur leur vie et la sienne. Au roman se mêlent ses propres sentiments sur les critiques de ses livres, ce qu’elle pense de sa vie, de son style…

MON AVIS :

C’est tout un monde que l’on retrouve quand on ouvre un livre de Sagan : la passion langoureuse, la mélancolie douce, la nonchalance appuyée. Autant d’images que se plait à évoquer l’auteur, alternant savamment le récit de la vie d’Eleonore et Sébastien et ses réflexions personnelles sur sa vie, ses attentes, ses désillusions. Une oeuvre vraiment à part dans la bibliographie de Sagan de part sa construction inédite mais également parce qu’elle crée une mise en abîme audacieuse : l’écrivain parlant à ses lecteurs de ses personnages puis les accompagnant comme une extension d’elle même.
Plus difficile donc d’entrer dans l’histoire mais impossible néanmoins d’en sortir. C’est tout le talent de Sagan, charmant petit monstre, qui n’aura eu de cesse de surprendre ses lecteurs tout en poussant son talent jusqu’à l’introspection. Une oeuvre à part mais vraiment aboutie dans sa façon de traiter son sujet.

Mais en tout cas, cela ne marche plus et je ne sais même pas si je vais montrer ces pages à mon éditeur. Ce n’est pas de la littérature, ce n’est pas une vraie confession, c’est quelqu’une qui tape à la machine parce qu’elle a peur d’elle-même et de la machine et des matins et des soirs, etc. Et des autres. Ce n’est pas beau, la peur, c’est même honteux et je ne la connaissais pas. Voilà tout. Mais ce « tout » est terrifiant.


Je ne suis pas seule dans mon cas, en ce printemps 71 à Paris. Je n’entends, je ne vois que des gens indécis, effrayés. Peut-être la mort rôde-t-elle autour de nous et nous la pressentons, et nous sommes malheureux pour rien. Car enfin, ce n’est pas là le problème. La mort – je ne parle pas de la maladie – la mort, je la vois de velours, gantée, noire et, en tout cas irrémédiable, absolue.


Le voilà lâché, le mot clef : la solitude. Ce petit lièvre mécanique qu’on lâche sur les cynodromes et derrière lequel se précipitent les grands lévriers de nos passions, de nos amitiés, essoufflés et avides, ce petit lièvre qu’ils ne rattrapent jamais mais qu’ils croient toujours accessible, à force.


Il y a eu énormément de guillemets dans ma vie, si j’y réfléchis, quelques points d’exclamation (la passion), quelques points d’interrogation (la dépression nerveuse) quelques points de suspension (l’insouciance) et enfin là, m’étant envolée vers ce point final qui devait être posé solennellement à la fin de mon manuscrit (que mon éditeur attend avec une impatience flatteuse), me voilà atterrie dans des points de côté, entortillée, langée (à mon âge !) dans des bandes Velpeau dont je me serais facilement passée. Et encore, est-ce bien sûr ?