Les nuits blanches de Fiodor Dostoïevski


Editions Babel – 86 pages
Littérature russe

Les Nuits blanches, c’est d’abord un vrai roman d’amour. Un jeune homme solitaire et romanesque rencontre, une nuit, dans Petersbourg désert, une jeune fille éplorée. Désespérée par un chagrin d’amour, Nastenka se laisse aller au fantasme du jeune homme, amoureux depuis le premier instant, le berce – et se berce – dans l’illusion, jusqu’à ce que…

MON AVIS :

A travers une écriture fluide et précise, Dostoïevski donne corps et âme à des personnages sublimement humains et attachants. Un jeune romantique rêveur qui rencontre une jeune femme énamourée et c’est une fusion des sens et des pensées que dresse avec puissance et délicatesse l’auteur. Un rêve éveillé ressuscité par la puissance narrative de Dostoïevski et une certaine vision de la folie amoureuse font de cette oeuvre, bien que courte, un intense moment de littérature. Une brèche onirique, entre fantasme et réalisme, impressionnante tout comme le sont souvent les œuvres de Dostoïevski et sa capacité à faire de ses personnages de fiction des êtres attachants et fidèles.

« -Vous voyez, dit en riant la jeune fille, au début, vous ne vouliez que deux mots, et, maintenant… Mais, pourtant, je ne vous dis rien… Nous nous reverrons peut-être..
-Je reviendrai demain, dis-je. Oh, excusez-moi, j’exige déjà…
-Oui, vous êtes impatient… Vous exigez presque…
-Ecoutez-moi, écoutez-moi ! criai-je, pour l’interrompre. Pardonnez-moi si je parle encore de travers… Mais voilà : je ne peux pas ne pas venir demain. Je suis un rêveur ; j’ai si peu de vie réelle que des minutes comme celle-là, celle que je suis en train de vivre, elles me sont si rares que je ne peux pas ne pas les répéter dans mes rêveries. »

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600 heures dans la vie extraordinaire d’Edward Stanton de Craig Lancaster


Editions Milady – 410 pages
Littérature américaine

Edward Stanton, trente-neuf ans, vit seul dans une petite ville tranquille du Montana. Atteint du syndrome d’Asperger et de trouble obsessionnel compulsif, il suit une routine méticuleusement établie : tous les matins, il note l’heure à laquelle il se réveille (7 h 38), refuse de commencer sa séance de thérapie avant l’heure exacte du rendez-vous (10 heures) et, le soir (à 22 heures), il regarde un épisode de Dragnet, série policière des années soixante.
Lorsqu’une mère et son fils de neuf ans emménagent en face de chez lui, le quotidien bien réglé d’Edward est bouleversé. En l’espace de 600 heures, il s’ouvre à ses nouveaux voisins et tente de se réconcilier avec son père. Découvrant les joies et les peines de l’amitié, Edward devra décider : est-il prêt à quitter sa vie solitaire pour embrasser le monde ?

MON AVIS :

Roman feel good aux personnages colorés, 600 heures dans la vie extraordinaire d’Edward Stanton raconte le quotidien très cyclique d’une personne atteinte du syndrome d’Asperger. Une oeuvre qui joue sur la répétition rassurante des jours et la vie très codifiée du personnage principal. Mais si celui-ci apparait attachant et pleins de promesses, le lecteur est très vite happé par son quotidien trop attendu auquel s’ajoute quelques facilités narratives… Un roman au final plutôt simpliste, dans son rapport entre les personnages et dans son écriture, qui a néanmoins le mérite de mettre en valeur les rapports entre des êtres très différents. Une ode à la différence, à l’amitié et à la tolérance qu’englobe un sympathique moment de lecture.

J’ouvre subitement les yeux. J’attends quelques secondes que se dissipe le flou provoqué par la lumière matinale qui baigne la pièce, puis tourne la tête de quatre-vingt-dix degrés vers la gauche pour regarder l’heure sur mon réveil : 7 h 38. Cela fait trois jours que je me réveille à cette heure-là ; dix-huit sur les vingt derniers. comme je me couche tous les jours à minuit pile, j’ai l’habitude de me réveiller à 7 h 38, mais il m’arrive parfois de me réveiller un peu plus tôt ou un peu plus tard.

Un grand merci aux Editions Milady et à Rakuten qui dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire (#MRL18 / #Rakuten) m’ont permis de découvrir ce livre.

Retour à Bombay de Kavita Daswani


Editions Le livre de poche – 284 pages
Littérature indienne

Sohana Bashah est de retour à Bombay après avoir abandonné des études de décoration d’intérieur à Londres à la suite d’une déception amoureuse. Un article paru dans la presse indienne va l’amener à s’intéresser de près à la firme familiale fondée par son grand-père, Darshan Badshah, self-made-man octogénaire et tyrannique. Ce dernier met le feu aux poudres en décidant de passer par-dessus la tête de ses fils et de léguer son entreprise à celui de ses cinq petits-enfants qui lui présentera le projet de développement le plus innovant. Une terrible compétition va s’engager. Seule fille de la famille, Sohana va peu à peu découvrir la vérité sur son grand-père et la nature du différend qui a précipité la rupture avec l’homme de sa vie. Retour à Bombay est le récit plein d’humour qui nous montre une Inde nouvelle où les gens à qui tout est dû ont les dents longues, mais où les femmes sont loin d’avoir dit leur dernier mot.

MON AVIS :

Plongée dans la jeunesse dorée indienne, Retour à Bombay se présentait comme l’émancipation d’une femme dans une famille traditionnelle indienne. En réalité, Sohana, jeune fille naïve et bien pensante, ayant étudié à l’étranger, ne saisit que bien tardivement cette opportunité qui lui est faite de s’affranchir du joug des personnages masculins qui l’entourent. Un récit déséquilibré, tant dans le déroulé de l’histoire que dans sa démonstration qui révèlent les réelles failles du récit. Un roman décevant dans son discours autant que dans son approche du sujet, porté par une narratrice au final fade et sans grand intérêt. Dommage.

Il fallait que je montre à ma famille, à la foule de gens qui dirigeaient nos vies, que je n’étais pas seulement une bimbo bien intentionnée, que je savais faire quelque chose de mes dix doigts.


Et voilà. Tout ce que je redoutais. Cousin contre cousin, frère contre frère. Cette famille devenait de jour en jour plus minable. Procès. Accusations. Querelles intestines. Et à présent, espionnage. C’était horrible. Je ne voulais pas en entendre parler.

Sac d’os de Stephen King


Editions Le livre de poche – 726 pages
Littérature américaine

Reclus à Sara Laughs, sa maison de campagne, près d’un lac, Mike Noonan n’écrit plus. Depuis la mort brutale de sa femme Jo, enceinte, ce romancier à succès connaît l’angoisse de la page blanche.
La rencontre de la petite Kyra, puis de sa mère Mattie, jeune veuve en butte à la malveillance de son richissime beau-père, amorce-t-elle pour Mike un nouveau départ ? Il le croit, mais c’est compter sans les ombres qui hantent Sara Laughs. En devenant l’allié de Mattie et de Kyra, Mike a bravé les forces de l’enfer. Elles vont se déchaîner contre lui.

MON AVIS :

A travers une écriture imagée et construite, Stephen King livre une oeuvre complexe, intense et d’une grande puissance narrative. En dressant le portrait d’un écrivain, sorte de double de lui-même, l’auteur met en lumière ses démons et les confronte à ses plus profondes angoisses : l’isolement, la peur de la page blanche, le décès d’un proche, la fureur des esprits etc. Autant de thèmes étranges qui s’imbriquent avec talent dans l’un des romans les plus aboutis de l’auteur. Sa force d’écriture alliée à une ambiance étrange en fait une oeuvre unique et intense. Une intrigue prenante pour une oeuvre complexe, un vrai coup de coeur !

En dehors de cela, je ne me sentais pas merveilleusement bien, à vrai dire. Je regardais autour de moi avec le sentiment de plus en plus fort que ce que je ressentais était trop lourd pour être simplement de la tristesse ; qu’il s’agissait d désespoir. Cela tenait au contraste, je crois, entre le peu qui restait de Johanna à Sarah Laughs et tout ce qui, au contraire, me parlait d’elle ici.

Les enquêtes d’Enola Holmes – Tome 1 – La double disparition de Nancy Springer


Editions Nathan Poche – 264 pages
Littérature américaine

S’il est une chose que j’aimerais savoir, c’est pourquoi ma mère m’a nommée « Enola ».
Enola qui, à l’envers, se lit : alone. En anglais : seule. Et c’est bel et bien seule que je me suis retrouvée le jour de mes quatorze ans, ma mère ayant disparu de notre manoir de façon inexpliquée. J’ai alors été contrainte d’en informer mes frères aînés que je n’avais pas revus depuis dix ans – Mycroft et Sherlock Holmes. Or ce n’était pas eux qui allaient m’être d’un grand secours. Jugeant que mon éducation laissait à désirer, Mycroft n’avait qu’une idée : m’expédier en pension pour faire de moi une lady.

MON AVIS :

Récit jeunesse alliant roman policier et oeuvre d’aventure, le premier tome des aventures d’Enola Holmes est prometteur à bien des égards. La sympathique héroïne, soeurs des célèbres Sherlock et Mycroft Holmes, a plus d’un tour dans son sac pour tenter de retrouver sa mère disparue. Une aventure féminine et féministe qui nous présente une héroïne déterminée en quête d’indépendance et qui n’hésite pas à s’affranchir des codes de l’époque pour les détourner à son avantage. Un roman à l’écriture simple et à la narration plutôt rythmée pour une oeuvre jeunesse sympathique.

Mycroft se concentra sur son assiette. Sherlock se mit à pianoter sur la nappe amidonnée, fripant sa dentelle.
« Nous élaborons une hypothèse, lâcha-t-il enfin.
-Ah, et laquelle ? »
Nouveau silence. Je revins à la charge : « Ai-je des chances de revoir Mère – ou aucune ? » »

Les piliers de la terre de Ken Follett


Editions Le livre de poche – 1050 pages

Littérature britannique

Dans l’Angleterre du XIIème siècle ravagée par la guerre et la famine, des êtres luttent chacun à leur manière pour s’assurer le pouvoir, la gloire, la sainteté, l’amour, ou simplement de quoi survivre. Les batailles sont féroces, les hasards prodigieux, la nature cruelle. Les fresques se peignent à coups d’épée, les destins se taillent à coups de hache et les cathédrales se bâtissent à coups de miracles… et de saintes ruses. La haine règne, mais l’amour aussi, malmené constamment, blessé parfois, mais vainqueur enfin quand un Dieu, à la vérité souvent trop distrait, consent à se laisser toucher par la foi des hommes.

MON AVIS :

Oeuvre fleuve qui revient sur le destin de plusieurs générations, Les piliers de la terre évoque la grandeur, la décadence et la démesure. Celles que souhaite laisser l’homme sur terre, pour son image, le rachat de son âme après la mort ou simplement par foi en l’avenir.
La cathédrale de Kingston s’avère rapidement être un révélateur et un catalyseur des tensions et des désirs humains où convergent les âmes. Du jeune orphelin élevé par des prêtres devenu prieur de Kingston, au jeune maçon qui souhaitait devenir maître d’oeuvre jusqu’aux nobles avides de destruction, ce roman impressionne par sa maitrise des détails. Des êtres aux destins tentaculaires, liés entre eux par leurs ambitions autant que par leurs rôles au sein de la société qui surprend autant qu’il fascine. Une belle découverte à l’écriture fluide et simple pour un roman d’une grande densité.

Alfred détestait Jack. C’était pour celui-ci une expérience nouvelle. Sa mère l’avait toujours aimé et il n’avait jamais connu personne d’autre. Il n’y avait aucune raison apparente à l’hostilité d’Alfred. Il semblait avoir les mêmes sentiments pour Martha. Il ne cessait de la pincer, de lui tirer les cheveux, de lui faire des croche-pieds et il saisissait chaque occasion de l’embêter. La mère de Jack voyait bien ce qui et désapprouvait, mais le père d’Alfred semblait trouver cette attitude parfaitement normale, bien qu’il fût lui-même un homme bon et doux qui de toute évidence aimait Martha.

Wanderlandz de Valérian MacRabbit


Editions Carnets d’Askalie – 164 pages
Littérature française

A mi-chemin entre le récit de voyage et le roman d’aventure, « Wanderlandz » revient sur le tour du monde entamé par l’auteur en 2016. Le texte prend l’allure d’une déambulation poétique, d’une invitation au vagabondage et à la fugacité, ou peut-être encore d’un étrange jeu de piste aux confins de la réalité et de la fiction.

MON AVIS :

Récit d’une errance poétique, Wanderlandz s’apparente à une promenade immersive et irréelle aux confins du monde. Un voyage à travers le monde, fait de rencontres, d’expériences et de musicalité. C’est en effet au son de jolies notes que l’auteur nous convie à cet étonnant voyage, entre réalités et illusions (perdues), découvertes colorées et rencontres sincères. Un voyage poétique et philosophique à travers le monde, à la rencontre de cultures et d’univers colorés. Une oeuvre délicate qui oscille toujours entre réalité et merveilleux, une invitation au voyage, entre douceur et enchantement.

Le soir suivant à la même heure, après une belle journée d’exploration, à la rencontre des otaries et des grands requins blancs, nous nous arrêtons sur le bord de la route. Le coucher de soleil est grandiose, un ciel comme il n’y en a qu’en Afrique. Comme dans une peinture impressionniste, tout un camaïeu de bleus s’associe aux nuages et à la vapeur de l’océan pour donner naissance à une fascinante érubescence. Et je me dis que c’est dans ce violent assemblage de couleurs, sur la terre comme dans le ciel, que s’affirme la monstrueuse magie du pays.

Retrouvez mon avis sur la précédente oeuvre de l’auteur – Bâton de réglisse
Si vous souhaitez en savoir plus sur son univers (notamment musical), n’hésitez pas à cliquer ici ou ici

Malavita de Tonino Benacquista


Editions Gallimard – 316 pages
Littérature française

Une famille d’Américains s’installe à Cholong-sur-Avre, en Normandie. Fred, le père, se prétend écrivain et prépare un livre sur le Débarquement. Maggie, la mère, est bénévole dans une association caritative et se surpasse dans la préparation des barbecues. Belle, la fille, fait honneur à son prénom. Warren enfin a su se rendre indispensable pour tout et auprès de tous. Une famille apparemment comme les autres, en somme.
Une chose est sûre, s’ils emménagent dans votre quartier, fuyez sans vous retourner…

MON AVIS :

A travers le récit d’une famille hors norme, Tonino Benacquista dresse le portrait d’une génération en proie aux doutes et au repentir. Un nouveau départ pour cette famille atypique aux personnages volontairement marqués et aux méthodes expéditives.
Avec humour et légèreté, l’auteur évoque le quotidien d’une famille déracinée en proie à une constante remise en question. Mais si les péripéties de ces personnages hauts en couleur rythment agréablement le récit, leurs caractères s’avèrent rapidement stéréotypés et leurs personnages caricaturaux. Un récit finalement rocambolesque, qui plaira peut-être aux amateurs de burlesque et de situations absurdes mais qui n’est jamais parvenu à me faire apprécier les personnages comme des êtres nuancés et attachants.

– Si c’est la seule solution, je veux aller en Italie.
– Pas question.
– Notre exil prendrait un vrai sens, sinon il n’en a aucun. Laissez-moi connaitre ma terre d’origine, je n ‘y suis jamais allé. Je l’ai promis à Livia au premier jour de notre mariage. Ses grands-parents étaient de Caserte, les miens de Ginostra. On dit que c’est le plus bel endroit du monde.
– En Sicile ? Bonne idée ! Autant vous promener dans les rues de Little Italy en portant une pancarte avec marqué : CETTE FIOTTE DE DON MIMINO S’ECLATE EN TAULE.
– Laissez-moi connaitre l’Italie avant de crever.
– Si je vous débarque en Sicile, en moins de dix minutes vous êtes transformé en Spezzatini. Pensez aux vôtres.
– …

Bilan – Août 2018

5 FILMS

– Gaga : Five foot two de Chris Moukarbel (2017) – 7/10
The guilty de Gustav Möller (2018) – 7,5/10
– Agents très spéciaux – code U.N.C.L.E. (2015) de Guy Ritchie (2015) – 6,5/10
– A la recherche de Vivian Maier de John Maloof et Charlie Siskel (2013) – 6,5/10
– Les nouveaux sauvages de Damián Szifron (2014) – 6,5/10

4 LIVRES

Les héritières de Rome de Kate Quinn (440 pages) – 5,5/10
Malavita de Tonino Benacquista (316 pages) – 6/10
Sac d’os de Stephen King (726 pages) – 9/10
Wanderlandz de Valérian MacRabbit (164 pages) – 6,5/10

Total pages : 1646 pages