Citoyen d’honneur de Gastón Duprat et Mariano Cohn


Film argentin – 1 h 57

Avec Oscar Martinez, Dady Brieva et Andrea Frigerio

L’Argentin Daniel Mantovani, lauréat du Prix Nobel de littérature, vit en Europe depuis plus de trente ans. Alors qu’il refuse systématiquement les multiples sollicitations dont il est l’objet, il décide d’accepter l’invitation reçue de sa petite ville natale qui souhaite le faire citoyen d’honneur. Mais est-ce vraiment une bonne idée de revenir à Salas dont les habitants sont devenus à leur insu les personnages de ses romans ?

MON AVIS :

En oscillant toujours entre la comédie, le drame et l’absurde, Citoyen d’honneur met en lumière les dérives d’une société en quête de reconnaissance. La venue d’un célèbre écrivain, originaire du village, exacerbe les tensions et révèle la véritable nature des villageois, certains obnubilés par la gloire, d’autres jaloux de ses conséquences.
Une succession de scènes souvent décalées peuplées de personnages haut en couleur et de situations souvent grinçantes font de ce film une oeuvre étonnante et décalée.
Un récit qui va à la rencontre de personnages un peu fous mais toujours avec humour et auto-dérision, une plongée dans une argentine authentique, entre fiction et réel, mensonges et réalité.

-Bande annonce

Piégés dans le train de l’enfer d’Hubert Ben Kemoun


Editions Flammarion Jeunesse – 164 pages

Littérature française

« Teddy s’assit, le sac rouge cadenassé, bien posé sur le siège à côté de lui. Interdit d’ouvrir et d’ausculter ce bagage, il connaissait la règle. Un mulet transporte son chargement sans se préoccuper de ce qu’on lui a posé sur le dos. Il était 14h23 quand il prit place dans le wagon du train à destination de Toulouse. Celui-ci s’arrêtait à Bordeaux à 17h42. A peine plus de trois heures. Une affaire vite pliée. »
Mais ce qui semblait tranquille, devient très vite un enfer… Quand le hasard se met à nous jouer des tours, il ne sert à rien de chercher à lui échapper.

MON AVIS :

Construit autour de la notion d’urgence, Piégés dans le train de l’enfer se déroule en 3 heures… Le temps d’un trajet de train, les histoires des passagers se percutent et créent une tension plutôt intéressante entre les personnages. Si la présentation des différents protagonistes peut apparaître linéaire et un peu longue, la rencontre entre les passagers est plutôt bien menée et accélère nettement le récit.
Un roman jeunesse qui réussit à concentrer l’action en quelques pages mais qui aurait peut-être mérité de nuancer davantage ses personnages, souvent stéréotypés et irrationnels.
Un roman facile à lire, idéal pour un trajet en train mais qui ne marquera pas durablement les esprits. Une bonne occasion de lecture sans difficultés mais qui manque parfois d’un peu de profondeur.

Parfois l’enfer s’invite au paradis sans qu’on ne l’ait entendu sonner. Le diable a voyagé sur le dos du hasard, il a tout son temps, et ne laissera aucune miette d’espoir aux convives qui ne l’attendaient pas à leur table.

Un grand merci aux éditions Flammarion Jeunesse qui ont eu la gentillesse de me faire parvenir ce roman.

-Challenge nettoyage de printemps

Le parfum de Patrick Süskind


Editions Le livre de poche – 280 pages

Littérature allemande

Au XVIIIe siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus horribles de son époque. Il s’appelait Jean-Baptiste Grenouille. Sa naissance, son enfance furent épouvantables et tout autre qui lui n’aurait pas survécu. Mais Grenouille n’avait besoin que d’un minimum de nourriture et de vêtements et son âme n’avait besoin de rien. Or, ce monstre de Grenouille, car il s’agissait bien d’un genre de monstre, avait un don, ou plutôt un nez unique au monde, et il entendait bien devenir, même par les moyens les plus atroces, le Dieu tout puissant de l’univers, car « qui maîtrisait les odeurs, maîtrisait le cœur des hommes ».

MON AVIS :

C’est une expérience sensorielle inédite que nous invite à découvrir Patrick Süskind à travers ce classique atypique, fait d’odeurs puissantes, subtiles et charnelles. Une transcription inédite du Paris du XVIIIème siècle et une nouvelle façon d’appréhender le roman criminel, uniquement à travers les sens.
Une plongée parfois rude, aux côtés de Jean-Baptiste Grenouille, assassin discret et perfide, persuadé de rechercher l’essence même de l’art dans le dépouillement charnel de l’odeur de ses victimes. L’oeuvre, à l’écriture fluide et délicate, est en réalité d’une justesse poignante, que ce soit dans la description des odeurs, réellement ressenties par le lecteur, autant que dans la description des moeurs et des craintes de l’époque.
Ainsi, et malgré quelques longueurs, le récit est toujours construit et incisif. Une oeuvre cruelle dans son message mais d’une grande force visuelle qui en fait un récit audacieux et unique en son genre.

Au XVIIIe siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus abominables de cette époque qui pourtant ne manqua pas de génies abominables. C’est son histoire qu’il s’agit de raconter ici. Il s’appelait Jean-Baptiste Grenouille et si son nom, à la différence de ceux d’autres scélérats de génie comme par exemple Sade, Saint-Just, Fouché, Bonaparte, etc., est aujourd’hui tombé dans l’oubli, ce n’est assurément pas que Grenouille fût moins bouffi d’orgueil, moins ennemi de l’humanité, moins immoral, en un mot moins impie que ces quelques malfaisants plus illustres, mais c’est que son génie et son unique ambition se bornèrent à un domaine qui ne laisse point de traces dans l’histoire : au royaume évanescent des odeurs.


A dater de ce jour, en revanche, il lui semblait savoir enfin qui il était vraiment : en l’occurrence, rien de moins qu’un génie ; et que sa vie avait un sens et un but et une fin et une mission transcendante ; celle, en l’occurrence, de révolutionner l’univers des odeurs, pas moins ; et qu’il était le seul au monde à disposer de tous les moyens que cela exigeait : à savoir son nez extraordinairement subtil, sa mémoire phénoménale et, plus important que tout, le parfum pénétrant de cette jeune fille de la rue des Marais, qui contenait comme une formule magique, tout ce qui fait une belle et grande odeur, tout ce qui fait un parfum : délicatesse, puissance, durée, diversité, et une beauté irrésistible, effrayante.

Challenge Nettoyage de printemps
Challenge Au fil des saisons et des pages : 4/5

Je ne suis pas votre nègre de Raoul Peck


Documentaire américain – 1h34

Avec les voix de Avec JoeyStarr ou Samuel L. Jackson

À travers les propos et les écrits de l’écrivain noir américain James Baldwin, Raoul Peck propose un film qui revisite les luttes sociales et politiques des Afro-Américains au cours de ces dernières décennies.

MON AVIS :

Documentaire ambitieux, l’oeuvre de Raoul Peck convoque, à travers des images d’archive d’une violence parfois insoutenable, les propos terriblement actuels et désespérément réalistes de l’écrivain James Baldwin. Basé sur ses écrits, le documentaire s’enrichit d’images brutes et nous offre une vision terrible du racisme ordinaire qui irrigue l’Amérique. Entre témoignages d’une époque et réalité frappante, l’intelligence de Baldwin fait mouche et prouve la terrible actualité de son oeuvre.
Un réquisitoire brutal et douloureux contre l’indifférence et la haine, le rejet de l’autre et le déni, qui interroge avec ardeur l’identité de cette grande Amérique, capable d’assassiner ses plus dignes représentants de la cause noire et de violenter ses plus fidèles partisans.
L’oeuvre est riche et percutante, bien que parfois brouillonne. Superposant des images d’archives parfois sans réels liens entre elles, le récit se perd en questionnements qu’il laisse parfois en suspens, apportant avec lui d’autres questions sans réponses.
L’oeuvre reste néanmoins indispensable et nous laisse, comme un poids sur le coeur, la force du propos et l’intensité de ce combat, malheureusement loin d’être terminé.

– Bande annonce

Croire au merveilleux de Christophe Ono-Dit-Biot

Croire au merveilleux
Editions Gallimard – 234 pages

Littérature française

«Je veux bien avoir été distrait ces temps-ci, mais je sais que si j’avais croisé cette fille-là dans l’ascenseur ou le hall d’entrée, je m’en serais souvenu. Et puisque je me souviens d’elle, c’est que je l’ai vue ailleurs.»

César a décidé de mourir. Mais une jeune femme sonne à sa porte et contrarie ses plans. Étudiante en architecture, grecque, elle se prétend sa voisine, alors qu’il ne l’a jamais vue. En est-il si sûr ? Pourquoi se montre-t-elle si prévenante envers lui, quadragénaire en deuil de Paz, la femme aimée, persuadé qu’il n’arrivera pas à rendre heureux l’enfant qu’ils ont eu ensemble, et qui lui ressemble tant ? Pourquoi est-elle si intéressée par sa bibliothèque d’auteurs antiques ?

MON AVIS :

Le roman de Christophe Ono-Dit-Biot commence au crépuscule. César, jeune père resté veuf, ne souhaite rien d’autre que rejoindre sa femme disparue. Véritable femme monde, celle-ci le laisse démuni, père d’un jeune garçon qui ressemble douloureusement à sa mère.
Et puis, survient l’incursion de l’irréel, de l’impalpable qui le contraint à revoir les limites de sa connaissance et de ses croyances. Croire au merveilleux est le récit d’une errance dans le passé, des retrouvailles avec les mythes de l’enfance, du pouvoir de l’intime et des rêves.
Une quête riche, non linéaire, à la frontière du réel et de l’inattendu. Le dialogue intime d’un homme sauvé par ses croyances et par les mythes de son enfance. Un retour salutaire sur les terres du conte pour un récit de passage, de l’enfance à l’âge adulte, de celui qui apprend à celui qui transmet.
Un récit riche, solaire, porté par une écriture dense qui nous transporte de la solaire Italie à la magnétique Grèce en passant par de bien étonnantes îles… Croire au merveilleux est une ode à la reconstruction, aux rencontres improbables, impalpables et merveilleuses. Une oeuvre délicate, entre dialogue et introspection. A découvrir.

« Cet enfant-là, il était plein de promesses, dit alors calmement Athanis. Contrairement à l’homme qu’il est devenu, et qui n’avance plus. Vous vous trahissez, César. »
Le soleil continue à faire miroiter la mer. Mon visage est couvert de larmes.


« Une seule question…, ai-je dit.
-Qu’est-ce que vous voulez savoir ? »
Je me suis lancé.
« Si elle nous aimait encore. »
Son front se plissa.
« Explorez les archives de votre coeur, répondit-il simplement.
Sa réponse m’a atterré. Tout ça pour ça ? Comme je baissais les yeux, déçu à mort, il ajouta un mot. Mais un mot, hélas, que je n’ai pas pu entendre distinctement.

Un grand merci aux éditions Gallimard pour la découverte de cet auteur.

-Challenge nettoyage de printemps

Bilan – Avril 2017


3 FILMS

Citoyen d’honneur de Gastón Duprat et Mariano Cohn (2017) – 6,5/10
Toni Erdmann de Maren Ade (2016) – 7,5/10
Grave de Julia Ducournau (2017) – 7/10

7 LIVRES

Et puis, Paulette… de Barbara Constantine (274 pages) – 6/10
Au lit Miyuki de Seng Soun Ratanavanh et Roxane Marie Galliez (28 pages) – 7/10
Miniaturiste de Jessie Burton (528 pages) – 6/10
Le sabotage amoureux d’Amélie Nothomb (124 pages) – 5,5/10
Nos étoiles contraires de John Green (328 pages) – 6,5/10
Le parfum de Patrick Süskind (280 pages) – 7,5/10
Le coeur d’une autre de Tatiana de Rosnay (282 pages) – 5/10

Total pages : 1844 pages

5 SÉRIES (SAISONS)

– Narcos, saison 2 – 8/10
– Iron Fist, saison 1 – 4/10
– American Horror Story, saison 5 – 7/10
– 13 reasons why, saison 1 – 7,5/10
– Dix pour cent, saison 1 – 7.5/10

1 BD

Escape journey, tome 1 de Ogeretsu Tanaka – 4/10

CHALLENGES 

Challenge au fil des saisons et des pages (Fin 20/09/17)

Quand le soleil pointe son nez… 4/5
Date : du 20 Mars 2017 au 19 Juin 2017

Thèmes pour cette saison :
1. Lire un livre jeunesse : Nos étoiles contraires (John Green)
2. Lire un livre avec un prénom dans le titre : Et puis Paulette… (Barbara Constantine)
3. Lire un livre emprunté
4. JARRE : Tirer au sort un roman qui doit sortir de sa PAL cette année : 3/4 – La fin de l’histoire (Luis Sepulveda)
5. Lire un livre abandonné par quelqu’un de son entourage : Le parfum (Patrick Süskind)

Challenge Nettoyage de printemps 2017 (Du 20/03/2017 au 20/06/2017)
Lire des livres qui comportent entre 73 et 349 pages

1-La fin de l’histoire de Luis Sepulveda – 200 pages
2-L’école en prison, une porte de sortie de Cécile De Ram & Sylvie Paré – 184 pages
3-Et puis, Paulette… de Barbara Constantine – 274 pages
4-Le sabotage amoureux d’Amélie Nothomb – 124 pages
5-Nos étoiles contraires de John Green – 328 pages
6-Le parfum de Patrick Süskind – 280 pages
7-Le coeur d’une autre de Tatiana de Rosnay – 282 pages

Total : 1672 pages

Nos étoiles contraires de John Green


Editions Nathan – 328 pages

Littérature américaine

Hazel, 16 ans, est atteinte d’un cancer. Son dernier traitement semble avoir arrêté l’évolution de la maladie, mais elle se sait condamnée. Bien qu’elle s’y ennuie passablement, elle intègre un groupe de soutien, fréquenté par d’autres jeunes malades. C’est là qu’elle rencontre Augustus, un garçon en rémission, qui partage son humour et son goût de la littérature.
Entre les deux adolescents, l’attirance est immédiate. Et malgré les réticences d’Hazel, qui a peur de s’impliquer dans une relation dont le temps est compté, leur histoire d’amour commence… les entraînant vite dans un projet un peu fou, ambitieux, drôle et surtout plein de vie.

MON AVIS :

Littérature jeunesse, Nos étoiles contraires a le mérite de traiter avec sincérité et clarté un thème aussi grave que la maladie chez les jeunes. Une lumière bienveillante qui s’exprime toujours à travers une syntaxe claire et une écriture simple pour un roman résolument positif et tourné vers la vie. Les personnages d’Hazel et d’Augustus sont plutôt bien pensés et réalistes, toujours en décalage, même s’ils auraient pu être davantage étoffés et nuancés.
L’intrigue, bien que classique pour ce genre de littérature, fait apparaître des thèmes essentiels : la maladie bien sûr mais également l’amitié, le soutien, l’amour, la compassion, la compréhension et l’empathie.
Une ode à la vie et à sa beauté qui concilie avec quelques touches d’humour, désespoir et désir d’avenir. Un roman jeunesse plutôt réussit pour une oeuvre qui s’adresse avant tout à un jeune public.

On avait tant de choses à regarder que le silence n’avait rien de bizarre, mais j’aurais voulu que tout soit parfait. Et tout était parfait, sans doute. Sauf que j’avais l’impression que quelqu’un avait mis en scène mon Amsterdam de rêve. Alors j’avais du mal à oublier que le dîner, comme le voyage lui-même, était un cadeau-cancer. J’aurais aimé qu’Augustus et moi, on discute, on plaisante, à l’aise, comme à indianapolis, mais une certains tension sois-tendait l’atmosphère.

– Challenge nettoyage de printemps 
– Challenge Au fil des saisons et des pages : 3/5

Escape journey, tome 1 de Ogeretsu Tanaka


Editions Taïfu Comics – manga / public averti

Taichi et Naoto sortaient ensemble à l’époque du lycée. Néanmoins, ce dernier décida de rompre quand son partenaire lui dit que leur relation n’allait pas plus loin que le sexe selon lui. Ils se recroisent pourtant lors de leur premier jour de fac. Même si Naoto est toujours en colère, il se rend compte que Taichi a changé et commence peu à peu à lui pardonner. Seulement, Naoto est angoissé à l’idée de retomber dans les écueils du passé. Parallèlement, Fumi, une camarade, tombe amoureuse de Taichi et un rendez-vous arrangé est organisé.

MON AVIS :

Récit du passage d’une « amourette » adolescente à une histoire d’amour plus adulte, Escape Journey reprend des thèmes classiques de la littérature et d’un certain genre de manga : la recherche de soi, de sa sexualité, le rapport à la société traditionaliste, l’interrogation sur sa propre place au sein d’un groupe et de la norme.
Ici, c’est avant tout le regard que porte le mangaka sur la société en général et plus particulièrement sur la société japonaise qui est intéressant. Comment cette société, basée sur le mariage entre deux personnes de sexes différents, accepte-t-elle l’homosexualité et comment les jeunes peuvent-ils s’affirmer face au poids des traditions ?
Autant de questions intéressantes, portées par des dessins d’une grande beauté visuelle. Une oeuvre qui aurait pu susciter davantage de questions, au-delà des nombreuses scènes de sexe qui desservent parfois le propos. Mais c’est tout particulièrement une scène – celle d’un viol – qui m’a fait bondir et qui, au-delà de l’indignation qu’elle suscite, interroge sur le rapport qu’ont nos sociétés à cette forme d’agression. Aussi incroyable que cela puisse paraître, cette scène, explicite, ne sert pas à dénoncer une violence mais plutôt à « expliquer » un rapport amoureux. Impossible dès lors de comprendre ce tome qui semble légitimer une telle violence, sans l’expliquer et sans en faire un motif d’interrogation et d’indignation. Je suis profondément choquée de constater que ce genre de scènes existe encore en littérature visuelle et qu’elle passe presque inaperçue…
Un récit qui aurait pu être une ode à la tolérance au travers de la recherche de sa propre sexualité et qui est salit par une scène odieuse, qu’il m’est pour ma part impossible de tolérer.

Je remercie néanmoins Livraddict et les éditions Taïfu comics pour l’envoi de ce premier tome.

Le coeur d’une autre de Tatiana de Rosnay

Le coeur d'une autre
Editions Le livre de poche – 282 pages

Littérature française

Bruce, un quadragénaire divorcé, un peu ours, un rien misogyne, est sauvé in extremis par une greffe cardiaque. Après l’opération, sa personnalité, son comportement, ses goûts changent de façon surprenante. Il ignore encore que son nouveau coeur est celui d’une femme. Mais quand ce coeur s’emballe avec frénésie devant les tableaux d’un maître de la Renaissance italienne, Bruce veut comprendre. Qui était son donneur ? Quelle avait été sa vie ? Des palais austères de Toscane aux sommets laiteux des Grisons, Bruce mène l’enquête. Lorsqu’il découvrira la vérité, il ne sera plus jamais le même…

MON AVIS : 

Roman d’apprentissage sur fond de campagne florentine, Le coeur d’une autre est construit autour d’un organe central du sentiment, le coeur. Celui de Constance, décédée, continue de vibrer dans le corps de Bruce, condamné. Un thème séduisant sur le papier qui promettait une rencontre émouvante et subtile comme a su si bien le faire Maylis de Kerangal dans son poignant Réparer les vivants.
Mais l’espoir d’un récit délicat et nuancé se perd bien vite dans des considérations plutôt superficielles et une histoire attendue. Le lien qui unit Bruce à Constance est certes palpable mais il est surtout prétexte à mieux comprendre la vie de la jeune femme, nécessairement sensible, joyeuse et passionnée. Bruce apparaît rapidement comme un personnage terne, sauvé symboliquement et physiquement grâce à un coeur qu’il conquiert en retournant sur les traces de Constance.
Ainsi, et malgré l’écriture toujours fluide de Tatiana de Rosnay, il est difficile de s’attacher à des personnages convenus, que l’on espérait plus nuancés. Le choc des rencontres n’aura en réalité pas lieu puisque chaque pas mène nécessairement notre personnage principal à se faire accepter de l’entourage de Constance. Une oeuvre qui déçoit, malgré un sujet intéressant, à cause de personnages souvent caricaturaux, de longueurs chroniques et de situations souvent attendues.

-Tu sais, Bruce, dit Elisabeth entre deux hoquets, tu aurais dû te faire greffer ce nouveau coeur il y a longtemps. J’ignore à qui il appartenait, mais cela devait être à quelqu’un de formidable !

-Challenge nettoyage de printemps

Grave de Julia Ducournau

Grave
Film franco-belge – 1h38

Avec Garance Marillier, Ella Rumpf et Rabah Naït Oufella

Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

MON AVIS :

Premier film de la jeune réalisatrice Julia Ducourneau, Grave aborde un thème audacieux, avec beaucoup d’assurance et de maîtrise. Tabou ultime de nos sociétés, le sujet du film se pare d’une esthétique intéressante et d’une mise en scène soignée, pour parvenir à nous faire délicatement basculer dans l’horreur.
Une oeuvre d’émancipation sur fond de bizutage universitaire et de rivalité fraternelle, qui orchestre avec intelligence le rapprochement de l’homme et de l’animal (le film se passe sur le campus d’une école vétérinaire). La jeune Garance Marillier offre une belle présence à l’écran pour un film fiévreux et électrique, qui casse savamment le cadre de la fiction française pour y distiller une juste dose horrifique.
Une première oeuvre prometteuse malgré un « twist » final peut-être plus attendu et un peu maladroit. Le scénario, entre sensualité macabre et désirs sensoriels, compense largement une oeuvre que l’on imaginait finalement plus poussée dans l’horreur.

-Bande annonce