12 jours de Raymond Depardon


Documentaire français – 1h27

Avant 12 jours, les personnes hospitalisées en psychiatrie sans leur consentement sont présentées en audience, d’un côté un juge, de l’autre un patient, entre eux naît un dialogue sur le sens du mot liberté et de la vie.

MON AVIS :

A travers des témoignages filmés au cours de l’audience avec le juge des libertés et de la détention, Raymond Depardon s’attache, comme dans ses précédents films (Urgence, 10ème chambre instants d’audience), à capter les regards, les expressions et la profonde humanité de ses personnages.
Alternant moments drôles, tendres et profondément dramatiques, le regard du photographe se pose avec efficacité et bienveillance sur ces hommes et ces femmes enfermés dans leur pathologie, entre les murs de l’hôpital, parfois incapables de donner corps aux mots.
Les visages, comme les situations, sont ici multiples, nuancés, d’une grande profondeur et nous font toucher du doigt la profonde solitude de ces êtres en perpétuelle attente.
La mise en scène en face à face, intime et sobre, évoque un certain effet miroir particulièrement saisissant entre ceux qui sont à la recherche d’une autonomie dans la norme et ceux qui en fixent le cadre.
Ainsi, en alternant les portraits simples et sans fards de personnages profondément humains, Raymond Depardon nous laisse en prise avec les regards et permet au spectateur de s’immiscer au coeur d’un moment particulièrement intime.
Des moments clos par ailleurs ponctués de longs travellings entre les murs souvent vides de l’hôpital, instants suspendus d’une incroyable grâce visuelle, qui rappellent que dans ces lieux le temps s’est comme arrêté…

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La petite fille qui aimait Tom Gordon de Stephen King


Editions Le livre de poche – 280 pages

Littérature américaine

Un matin comme les autres, au cours d’une excursion avec sa mère et son frère, Trisha se laisse distancer, lasse de subir leurs sempiternelles disputes. Trisha se retrouve donc seule, perdue dans la forêt, quelque part entre le Maine et le New Hampshire, dans un environnement hostile où abondent marécages et moustiques. Pendant neuf jours, Trisha va errer seule dans la forêt, s’efforçant de ne pas céder à la panique et affrontant la nuit, la faim et la peur. Elle se répète: « Je ne suis pas en danger » et tente de chasser de son esprit que : « … les gens qui se perdent en forêt s’en tirent quelquefois avec de graves blessures, que quelquefois même ils en meurent ».

MON AVIS :

Roman d’horreur psychologique, La petite fille qui aimait Tom Gordon évoque avec clairvoyance, le pouvoir de l’imagination et la puissance de la solitude sur le psychisme. Une oeuvre qui montre les noirceurs de l’âme humaine et le courage d’une petite fille face à ses plus grands démons : la Teigne (son Surmoi) et la Chose (sorte de menace impalpable qui suit partout la jeune fille)
Très reconnaissable, l’écriture de Stephen King est ici claire, vive et imagée. Une plongée fascinante dans les méandres des peurs enfantines qui oscille toujours entre réalisme et fantastique. Un roman joliment mené qui parvient à tenir le lecteur en haleine, en donnant corps aux peurs de la jeune Trisha. Une oeuvre noire, très bien écrite, qui nous invite à affronter nos peurs les plus intimes, en lien avec soi et cette part de vérité que nous enfouissons tous et qui se révèle à nous aux heures les plus sombres.

Le monde a des dents et quand l’envie le prend de mordre, il ne s’en prive pas. Trisha McFarland avait neuf ans lorsqu’elle s’en aperçut. Ce fut un matin, au début du mois de juin. A dix heures, elle était assise à l’arrière de la Dodge Caravan de sa mère, vêtue de son maillot d’entrainement bleu roi de l’équipe des Red Sox (avec 36 GORDON inscrit au dos), et jouait avec Mona sa poupée. A dix heures trente, elle était perdue dans la forêt. A onze heures, elle s’efforçait de ne pas céder à la panique, de ne pas se dire Je suis en danger, de chasser de sa tête l’idée que les gens qui se perdent dans la forêt s’en tirent quelques fois avec de graves blessures, que quelques fois même ils en meurent.


Trisha avait atrocement peur. Aussi antipathique qu’elle soit, la voix glaciale disait vrai, elle le sentait bien. Elle avait plus que jamais l’impression d’être surveillée.

Bilan – Décembre 2017


3 FILMS

A Beautiful Day de Lynne Ramsay (2017) – 6/10
-Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos (2017) – 5,5/10
Le musée des merveilles de Todd Haynes (2017) – 5/10

4 LIVRES

Enfant 44 de Tod Rob Smith (520 pages) – 6/10
Le château des Bois-Noirs de Robert Margerit (260 pages) – 7/10
-Les trois soeurs d’Anton Tchekhov (130 pages) – 5/10
La petite fille qui aimait Tom Gordon de Stephen King (280 pages) – 7/10

Total pages : 1190 pages

2 BD/MANGA

Adam et Eve Tome 1 de Hidéo Yamamoto – 6/10
-Culottées, Tome 1 de Pénélope Bagieu – 8/10

3 SÉRIES

-Mr. Robot, saison 3 – 8/10
-Gilmore girls, saison 3 – 7/10
-Peaky Blinders, saison 4 – 8/10

Adam et Eve Tome 1 de Hidéo Yamamoto


Editions Kazé – Tome 1

Dans un luxueux club privé, sept yakuzas se sont retrouvés en secret. Sept chefs de clan exceptionnels qui ont réussi à dépasser leurs querelles pour tenter de rénover le monde décadent de la pègre japonaise. Mais leur réunion va être interrompue par deux invités inattendus. Deux êtres invisibles dont seul est perceptible le bruit des pas… et une odeur de violence extrême !

MON AVIS :

Image de la violence invisible qui irrigue la société souterraine japonaise, Adam et Eve raconte comment sept yakusas se retrouvent pris au piège d’un danger plus grand. Un huis-clos macabre d’une extrême violence visuelle et d’une impressionnante mise en scène, entièrement tournée autour de la notion de mouvement dans l’espace.
Les dessins sont particulièrement réussis, puisqu’ils parviennent à rendre visible ce qui ne l’est pas, tout en créant une atmosphère de crainte intense et réaliste.
Une oeuvre rythmée qui dérange, dans la violence qu’elle véhicule autant que dans l’image qu’elle renvoie parfois de la femme, souvent limitée ici à un rôle de provocatrice du désir.
Un premier tome qui installe progressivement l’histoire, entre provocation et violence. A réserver à un public averti.

– Un grand merci aux éditions Kazé et à Babelio qui m’ont permis de découvrir ce premier tome.

A Beautiful Day de Lynne Ramsay


Film américain – 1h30
Avec Joaquin Phoenix, Ekaterina Samsonov et Alessandro Nivola

La fille d’un sénateur disparaît. Joe, un vétéran brutal et torturé, se lance à sa recherche. Confronté à un déferlement de vengeance et de corruption, il est entraîné malgré lui dans une spirale de violence…

MON AVIS :

Adaptation du roman de Jonathan Ames Tu n’as jamais vraiment été là, A Beautiful Day évoque la violence d’un homme hanté par son passé et soucieux de l’avenir. Souvent comparé à Taxi Driver, le film de Lynne Ramsay compose entre les errances d’un ancien soldat et la pureté corrompue d’une jeune fille. Mais la comparaison s’avère vite superficielle et le film peine à convaincre totalement. Malgré la performance très réussie de Joaquin Phoenix et une jolie photographie qui offre à l’ensemble une ambiance pervertie réussie, l’oeuvre de Lynne Ramsay peine à convaincre et multiplie inutilement les hommages cinématographiques. Une oeuvre plutôt décevante qui ne parvient jamais à gagner en intensité et se perd inutilement en plans trop lisses. Dommage.

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Bonne année 2018 !


Bonjour à tous,

J’espère que vous avez passé de belles fêtes de fin d’année et que vous êtes en forme pour la rentrée !
A mon tour, je vous souhaite une très belle année 2018 : pleine de curiosités et de découvertes mais aussi de douceur et d’attentions.
Je tiens aussi à vous remercier pour votre fidélité, vos passages ici, vos messages, vos échanges, vos remarques et suggestions. Ce blog ne serait rien sans nos échanges et notre partage au quotidien !
Un grand merci à vous tous et à très bientôt pour un petit bilan de cette année écoulée et bien sûr pour de nouveaux articles 😉

Bilan chiffré de 2017 :
-57 films
-63 livres
-5 BD/mangas
-41 séries (saisons)
-4 challenges littéraires – 3 terminés, 1 en cours

Le château des Bois-Noirs de Robert Margerit


Editions Libretto – 260 pages

Littérature française

Au lendemain de la guerre, une jeune fille élevée dans le meilleur monde se laisse épouser par un hobereau de la Haute-Auvergne. Tournant le dos à une existence parisienne vouée à la mondanité, elle ira vivre avec lui dans la retraite anachronique d’un vieux manoir de famille, au cœur des Bois-Noirs, ce petit massif forestier perché entre la Loire et l’Allier, et que le temps semble avoir oublié.
Dans ce lieu d’un autre âge, elle découvre avec quelque stupeur un monde qui n’a pas encore dépouillé son antique barbarie – monde auquel elle décide, tant bien que mal, de s’adapter.
Elle y sera aidée par l’amitié affectueuse – et bientôt passionnée – de son beau-frère.

MON AVIS :

Roman noir aux codes surannés, Le château des Bois-Noirs témoigne d’une puissance d’écriture remarquable, doublée d’une narration intéressante. La construction du récit gagne en effet progressivement en puissance et parvient, à travers une vision de l’amour très sombre, à mêler roman policier, thriller psychologique et roman d’amour classique.
Une oeuvre plutôt surprenante en ce qu’elle alterne entre une oeuvre classique et un récit plus atypique. Les personnages, plutôt intéressants, n’en gardent pas moins une distance délicate et désuète avec le lecteur qui contemple leur évolution avec fascination et inquiétude.
Un roman noir à la française, alternant descriptions minutieuses de la nature foisonnante et des moeurs d’une époque que le modernisme n’a pas encore atteint. Une plongée audacieuse dans la France des années 50, entre traditions et désirs d’émancipation. Intéressant.

-Ecoutez ! Fabien. Pardonnez-moi ce que je vais vous dire. Pourquoi êtes-vous brouillé avec Gustave ? (…)
Il jeta vers la fenêtre un regard distrait puis ramena ses regards sur sa jolie belle-soeur, si délicate, qui le considérait, interdite.
Son coeur s’emplit de pitié et de colère.
-Aimez-vous vivre ? demanda-t-il âprement.
-Bien sûr !
-Moi aussi. Et bien ! Gustave, c’est la Mort !

Le musée des merveilles de Todd Haynes


Film américain – 1h57
Avec Oakes Fegley, Millicent Simmonds et Julianne Moore

Sur deux époques distinctes, les parcours de Ben et Rose. Ces deux enfants souhaitent secrètement que leur vie soit différente ; Ben rêve du père qu’il n’a jamais connu, tandis que Rose, isolée par sa surdité, se passionne pour la carrière d’une mystérieuse actrice. Lorsque Ben découvre dans les affaires de sa mère l’indice qui pourrait le conduire à son père et que Rose apprend que son idole sera bientôt sur scène, les deux enfants se lancent dans une quête à la symétrie fascinante qui va les mener à New York.

MON AVIS :

Récit d’apprentissage et conte merveilleux, Le musée des merveilles évoque la magie de l’enfance, la recherche de ses origines et la douceur des liens amicaux et familiaux.
Véritable hommage au cinéma muet, le film de Todd Haynes alterne les points de vue et les effets visuels et sonores. Une quête multiple pour des personnages plutôt lisses qui ne parviennent cependant jamais totalement à intéresser le spectateur. En effet, à trop vouloir faire de son film une oeuvre visuelle unique, Todd Haynes se perd dans les méandres d’une histoire convenue qui ne parvient jamais à se départir de nombreuses longueurs narratives.
Une véritable déception pour ce film sur l’enfance qui ne sera jamais parvenu à me toucher alors qu’il contenait tous les ingrédients d’une oeuvre merveilleuse.

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Enfant 44 de Tom Rob Smith


Editions Pocket – 520 pages
Littérature britannique

Hiver 1953, Moscou. Le corps d’un petit garçon est retrouvé sur une voie ferrée. Agent du MGB, la police d’Etat chargée du contre-espionnage, Léo est un officier particulièrement zélé. Alors que la famille de l’enfant croit à un assassinat, lui reste fidèle à la ligne du parti : le crime n’existe pas dans le parfait État socialiste, il s’agit d’un accident. L’affaire est classée mais le doute s’installe dans l’esprit de Léo. Tombé en disgrâce, soupçonné de trahison, Léo est contraint à l’exil avec sa femme, Raïssa, elle-même convaincue de dissidence. C’est là, dans une petite ville perdue des montagnes de l’Oural, qu’il va faire une troublante découverte : un autre enfant mort dans les mêmes conditions que l' » accident  » de Moscou. Prenant tous les risques, Léo et Raïssa vont se lancer dans une terrible traque, qui fera d’eux des ennemis du peuple…

MON AVIS :

Roman d’espionnage sur fond de quête policière, Enfant 44 a tout du thriller de genre, alternant entre situations de tension et enquête minutieuse. Une écriture plutôt convenue pour une histoire en revanche travaillée et une reconstitution de l’ère soviétique réussie. L’ensemble peine cependant à convaincre totalement et n’empêche pas quelques longueurs ou effets attendus.
Les personnages parfois simplifiés, apparaissent assez vite caricaturaux et leurs attitudes parfois incompréhensibles. Une petite déception pour ce roman aux thèmes prometteurs et à l’atmosphère soignée qui ne parvient cependant jamais à faire de ses personnages des êtres nuancés et de son histoire un moment inoubliable. Dommage.

-Tu crois que le fait de courber l’échine, de ne rien faire de mal nous protège ? Alors que tu n’avais jamais rien fait de mal, on a voulu t’exécuter pour trahison. Ne rien faire ne nous met pas à l’abri d’une arrestation. Je suis bien placé pour le savoir.


-Moi non plus, je ne le croyais pas. J’ai eu beau avoir toute une famille endeuillée devant moi, qui me répétait que ce gamin avait été assassiné, je ne l’ai pas cru. je leur ai affirmé qu’ils se trompaient. Combien d’autres crimes ont été étouffés ? On n’a aucun moyen de la savoir, aucun moyen de le découvrir. Notre système est ainsi fait qu’il permet à un homme de tuer autant de fois qu’il le voudra. Il va recommencer, et nous on continuera d’arrêter des innocents, des gens qui nous déplaisent ou dont on désapprouve la conduite, et pendant ce temps-là il assassinera d’autres gosses.

The Square de Ruben Östlund


Film suédois/allemand/Danois – 2h22
Avec Claes Bang, Elisabeth Moss et Dominic West

Christian est un père divorcé qui aime consacrer du temps à ses deux enfants. Conservateur apprécié d’un musée d’art contemporain, il fait aussi partie de ces gens qui roulent en voiture électrique et soutiennent les grandes causes humanitaires. Il prépare sa prochaine exposition, intitulée « The Square », autour d’une installation incitant les visiteurs à l’altruisme et leur rappelant leur devoir à l’égard de leurs prochains. Mais il est parfois difficile de vivre en accord avec ses valeurs : quand Christian se fait voler son téléphone portable, sa réaction ne l’honore guère…

MON AVIS :

Fable absurde sur les dérives de nos sociétés contemporaines, The Square explore avec intelligence de nombreux thèmes contemporains : l’individualisme de nos sociétés, la conquête du bien, l’intelligence de la sociabilisation, la recherche de la bienveillance.
Autant de thèmes mis en lumière par une mise en scène sobre et maitrisée, des personnages nuancés et terriblement humains dans leurs erreurs et leurs choix parfois malheureux. Les liens entre les personnages sont crus, parfois tendres mais toujours réalistes. Ils montrent avec force la lâcheté de l’individu, son absence de moralité et ses dérives.
Une palme d’or audacieuse pour une oeuvre unique, à découvrir !

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