La nuit du coeur de Christian Bobin


Editions Gallimard – 204 pages
Littérature française

Tout commence à Conques dans cet hôtel donnant sur l’abbatiale du onzième siècle où l’auteur passe une nuit. Il la regarde comme personne et voit ce que, aveuglés par le souci de nous-mêmes et du temps, nous ne voyons pas. Tout ce que ses yeux touchent devient humain – vitraux bien sûr, mais aussi pavés, nuages, verre de vin. C’est la totalité de la vie qui est embrassée à partir d’un seul point de rayonnement. De retour dans sa forêt près du Creusot, le poète recense dans sa solitude toutes les merveilles «rapportées» : des visions, mais également le désir d’un grand et beau livre comme une lettre d’amour, La nuit du cœur. C’est ainsi, fragment après fragment, que s’écrit au présent, sous les yeux du lecteur, cette lettre dévorée par la beauté de la création comme une fugue de Jean-Sébastien Bach.

MON AVIS :

C’est un dialogue sans cesse renouvelé, une idée sortie du néant qui surprendrait, figé dans les siècles, l’impatience d’un mot, l’expression d’une idée, un échange de regards entre le passé et le présent. A l’abbatiale de Conques, une discussion entre les siècles et le poète s’engage. Christian Bobin, témoin de son siècle et des murmures du passé nous conte sa rencontre avec les vitraux de l’abbatiale de Conques, ses pierres de lumière, ancrées sur un lieu saint. Rien d’autres de ce voyage qu’une grâce renouvelée, un air froissé par trop d’attente, figé dans les siècles. Comme toujours avec Bobin, ouvrir l’un de ses livres c’est découvrir un sanctuaire, s’en étonner, le retourner comme un jouet d’enfant, le faire sonner d’une mélodie joyeuse.
Un bel hommage à cette ville vide d’attentes, généreuse, innocente dans sa délicatesse pure. L’auteur y dépose ses lettres d’amour, flamboyantes, et présente à son lecteur avide, une composition pure, à l’écriture puissante, étonnante, rafraîchissante.

Voici la phrase que je choisis pour le challenge Christian Bobin :

Ta tombe est depuis des années à dix mètres de ta maison. Tu t’y rends parfois. Elle est couverte d’une bâche noire pour la protéger de l’humidité. La mort ajoute cette peinture inédite à tes oeuvres. Tu viens, tu regardes cet endroit où tu ne seras jamais, tu repars.

Et beaucoup d’autres :

Il n’y a pas d’autres raisons de vivre que de regarder, de tous ses yeux et de toute son enfance, cette vie qui passe et nous ignore.


Tes peintures glorifient ce peu de réel qui reste à ceux qui n’ont plus rien. Devant elles, la certitude remonte dans la gorge qu’un jour s’en sera fini des aveugles terreurs, qu’on arrivera à traverser tous les noirs de la vie – moraux, psychiques, spirituels, physiques – que l’infernale épaisseur des jours sans grâce n’est peut-être qu’un fin, très fin rideau de tulle noir que le souffle d’une lumière, déjà, écarte.


Le coeur est une harpe infernale : les souffles qui viennent des vivants et des morts le touchent tout le temps.


Rue de Varenne, à Paris, un potager tenu par des religieuses propose aux âmes le luxe des chats. Choux, tomates et tournesols complotent pour une vie meilleure.


Il y a des lieux où on se sent inexplicablement aimé.


Les livres sont comme la vie : ils s’éloignent après nous avoir parlé.


J’ai dépassé bien plus de la moitié de mon temps. Le meilleur est tombé sur la terrasse comme des miettes de pain. Qu’as-tu fait de ta vie ? j’ai donné à manger aux oiseaux, aux ombres et aux diables. Et maintenant ? Maintenant, j’ai rendez-vous.


La grâce est le fruit de milliers d’effacements.

Challenge Christian Bobin

12 réflexions sur “La nuit du coeur de Christian Bobin

    • Oui il en parle bien sûr. Je ne connais pas l’endroit mais effectivement, il nous donne envie de le découvrir (enfin ma première participation au challenge..Tu ne l’attendais plus, non ? 😉 )

    • Bonjour Dasola, merci pour ton passage ici ! Depuis le temps que j’évoque C. Bobin ici, je ne suis donc pas parvenue à te donner envie de le découvrir ?! 😉 Je ne m’avoue pas vaincue et te reproposerai bientôt d’autres titres ! Belle journée à toi !

  1. Je sais que tu affectionnes particulièrement cet auteur. Grace à toi j’ai découvert son univers mais là, j’ai peu que ce soit un peu trop austère pour moi … ou trop poétique 😉 !
    Bises et bonne semaine Yuko !

    • Bonjour Laurence, c’est vrai que je ne suis plus très objective avec cet auteur même si je reconnais volontiers que certains de ses écrits peuvent sembler répétitifs… ses mots, relus régulièrement me font du bien et ils sont les seuls à me faire cet effet… Bises à toi et merci pur ton petit mot !

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