Instagrammable d’Eliette Abécassis

Editions Grasset – 178 pages
Littérature française

« A la terrasse des cafés, seuls ou avec des amis, ils sont sur le qui-vive. À l’affût d’une nouvelle, dans une attente fébrile, constante, ils ont toujours leur téléphone à portée de main. Le soir, ils ne s’endorment pas sans l’avoir consulté, le matin le saisissent avant même d’avoir ouvert l’œil, pour savoir ce qui est arrivé. Mais quoi, au juste ? » 

Dans ces Liaisons dangereuses à l’ère d’Instagram, Éliette Abécassis décrit de façon inédite une génération née au début des années 2000, en proie à la dépendance et la violence induites par les réseaux sociaux. 
Un roman incisif qui sonde notre époque, et tout ce qui, en elle, nous interroge et nous dépasse.

MON AVIS : 

C’est une photographie de notre époque, des dérives associées à une dématérialisation du lien à outrance, de l’existence virtuelle comme seule réalité acceptable que dénonce ici Eliette Abécassis. Un parti pris difficile pour l’autrice puisque de nombreuses thématiques rencontrées dans le livre sont connues et dénoncées. Néanmoins, et malgré l’aspect assez convenu de l’histoire, l’autrice prend la parole pour dénoncer la médiatisation à outrance de nos vies et plus particulièrement de celle des plus jeunes.
Dans un univers virtuel, où la popularité se mesure au nombre d’abonnés et de like, Eliette Abécassis signe une oeuvre dérangeante, une dénonciation directe et sans concession de cette société de l’immédiateté qui piétine souvent, sans en avoir pleinement conscience, les désirs, l’envie, les sentiments et les espoirs d’autrui. L’autrice dépeint ici un monde sans remords, où la réputation virtuelle encourage un certain pouvoir sur l’autre et où l’immédiateté des désirs est exposée à la vindicte populaire. Une oeuvre effrayante malgré des thèmes et un constat tristement connus, qui n’en reste pas moins intéressante.

D’une main, elle lisse ses cheveux, de l’autre elle passe en revue ses stories. Elle scrolle. Mais c’est la dernière fois ; car il faut se dire adieu. Elle ressent comme un regret, quelque chose qui lui murmure tout bas qu’il est trop tôt pour y renoncer. Elle hésite encore, les larmes coulent, elle suffoque. Elle prend une longue inspiration, se penche au-dessus de l’eau. Non, elle ne manque pas de courage, elle se sent prête à accomplir le geste fatidique.


Elle plonge la tête dans son portable et voit défiler les vidéos des scènes qui sont en train de se produire sous ses yeux, Jade qui arrive, qui fait un V avec ses doigts, qui danse dans les bras de Léo. Tout est en double, en boucle, en réel et en virtuel à la fois, en images, et pourtant c’est là, elle ne sait plus à qui se fier dans cette stéréo numérique.



(…), le moment doit être immortalisé sinon il n’existe pas, sinon ils n’existent pas, ces garçons qui crient, ces filles qui dansent, et tous en transe dans la lumière bleue, rouge, blanche, en extase, en communion, au sein de cette cathédrale aux lueurs irréelles, ils sont en prière, guidés par le prêtre.


Je tiens à remercier les éditions Grasset pour ce partenariat.

2 réflexions sur “Instagrammable d’Eliette Abécassis

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