La paix avec les morts de Rithy Panh et Christophe Bataille


Editions Grasset – 180 pages
Littérature franco-cambodgienne

« Une petite fille nous aborde : Qu’est-ce que vous cherchez ? Elle a un regard joueur et curieux, je lui explique. Ici, il y a des années, sous le régime khmer rouge, c’était un hôpital, et j’ai enterré de très nombreux corps dans des fosses. Puis l’eau a englouti ce lieu, et on a bâti des maisons. Elle joue avec un petit bout de bois, un peu gênée : Je sais. On dort sur les morts. La nuit, parfois, on les entend parler. J’insiste un peu : Mais tu as peur ? Elle sourit : Non, on n’a pas peur, on les connaît. »

MON AVIS :

Chemin de l’intime et recherche historique, les deux volets d’une même quête animent Rithy Panh dans sa recherche de la vérité. Une histoire qui le hante, l’habite au plus profond de lui même, le porte à entreprendre un retour vers l’horreur, l’arbitraire et la violence sans fin.
Rithy Panh est à la fois victime d’un régime idéologique et de ses conséquences désastreuses, témoin d’une époque gouvernée par la haine et acteur de sa propre reconstruction. Alors que la négation guette, il s’efforce de retranscrire par l’image et les mots, les douleurs d’un passé qui le hante. Car les morts ne sont jamais bien loin, ils le suivent, l’exhortent à raconter, à livrer au monde sa version des faits. En faisant parler les anciens bourreaux, les photographies, en invoquant les fantômes, Rithy Panh dénude son passé, le charge de symboles et d’une vérité pure. C’est dur, cru et terriblement violent. Impossible de refermer ce roman sans un sentiment d’abandon et de révolte. En sacrifiant une certaine culture de la pudeur au profit d’une exposition dure des faits, Rithy Panh forge un chemin de lumière et de liberté. A découvrir.

Je vois les morts. Je vois leurs visages. Je vois leur peau pâle, enfantine. Je vois leurs mains ardentes, mais qui peut les saisir ? Je scrute leurs yeux et je ferme les miens.

Un grand merci aux éditions Grasset pour la découverte de ce roman.

4 réflexions sur “La paix avec les morts de Rithy Panh et Christophe Bataille

  1. Un homme remarquable dans son approche de la mémoire et de la résilience. ♥ J’ai repéré cette sortie, mais je vais commencer par « L’élimination » et prendre les écrits/reprendre les documentaires dans l’ordre. 🙂

    • J’ai très envie de découvrir L’élimination même si je t’avoue que le sujet étant tellement difficile, ce n’est pas une lecture que je privilégie pour l’instant. Certains passages de La paix avec les morts m’ont profondément marquée tant ils sont éprouvants. Pareil pour les documentaires. Mais tu as raison, son travail est remarquable et mérite d’être davantage connu. Bonne semaine à toi !

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